‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 7 sur 26 · JOAN · texte numérisé non relu

JOAN

T. 0 mort! ô mort! que tu es offrajante avec ton appareil funèbre! En te voyant si impitoyable, notre cœur se resserre et nous ne pouvons nous empêcher de nous écrier en soupirant : Oh ! quel joug dur et lamentable pèse sur les enfants d'Adam! Embellissez-la, mes chers auditeurs, tant que vous voulez; dissimulez la laideur de ses traits sous un fard trompeur, couronnez de fleurs son crâne nu, couvrez de pourpre sa lugubre pâleur; la mort, hélas! sera toujours ce qu'elle a été, hideuse et terrible. Saint Bernard, l'entrevoyant de loin, recule d'effroi et s'écrie : « 0 bête cruelle ! ò amertume la plus amère ! ò puanteur et horreur des enfants d'Adam! » Oh bestia crudelîs! oh amaritudo amarissima! oh fœtor et horror filiorum Adam! L'Apôtre saint Paul la voyant de près, alors qu'on le conduisait au supplice, pria Plautille, son disciple, de lui prêter son voile pour se couvrir les yeux, afin de ne pas trembler en voyant tomber sur lui le coup fatal; c'est du moins ce que nous rapporte saint Antonin : Petiit a Plautina : Commoda mihi vélum quo caput tuum tcgis, unde oculos meos veleni tempore decapitationis.

Et cepenrlant, la mort était moins une peine pour lui qu'une récompense, puisqu'elle lui apportait avec sa taux une moisson de palmes et de couronnes. Et vous ne voulez pas que tremblant et désolé je m'écrie : 0 mort! ô mort! que tu es affreuse avec ton funèbre appareil ! Mais vous, vous m'étonnez, pécheurs : quelle extravagance et quelle témérité que la vôtre ! A tout instant la mort vous menace, vous êtes environnés des images de la mort, chaque pas que vous faites vous approche de la mort, à chaque moment voué entendez retentir à vos oreilles l'annonce funeste de quelque mort; et malgré cela, vous craignez tout, excepté la mort. Quelle extravagance encore une fois et quelle témérité que la vôtre! J'en ai souvent recherché la cause, et je crois l'avoir enfin découverte. Savez-vous pourquoi vous ne craignez pas la mort? C'est que vous ne l'envisagez jamais que d'une manière abstraite : lorsque vous voyez un mort, au lieu de vous représenter les terreurs qu'il a dû éprouver au moment du terrible passage, vous ne pensez qu'au splendide héritage qu'il a laissé hors de son cercueil. Quoi d'étonnant, après cela, si la mort, au lieu de vous abattre, vous ranime au contraire? Or, voici votre divin Sauveur qui, pour vous détromper, ramené toutes les terreurs de la mort à un seul point, à un moment non spéculatif mais pratique : Venit hora, et nunc est; « L'heure est venue, » l'entendez-vous, pécheurs? « L'heure est venue, et c'est maintenant. » 0 maintenant formidable! ô moment inévitable! moment imprévu et nouveau pour tout lo monde ! moment d'où dépend un bonheur ou un malheur éternel ! moment, ô pécheurs, qui sera la fin de tous les plaisirs et le commencement de toutes les peines ; moment qui arrivera très-certainement : mais où, comment et quand, rien de plus incertain. 0 moment! ô momen*. souverainement important, et auquel on pense si peu i

114 SERMON xxir.

Qu'est-ce donc, mes chers auditeurs, qu'est-ce qui vous aveugle dans une affaire d'une si haute importance? Que fait-on pour assurer ce redoutable moment? Qui est-ce qui y pense? Qui est-ce qui s'y prépare? Je me propose donc aujourd'hui de vous mettre sous les yeux un moribond, afin de vous faire expérimenter, en quelque sorte, les angoisses qui lui serrent le cœur au moment suprême où il expire ; trois considérations surtout le tourmentent : — la considération du temps passé, qui s'est écoufe en un instant ; c'est le premier point : — la considération du moment présent, qui est, pour lui, uno source de peine et d'affliction ; c'est le second point : — la considération de l'éternité qui l'attend d'un instant à l'autre; c'est le troisième point. — Tandis que je ferai mes réflexions, vous tâcherez de vous en pénétrer en les méditant, et j'espère qu'en considérant, dans l'agonie de ce malheureux, une vie qui va faire place à la mort, vous apprendrez une bonne fois à bien vivre pour pouvoir mourir saintement. Commençons.

PREMIER POINT

II. Il n'est pas de lieu plus convenable pour fairo l'analyse de ce moment terrible que la chambre d'un moribond, lorsque celui-ci, déjà abandonné des médecins, est laissé entre les mains du prêtre. Représentonsnous, pour prélude, vous de votre méditation et moi de mon sermon, un pauvre agonisant en proie aux angoisses de la mort. Voyez-le étendu sur un lit bien douloureux, hélas ! pour celui qui a le cœur agité, dans une chambre qu'éclaire à peine la lueur d'une lampe, où l'on ne respire qu'un air malsain, où, malgré les parfums qu'on y brûle, on sent déjà comme une certaine odeur de mort qu'exhale le cadavre vivant. Ce silence à peine interrompu par quelques mots que se disent à

voix basse les assistants, ces soupirs des parents et des amis, ces larmes que l'on cache pour ne pas effrayer le malade, ces sourires forcés par lesquels on essaie do lui inspirer de la confiance, cette attention à lui toucher de temps en temps les extrémités déjà froides, ces lèvres livides, ces yeux voilés, ce pouls lent et saccadé, ce front tendu, ce nez effilé, ces yeux enfoncés, ces ongles violets, ce dégoût de la vie, tout annonce la mort. Encore que les médecins dissimulent, que les parents lui donnent courage, et que la nature se fasse illusion, chacun cependant lui dit, par son silence, qu'il est mal et très-mal. Déjà une sueur froide et glacée coule de son front, ses bras se laissent tomber, sa poitrine se gonfle, sa tête s'incline, ses dents noircissent, sa langue se dessèche, sa bouche se remplit d'écume, et tout son corps de la tête aux pieds est agité par les palpitations de la mort. Vous frémissez peut-être à cette vue ? Mais ce n'est rien encore : la mort cesserait d'être ce qu'elle est, si elle ne sévissait que contre le corps ; c'est sur l'âme surtout qu'elle s'acharne, alors que se montrant à elle sans masque, sans fiction, telle qu'elle est, elle lui secoue le sablier devant les yeux en lui disant avec Isaïe : Finitus est pulvis, cunsummatus est miser^ ; la poussière est tombée; regarde, malheureux, il ne te reste plus que quelques instants pour dire un éternel adieu à ce monde que tu as tant aimé : encore une heure, et puis 1 éternité ; le temps de tes plaisirs, de tes débauches et de tes frivoles divertissements est passé. Oh ! quelle terreur assaillit le cœur de ce malheureux, lorsque le prêtre en rochet et en étole, entrant dans sa chambre, purifie l'air avec l'eau bénite et lui rappelle ces paroles amères : Dispone domui tuœ; nous voici au dernier jour, et nous ne verrons plus le soleil ; nous

(1) Isai. 16, 4.

IIG SEÏIMOX XXII.

voici à la dernière nuit, et nous ne verrons plus le jour : réglons nos comptes, mettons nos affaires en ordre, parce que dans un instant nous n'y serons plus : Disxjone domxd tuœ, quia morieris et non vives^.

III. Cependant le moribond, en voyant la mort en face, fuit devant elle et se retire, par le souvenir, dans sa vie passée; mais la vie criminelle qu'il a menée le repousse en avant, et en avant il voit l'éternité où il est près d'entrer et qui l'épouvante. Il se cache en lui-même, et là encore sa conscience le tourmente et le pousse au dehors. Oh! quelles angoisses! quelles inquiétudes! quelles heures de ténèbres, quel jour sombre, quello nuit funeste, quel moment terrible que celui-là! Voyez David, solitaire au milieu de sa cour, commençant ses tristes veilles : Anticipaverunt vigilias oculi mei^ ; remarquez comme la couleur de son visage, le ton do sa voix, les mouvements de son ccrps varient selon les affections qui agitent son âme : Eœercitatus sum, turhatus sum^. Voyez comme il est abimé dans ses pensées, silencieux et le regard fixe; puis tout à coup saisi d'une terreur indicible, il soupire, tremble, gémit, frissonne et se sent défaillir : Defecit sj^iritus meus*. Mai.^ pourquoi ces soupirs, pourquoi ce trouble, ò saint roi? Le voici : Cogitavi clies antiquos, et annos œteimos in mente hahui'" \ c'est que je me suis placé, dit-il, entro le temps et l'éternité, c'est-à-dire au moment suprême de ma vie, à ce moment qui sépare le temps de l'éternité : " Je me suis mis, comme l'explique un pieux interprète, au milieu des temps futurs et des temps passés : » In medio me constitui futurorum et prœteritorum temporum ; d'un côté, le temps présente à mon esprit des jours courts et qui ne sont plus, cogitavi dies

(1) Ezech. 40, SS. (2) Ps. 76. 5. (3) Ib. v. 4 et 5.

(4) 76. Ç)] Ib. V. (J.

ontîqnos; de l'autre, l'éternité me fait voir do longues et interminables années, et annos œternos in mente habui. Ce qui est passé a été bien fugitif, ce qui resto n'a pas de fin ; le passé n'a été qu'une ombre, l'avenir est une éternité. Et, pensée terrible! voilà que placé en esprit sur le seuil de l'éternité, je vois se dresser devant moi toutes les iniquités de ma vie : ma passion criminelle pour Bersabée, mon entreprise contre Nabal, l'homicide de ce pauvre Urie; et à la vue de tant do pécliés, voyant d'autre part s'enfuir le temps d'en faire pénitence, je me trouve sans appui devant les reproches de ma conscience, et le danger de ma damnation : c'est pourquoi je ne puis m'accorder de repos ni le jour ni la nuit : Anticipaverimt vigilias ociili mei. — Vous avez raison, ô saint roi, de craindre et de trembler de la sorte. Et vous, mon pauvre pécheur, comment pouvez-vous vivre dans l'oubli d'un moment si terrible? Ne devez- vous donc pas mourir un jour? Et vous n'y pensez point? Et vous ne vous remuez pas? Aveugle que vous êtes ! Ah ! réveillez-vous, mes bien-aimés, réveillez-vous tous à ce cri d'alarme.

IV. Mais pour rendre mon sermon, ou plutôt votre méditation fructueuse, au lieu de vous représenter quo c'est un autre que vous qui est sur le point d'expirer, figurez-vous que c'est vous-même qui êtes le moribond dont je parle; formez-vous donc de vous-même l'idée d'un homme réduit à l'agonie. Vous voilà le cierge funèbre à la main, déjà condamné par les médecins; que ferez-vous en cet état? Pensez-y, pensez-y : deux regards, bien sombres, hélas! rendront votre agonie terrible, et doubleront, en quelque sorte, pour vous, les horreurs de la mort : l'un vers le monde qui va finir pour vous, l'autre vers ces mondes nouveaux qUi vont commencer pour vous, et Dieu sait comment; l'un vers le temps qui est passé, l'autre vers l'éternité qui ne finit

.iamais. Comparez à présent le temps avec l'éternité. Que sont ces vingt, ces trente, ces cinquante ou soixante ans de vie déjà écoulés; que sont-ils? Interrogez ces vieillards qui sont déjà sur le bord de la tombe; et s'ils sont sincères, ils vous répondront ce que m'a répondu un vieillard de cent et douze ans. Je lui demandais ce que lui semblait une vie aussi longue : — Un moment, me répondit-il. — Et qu'emportez-vous avec vous de ce monde qui disparaît à vos yeux ? — Une pensée, me dit-il, qui ne m'afflige pas peu : c'est que je pouvais et que je n'ai rien fait; je pouvais faire beaucoup de bien et je l'ai négligé. Telle est, mon cher frère, la poignante pensée qui fera couler la sueur de votre front dans votre agonie : je pouvais et je n'ai rien fait. Mais continuez vos réflexions : ces divertissements, ces plaisirs, ces applaudissements, ces fêtes, ces honneurs dont vous avez joui pendant votre vie, où sont-ils ? que sont-ils devenus? Essayez de les serrer dans la main. Hélas! ils s'en sont allés en fumée. C'est ici que le saint roi David se prend d'indignation et vous crie en face : Allez, misérables, allez rassasier vos veilles d'infâmes jouissances, de plaisirs apparents : en réalité, vous placez tout votre bonheur, en quoi ! en un songe très-court : Velut somnium surgentium. Domine, in civitate tua imaginem ipsorum ad nihilum rédiges. Entendez-le bien, mon pauvre pécheur : présentement vous dormez, et vous dormez profondément entre les bras de la volupté ; mais arrivé à ce moment suprême, la mort vous secouera, vous réveillera, et vous fera voir clairement que ces amours, ces jeux, ces bals, ces réunions, ces intérêts, ces gains, ces points d'honneur, et tous ces embarras de votre vie si mal dépensée, n'ont été qu'une vaine imagination, un fantôme, une fumée, un songe, oui, un songe. Et pour un songe, faut-il risquer son éternité? Je vous le demande, pour un songe,

faut-il sacrifier une éternité bienheureuse? Quel déplorable aveuglement!

V. Il est pourtant une chose que l'on ne regardera pas comme un songe : c'est le peu de bien que l'on aura fait pendant la vie. Si vous en voulez la preuve, levez les yeux, et regardez le glorieux Pierre d'Alcantara qui s'envole joyeux vers le ciel, en répétant avec de saints transports ce chant céleste : 0 felix pœnitentia, guœ mihi tantam promeruit gloriami « 0 bienheureuse pénitence, qui m'a valu une telle gloire! » Arrêtez, do grâce, illustre pénitent, arrêtez, et avant de vous dérober à nos regards et d'aller recueillir les palmes et les couronnes de gloire qui vous attendent là-haut, consolez nos espérances en nous disant où s'en est allée cette pénitence si terrible que vous avez pratiquée : où sont ces larmes abondantes que vous avez versées, ces jeûnes, ces veilles, ces austérités si inouïes, qui ont étonné le monde entier? Où sont ces veilles que vous n'interrompiez que pour une heure et demie de sommeil toutes les vingt-quatre heures, ce jeûne que vous ne rompiez qu'une fois tous les trois jours? Où sont ces sanglantes disciplines que vous vous donniez plusieurs fois le jour, ce cilice de fer qui vous a sucé le sang des veines ? Où sont ces mortifications d'aller toujours pieds nus, la tête découverte, par les ardeurs d'un soleil brûlant, comme par la gelée, la neige et les glaces? Où sont toutes ces calomnies, ces persécutions, ces infirmités; où sontelles? — Ah! mon fils, me répond-il, tout cela s'est évanoui. C'est bien peu de chose ce que j'ai souffert pour mon Dieu, et en revanche, voir la récompense imiiionse que j'en reçois, vois, vois quelle gloire : O felix pœnitentia quœ mihi tantam promeruit gloriam ! — Ah ! bénie, s'il en est ainsi, mille fois bénie soit la pénitence! Oh ! qu'il est doux à la mort d'avoir souff"ert, d'avo.u' fait du bien pendant sa vie ! Vous êtes donc bien-

heureux, vous qui êtes malades ou dans les tribulations, et qui vous appliquez à mener une vie sainte : ah! c'est vous qui entendez bien les choses, puisque vous trafiquez si habilement du temps, pour mettre en sûreté Téternité ; or, voici la douce assurance que j'ai à vous donner : c'est que loutes ces bonnes œuvres que vous accumulez vous tourneront en source de joie et d'allégresse au moment de la mort. Mais quelle consolation pourrait espérer ce malheureux qui a si follement prodigué le temps de sa vie, pendant laquelle il a eu de si belles occasions de faire le bien, sans en profiter? Ah ! quelles angoisses il éprouvera lorsqu'il verra disparaître le temps de faire le bien ; quel eti'roi quand il s'entendra dire a haute voix : Il n'y a plus de temps! Tempus non erit amplius ^

VI. Un ange descend tout exprès du haut des cieux pour vous inculquer celte grande vérité : voyez-le, couronné de l'arc-en-ciel, et revêtu d'un nuage éclatant., poser les deux pieds, qui sont comme deux colonnes do feu, l'un sur ia mt;r, l'autre sur la terre : Posuit pedem suum dexterum super mare, smistrwn autem sujjer terram^. Il jure par le Très-Haut : Juravit per Viventem in scecula sœoiUorum'^ . Et que jure-t-ii? Ecoutez : Tempus non erit amplius; il n'y aura plus de temps pour faire le bien ; au lever de l'éternité, le temps s'évanouira. Fort bien. Mais pourquoi toutes ces circonstances mystérieuses? Pourquoi faut-il qu'un ange, lorsqu'il veut nous prêcher une aussi grande vérité, choisisse pour chaire et la terre et la mer ? Un pieux commentateur de l'Apocalypse nous en donne la raison : il nous dit que la mer représente l'éternité, et la terre le temps ; or, pour nous prêcher non-seulement en paroles, mais encore en action, l'ange n'eût été bien, ni tout entier

(1} Apoc. 10, 6. (2) Ibid. 10, 2. (3) li. v. G,

dans 1 eternile, ni tout entier dans le temps ; il se place donc entre le temps et Téternité, c'est-à-dire au moment de la mort, à cq moment qui divise le temps de 1 éternité, et de là il proclame cette grande vérité, qu'une fois arrivé à ce terme, nous n'aurons plus de temps pour faire le bien : Tempus non erit amplius. Il ne se contente pas de le dire, il le jure : Tempus non erit amplius. Vérité terrible ! gravez-la bien dans votre cœur, ô pécheurs : Il n'j aura plus de temps. Vous vous flattez, mon pauvre frère, en disant je me confesserai, je lue convertirai, je ferai ceci, je dirai cela; à ce moment-là les secours ne me manqueront point. Non, vous ne vous confesserez pas ; non, vous ne vous convertirez pas, parce qu'il n'y aura plus de temps ; c'est l'Esprit-Saint qui vous le dit : Tempus non erit amplius. Malheureux! combien ne donneriez- vous pas alors pour un» seule de ces iieures que vous gaspillez si follement dans cette conversation, dans cette ville, dans ces lieux de plaisirs et de divertissements! Combien vous serait précieux alors un peu de temps pour faire une bonne confession générale, et mettile ordre aux affaires si compliquées de votre conscience ! et ce temps ne vous sera pas accordé : Tempus non erit amplius. Oh ! seulement un quart d'heure pour faire aussi bien que possible un acte de contrition ; et ce quart d'heure vous sera l'efusé : Tempus non erit amplius. Ah ! comme en voyant le temps vous échapper des mains, vous vous livrerez au désespoir : mais ce sera en vain. Le secrétaire de François I^, roi de France, .lequel fut un des plus grands hommes de ce royaume, reconnut au lit de la mort, mais reconnut trop tard, la folie qu'il avait faite en employant tout son temps aux affaires de son souverain, et en en réservant si peu ou pas du tout pour les besoins bien plus importants de son âme; c'est pourquoi il disait en sanglotant : Malheureux et insensé

que j'ai été! j'ai consommé plus de cent rames de papier à écrire ou à faire écrire des lettres pour le service de mon maitre, et je n'ai pas eu le bon sens d'en employer une seule à écrire une bonne confession générale ! ah ! si j'avais été plus sage, je ne me trouverais pas maintenant en proie à tant d'angoisses ! Et vous, mes chers frères, à quoi pensez-vous? Attendez-vous pour pousser des soupirs, que ces soupirs ne servent plus qu'à accroître votre découragement? — Mais qu'avons-nous à faire? — Voici ce que vous avez à faire : attention, s'il vous plait, car c'est là tout le fruit de mon sermon et de votre méditation : Faites maintenant ce que vous voudriez avoir fait alors. Je le répète : faites maintenant ce que vous voudriez avoir fait alors. Que ne voudriez-vous pas avoir fait au dernier moment? Confession générale, pénitence, prières, vie sainte en un mot, rien ne vous paraîtra de trop. Pourquoi ne pas faire tout cela dès à présent? Le pourquoi, je vous le dirai bien : c'est parce que vous vivez dans les ténèbres, et que vous ne savez pas vous pénétrer suffisamment de l'importance d'une si grande vérité. Les nègres, que la cupidité condamne à tirer les métaux des entrailles de la terre, s'attachent au front une lampe pour discerner, à sa lueur, le vrai métal du faux. Eh bien! moi, j'attends que le flambeau de l'agonie éclaire certains libertins qui traitent d'exagération les vérités les plus importantes. Oh! que leurs sentiments seront différents alors ! Voyez le pape Léon XI qui, à la clarté de ce flambeau, s'écrie : « Oh ! si j'avais été portier dans le plus pauvre couvent du monde, et que je n'eusse jamais eu entre les mains les clefs de Pierre, je m'ouvrirais bien plus facilement maintenant les portes du ciel! » Ecoutez Philippe III, roi d'Espagne qui, après avoir vécu plutôt en religieux qu'en monarque, s'écrie néanmoins : Vanitas vanitatum, et omnia vanitasi

Vanité des vanités que les sceptres, les couronnes, les royaumes ; tout n'est que vanité, hormis la science de bien mourir. Et vous, que direz-vous? Pcnsez-y bien, pensez-y, parce qu'il est plus que nécessaire que vous méditiez sur ce grave sujet.

DEUXIÈME POINT

vu. Pourtant ce n'est pas encore là le principal tourment d'un agonisant. Le temps passé l'inquiétera sans doute ; mais quand il se verra placé entre les démons d'un côté et ses péchés de l'autre, qui se dresseront comme deux bataillons formidables pour l'écraser, c'est alors que son cœur sera dans les transes et qu'il s'écriera en soupirant avec David : circumclerunt me dolores mortis^ : « Les douleurs de la mort m'ont environné. » C'est une opinion assez commune, confirmée par l'autorité de plusieurs Pères et appuyée sur la foi de nombreux exemples, que le démon apparaît à chaque homme à l'heure de la mort ; et selon le docteur angélique, il apparut même à Jésus-Christ sur la croix. C'est ainsi qu'il explique ce passage de saint Luc : Diabolus récessif ab ilio ad tempus^. « Le démon s'éloigna de lui pour un temps ; " c'est-à-dire, d'après saint Thomas, jusqu'au temps de sa passion, où il devait revenir pour le tenter de tristesse : Id est ad tempus crucis, ubi erat illuni de tristitia tentaturus; et c'est cette tentation qui arracha au divin Sauveur cette douloureuse plainte : Pater mi, ut quid dereliquisti me^?«Mon Père, pourquoi m'avez- vous abandonné? » La môme chose est affirmée par saint Grégoire, saint Jean Chrysostôme et d'autres. Quel combat terrible, hélas ! vous attend en ce moment, mon pauvre pécheur : terrible tant par le nombre que par la qualité des ennemis contre lesquels vous aurez à

;i) Ps. n, 5. i^t} Luc. 4, 13. [Z] Matin. 27, 46.

124 SERMON xxir.

lutter. Il y a plus de six mille ans que le démon ne faît pas d'autre métier que de tenter les hommes, pensez donc s'il doit connaître toutes les ruses, tous les stratagèmes à eraploj'er pour les faire tomber. Ajoutez à cela que pendant la vie un seul démon vous tente, c'est tantôt l'un, tantôt l'autre, tandis qu'à la mort ces monstres sortiront par bandes de l'enfer pour vous vaincre, comme il arriva à un gentilhomme allemand, qui vit autour de son lit, dans son agonie, savez-vous combien de démons ? Quinze mille. Que deviendrez-vous, malheureux, lorsque vous verrez votre chambre envahie par ces monstres prêts à vous dévorer? Oh! quelle épouvante! quelle horreur! Mais permettez-moi, en vertu de l'affection que je vous porte, de vous montrer maintenant quelle sera la plus violente de toutes les tentations par lesquelles le démon s'efforcera de vous attirer dans ses filets. Quelle sera-t-elle? le savez-vous? Une tentation de défiance et de désespoir. A présent il vous peint la voie du paradis large et spacieuse, la miséricorde de Dieu immense, la conversion extrêmement facile ; mais alors il vous resserrera le cœur, et tâchera de vous persuader que votre cas est désespéré. Attention à ceci, s'il vous plait : pendant que vous lutterez contre les douleurs, contre l'agonie, contre mille pensées accablantes, un démon viendra vous souffler à l'oreille : Eh bien ! crois-tu pouvoir te sauver? Je m'en étonne bien! Ne sais-tu pas ce que dit l'Ecriture? Vix justus salvabitur^ ; «Le juste se sauvera à peine; » comment donc penses-tu te sauver, toi pécheur si scandaleux ? Eh ! renie le Christ et sa foi ; aussi bien tu os déjà des nôtres. — Et que lui répondrez- vous? Après celui-là il en viendra un autre qui vous dira : Il n'y a plus de pardon pour toi : Dieu n'a pas épargné son pro-

{l)IPclr. 4, is.

DU 5I0MENT DE U.\ SIORT. Vio

pre Fils qui n'était chargé que des péchés d'autrui -. Proprio Filio suo non pepercit '; juge donc s'il voudrait le pardonner, à toi, tant de péchés si énormes? Non, non, il n'y a plus d'espoir pour toi ; tu es des nôtres. — — Et vous, que direz- vous? Un troisième démon viendra, qui fera naître dans votre cœur une vaine espérance de guérison, et à la lueur de cette espérance trompeuse, il réveillera l'image de telle personne que vous savez, peut-être même la fera-t-il apparaître devant vous, comme il arriva à un gentilhomme que j'assistais à l'heure de la mort, à Florence ; le malheureux se tournant vers moi en tremblant, me disait : « La voilà, mon père, la voilà! » — Oh! alors, certes, s'il trouve au dedans de vous quelque intelligence secrète dans une mauvaise habitude contractée, il ne manquera pas de rappeler à votre souvenir toutes les pensées les plus lubriques, de rallumer toutes les affections les plus déshonnêtes, en un mot de toucher toutes les cordes qu'il sait avoir été les plus sensibles autrefois, car, en capitaine expérimenté, dit saint Grégoire, il attaque chacun par les vices auxquels il le voit plus enclin de sa nature : Juœta complexionem uniuscvjusque convenientibus vitiis insidiatur . S'il voit un côté faible, c'est là qu'il dressera ses batteries les plus fortes, et qu'il livrera ses plus rudes assauts. Saint Elzéar, comte d'Arian, au rapport de Surius, étant entré en agonie, commença à trembler, et à se couvrir par tout le corps d'une sueur froide ; puis tout à coup il s'assit sur son lit, et le regard consterné, il s'écria d'une voix à faire compassion : « Ah ! si les hommes savaient, s'ils savaient les combats terribles qui sont livrés à nos âmes par l'ennemi à CG dernier moment ! » Après ce's mots, il s'affaissa. Prêtres du Seigneur, vous qui, soit parle devoir

(1) Rom. 8, 3-2.

p. M. IV. Il

de votre charge, soit par charité, assistez les moribonds, ah ! ne les abandonnez pas en ce moment ; assistez-les avec amour, et encouragez-les. Oh ! si vous saviez ce qu'ils voient lorsque leurs yeux errent çà et là, qu'ils demandent des couvertures, qu'ils veulent s'élancer hors du lit. C'est alors que le démon se présente à eux sous l'aspect d'un cruel dragon, « plein de rage, et sachant qu'il reste peu. de temps, » les menace de la damnation éternelle : Hàbens iram magnani, sciens quia modicum tempus habet^. Que ferez- vous, mon pauvre pécheur, lorsque vous vous trouverez serré entre les griffes du démon? Hélas ! si vous ne prenez pas vos mesures à temps, vous tomberez dans le désespoir, je vous en avertis d'avance pour votre bien, oui, vous, tomberez dans le désespoir, comme il arriva à ce jeune homme appelé Théodore, dont parle saint Grégoire dans ses Dialogues ; réduit à l'extrémité, il se crut perdu, et chassant tous les prêtres qui l'assistaient : Retirez-vous, leur criait-il, retirez- vous : Recedile, recedite ; ne voyezvous pas ce démon qui, sous la forme d'un dragon féroce, commence déjà à me dévorer? Sinite ut faciat guod facturus est : laissez-le m'entraîner avec lui en enfer. — Quelle horreur! quelle épouvante ! Et de vous, qu'en sera-t-il? Pensez-y bien, pensez-y. — Mais à quoi bon y penser, mon père ? d'après ce que j'entends, il n'y a plus de remède pour moi. — A Dieu ne plaise, mon frère ! il y a remède, et le remède est très-facile, vous l'avez en main. — Et quel est-il? — Le voici : Faites maintenant ce que vous voudriez avoir fait alors. Oui; faites maintenant ce que vous voudriez avoir fait alors, et vous êtes sauvé.

VIII . Je compatis du fond de mon âme à un pauvre agonisant, lorsque appelé près de lui par mon minis-

(1) Apoc. 12, 22.

tore, je le vois tout ruisselant d'une sueur froide, tournant ses yeux troublés de côté et d'autre, et comme si ses draps étaient semés d'épines, s'efforçant de les écarter avec une obstination frénétique. Emu et tremblant moi-même, je me prends alors à réfléchir sur le sujet de ses angoisses, et je me dis : Vous avez bien raison, pauvre créature, de vous effrayer : ce ne sont pas seulement les démons qui vous épouvantent; ah! vos plus grandes terreurs vous viennent des années de votre vie passée, qui s'étalent devant vos yeux, comme pour vous faire lire le long procès de vos iniquités, dont vous allez avoir tout à l'heure à rendre un compte rigoureux à ce juge inexorable qui vous attend, assis sur son trône. Ah! comme on voit bien mieux les choses qu'on n'a voulu les voir pendant la vie, à la lumière de ce oierge bénit, avec ces yeux ternes et cette vue troublée ! Dives cum dormierit... aperiet oculos suos^; « Lorsque le riche aura dormi, il ouvrira les yeux, » dit le saint homme Job, « parce que la mort, ajoute saint Grégoire, ouvrira les yeux que le péché avait fermés : » Quia oculos, quos culpa clauserat, mors aperiet. Oui, le pécheur ouvrira les yeux alors, et verra la multitude innombrable de ses crimes : Universus illic peccatorum cumulus renovatur. Or, remarquez ici que l'année se compose de trois cent soixante-cinq jours , ou de huit mille sept cent soixante heures, ajoutez-y les fractions et multipliez les heures par les minutes, puis additionnez les sentiments, les paroles, les pensées, les actions, les regards, les soupirs, les fins, les moyens, les prétextes palliés, manifestes ou cachés : la mort découvrira tout cela : Mors aperiet. Avez-vous vécu soixante ans ? tout ce que vous avez dit, fait et pensé pendant cinq cent vingt-cinq mille et six cents heures,

(1) Job. 27. 19.

■•5>R SERMON XXIÎ.

vout sera mis à découvert par la mort : mors aperiet. Or, quel sujet d'épouvante pour un pécheur qui aura vieilli dans le mal, lorsqu'il verra apparaître devant fjes yeux des milliers de pensées déshonnêtes auxquelles il a consenti pendant sa vie, autant de paroles impudiques qu'il a proférées; des milliers et des milliers d'actions criminelles de toute espèce, avec toutes leurs circonstances les plus graves et les plus honteuses ; en un mot, lorsqu'il verra se dresser sous ses yeux une armée de scandales, de blasphèmes, de médisances, de péchés de toute sorte ! Mais que dis-je, péchés de toute sorte? Notre grand Dieu nous déclare qu'il jugera les justices mêmes : Justitias judicabo^. Oui, nos bonnes œuvres aussi nous apparaîtront, mais faites à rebours, mais faites avec négligence. Prêtres, vous verrez alors ces offices divins récités sans attention, entremêlés de paroles et de regards inutiles, ces prières dont tout le mérite a été emporté par la dissipation et la distraction. Et vous, laïques, vous verrez apparaître ces chapelets récités avec le rosaire en main et le diable dans le cœur, ces visites faites aux églises, que vous avez profanées par tant d'irrévérences, de plaisanteries, de conversations déplacées, de signes, de gestes et de rencontres coupables ; ces sacrements reçus par manière d'acquit, par vaine ostentation, avec tant de précipitation, avec si peu de fruit et si peu de préparation ; en un mot ce peu de bien gâté par tant de mal : n'en sera-ce pas assez pour vous accabler? Voyez-vous ce pécheur qui, avec une montagne de péchés sur les épaules, saute et rit comme s'il portait une plume? attendez que la mort le serre de près. Oh ! comme un seul péché alors lui paraîtra lourd ! Remarquez une grande barque au milieu d'un lac ; elle flotte légèrement à la surface

(1) Ps. 74, 3.

de l'eau, d'une main vous pouvez la mouvoir et la faira tourner en tout sens, comme il vous plaît; amenez-lii au rivage et essayez un peu de la tirer au dehors : oh i quel poids! les forces d'un hercule n'y suffiraient pas. C'est aux rivages aussi, pécheur, c'est aux rivages de l'éternité que je vous attends. Oh! de quel poids insupportable vos péchés ne vous accableront-ils pas alors ! Et que deviendrez-vous dans cet état? Vous qui n'avez jamais fait de pénitence, jamais répandu une larme, jamais poussé un soupir pour les expier, que deviendrezvous, si les Saints eux-mêmes ont frémi à la vue de ce terrible passage, et si des personnages distingués par leur vertu ont laissé la postérité incertaine sur leur salut?

IX. Pour en faire l'expérience, laissons-nous conduire, par saint Jean Climaque, à la grotte d'un solitaire mourant. Il y a quarante ans que mort au monde, il vit enseveli au milieu des bois. Son innocence est telle que les bêtes féroces elles-mêmes viennent manger dans sa main. Son nom est Etienne, sa perfection est celle d'un Saint. Consumé par les rigueurs de la pénitence, il est sur le point d'expirer ; pour lutter avec plus d'avantage contre l'ennemi, il se fait placer sur la cendre, sur la terre nue. Sans doute, nous allons être témoins d'une agonie consolante, et entendre chanter les miséricordes divines. Ah! mes chers auditeurs, si vous ne frémissez/ pas tous à ce que je vais vous raconter, quand doac tremblerez-vous ? Voyez le moribond dans les angoisses, tournant tantôt d'un côté, tantôt de l'autre ses regards consternés ; tout à coup il se redresse et s'écrie : Ah ! que cette eau est trouble ! que le gué est difficile à passer ! Mes frères, pensez-vous que je le passerai sans me noyer ? Forsitan pertransibit anima nostra aquam intolerabilem ' ? Puis se couchant de nouveau, il s'écrio

ID Ps. iSS, 5.

avec un visage plus gai : Béni soit le Seigneur ! je sens mon courage renaître , j'espère pouvoir résister à l'épreuve : Benedictus Deus, qui non dédit nos in captionem dentihus eoriim ^ . Mais voilà que soudain il reprend son air inquiet et se trouble de nouveau : et comme s'il était cité devant un tribunal, on l'entend répondre par des paroles interrompues :... C'est vrai, ce péché je l'ai commis, mais aussi j'ai jeûné pendant tant d'années... Oui, encore celui-là, mais je l'ai confessé... C'est faux, celui-là je ne l'ai jamais commis... Oui, je m'en souviens, j'ai commis ce péché, et je n'ai rien à dire, sinon que je m'en remets à la miséricorde de Dieu : Et quidem ad hœc quid dicam non habeo. Ah! mon Dieu, que vous êtes juste ! mon Dieu, que j'ai été ingrat envers vous! Mon Dieu, vous ne voulez donc pas me sauver!... Et il mourut au milieu de ces angoisses, laissant tous les solitaires qui l'entouraient dans la stupéfaction; ils se regardaient en silence les uns les autres, ne sachant s'ils devaient se réjouir de son salut, ou pleurer sa perte éternelle. Je m'adresse à vous, pécheurs, mes bien-aimés frères ; si les justes tremblent et nous laissent dans l'incertitude de leur salut, que sera-ce de vous? Etes- vous plus forts, êtes- vous plus innocents, êtes- vous plus assurés qu'eux? Si un Etienne ne sait que répondre au démon qui l'accuse au tribunal xde Dieu, que répondrez-vous lorsqu'il' vous reprochera ta,.nt de forfaits, que vous savez? Hélas! quel trouble, quîiel accablement, quelles angoisses, quelles transes, queiife agonie, quelle mort, quel moment pour vous ! Et pourtant que faites- vous ? Les Saints tremblent, et vous ne craignez pas, vous ne tremblez pas? — Mais qu'avons-iious à faire? Y a-t-il encore remède? — Oui, oui, il y a remède, vous l'avez sous la main et il est très- Ci) PS. 1^3. 6.

facile , le voici : Faites maintenant ce que vous voudriez avoir fait alors. Entendez- vous? Faites maintenant ce qne vous voudriez avoir fait alors. — Ne voudriez-vous pas alors, etc. ? Pourquoi ne le faites-vous pas maintenant? Je vous le proteste : au jour du jugement universel, je me lèverai pour couvrir de confusion tant de malheureux qui veulent traîner jusqu'au cercueil la chaîne de leurs iniquités, je crierai à haute voix que je les ai avertis plusieurs fois, oui, que je les ai avertis plusieurs fois et vous-même, ô mon Jésus ! vous rendrez témoignage à la vérité de mes paroles, en sorte que ce sermon-ci et la méditation qu'ils font en m'écoutant servira à accroître leur confusion. Mais j'espère qu'il n'en sera pas ainsi, et que s'ils ne sont pas ébranlés par les terreurs qu'éprouve un agonisant à la vue du temps, qui a passé en un instant, et à la vue des circonstances du moment présent dont il est tourmenté; ils ne pourront résister à l'épouvante que cause la vue de l'éternité qui l'attend d'un moment à l'autre. — Accordezmoi un peu de repos.

TROISIÈME POINT

X. Pour terminer avec fruit votre méditation, et moî mon sermon, regardez ce jeune homme suspendu par les cheveux aux branches d'un chêne, et vous montrant sa poitrine percée de trois coups de lance : il vous offre une vive image d'un moribond tourmenté par les trois considérations et du temps déjà écoulé, et du moment présent qui l'afflige, et de l'éternité qui l'attend. A la beauté de sa chevelure et de ses traits, que la mort n'a pu encore effacer, à tout son extérieur si distingué, et aux blessures qu'il a reçues, vous devinez que c'est Absalon. Jeunes gens dissolus, apprenez par cet exem-

pie où vont aboutir l'orgueil et le libertinage. Mais quelle lut la cause d'une si funeste aventure? — Oli! ce furent ses cheveux qui s'embarrassèrent parmi les branches de cet arbre. — Ses cheveux? dites-vous, croyezvous que des cheveux si délicats et si fragiles aient pu retenir suspendu en l'air un jeune guerrier, robuste, chargé d'une pesante armure et poursuivi par ses ennemis ? Il en est ainsi, cependant ; mais comment cela a-t-il pu se faire? C'est que sa chevelure était touffue, mêlée et flottante, et qu'il ne la coupait que rarement. — Mais que fait cette épée qui lui pend au côté? que ne s'en sert-il pour couper ces cheveux? — Pourquoi? parce que, dit un interprète, Absalon, étourdi par la sentence qui allait le frapper et de laquelle dépendait son éternité, ne put penser en ce moment qu'aux craintes qui troublaient sa conscience : Non attenclebat ad ea quœ sibi utilia erant. quia sententiam Dei tremefactus expectabat. 0 moment! ó moment d'où dépend une éternité! Momentum a quo pendei œternitas! quel étourdissement ne causes-tu pas dans le cœur d'un pécheur mourant! Que dis-je, d'un pécheur? N'est-ce pas là ce qui a rempli les déserts d'anachorètes, qui tremblaient à la pensée de ce redoutable moment, et s'en allaient criant à travers leurs vastes solitudes : 0 moment! ò moment, d'où dépend une éternité! Momentum a quo pendei ceterniiasì Ces deux mots : moment, éternité, plongeaient dans l'anxiété le saint abbé Elie, qui, après avoir vécu près de quatre-vingts ans dans les exercices de la plus rude pénitence, répétait souvent en gémissant : Trois choses me font trembler ; la séparation de l'àme et du corps qui se fera en un instant, l'examen sévère de toutes mes actions qui aura lieu en un instant, et la sentence du souverain juge d'où dépend une éternité, sentence qui sera fulminée en un instant : un moment et une éternité m'entretien-

Lent dans rinquiétude et la crainte : Tria tirneo, egreassionein animœ e corpore, severitatem examinis, sententiam judicis . Saint Bernard se mit un jour à peser ce moment et celle éternité, et il en resta tellement épouvanté, qu'il prit la résolution de ne jamais plus i*ire de sa vie, ce qu'il observa exactement. C'est ce moment et c'est cette éternité que saint Pierre d'Alcantara avait devant les yeux, lorsque, sur la fin de sa vie, couché à moitié mort sur un pauvre grabat, il répondit à un de ses confrères qui, pur charité, voulait lui couvrir un pied : <♦ Kon, mon fils, ne cherchez pas à réchaufi"er ce corps, car je suis encore exposé au danger de perdre l'eierniié bienheureuse. « Ce moment, cette éternité faisaient palpiter de crainte saint Hilarion, qui, près de mourir, se réconfortait lui-même en disant : Anima mea, septuaginta annis servisti Domino^ et adhuc timesi " Mon âme, tu as servi le Seigneur soixante-dix ans dans ce désert, et tu crains encore? » Grand Dieu! je vois un Hilarion trembler, un Pierre d'Alcantara trembler, un Bernard trembler; et ce malheureux pécheur-là ne tremble pas, cette pécheresse ne tremble pas? Avez-Tous donc un cœur de bronze? Comment ne craignez-vous pas, pécheurs, à la pensée de ce moment redoutable où vous vous trouverez en face d'une éternité? — Hélas! nous ne craignons que trop ; mais qu'avons-nous à faire ? — Le voici encore une fois : Faites maintenant ce que vous voudriez avoir fait alors. Faites maintenant, à l'insiani, celte bonne et sainte confession générale : débrouillez maintenant les affaires de cette conscience au désordre : autrement, lorsque la mort approchera, vous serez tellement hors de vous-mêmes, que, comme Absalon à l'appjoche de Joab, vous resterez suspendus par les cheveux, c'est-à-dire que vous mourrez dans vos mauvaises habitudes, avec vos confessions mal r. M. IV. 12

faites, avec vos péchés sur la conscience : In psi-iato vestro moriemini^.

XI. Mais pour vous en convaincre plus clairement encore, regardez une dernière fois le pécheur mourant : voyez comme, se tournant vers le prêtre qui l'assiste, il lui dit d'une voix languissante : Ah ! mon pore, y aurat-il miséricorde pour moi? — Oui, mon enfant, tant qu'il y a vie, il y a espoir de pardon. — Ah! si vous saviez tout ce qui me revient à l'esprit en ce moment ! D'abord tant de sacrements reçus sans respect, par routine, sans prendre garde à ce que je faisais; tant de legs pieux laissés par mes parents, et que je n'ai guère accomplis ; tant de pauvres familles dont j'ai perdu la fortune, l'âme et l'honneur. — Je vous comprends, ne vous inquiétez pas davantage. — Mais cet argent que j'ai gagné en pressurant le pauvre, et que j'ai fait servir à mes passions; ces églises que j'ai fréquentées uniquement pour satisfaire mes désirs impurs; ces vengeances atroces exercées sous prétexte de zèle ! — J'ai bien compris; avez-vous encore autre chose? — Oh! oui. J'ai sur la conscience d'avoir enlevé à cet homme de bien sa réputation et de n'avoir jamais réparé le tort que je lui ai fait ; ma conscience me reproche aussi ces contrats usuraires qui ont ruiné de pauvres gens, et les actions déshonnêtes sans nombre qui ont souillé ma jeunesse. — Allons! demandez-en pardon, et soyez tranquille. — Impossible, mon père, impossible : je me rappelle maintenant ces conversations, ces danses, ces bals, ces soirées, ces festins, qui ont été la source de tant de mauvaises pensées, de tant de paroles et de regards empoisonnés. Ah ! j'ai le cœur oppressé à la vue de tant de temps perdu sur les places publiques, dans les cabarets et les lieux de divertissements, à ces

(1) Joan. 8. 21.

,iftux ahominaliles de cartes et de dés, qui m'ont fait proférer tant d'affreux blasphèmes, au grand scandale de ma pauvre femme et de mes jeunes enfants : et ce qu'il y a de pire, c'est que je ne m'en faisais même pas scrupule, je ne m'en confessais nullement, et maintenant j'en ai de grands remords. — Allons ! n'y pensez plus, je vais vous donner l'absolution sur tout cela. — Oh ! non, il me semble que je suis damné. Vous devez savoir que c'est moi qui ai perdu cette jeune fille; la pauvre enfant était simple et innocente, elle ne se doutait de rien ; je lui ai appris le mal, je l'ai séduite. Je laisse ce jeune homme en état de péché mortel ; c'est moi qui l'ai entraîné dans la voie de la perdition : je laisse le démon de la discorde dans cette maison ; c'est moi qui, par des insinuations, des calomnies et de faux rapports, l'y ai introduit et maintenu jusqu'ici. Comment donc est-il possible, mon père, que je me sauve ? Ah ! non, il n'y a plus moyen pour moi ! — Si, mon enfant, il suffit que vous fassiez maintenant un bon acte de contrition. — Un acte de contrition? je ne sais pas comment m'y prendre, je n'en ai jamais fait. — Ne vous inquiétez pas de cela, je vous l'apprendrai, je vous aiderai ; dites donc avec moi : Mon Seigneur Jésus... Eh! attendez, mon père : que vont devenir mes pauvres petits enfants que je laisse si abandonnés, et ma pauvre femme si désolée? — Eh! ne vous inquiétez donc pas de cela, pensez à votre âme. — C'est vrai, mon père, mais si vous saviez combien j'ai l'esprit préoccupé de ce procès qui est pendant, et des écritures qui sont entre les mains de celui-là. — Allons, allons ! toutes ces choses sont finies pour vous : c'est votre âme, votre âme seule qui doit vous préoccuper : excitez-vous donc à îa contrition; dites tout haut : « Mon Seigneur Jésus, je me repens de vous avoir ofi'ensé, parce que vous êtes souverainement bon, et je me propose fermement de ne jamais plus vous

offenser à l'avenir. « Vous le dites du fond du cœur, n'est-ce pas? Au nom de Dieu, je vous absous : Ego te ahsolvo a peccatis tuis in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen. Disposez-vous à recevoir le saint Viatique. — Déjà on entend le triste son de la cloche, déjà on entend le bruit confus de la foule pieuse qui l'accompagne, il entre, il monte, le voilà dans la chambre du moribond : Pax hiiic domui, et oinnihus habitantibus in ea : «• Paix à cette maison et à tous ceux qui y habitent. « — Allons! Accipe,^ frater, Vioticum corporis et sanguinis Domini nostri Jesu Christi. Recevez, mon frère, le Viatique que vous donne notre bonne mère, la sainte Eglise. — Le viatique! et pour aller où? — Pour aller à l'autre monde. — Maisjo n'y ai jamais pensé, j'ai toujours été un homme de ce monde. — Et cependant il faut partir : Accipe, frater, viaticum corporis et sanguinis Domini nostri Jesu Christi. — Il reçoit le viatique, et à peine le prêtre l'a-t-il quitté, que ses sens commencent à défaillir, ses nerfs se contractent, son visage pâlit, sa poitrine se gonfle, sa langue s'épaissit, et après quelques crises violentes, il entre dans sa dernière agonie, il expire, il est mort. La cloche annonce son trépas, et l'on se demande l'un à l'autre : qui est mort? — C'est un tei. — Je l'en félicite, il sera plus heureux que nous. — Et peut-être cette pauvre âme est-elle tombée tout droit en enfer. — Comment ! mon père, un homme qui a eu une si belle mort, qui a été assisté par un prêtre, qui a reçu tous les sacrements, on met son salut en doute ? — Oui, certes, mes frères, on en doute. — Ah ! que vous êtes décourageant dans ce sermon ! — Mais que voulezvous que je vous dise, mes chers auditeurs ? JSe dois-je pas mourir aussi? Si la mort était plus facile, plus sûre, elle le serait pour moi comme pour vous, et je pourrais vous rassurer si j'étais sur moi-même, vous

dirui-jo avec saint Augustin : Secnros vos facerem, si securus fierem; territus terreo. Mais je suis effrajé do ces vérités, et c'est pour cela, c'est afin do massurer une bonne et sainte mort que j'ai endossé cet habit à<i l'institut le plus austère de tout l'Ordre séraphique. Craignons donc maintenant, pour n'avoir pas à craindre alors : Timeamus, ne timeamus. Faisons maintenant ce que nous voudrions avoir fait alors. Pensons-y bien à présent, mes cliers frères; dès à présent, commençons à bien vivre, dès à présent, etc. Ne dites pas : je me confesserai, je recevrai les sacrements; car avec tous les sacrements je ne vous tiens pas pour assurés à la mort, si vous avez mal vécu. Faites attention à l'exemple que je vais vous rapporter pour finir.

XII. Dans le temps que saint Bruno florissait, en qualité de docteur, à l'université de Paris, un autre docteur de ses amis tomba malade, et après avoir reçu tous les sacrements avec beaucoup de piété et de dévotion en apparence, il mourut. Son cadavre fut porté à l'église par saint Bruno lui-même et par d'autres docleurs, qui, pour honorer leur collègue, voulurent assister à ses obsèques. Or, au moment où l'on récitait la leçon qui commence par ces mots : Responde miM, quantas habeo iniquitates, le cadavre, à la vue de tous les assistants, se redressa dans sa bière, et dit à haute voix : Justo Dei judicio accusatus sum : " J'ai été accusé au tribunal suprême par un juste jugement de Dieu, '» — puis il se recoucha. Vous pouvez penser do quelle terreur on fut saisi en entendant la voix d'un mort. On en porta avis sur-le-champ à l'archevêque, qui ordonna de suspendre les funérailles jusqu'au lendemain. Le lendemain, comme on commençait la mémo leçon Responde mihi, le cadavre se lève une seconde fois, et dit : Justo Dei judicio judicatus sum : - J'ai été jugé par un juste jugement de Dieu. » — Le bruit

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de cet événement se répandit dans tout Paris et attira le peuple en foule dans l'église où était exposé le cadavre ; et voilà que le troisième jour, au moment où l'on recommençait la leçon Responde tnihi , tandis que l'église était toute pleine de monde, le mort se lève pour la troisième fois, et d'une voix plus sinistre, plus épouvantable encore, il dit : Justo Dei judicio condemnatus sum : « J'ai été condamné à l'enfer par un juste jugement de Dieu. » — Qui pourrait dire les soupirs, les gémissements, les sanglots qui éclatèrent alors parmi tout le peuple? Ainsi un homme de bien, après avoir reçu tous les sacrements, est condamné au feu éternel! Ah! qu'en sera-t-il donc de nous, malheureux? Et cependant il s'était confessé, il avait communié, il avait reçu l'extrême-onction, et malgré tout cela il est damné. Mais comment cela se peut-il? — Comment! c'est qu'après avoir reçu les derniers sacrements, il consentit à une mauvaise pensée, comme il fut révélé à une sainte âme, et c'est pour cette pensée volontaire qu'il fut damné. Qu'arrivera-t-il donc de vous? De vous qui consentez à toutes les pensées coupables qui vous viennent? — Mais que voulez-vous que nous fassions, mon père? — Ah ! jetez-vous tous aux pieds de Jésus-Christ, et je vous dirai ce que vous avez à faire, je vous le dirai, le crucifix à la main : Faites maintenant ce que vous voudriez avoir fait alors. — Mais que pouvonsnous faire maintenant? Esprit-Saint, parlez vous-même au cœur de ce peuple, touchez-le et assistez-moi en cette circonstance si grave. Vous voulez donc savoir ce que vous devez faire maintenant? Le voici : imitez l'illustre saint Bruno : il était encore séculier lorsqu'il entendit la voix de ce mort, mais frappé de cet événement si extraordinaire, et considérant combien le salut est exposé au milieu du monde, il se mit à pleurer amèrement; puis, animé d'une sainte ferveur, il quitta le

monde, et, suivi de six docteurs de ses amis, s'enfuit au désert; il y devint un saint et fonda l'Ordre des Chartreux. Voilà ce que nous devrions faire tous : en finir une bonne fois,renoncer au monde et nous retirer dans quelque désert pour y pleurer nos péchés. Que fait donc c-e jeune homme que Dieu appelle depuis si longtemps à l'état religieux? Que ne va-t-il se réfugier dans un couvent des plus saints et des plus retirés? Que fait cette jeune fille qui tarde tant d'exécuter son pieux dessein d'aller se cacher dans un monastère? A quoi pense ce vieillard ? Pourquoi ne se débarrasse-t-il pas de tous ces intérêts temporels pour s'occuper uniquement de son âme? Pour vous, chefs de famille, vous qui êtes engagés dans les liens du mariage, si vous ne pouvez quitter le monde de corps, que n'y renoncez-vous de cœur? Le temps est court, vous dirai-je avec l'apôtre saint Paul, il est bien court, mes chers frères : Tempus breve est; il faut donc vivre en ce monde comme si nous n'en étions plus : Reliquum est, ut... qui utuntur hoc mundo tanquam non utantur\ Au désert, mes frères, au désert! Quoi! vous n'en avez pas le courage? Vous n'avez pas assez de cœur pour cela? Au moins, ce que vous ne me refuserez pas, jetez-vous tous à genoux aux pieds de ce crucifix, pleurez vos péchés, reconnaissez qu'en menant une vie si criminelle vous avez mérité de mourir en réprouvé, et par conséquent, ne cessez d'implorer miséricorde par vos soupirs et par vos larmes. Ah ! frappez- vous tous la poitrine, et, en pleurant amèrement, répétez plusieurs fois : Pardon, mon Jésus, pardon ! — Puissent vos larmes vous obtenir, avec le pardon, la grâce d'une bonne et sainte mort ! Jetez donc les yeux sur Jésus-Christ qui vous en ofi're le modèle du haut de sa croix : « Mon Père, dit-il avant de mou-

(1) / Cor. 7, S9-3Ì.

rir, je remets mon âme entre vos mains : » Pater, in inanus tuas commendo spiritum meicm^. Oh! quelles belles paroles! je veux les graver dans mon cœur, pour les répéter encore lorsque je serai près de mourir. Voilà, mes frères, comment j'espère mourir, en embrassant le crucifix et en disant avec larmes : Pater, ah ! mon Père, mon doux Jésus, Pere bien-aimé. Pere tressaint, je remets mon âme entre vos mains. Voyons, faites tous maintenant ce que vous voudriez faire alors : recommandez chacun votre âme à Dieu, en disant, les larmes aux yeux : Pater, in manus tuas commendo spiritum meum : Père éternel, je remets mon âme entre vos mains. — Comment ! une âme si souillée, un cœur si impur entre des mains aussi saintes que celles de Jésus? Oh! non, cela ne se peut! lavez auparavant dans les larmes de la pénitence cette àme qui s'est vautréa dans la fange du vice, lavez-la dans vos larmes. Renouvelez donc vos soupirs, en disant : Pardon, mon Jésus, pardon! Oh! maintenant à la vue de tani de larmes, en entendant ces fervents soupirs, je me sens vraiment consolé. Aussi, si vous me demandez : Mon père, quel sera notre sort?. Echapperons-nous au danger du naufrage? Nous sauverons-nous en ce terrible moment? Je vous réponds sans crainte qu'oui, moyennant une seule condition. Quelle est-elle? C'est que tous tant que vous êtes, mais absolument tous, vous vous adressiez à Marie, que vous vous mettiez sous la protection de cette auguste Mère, et que vous lui disiez du fond du cœur : Secourezmoi, Ó Marie! Vierge sainte, secourez-moi. Maria, mater gratiœ, m,ater misericordiœ, tu nos ab hoste protège, et hora tnortis suscipe. « 0 Marie, Mère de grâce. Mère de miséricorde, protégez-nous contre l'ennemi et recevez-nous à l'heure de la mort. » Et pour

(l) Luc. 23, 46.

obtenir l'assistance de la sainte Vierge en temps opportun, faites maintenant ce que vous voudriez avoir fait alors : convertissez-vous sincèrement et de cœur; et si jamais le démon, en ce moment fatal, parvenait à vous arracher un consentement coupable à quelque tentation, ne désespérez pas pour cela, mais faites aussitôt un acte de contrition, et vous vous assurerez la victoire. Voici donc en deux mots le fondement de votre espérance et à e votre consolation, ainsi que le fruit de mon sermon et de votre méditation : maintenant et durant le cours de votre vie une conversion sincère, et à la mort une véritable contrition. Avec cela vous êtes sauvés. C'est le bonheur que je vous souhaite.

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