‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 25 sur 78 · DOBLEUR DE NOS PÉCHÉS · texte numérisé non relu

DOBLEUR DE NOS PÉCHÉS

nant le secours de sa grâce, de ces saints exercices, qui sont peut-être la dernière occasion favorable que vous aurez de vous convertir avant la mort.

3. En troisième lieu, demandez-lui sincèrement pardon, et en montrant Jésus crucilié au Père éternel, dites-lui par vos larmes : Jiespice m faciem Christi tui, et miserere mei: Jetez les yeux sur votre divin Fils et ayez pitié de moi.

Puis terminez la méditation par un colloque comme celui-ci :

COLLOQUE

Océan immense de bonté! Dieu infiniment saint, infiniment juste, infiniment ennemi du péché! je viens me jeter à vos pieds, tout couvert de confusion à la vue démon ingratitude. Hélas! qu'ai-je fait en m'attaquant à vous-même, en osant outrager votre infinie majesté! Ce n'était donc pas assez d'avoir poussé la malice jusqu'à vous offenser sous vos yeux, si je ne faisais tourner vos faveurs même contre vous! Par la foi, vous m'avez fait connaître votre miséricorde , vous m'avez appris que vous avez versé tout le sang qui coulait dans vos veines pour men faire un bain facile et salutaire dans le sacrement de pénitence ; et moi, malheureux que je suis, j'ai abusé de cette connaissance pour vous offenser avec plus de sécurité, plus vous avez été généreux envers moi. plus j'ai été méchant à votre égard. Hélas! qu'est-ce donc qui m'a poussé à un tel excès que de me révolter contre vous, mon souverain Bienfaiteur? Rien, absolument rien, si ce n'est un plaisir qui s'est évanoui comme l'ombre, un plaisir si vil que les ténèbres mêmes en ont eu honte. Et c'est pour si peu de chose que je vous ai offensé, ô mon Dieu! Propter quid irritavit impius Deum^? propter

« Psalm. 10, 13.

114 m" JOUU. MÉnlTATIO.N hV SOIR.

quid? Qu'avais-je à me promettre de mon péché? Pas autre chose que le repenlir, la honte, la confusion, les remords de conscience. — Ah! mon Dieu, je me confonds, je ne sais comment vous adresser la parole, sinon pour vous supplier de me pardonner encore cette fois, de m'exaucer encore présentement que j'implore avec humilité votre assistance pour ne jamais pkis vous offenser.

EXPLICATION DU SUJET

I. Un des effets du péché c'est la mort, vérité bien propre à faire tomber nos illusions. Avant de nous mettre à méditer cette importante vérité, je \oudrais que chacun fît en soi-même le raisonnement du grand Chrysostôme. Je vous présenterai réunies ensemble les réflexions qu'on trouve éparses en différents endroits de ses écrits. Attention.

Me voici au monde... J'y suis entré telle année, tel jour... Dois-je y demeurer toujours? — Non; je dois au •contraire en sortir, et je ne sais ni quand, ni comment. Et cette grande vérité, ni la foi, ni la raison, ni l'expérience de chaque jour ne me permettent d'en douter. Tous nous devons déloger un jour et quitter ce monde, tous nous devons mourir : les simples et les ignorants meurent, les sages et les savants meurent, les grands et les petits meurent, les sujets meurent, les princes, les rois, les empe-

LA «OKT. H5

leurs meurent , -et comme tous les hommes naissent de la même manière, ainsi Dieu a décrété que tous les hommes mourront également : Statuium est hominihiis semel morV .

Or, en qudi consiste cotte mort? — Elle consiste dans 'a dissolution de ce composé de l'âme et du corps; la mort, c'est le dépouillement complet de tout ce que l'homme possède en ce monde; mourir c'est être réduit à une vile poignée de cendre.

Coniinuons a nous interroger nous-mêmes. De ces biens que je poursuis avec tant d'ardeur, combien en emporterai-je avec moi en mourant ? — Pas plus que je n'eu ai apporté en naissant : je suis sorti nu du sein de ma mère, nu je rentrerai dans le sein de la terre : Nudas egressui sum de utero matris meœ, nudus revertar* .

Et ce corps, quel sera son partage? — Une tombe fétide, où il deviendra la proie des vers, et sera réduit en pourriture et en poussière. — Et de l'âme, qu'en sera-til ? ira-t-elle se réjouir au séjour des bienheureux, ou souffrir dans le lieu des tourments? — On ne le sait pas ; on sait seulement que là où elle ira. elle y demeurera éternellement. Vérité terrible ! — Et quand donc arrivera ce moment redoutable? — On ne le sait pas, on ne peut le savoir ; car la mort vient tard pour l'un et tôt pour l'autre, elle prévient celui-ci et surprend celui-là à l'improviste.

Si la mort me surprenait aujourd hui, cette nuit même, à quoi devrais-je m'altendre? Dnns quel ét«; me trouvéje? Comment est-ce que je vis?... Est-ce que je ne vis pas de manière à avoir sujet de redouter la damnation éternelle?... Et je n'y pense pas?... Et je vis tranquille? — Funeste illusion ! Mes chers frères, nous voici en retraite pour nous desabuser ; et afin de nous rendre la

' Hebr. 9, 28. •■2 Job 1, 21.

HG in" joun. méditation du soir.

mort plus sensible, nous considérerons dans cette méditation ce qui advient à notre corps avant la mort, ce sera le premier point; — puis ce qui lui advient après la mort, ce sera le .second. Entrons dans les détails de cette double considération.

II. Pour bien comprendre ce qui adviendra k votre corps avant la mort, représentez -vous un moribond déjà condamné par les médecins; figurez-vous le mauvais riche de l'Evangile. Il vivait dans l'opulence : Erat quidam dives; honoré et respecté de tout le monde, parce qu'il était élevé en dignité : inducbatur purpura^ ; tout adonné à ses plaisirs et ne songeant qu'à satisfaire ses sens, il s'asseyait tous les jours à une table splendide : epulabatur quotidie splendide. Si vous jetez un coup d'œil sur cette vie, rien ne paraît plus digne d'envie : être craint et honoré, dominer sur ses égaux, voir la foule à ses pieds, commander en public, et nager au sein des délices, tout cela est séduisant, n'est-il pas vrai ? — Mais, hélas ! comme la scène change en un instant! Le voilà étendu sur un lit doré ; contemplez-le, le cœur tourmenté par des tristesses insupportables, et le corps en proie à d'atroces douleurs; observez les angoisses qu'il éprouve, sa respiration haletante, des maux d'entrailles affreux, une fièvre ardente qui croît d'heure en heure ; et surtout voyez-le tremblant d'effroi dans l'attente de son dernier soupir. Oh ! quelle salutaire leçon ! — Faites ici vos réflexions, mes pauvres pécheurs, et puis dites-moi, à quoi servent les richesses dans cet éiat, sinon à tourmenter davantage l'esprit'? A quoi servent les honneurs, les plaisirs, les désordres passés, sinon à accabler de plus en plus un pauvre moribond?

Enfin après une cruelle agonie, il est mort : mortuus est

> Luc 16, <9.

(lives. Où sont, maiiilonant les serviteurs, la pourpre, les festins, les assemblées joyeuses, les fêtes, le luxe et le faste? — Tout s'est évanoui. 0 mors, b'inum est judkium tuum^ ! 0 mort ! que tes conseils sont salutaires !

Oui, consultez la mort, mes chers frères, si vous voulez détacher votre cœur des jouissances viles et méprisables d'ici-bas. Et sachez que dans vos derniers moments vous éprouverez comme une mort anticipée ; vous serez à charge à vos parents, à charge à vous-mêmes ; votre corps, comme le corps de Job, sera en proie à la souffrance des pieds à la tête. L'Ecriture rapporte de l'impie Antiochus que son corps, avant sa mort, exhalait une puanteur si insupportable, que l'armée tout entière en était incommodée. S'il n'en est pas toujours ainsi de celui qui a vécu dans le désordre, au moins il n'est que trop vrai qu'à l'approche de la mort il éprouve, dans le corps et dans l'âme, un enfer anticipé. Etes-vous convaincu que vous vous trouverez un jour dans ce misérable état si vous ne changez de vie? Vous le croyez et vous n'y pensez pas? — Que dis-je ? vous vivez comme si vous ne deviez jamais mourir ? Quel aveuglement effroyable ! . . .

III. Je le sais, si l'on se représente un autre que soimême assiégé par les douleurs de la mort, on n'en est guère impressionné. Mais faisons autrement. Pour vous rendre la mort plus sensible, figurez-vous, dans celte méditation, que c'est vous qui êtes l'agonisant étendu sur ce lit de mort, couvert d'une sueur froide, dénué de forces, avec une respiration qui devient pénible, un pouls qui s'éteint, une voix qu'on n'entend plus. Ohi quel saisissement, lorsque le prêtre vous présentera le crucifix et prononcera ces paroles solennelles : Profwiscere, anima

> Eccli. 41, 3.

H8 m" JOUR MÉDITATION DU SOIR.

Christiana, de hoc mundo. Partez, àme chrétienne : il faut quitter ce monde, abandonner ce corps ; il est temps de dire un dernier adieu à tout ce qui vous entoure. Il y a une autre région, un autre monde qui vous attend. Songez à partir, pour vous rendre au tribunal de Dieu — Oh ! alors, certes, vous croirez ces grandes vérités de l'autre vie, qui, dans la fougue des passions, ne vous apparaissaient que comme des ombres lointaines. Alors, certes, à la clarté de ce cierge bénit, vous reconnaîtrez clairement la folie de votre vie passée, et vous serez effrayé du présent en vous trouvant dans la nécessité de franchir ce redoutable passage sans personne au monde pour vous aider. Les médecins seront impaissants pour vous, vos amis se retireront inconsolables ; vos parents, vos domestiques affligés, muets de douleur, au lieu de vous soulager, ne feront qu'accroître votre trouble et votre chagrin.

Venez ici, jeune homme ambitieux, qui ne parliez que de passe-temps et de plaisirs : voilà où vous en serez réduit un jour. Venez ici, femme vaine, qui vous glorifiez tant de vos charmes éphémères; pauvre créature, voyez ce qu'il adviendra de vous. Tous ceux qui vous visiteront sur ce lit de douleurs diront : voilà cette personne si belle, si spirituelle; elle est méconnais^able déjà et bientôt elle ne sera plus. Venez tous enfin , grands et petits, savants et ignorants, princes et sujet.^ ; voilà la dure conjoncture dans laquelle nous nous trouverons sous peu. Qu'allons-nous donc faire?... Nous recommander aux médecins? Ah! leur art a épuisé ses ressources. Espérer des miracles par l'intercession des Saints'? Mais les Saints désirent que la volonté de Dieu se fasse plutôt que la nôtre. Demander au moins un délai pour faire pénitence, et mettre ordre aux affaires

de notre conscience? Mais nous avons eu lunt de temps, peut-être même trop. Il fallait y penser plus tôt. Retourner en arrière, cela ne se peut : aller en avant, c'est par trop pénible. — Ah! monde infidèle, monde perfide, voilà comment un jour tu nous manqueras sous les pieds, et cela une seule fois, et une fois pour toujours !

Qu'avons-nous donc à faire? — Mes chers frères, il faut que nos illusions s'évanouissent; et voulez-vous savoir ce que nous devons faire pour cela? Nous devons faire dans cette méditation ce que font ceux qui ont à franchir un large fossé, ils reculent de plusieurs pas en arrière pour s'élancer avec plus de force. Ainsi, nous devons prévoir avec soin ce qui arrivera infailliblement un jour, et pourvoir à tout comme si nous touchions à l'événement. Tel sera le fruit de notre méditation : nous mettre à l'œuvre dès à présent, et prendre une résolution immédiate, une détermination énergique de régler notre vie comme si elle n'était qu'un acheminement vers la mort, une préparation au grand passage- et afin d'y réussir pénétrons-nous bien de ces trois vérités : un seul Dieu, une seule âme, une seule mort.

IV. Quant à ce qui advient au corps après la mort, voici une vérité claire et manifeste : dès que l'âme l'a abandonné, le corps reste là froid, pâle, immobile ; il ne tarde pas à exhaler une odeur infecte, on le met dans un cercueil pour le porter à l'église, où l'on chante ses obsèques, et devenu un objet d'horreur pour tout le monde, il est jeté dans une fosse. Pouvez-vous nier ce fait? — Non. — Eh bien! descendez maintenant en esprit dans cette fosse; voyez ce misérable cadavre tout au fond, considérez les phases qui se succèdent pour lui. Etendu sur cette couche de la mort dans un sombre tombeau , il n'a, comme dit Isaïe, pour matelas, pour couverture,

pour entourage que la pourriture, les vers et les ossements décharnés d'autres cadavres. En un court espace de temps, il est réduit à une poignée de poussière, à un consommé de pourriture. — Arrêtez-vous ici et dites, en poussant un profond soupir : 0 mors, quani amara est memoria tiia^ ! Que ton souvenir est amer, ô mort! Voilà donc ce corps que nous avons tant yimé, tant caressé, ce corps qui réclamait chaque jour des plaisirs, des satisfactions, des divertissements? Combien de fois l'Eglise n'a-telle pas fait retentir à nos oreilles ces paroles : Souvienstoi, ô homme, que tu n'es que poussière, et que lu retourneras en poussière? Le son de ces lugubres paroles aurait bien dû abattre notre orgueil, il aurait dû nous dégoûter de tant de vanités, de tant daltaches aux biens de la terre, de tant de désirs impurs; et cependant il n'en fut rien. Insensés que nous sommes, nous avons continué à vivre comme si nous ne devions jamais mourir. Voici enfin le moment de nous désabuser, et afin que nous ne tardions pas trop à revenir de nos illusions, appliquons-nous ce soir a nous graver profondément dans l'esprit cette vérité, savoir, que notre corps est un véritable fumier, et que nous devons le traiter comme tel si nous ne voulons pas qu'il entraîne notre âme à sa perle. C'est ainsi qu'en ont agi les Saints; je suis certain que vous les imiterez, si vous vous mettez devant les yeux ce tas d'ossements et de chairs putrides que la mort laisse au fond du cercueil, en vous répétant souvent à vous-mêmes : Voilà en quel état je dois être réduit un jour... Pensée salutaire, qui sera pour votre âme la source de tous les biens.

V. Ne voyons-nous pas tous les jours que pour vivre saintement le moyen le plus efficace, c'est de penser con-

' Eccli. 41, H.

LA SIORT. 121

tinucllement à la mort? Oh! combien sont devenus des saints a la seule vue d'un cadavre ! Nous en avons un exemple frappant dans la sœur Marianne de Jésus, religieuse de notre Ordre, morte en réputation de sainteté. Cetle grande âme fut convertie k Dieu d'une singulière façon. Elle était jeune encore et vivait au milieu du mojide , tout adonnée à la vanité, lorsqu'un jour lui apparut une personne qui lui res.-^emblait entièrement sous tous les rapports, portant les mêmes vêlements, la même parure, et qui lui dit : Me reconnais-tu? — Mais quoi! vous me ressemblez tout à fait. — Bien mieux, reprit celle-là, je suis une autre toi-même : vois donc ce que tu es. Et en disant ces mois, elle tourna le dos et laissa apercevoir un affreux squelette, et rien de plus. A partir de ce moment et durant l'espace de quatre ans consécutifs, Marianne n'aperçut plus que des os de mort; de toutes les personnes avec qui elle était en rapport, elle ne voyait que les ossements; les vêtements, la peau disparaissaient k ses yeux pour laisser le squelette à nu , elle ne reconnaissait plus personne qu'à la voix. Entrait-elle dans une église pleine de monde, cette église lui paraissait un tombeau ; passait-elle sur les places publiques, ces places étaient pour elle comme des cimetières. Si quelqu'un l'approchait , elle entendait le bruit des ossements s'entrechoquant; bien plus elle ne voyait pas même son propre corps, mais seulement des os décharnés. Ce^ spectacle continuel de la mort opéra dans cette âme un* changement incroyable; elle vécut et mourut en réputation de sainteté par toute l'Espagne.

Jetez un coup d'oeil sur cetle tête de mort ; ce sera là l'objet de notre méditation. Voilà ce qui adviendra de vous après le trépas. Votre tête à chacun, dans quelques années, sera semblable à celle que vous voyez ici ; elles

122 m* JOUR. MÉDITATION DU SOIR.

seront toutes égales, toutes dépouillées de leurs vains ornements ; plus de parures, plus d'ajustements : un ossement hideux et difforme, comme celui que vous avez devant les yeux. N'y a-t-il pas là de quoi faire évanouir vos illusions? 0 mors, bonum est judicium Inumai Consultez, mes chers frères, consultez la mort. Et si vous voulez retirer un fruit solide de la présente méditation, représentez-vous, mais de la manière la plus vive, que vos amis, vos compagnons, que tous ceux qui vous entourent dans cette église sont autant de squelettes décharnés. — Oh! vous frémissez d'horreur!... Est-ce qu'il n'en sera pas ainsi dans peu? — Très-certainement ; car de même que vous vous trouvez ensemble dans cette église, vous vous trouverez ensemble, pour la plupart, dans un cimetière commun. Or, que voudriez-vous avoir fait, chacun en particulier, avant de vous voir réduit à cet état?... La réponse à cette question vous suggère en peu de mots le fruit à retirer de cette méditation : ce que je voudrais avoir fait alors, je prends la résolution de le faire maintenant ; oui c'est maintenant le temps de faire le bien, d'en venir à une bonne confession, à un véritable changement de vie. Maintenant, je le répète, maintenant ...

0 E.'iprit-Saint, opérez vous-même ce changement dans les cœurs ; et vous, mes chers frères, ne résistez point aux suaves impulsions de la grâce, mais rendez-vous enfin, rendez-vous. (^ genoux.)

ORAISON PRÉPARATOIRE

VI. Ranimez votre foi sur la présence de Dieu, qui est en vous et autour de vous, et dites avec humilité : Mon

» Eccli. 44, .3.

LA MOI'.T. lâ'i

Dieu, je crois fermemeiit que cous êtes présent ici, et dans tout l'univers. — Faites ensuite un acte d'adoration profonde, et dites en inclinant la tête -.Je vous adore, ô Trinité sainte. Père, Fils et Saint-Esprit ; je vous reconnais pour mon Dieu, mon Seigneur et le souverain Maitre de mon âme.

l" Préluuk. Figurez-vous que vous êtes étendu sur un lit, condamné par les médecins, un cierge à la main, et qu'on vous inlime cette lugubre sentence que le prophète Isaïe notifia au roi Ezéchias : Mettez ordre aux affaires de votre maison, car vous allez mourir : Dispone domai tuœ quia morieris tu et non vives^ .

11^ PiŒHj;)E. Demandez la grâce de bien comprendre ce que signifie mourir, et quelles sont les propriétés de la mort, afin de vous déterminer a faire dès maintenant ce que vous voudriez avoir fait alors. Récitez un Pater et un Ave.

PltEMlER POINT.

Considérez ce qui arrivera à votre corps avant de mourir. D'ordinaire la mort est précédée de la maladie. Figurez-vous donc que vous tenez le lit depuis qu^-^lque temps, que le mal va en saggravanl peu à peu, et que divers accidents viennent, comme toujours, ajouter à vos souffrances, tels que la fièvre, des nausées, des douleurs de tête, des frayeurs de la mort, des visites d'amis, et de médecins lesquels en voulant vous soulager ne font souvent que redoubler le mal. Entre temps, les sens s'affaiblissent, l'imagination s'obscurcit, vous prenez du dégoût pour tout, vous vous livrez à rabattement, vous n'avez plus le courage de penser a autre chose qu'à votre dou-

• Isaiae 38, 1.

424 m* JOUR. MÉDITATION DU SOIR.

leur. Voilà quel sera alors votre état, pourvu toutefois que vous ne soyez point surpris par une mort subite qui vous abatte sans vous prévenir. Or, dite.s-moi, est-ce bien au milieu de tant d'accidents et de déboires que vous trouverez le moment convenable de mettre ordre aux affaires de voire conscience?... Et c'est a une pareille époque que vous renvoyez l'affaire la plus sérieuse, celle de votre salut et de votre éternité?... Avez-vous jamais réfléchi combien il importe de bien mourir?... Ah ! c'est une chose si importante que, supposé que vous fiissiez ah (Eterno, et que durant toute une éternité déjà écoulée vous n'eussiez été occupé qu'à vous préparer à bien mourir, vous n'auriez pas trop fait. Et vous, après avoir dissipé en vanités et en folles joies tout le temps de votre vie, vous vous flatteriez d'être suffisamment disposé par une préparation faite en hâte, à la dernière extrémité?.. . Et puis si ce moment même vous était refusé , comme il l'a été à tant d'autres?... Et dans la supposition qu'il vous fût accordé, s'il n'était pas suffisant pour détacher votre cœur de cette liaison, de cette mauvaise habitude, de celte occasion dangereuse?... Et si celle confession faite à la dernière heure n'était pas bonne, faute de contrition et de bon propos, ou parce que Dieu , en punition de votre négligence, ne voudrait plus vous accorder la grâce de la persévérance finale, que vous avez si souvent déméritée?..,

Ah! mon pauvre pécheur, ne vous apercevez-vous donc pas que vous courez au-devant de la mort, comme le bœuf qu on mène à la boucherie, sans y penser? Est-il possible qu'un homme aussi clairvoyant que vous dans les affaires qui ne sont d'aucune conséquence, se montre .si stupide dans une affaire qui est d'une importance capitale? .. Jetez-vous aussitôt aux pieds de Jésus crucifié.

et, versant un torrent do larmes remerciez-le du temps qu'il veut bien encore vous accorder pour remédier à un si grand désordre, et demandez-lui pardon de celte déplorable insouciance qui a été la source de tous vos péchés. Oh ! si vous étiez mort dans le cours de ces années passées, mall^ureux, où seriez-vous maintenant? aux exercices ou en enfer?... D'où vient donc que vous ne pleurez pas votre aveuglement?... que vous ne regrettez pas tant de belles années si mal employées?... N'estil pas vrai qu'au lieu de vous préparer à bien mourir, vous vous êtes fabriqué tous les jours de nouvelles entraves?...

Pleurez donc, et pleurez du fond du cœur ; frappezvous la poitrine en disant : 0 mon Dieu, mon Dieu, quelle n'a pas été votre miséricorde ! Plus j'ai multiplié mes offenses et mes prévarications, plus votre amour a multiplié les grâces. Je me repens, ô mon Dieu, de tant d'ingratitude, je m'en repens de tout mon cœur, et je prends la résolution de réparer les désordres d'une vie si criminelle.

Que dites-vous donc?... Ah! il ne suffit pas dune résolution flottante, il faut une résolution vigoureuse. Dites-moi de grâce : si le mauvais riche recouvrait maintenant la chance que vous avez de pouvoir pleurer ses péchés et se préparer à une bonne mort, que ferait-il ? — Oh I comme il fondrait en larmes, avec quelle ferveur il se condamnerait aux macérations et à tous les exercices de la plus rude pénitence. Mais pour lui, il n'en est plus temps, tandis qu'il l'est encore pour vous ; puissiezvous apprendre aux dépens d'autrui. Courage! embrassez les pieds du Sauveur, et pleurez sur votre égarement passé ; déplorez tant d'années perdues, et demandez-lui pardon d'une vie si criminelle, en lui promettant d'en

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126 m" JÙbll. MÉDITATION DU SOIIt

venir à une réforme de mœurs complète, et en harmonie avec les lumières qu'il vous donne. C'est être vraiment sage, mon cher frère, que de prévoir les événements avant qu'ils n'arrivent; car une fois qu'ils sont passés, les moins sensés les connaissent et les déplorent sans fruit. Méditez bien ces vérités, médites-les en silence...

VII. Imaginez de plus que votre maladie, déjà reconnue mortelle, vous a réduit à l'extrémité. Les médecins vous ont abandonné ; le prêtre, debout au chevet de votre lit, vous présente la chandelle bénite et vous aide à la tenir en main, parce que vous n'en avez plus la force. Vos yeux se voilent, votre langue s'épaissit, votre poitrine se gonfle, votre respiration devient saccadée, le pouls s'éteint, vous mourez... Et voilà que votre âme est séparée du corps; en un moment tout a disparu pour vous; il n'y a plus pour vous ni monde, ni ciel, ni soleil, ni champs, ni habitation magnifique et si bien garnie; plus de dignités, ni de richesses, plus de pompes, ni d'honneurs, ni de famille, plus rien de temporel; vous êtes dépouillé de tout. Oh ! situation épouvantable ! 0 mors, quam amara est memoria tua! Quel coup terrible pour votre pauvre cœur, lorsque, sur le point de rendre le dernier soupir, vous représenterez votre bannissement per[)étuel de ce monde, et l'abandon de tous les biens que vous y possédez, sans espoir de les recouvrer jamais! Quelle frayeur quand vous vous trouverez à ce moment fatal où la mort va mettre la main sur tous les objets les plue chers auxquels vous teniez ici-bas ! . . .

Qu'en dites-vous, vous qui avez constamment prostitué toutes vos affections aux choses de la terre? vous qui avez toujours eu votre cœur enseveli dans la fange?... Or, dites-moi, si le souvenir seul de la mort vous est déjà si amer, que sera-ce de sa présence, alors que vous la

verrez en laie, el sur le point de vous arracher de vive force à toutes les personnes qui vous sont chères? Ah! quelles transes ! quelles angoisses ! ... Pensez-y un instant en silence, pensez-y sérieusement... Y avez- vous pensé? Eh bien I diles-moi mainlenaiit, a quelle distance êtesvous de ce moment si formidable? Remontez en esprit le cours de vos années, et considérez si le temps écoulé jusqu'ici n'a pas été bien court ; que vous en semble-t-il?... Très-court, n'est-il pas vrai?... Or, sachez que le temps qui vous reste sera beaucoup plus court encore; oui, il viendra bientôt ce jour dont vous verrez le matin et dont vous ne verrez plus le soir. Et si ce jour était celui où je vous parle, que voudriez-vous avoir fait?... Voudriezvous avoir outragé Dieu dans ses églises, blasphémé son saint nom, repoussé les pauvres rudement? Voudriezvous avoir croupi dans les désordres les plus honteux, propagé les médisances les plus malignes, nourri les inimitiés les plus acharnées? — Non, mon cher frère, non ; vous voudriez au contraire avoir vécu comme un saint. D'où vient donc que vous ne vous stimulez pas davantage ce soir?... Ne s'agit-il pas de vous en ce moment? Ne traite-t-on pas de vos plus grands intérêts. Ne devezvous pas vous trouver incessamment dans cette conjoncture décisive? — Allons donc; jelez-vous aux pieds de la très-sainte Vierge. Ah I elle saura bien, elle, exciter la componction dans votre cœur, elle saura faire éclater vos gémissements et vos sanglots. 0 puissante Vierge, auguste Mère, gagnez ce soir tous les cœurs à Dieu. — Nous devons répandre ce soir, dans cette sainte méditation, les larmes que nous voudrions avoir répandues à l'article de la mort. Demandez donc pardon à Dieu de tant d'attaches criminelles aux créatures , de tant d'excès commis ; mais demandez pardon à Dieu pour l'amour de

128 111"= JOUSi. MÉDITATION DU SOIT,.

la très-sainle Vierge, ol, en vous frappant, la poitrine, dites-lui du fond du cœur :

Pardon, mon Dieu, pardon. Pardonnez-moi pour l'amour de votre Mère bien-aimée. Et vous, auguste Vierge, soyez une Mère aussi pour moi, et une mère compatissante : assistez-moi à ce moment redoutable, obtenez-moi une bonne et sainte mort. Maria, Mater graiiœ (prononcez ces paroles les larmes aux yeux), Maria, Mater graiiœ, Mater misericordiœ, tu nos ab hoste protège, et fiora mortis suscipe. 0 Marie, je vous en conjui^e, procurezmoi une bonne, une sainte mort; c'est la grâce que je vous demande, et pour l'obtenir, je prends la résolution de changer de vie tout de bon. A cette fin, plus jamais dans telle maison, plus jamais avec tel compagnon, plus jamais. . Ah! tendez-moi la main, ô Vierge puissante! convertissez mon cœur, détachez-moi de toutes les créatures, et obtenez-moi la grâce de sortir de ce lit d'iniquités par une bonne et sincère confession, afin qu'en vivant chrétiennement à l'avenir, je puisse espérer de faire un jour une bonne et sainte mort...

SECOND POINT

VTII. Considérez ce qui survient après la mort. Voilà que l'âme est séparée du corps ; celui-ci prend un aspect repoussant, hideux; privé de mouvement, de sentiment, de vie, il exhale une puanteur qui éloigne tout le monde. Ceux qui le servaient l'abandonnent, ceux qui le respectaient lui tournent le dos. On l'enveloppe dans le linceul le plus vil qu'il y ail dans la maison, on le renferme dans la bière et on le porte à l'église, et après que chacun l'a considéré avec un sentiment d'horreur, on le descend dans une fosse. Entrez dans cette chambre funèbre de la

.::ort,. ot figurez-vous que c'est votre propre corps que vous V vovez jeté sur un tas d'ossements desséchés : remarquez comment, après avoir été quelque temps la pâture des vers, li se réduit bientôt k un peu de pourriture. Que si le dégoût vous prend à ce spectacle, et si vous n'avez pas le cœur de le supporter plus longtemps, rentrez en vous-même, et ouvrez les yeux en présence d'une si grande vérité. Puis dites-moi de grâce, n'est-ce pas là ce corps en faveur duquel vous en êtes venu au point de fouler aux pieds la loi de Dieu'? Oui, cest bien lui. -Mais, grand Dieu! le plus vil animal dans sa peau, n'est-il pas plus estimable que ce corps en putréfaction? Comment donc avez-vous pu vous laisser séduire par une apparence si trompeuse? Ah! malheureux monde! qui est-ce qui ne preiulrait pas la résolution ce soir de détester les maximes?... Est-ce que nous ne devons pas être tous réduits à celte misérable condition? — Hélas! infailliblement, mes chers frères; tous, tant que vous êtes, jeunes et vieux, riches et pauvres, grands et petits, dans peu vous ne serez plus que cendre et poussière ; et vous aussi, savants; vous aussi, marchïinds; vous aussi, soldats, vous serez réduits eri poussière ; les rois eux-mêmes, les empereurs, les papes, tous sans en excepter un sjul, descendront dans lo tombe pour y être réduits à une vile poignée dépoussière. Oh Dieu ! quelle écrasante vérité! ... Voilà donc comment passent les choses de ce monde : aujourd'hui elles brillent sur la scène, et puis elles s'évanouissent sans laisser de trace : Prœterit figura Iiujus mundi* ; la figure do ce monde passe vite, dit l'Apôtre, elle disparaît rapidement : prœterit. Pénétrez donc bien, mon cher frère, une vérité si pratique et si solide ; et à la

« I Cor. 7, 31.

i30 Ili* JOUR. MÉDITATION DU SOIU.

vue de ce corps tombant en pourriture, concluez avec l'Esprit-Saint que tout n'est que vanité. Et le cœur saisi d'effroi, pénétré d'un saint mépris du monde, écriez-vous avec force : Vanitas vanitalum. Vanité que les empires, vanité que la science, vanité que les dignités, vanité que la beauté, vanité que les honneurs, les pompes, les plaisirs, vanité que ce corps même que vous choyez tant, vanité, vanité ! Mais pourquoi toutes ces choses ne sontelles que vanité? — Parce qu'elles ne servent de rien pour cette chose précieuse qui seule demeure et dure éternellement. Et quelle est-elle? c'est l'âme, oui, Tâme. Avez-vous jamais pensé tant soit peu sérieusement à l'âme? Quelle folie cependant de perdre votra âme qui est éternelle pour un peu de vanité?... Pour un plaisir d'un moment, un plaisir vain et frivole, un plaisir vil et indigne, sacrifier votre âme qui est unique, immortelle, et doit vivre éternellement.

Ah! jetez-vous aux pieds de Jésus crucifié, et diteslui que vous êtes un aveugle, que vous avez les yeux de la foi obscurcis, et par conséquent demandez-lui la lumière : Domine, vt videnrn^ ; Seigneur, éclairez-moi, éclairez-moi. Si par le passe j'ai aimé mon aveuglement, si je me suis même aveuglé tout exprès pour ne pas voir, pour ne pas connaître, ah! maintenant je m'en repeus, et je vous en dem-tnde pardon. 0 Dieu infiniment bon, à la vue d'une si éclatante vérité, je m'abandonne entre vos mains, afin que vous me traitiez comme il vous plaira en cette vie,, pourvu que vous me fassiez la grâce d'une bonne et sainte mort. Je sais que vous m'aimez et que vous voulez mon bien. Je suis au contraire un ingrat qui, au lieu de vous aimer vous qui êtes le souverain bien me suis atta-

* Luc. 18, 41

ì.\ MORT. 131

cl)é à un peu de fumée et de vanite. Ali ! mon Dieu, que je suis désolé de vous avoir causé tant de déplaisir! Daignez cependant agir envers moi en père miséricordieux, et me pardonner; pardon, mon Dieu, pardon... Mais il ne me suffit pas d'obtenir le pardon de tant de désordres : changez aussi ce cœur, ô divin Sauveur, et détachez-le de toutes les vanités si frivoles du siècle, de sorte que j'emploie un peu mieux désormais mes affections, et que j'aime mon âme, cette âme que vous avez tant aimée, cette âme pour laquelle vous avez versé votre précieux sang. Ah! faites, ô mon Dieu, qu'avec le secours de votre grâce, je consacre toutes mes affections, toute ma sollicitude à sauver mon âme, à l'enrichir de mérites par la pratique des bonnes œuvres, et à lui assurer une éternité bienheureuse. Je vous en conjure par l'amour dont vous m'avez aimé sur la croix, je vous en conjure par les souffrances énormes que vous avez endurées pour mon âme, changez mon cœur, redressez mon amour. J'ai une âme immortelle, un paradis éternel, un Dieu éternel à aimer : voilà ce que je veux aimer et rien de plus... Pensez-y bien.

IX. En dernier lieu, figurez-vous que votre àme est conduite sur le bord de la tombe pour voir votre corps déjà rongé par les vers et tombant en décomposition. Que dirait la malheureuse en le voyant réduit à un état si hideux, et en se rappelant tant de péchés commis par amour pour lui? — Pour lui, elle a repoussé la grâce; pour lui, elle a méprisé l'amitié de Dieu ; pour lui, elle a perdu tant d'âmes qu'elle a entraînées au péché. Quelle horreur ne concevrait-elle pas alors d'une pareille indignité! Comme elle désirerait de pouvoir animer de nouveau ces membres décharnés afin de les affliger par la mortification, de les mater par la pénitence! Mais alors ce désir sera vain ; il sera trop tard. Ouvrez donc le? yeux

<32 m" joun. méditation on soir.

à la lumière de ces éclatantes vérités, et prenez la résolution de porter de dignes fruits de pénitence. A cet effet, adressez-vous à la bonté de votre Dieu, et demandez-lui, avec soupirs et avec larmes, un peu de temps.

Oui, mon Dieu, c'est du temps que je vous demande, le temps de faire pénitence. Malheureux que je suis ! si j'étais mort avant cette retraite, qu'en serait-il de ma pauvre âme?... Ah! mon Dieu, accordez-moi un peu de temps, le temps de faire pénitence...

Vous avez raison de demander du temps ; car l'Esprit- Saint vous fait entendre que la mort viendra comme un voleur de nuit vous surprendre à l'improviste, au moment où vous y penserez le moins : Qua horanonputatis, Filiiis hominis veniet^ . Et quand est-ce que l'homme y pense le moins, si ce n'est quand il croupit dans l'état du péché?... Par conséquent, l'Esprit-Saint en vous prévenant que vous mourrez lorsque vogs vous y attendrez le moins, veut dire que la mort vous enlèvera après que vous vous serez abandonné à quelque grand péché. Mais comme ce serait là le comble du malheur, vous ne sauriez trop insister pour obtenir le temps de faire pénitence.

Ah! mon Dieu, châtiez-moi, punissez-moi, j'y consens : mais que ce ne soit pas de ce dernier châtiment, que ce ne soit pas dans le temps où je me trouve en péché mortel. Hélas! si la mort venait me surprendre à l'improviste dans un pareil moment, je serais infailliblement damné. Ayez donc compassion de moi, ô mon Dieu, je vous demande du temps, lo temps de faire pénitence.

Fort bien; mais que celui qui a le temps n'en attende pas davantage. Le temps, vous l'avez ; quel temps plus propice que celui de ces saints exercices? — Pourquoi donc

• Luc. 12, 40.

iron usez-vous pas? — Pourquoi, eii face de ces vérités si frappantes, ne mellex-vous pas toutes vos affections déréglées en déroule? Pourquoi ne pas pleurer, ne pas détester votre vie passée, qui inerite une mort éternelle? Ah! embrassez, mon pauvre pécheur, les pieds de Jésus crucifié, et pénétré de repentir, frappez-vous la poitrine, demandez-lui pardon de tant do jours et d'années perdus en bagatelles ou passés dans le dérèglement et le péché.

0 temps si mal employé, que tu me pèses sur le cœur !.. Ah! mon Dieu, pardonnez-moi tant d'impiétés. Pardon, Seigneur, pardon. Vous n'avez que trop sujet de condamner ce corps à être dévoré par les vers, et ces os a être réduits en poussière ; mais voici la grâce que j'implore humblement : puisque je dois perdre le corps, faites qu'au moins je ne perde point l'âme; puisque je ne puis soustraire ce corps à la corruption, qu'au moins je sauve mon âme de la damnation. Hélas ! si je continua à vivre comme je l'ai fait, si je continue à contenter ce corps si indigne, à la fin je perdrai le corps et l'âme. 0 mon Dieu, ayez compassion de moi, et faites-moi la grâce d'appliquer le remède au mal.

Le remède, vous l'avez, il est entre vos mains : il consiste à faire maintenant ce que vous voudriez avoir fait k l'ari icle de la mort. Ce sera la tout le fruit de cette méditation. Livrez-vous donc aux réflexions suivantes, au pied du crucifix.

Je dois mourir, c'est immanquable c'est indubitable... Eh bien! ne voudrais-je pas mourir détaché de telle créature qui m'a empoisonné le cœur et tant fait offenser Dieu? — Certainement que je le voudrais. Voici donc, mon Dieu, quejem'en détache toutà failet que j'y renonce par amour pour vous; jamais plus je ne meilrai les pieds dans cette maison, jamais plus. — Ne voudrais-je pas F. N. vu. M

134 m' JO€R. MÉDITATIU.N nU SOIK.

mourir sans avoir à me reprocher ni fraude, ni injustice, ni bien mal acquis? — Oui, certes; je prends donc la résolution dopérer telle restitution, d'acquitter ces dettes, de mettre ordre à tant d'intrigues par un bon testament, où tout sera réglé selon la justice et la charité, et par lequel je donnerai à Dieu ce qui revient à Dieu, en faisant le plus possible pour les pauvres de Jésus-Christ. — Ne voudrais-je pas mourir eu paix avec tout le monde, après avoir pardonné toutes les injures qui m'ont été faites? — Oui, certainement; en conséquence, je fais la paix avec tous ceux qui m'ont offensé, afin de remettre tranquillement mon âme à Dieu. — Ne voudrais-je pas mourir en détestant mes péchés, et avec une vive douleur d'avoir tant offensé mon aimable Sauveur? — Eh bien! mon divin Jésus, je les déleste à vos pieds et de toutes les forces de mon âme. — Ne voudrais-je pas mourir après m'étre conîessé dans de bonnes dispositions? — Je me propose donc de faire aussitôt une bonne et sainte confession. — En un mot, ne voudrais-je pas mourir dans l'état auquel il vous plaît de fn'appeler, ô mon Dieu? — Eh bien! me voici prêt à tout. Voulez-vous que je quitte le monde, voulez-vous que je me fasse religieux dans l'Ordre même le plus austère? Je suis disposé a tout ce qui vous plaira, pourvu que vous m'accordiez la grâce d'urie bonne et sainte mort : c'est là tout ce que j'ai a cœur. Oui. mon Dieu, je vous prie de m'accorder une bonne mort, une sainte mort; pour l'obtenir je suis décidé a ne plus tenir aucun compte de ce qui passe, et à no faire cas que de ce qui dure et durera éternellement : Quod OBternum non est, niliit est. — Pater et Ave.

X. La mort n'est pas le plus terrible de tous les maux, comme l'a prétendu Arislote, en disant : Omnium terribilium, terribillissima mors est; c'est la mauvaise mort qui doit épouvanter par-de'^sus tout quiconque porte le caractère de chrétien gravé sur son front. Mourir est un sort qui nous est commun avec les bêtes , mais bien mourir, oh I que c'est une chose rare de nos jours , où l'on voit l'iniquité abonder pnrtout. Votre corps, comme vous venez de le méditer, se réduira à un peu de boue; mais votre âme, qu'en sera-t-il?... Qae vous en dit votre conscience? Vous semble-t-il que vous mourrez de la mort des justes et des saints, ou bien de la mort des réprouvés?— Jetez un res:ard sur votre vie et vous reconnaltrez aussitôt quelle sera votre mort : si vous vivez bien, vous mourrez bien ; si vous vivez mal, vous mourrez mal. Ah! mes bien-aimés frères, à Dieu ne plaise que vous soyez du nombre de ceux qui pendant tout le cours de leur vie prétendent suivre la voie large, la voie battue par le grand nombre, pour réserver à Dieu les derniers moments qui précèdent la mort. Non, mes chers frères, non, ce calcul ne vous réussirait pas; c'est là suivre la voie de la perdition : Spatiosa via est, quœ ducit ad perditionem*. Et ne vous laissez pas séduire par de belles apparences , n'allez pas croire que mourir avec le nom de Jésus en bouche est un gage suffisant que l'âme a pris son essor vers le ciel. Au lieu de dire : un tel est mort, vous avez coutume vous autres de dire : un tel est allé en paradis, comme si pour aller en paradis il n'y avait autre chose à faire que de fermer les yeux et rendre l'âme.

' Matth. 7, iH.

136 m" JOUI'.. MÉDITATION DU SOIR.

Oh! non, non, il n'en est pas ainsi : telle vie, telle mort. Vivre habituellement dans l'état du péché , se confesser rarement, et nonobstant cela espérer une bonne mort, c'est une folle présomption, et une véritable témérité; c'est courir les yeux fermés à sa perte. C'est de ceux-là que parle lEcriture, quand elle dit qu'ils mourront dans leurs péchés. Pensez-y donc et pensez-y constamment ; car l'erreur en ce cas-ci serait sans remède, et entraînerait à sa suite une éternité de maux.

XI. Le trait suivant arrivé à un gentilhomme anglais servira à exciter voire vigilance. C'était un hérétique qui, après avoir été instruit de la vérité catholique par un fervent religieux, avait abjuré l'hérésie et ne voulait plus entendre parler de Luther ni de Calvin. Mais il était fort riche, et il avait tout sujet de craindre, s'il venait, contrairement aux édits de l'impie Elisabeth, à se déclarer catholique, qu'il se verrait dépouillé de sa fortune. Il songCct donc à prendre un parti qui lui parut habile : c'était de paraître extérieurement protestant , afin de conserver ses biens temporels, et de professer intérieurement la foi catholique pour gagner les biens éternels. Ce moyen terme, dis-je, lui paraissait tout concilier le mieux du monde ; car voici comment il raisonnait : pour sauver son âme il n'est pas nécessaire de vivre saintement, il suffît de faire une bonne mort; par conséquent, dès lors que je m'assure une bonne mort, je n'ai pas à m'inquiéter d'autre chose. Or, pour s'assurer une bonne mort, que fit-il? Comme il passait la plus grande partie de sa vie en ville ou dans une maison de campagne à peu de distance de Londres, il entretenait un confesseur catholique dans chacune de ses deux habitations, pour que l'un ou l'autre fût toujours prêt à lui donner l'absolution, en cas d'accident, et qu'ainsi il ne pût manquer de se sauver. Un

vertueux directeur l'avertit que ce n'était là qu'une illusion du démon et qu'il n'y a point de prudence contre les desseins du Seigneur : Non est consilium contra Domimim*; que c'était une insigne folie de faire dépendre d'une chance si incertaine la plus importante de toutes les affaires, celle du salut. Mais rien ne put lui faire ouvrir les yeux. Un jour, comme il se rendait d'une maison à l'autre, il est subitement frappé d'une apoplexie foudroyante qui l'étend par terre. Les domestiques qui l'accompagnaient coururent à bride abattue pour lui amener celui des deux prêtres qui était le plus proche ; mais Dieu avait mesuré la violence du coup de telle sorte que le malheureux, transporté aussitôt dans une auberge, y expira, sans donner aucun signe de pénitence, avant l'arrivée du confesseur. Quelle mort affreuse! Voilà un homme qui tenait deux confesseurs à sa disposition pour avoir la faculté de vivre mal , et qui n'en put avoir un seul pour bien mourir.

Quels sont maintenant vos sentiments? Auriez-vous encore la hardiesse de faire dépendre votre salut éternel d'un moment aussi incertain que celui de la mort? Non ; ce serait une imprudence... Quelle est donc votre résolution? Vous croyez être doué d'un bon jugement , et moi je vous dis que si vous n'avez pas soin de vous assurer une bonne mort , vous ne montrez ni jugement ni raison. — Mais que faut-il faire? — Le voici : faites maintenant ce que vous voudriez avoir fait alors. Maintenant donc, mes chers frères, oui, dès maintenant mettez-vous à fréquenter les sacrements, dès maintenant renoncez à toutes les occasions qui vous exposent au danger d'offenser Dieu, dès maintenant, avec les conseils d'un directeur spirituel,

• Prov. 21, 30.

P. u. vn. <2*

438 m® jouii. sitniTATiON ou soiu.

dressez un plan de vie cliréiienne. religieuse, en rapport avec les lumières et les bonnes inspirai ions dont Dieu vous a favorisés dans cette retraite. Et ne vous faites pas illusion au point de croire, mes bien -aimés frères, que pour se sauver il suffise de mourir un crucifix à la main, après avoir reçu les sacrements à la bâte, et tout hors de soi. S'il en était ainsi, les Saints n'auraient pas fait une si longue préparation, et l'Evangile ne nous recommanderait pas tant de nous tenir toujours prêts. Ah ! il est bien dangereux de ne vouloir commencer k vivre chréliennement que quand il faudra cesser de vivre! Déterminezvous-y donc maintenant, je le répète, déterminez-vous-y maintenant ; et tandis qu'on donnera la bénédiction du Saint-Sacrement, demandez à Dieu un peu de temps pour vivre aussi bien désormais que vous avez mal vécu par le passé. Pater et Ave.

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