‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 26 sur 78 · QUATRIÈME JOUR · texte numérisé non relu

QUATRIÈME JOUR

SUR LAVAIUCIC OPPOSÉE A LA LIBÉUALITÉ.

I. Nous avons suffisamment expliqué dans l'examen précédent la première espèce d'avarice, celle qui est contraire à la justice; il uous reste à expliquer aujourd'hui la seconde, qui est opposée à 1«. libéralité.

Il n'est pas de vice plus détesté dans l'Evangile que celte maudite avarice. Notre-Seigneur Jésus-Christ ne blâma autre chose dans les Pharisiens que l'orgueil et l'avarice; mais quelle avarice? Non pas celle qui ravit le bien d'autrui, mais celle qiii consiste à posséder les biens de ce monde avec trop d'attache, à les désirer et à les rechercher avec trop de sollicitude. C'est pourquoi dans les instructions qu'il donnait à ses apôtres, il leur recommandait de se garder soigneusement de toute sorte d'avarice : Videte et cavete ab omni avaritia^ , c'est-à-dire, tant de celle qui est injuste , que de celle qui est trop tenace. Et pour nous découvrir la force des obstacles que les biens temporels opposent à notre entrée dans le ciel, il laisse échapper cette épouvantable sentence : Quam difficile qui pecunias habent, in regnum. Dei introihunt'^l Qu'il est difficile que ceux qui possèdent beaucoup

1 Luc. 12, 15. * Marc. 10, 23.

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de richesses et qui en sont possédés en même temps, puissent se sauver.

Examinons-nous attentivement dans la présente réforme, pour voir si malheureusement il n'y aurait point ici quelque misérable esclave de cette avarice contraire à la libéralité.

II. Examinez d'abord si votre avarice arrive au point de détacher votre coeur de Dieu. — Il est certain que l'avarice est une passion si violente, qu'elle détache le cœur et de Dieu et du prochain, pour l'assujettir à tous les vices. Voyez-en la preuve dans certains avares, que le prophète représente comme enveloppés dans l'argent : involuti argento* , toujours plongés dans l'argent, ne faisant que manier de l'argent, vendant, achetant, prêtant à intérêt, accumulant ou traitant d'affaires financières; ils sont tellement identifiés avec l'argent qu'ils ressemblent à ces polypes attachés au rocher : a moins de les metlre en pièces, vous ne parviendrez pas à les en arracher. Les autres affections déréglées s'affaiblissent et disparaissent avec l'âge ; il en est tout autrement de celle-ci, et c'est là le pis. De même que le faîte des pyramides ou des clochers , à mesure qu'il s'élève davantage, devient plus aigu , ainsi l'avare en vieillissant ne fait que raffiner en cupidité et en désir d'accumuler. Et cependant cette maudite passion, la plupart du temps, reste cachée au fond du cœur sans qu'on s'en doute, parce qu'elle a l'art de se travestir habilement; elle se drape sous les apparences de la prudence qui enseigne à prévoir les éventualités de l'avenir; sous les apparences de la charité, qui veut que l'on songe à ses enfants ; sons les apparences de la nécessité : il faut tenir son rang; en un mot, elle est

1 Soph. 1, 11.

SOR l'avarice opposée a la LIHÉRALITÉ. 141

comme le serpent que l'on reconnaît d'autant plus difficilement, qu'il imite mieux la couleur de la terre.

Pour parler clairement, cette passion est le plus grand ennemi de la profession du christianisme, parce qu'elle étouffe tout k fait l'amour de Dieu. La première pensée d'un chrétien doit être de sauver son âme. n'est -il pas vrai? Quœriie primum regnum Dei^ . Mais Ik où pénètre l'avarice, la première pensée quelle est-elle? — Entasser des richesses. On ne distingue plus les jours de fêtes, ou si on les distingue, c'est comme occasions de gagner davantage, en étalant se? marchandises sur les foires, en faisant travailler des ouvriers à moitié pour rien. De telle sorte que les jours les plus solennels, ces jours où l'Eglise désire que les fi lèles se rappellent les bienfaits de Dieu et lui en témoignent leur reconnaissance, en s'approchant des sacrements, sont précisément, pour une classe de personnes, ceux où l'on est le plus absorbé par les questions d'intérêt, et où l'on songe le moins 'a s'occuper de bonnes œuvre>. Proposez-leur d'entendre une messe de plus, impossible ; il faut conférer avec tel procureur. — Le soir, un bout de chapelet : la tête n'y est pas, il faut répondre k tant de lettres. — Le dimanche matin, un peu de recueillement, dans un oratoire ; on a bien autre chose k penser ; tant de procès en train ! En un mot, pour l'avare il semble qu'il n'y ait ni Dieu, ni paradis, ni saints. Ai-je dit la vérité, oui ou non?

Examinez-vous bien pour voir si vous n'êtes pas de ce nombre.

IH. Que l'avarice vous détache le cœur de Dieu, c'est un f^rand mal ; mais qu'en outre elle vous mette dans l'impossibilité, pour ainsi dire, de vous appliquer k la

' Matth. 6, 33.

grande affaire de votre salut et vous en ôte en quelque sorte la liberté, oh! voilà ce qui est beaucoup pis. Je m'explique par une comparaison tirée de l'Ecriture et que j'appliquerai à ma manière. Samson^ comme vous le savez tous, se laissa lier d'abord avec des nerfs de bœufs, puis avec de grosses cordes neuves qui n'avaient pas encore servi ; et il les rompit comme on romprait un 61. Mais à la fin, vaincu par les obsessions de Dalila, sa femme, il lui découvrit que le secret de sa force résidait dans ses cheveux, de sorte qu'ayant eu la tête rasée, il devint faible comme les autres hommes, et tomba au pouvoir des Philistins, qui lui crevèrent les yeux, et le condamnèrent a tourner la meule d'un moulin. Or, je demande quelle fut la faute de Samson. Est-ce de s'être laissé lier de tant de façons ? Non, là ne fut pas sa faute ; il savait très-bien que tous les liens céderaient à ses efForts et qu'il n'y avait pas de filet capable de le retenir. Le grand tort qu'il eut, ce fut de révéler le secret véritable de sa force et de laisser couper sa chevelure , sans laquelle Samson n'était plus un Samson. De même, disje, supposé qu'un négociant, qu'un industriel se laisse enchaîner par mille préoccupations de trafic, d'industrie, d'entreprises de toute espèce ; est-ce en cela que consiste le vice funeste de l'avarice? Non, là n'est pas l'avarice; le mal est de se laisser couper les cheveux. Je m'explique : tel commerçant est accablé d'affaires; cependant le matin de bonne heure, dès qu'il entend sonner la cloclie, il se dit : trêve de soucis; la messe avant tout. Voilà un Samson qui est lié, si l'on veut, mais qui n'est pas rasé. Tel autre encore est retenu par sept entraves et plus; ce sont des expéditions à faire, des ouvriers à payer, des comptes à régler, des lettres à écrire, des dettes à acquitter, des créances à recouvrer, oh ! que de

SUU LAVAlilCt 01>:'0SÉE A LA LlBtHALlTÉ. i k'i

liens et quel lubyrinllie ! Vienne cependanl le premier dimanclie du mois uu quelque grand jour de fêle, il se dégage de tous i:es embarras, et se rend pieusement à l'église pour faire ses dévotions. Voilà encore un Samson qui est lié, mais non rasé, parce qu'au milieu de ses nombreuses affaires, il ne perd pas de vue la grande affaire de son élernité. Mais (faites bien altentioa à ce mais), mais lorsque vous êtes comme garrotté par mille liens d'intérêts, et que vous n'avez plus la force de les briser, pour vous en dégHger de temps en temps, et vous approclier régulièrement des sacrements; hélas! dès lors vous n'êtes plus que de pauvres Samsons , liés et rasés tout à la fois ; dès lors l'avarice commence à vous dominer, et bien que vos bénéfices soient légitimes, ce qui ne l'est certainement pas, c'est cette fureur d'acquérir qui vous absorbe; c'est là une avarice impitoyable qui vous traitera comme l'a été Samson, c'est-à-dire que, comme lui, vous serez écrasés sous les ruines de votre maison, et alors, pour qui seront tous ces trésors que vous amassez? Quœ parasti, cujus erant^ .

C'est ce qui arriva à un négociant, homme à gra-ndes entreprises et sur terre et sur mer. On ne sache pas qu'il y ait commis des injustices dans son commerce ; mais il était tellement accablé sous la masse des affaires, que pour lui les jours de fêles étaient plutôt des jours de foire , étant constamment de cœur au milieu de ses magasins, ou la plume en main, occupé à calculer et à dresser des notes. Arriva enfin le moment d'aller rendre ses comptes au souverain Juge, et comme il ne trouvait de consolation ni en Dieu , ni dans la très-sainte Vierge ouïes autres saints. — Hélas! dit-il, puisque ni Dieu, ni

' Luc. !2, 20. ^

les saints ne viennent à mon secours, apportez-moi ici une bourse pleine d'or. — On l'apporte. — Appliquez-la sur mon cœur oppressé. — On la lui applique : Monsieur sent -il quelque soulagement? — Du soulagement! s'écrie-t-il, ah! comme cet or au contraire me biûle et me dévore, quand je songe qu'il me faudra tout quitter, sans rien emporter avec moi. Mais non, il n'en sera pas ainsi. Je veux que cette bourse pleine d'or repose sur mon cœur quand je serai mort, et qu'on m'ensevelisse avec elle. — Ses ordres furent exécutés. Quelques jours après, un fossoyeur, instruit du fait, se rendit la nuit au cimetière pour emporter la bourse. Mais ayant ouvert la tombe et enfoncé le cercueil, il fut saisi d'horreur à la vue d'un affreux crapaud, qui retirait les pièces d'or de la bourse, et, les convertissant en poignards, les enfonçait dans le cœur de l'avare. Je vous le demande maintenant ; de quels poignants remords doit être percée l'âme de ce mi?ér^.b!e dans l'autre monde, à en juger par l'idée que Dieu a voulu nous en donner par ce trait? Ausài saint Thomas dit-il que lorsque l'avarice est portée au point de faire oubher et omettre les moyens nécessaires au salut, elle devient péché mortel ; car en effet celui qui se laisse absorber aussi complètement parla cupidité, montre évidemment qu'il fait plus de cas de quatre sols que de son Dieu, qu'il attache plus de prix aux choses temporelles qu'aux biens éternels.

Examinez-vous et voyez si votre cœur ne s'est pas laissé enduire de cette glu tenace qu'on nomme l'avarice.

IV. L'avarice enchaîne le cœur humain de toutes les manières, et pour le réduire parfaitement en esclavage, non-seulement elle le détourne de Dieu et le met dans l'impossibilité, en un sens, de travailler à l'affaire importante de son salut, mais elle le détache aussi du prochain.

SUR l'avarice Ol'POSÉE A LA LIBÉRALITÉ. 145

Le mot latin qui signifie richesse vient, d'après plusieurs, (lu verbe diviser, divitiœ a dividendo. Donnez-moi deux frères qui aient sucé le même lait, qui aient vécu longtemps sous le même toit, si l'intérêt se jette au milieu d'eux, les voilà divisés comme les deux plus mortels ennemis; c'est que l'esprit d'avarice est un esprit de dissension , diamétralement opposé à l'esprit de Jésus-Christ qui est un esprit de charité. Voyez ce marchand ; il voudrait absorber tout le commerce à lui seul ; il porte envie à son concurrent, et ne manque aucune occasion de lui couper l'herbe sous les pieds. Ce riche ne s'inquiète pas que les pauvres meurent de faim, quand il s'agit de vendre son grain à un prix exorbitant; pourvu que sa table soit abondamment servie et qu'il ne manque de rien, peu lui importe s'il a négligé de satisfaire aux dernières volontés de ses parents défunts en ce qui concerne les legs pieux, ou si ses livranciers ne sont pas payés ; que de pauvres ouvriers gémissent dans l'indigence, que les âmes des trépassés brûlent en purgatoire, il ne s'en soucie aucunement. Il ne songe qu'à une seule chose, à entasser; c'est dans ce but que vous le voyez feuilleter ses registres, rechercher des pièces pour susciter des difficultés à l'un, intenter des procès à l'autre. Et dans ces chicanes, qui pourrait compter les péchés que fait commettre l'avarice : les haines, les ressentiments, les médisances? qui pourrait dire les inquiétudes, qui les accompagnent, les nuits traversées par de noirs projets, les jours passés en querelles, les impatiences contre l'avocat qui n'étudie pas la cause, les malédictions contre le procureur qui ne s'en met pas en peine, les blasphèmes contre les juges qui refusent audience... En un mot, un avare s'en prend à tout le monde et n'est en paix avec personne. Aussi, croyezmoi, ceux qui s'abandonnent à d'autres vices engagent

p. M. VU. 4 3

bien leur âme au démon, mais avec l'espoir de la recouvrer un jfur, tandis que les avares la lui vendent absolument, et il arrive fréquemment qu'ils ne la reprennent plus de toute leur vie.

Examinez-vous pour voir si vous n'avez pas fait cet infâme contrat avec le démon, en vous livrant à une sordide avarice, et finissez-en à partir de cette sainte retraite, en remettant votre cœur en liberté. . .

V. Ce n'est pas sans raison que je vous dis de tâcher de remettre votre cœur en liberté ; sans cela l'avarice vous donnera un choc qui vous fera rouler dans un abîme d'iniquités. Celui qui voudrait établir le bilan de cette maudite passion n'en finirait jamais; il aurait à raconter presque tous les crimes qui se commettent dans le monde, car tous la reconnaissent ou pour mère ou pour nourrice. Demandez au saint homme Job la raison générale pour laquelle il y a tant de pécheurs dans le monde : Quare impii vivunt ? Il vous répondra que cela vient des richesses qu'il y a dans le monde : Sublevatique swït confortatique divitiis* ; grâce aux commodités que procurent les richesses, et à l'avidité excessive qu'ont les hommes de les posséder, ils se précipitent dans tous les désordres. Et en effet, les plus affreux parjures, les plus exécrables blasphèmes contre Dieu et les saints, blasphèmes qu'on n'entendrait pas même sortir de la bouche des démons, qui est-ce qui les a enseignés, sinon l'avarice? Approchez-vous d'une table de joueurs, lorsqu'ils sont avides de récupérer ce qu'ils ont perdu, ou furieux de leurs pertes, et vous verrez avec quelle rage ils insultent à la majesté de Dieu. Entrez dans certains magasins, je ne dis pas tous, mais dans plusieurs, et vous verrez quelle

1 Job 21, 7.

SUR l'avabice opposÉr: a la libékalitk. 147

moisson de péchés y fait l'avarice : mensonges, jurements, altération de la marchandise, faux poids, fausses mesures, envie contre le voisin qui a une clientèle plus nombreuse, médisances pour le discréditer lui et sa marchandise ; il s'y fait plus de péchés que d'achats et de ventes. Et si nous descendons dans les maisons particulières, qu'y verrons-nous? Pourquoi les enfants de commerçants et d'industriels sont-ils généralement si mal élevés, pu plutôt, élevés pour l'enfer? Parce que le père, tout absorbé par les intérêts matériels, ne pense pas plus à ses enfants que s'il n'en avait pas. Pourquoi tant de jeunes filles donnent-elles occasion de jaser sur leur compte? Parce que la mère, désireuse de les marier sans leur donner une dot suffisante, leur laisse toute liberté de nouer des relations dangereuses avec le premier venu. Et tant de personnes mariées, pourquoi sont-elles si malheureuses dans leur état? Parce que l'intérêt a été l'unique mobile de leur union, et qu'elles n'ont eu en vue que !a dot; grâce à une riche dot, des personnes très-différentes d'âge et d'inclination ont contracté ensemble des nœuds indissolubles, et de celte disproportion est née la désaffection, avec tous les péchés qu'elle entraîne 'a sa suite.

Jugez d'après cela si l'Apôtre n'a pas raison de dire que l'avarice est la racine de toutes les iniquités? Radix omnium malorum est cupidiias^ . Mais quoi donc 1 mes chers frères, croyez-vous avoir été mis au monde pour vous enrichir? Non, mes frères, non, le roi n'a pas été créé pour être roi, ni le pape pour être pape, ni le noble pour être noble, ni le marchand pour se faire riche; mais tous nous avons été créés pour servir Dieu en ce monde et le posséder en l'autre. Par conséquent la préoc-

* I Tim. 6, 10.

cupalion de notre salut éternel doit être comme l'huile qui revient au-dessus de tous les liquides, et non pas comme le plomb qui descend au fond. Et pourtant ces habiles financiers, vous les appelez des hommes k grandes vues, des hommes de capacité et de jugement. Eh ! pour l'amour de Dieu, n'abusez pas ainsi des termes. Qu'entendez-vous par un bon jugement? Le bon jugement consiste à. juger sainement des choses, précisément comme une bonne vue consiste à bien discerner les couleurs. Or, trouveriez-vous qu'un cultivateur ferait preuve d'un excellent jugement s'il se mettait k recueillir les feuilles et négligeait les fruits? Comment donc pouvez-vous dire que celui-là est doué d'un bon jugement qui s'occupe tout entier à moissonner les feuilles qui tombent avec les premiers jours d'automne, et ne pense jamais ou presque jamais aux biens solides et véritables. Je vous en conjure , vous dit saint Bernard en joignant les mains, si vous mettez tant de soin a conserver votre paille, n'oubliez pas le bon grain : Quœso te, si tamprudentsr servas paleas tuas, etiam horreum tuum servare memento; si vous tenez tant aux biens temporels, comment ne tiendriez-vous pas aux biens supérieurs et seuls importants, aux biens éternels? Pourquoi ne consacreriez -vous pas au moins une heure sur vingt-quatre, et un jour sur sept àia grande affaire de votre salut? Pensez-y bien, pensez-y. VI. L'avarice est un grand mal, et un mal qui s'envenime facilement, si le remède n'est promptement appliqué. Lorsqu'un jeune homme est sujet à des inflammations à cause de la trop grande abondance de sang, les médecins ont la recelte toute tracée d'avance, c'est de lui tirer du sang. Telle est aussi la première recette proposée par l'Esprit-Saint lui-même, pour guérir un avare de la fièvre de l'or : c'est de faire l'aumône, et de la faire largement.

SUR LAVAniCE OPPOSÉE A LA LIBÉRAMTÉ. 1 49

Je ne contesté pas qu'il y ait d'autres remèdes applicables k cette maladie, comme, par exemple, de méditer sur la frivolité et le néant des richesses de la (erre, sur leur inutilité par rapport à la vie future, sur l'abandon qu'il faudra en faire au moment de la mort, sur les inquiétudes qu'il en coûte pour les acquérir, pour les défendre et pour les conserver, sur l'exemple frappant de Notre-Seigneur qui a voulu naître, vivre et mourir dans une extrême pauvreté. Ces remèdes et d'autres semblables ont leur valeur, je ne le nie pas; mais croyez-moi, ils ne sont guère que spéculatifs. Le remède le plus propre et le plus elEcace, celui qui a été proposé comme tel par les maîtres de la vie spirituelle, c'est la pratique de l'aumône; ces biens terrestres, qui sont les véritables ennemis de votre salut, deviendront les instruments de votre prédestination si vous les employez au soulagement des pauvres. Et gardez-vous bien, quand on parle d'aumône, de n'y voir qu'une œuvre de surérogation : c'est un précepte formel de Dieu qui oblige tous ceux qui ont la possibilité de l'observer; et ce précepte est si rigoureux, qu'au jour du jugement dernier le juge suprême fera un crime a la multitude des réprouvés de l'avoir omis; et en effet, à moins de ne plus ajouter foi à l'Evangile, il faut avouer que beaucoup se damneront pour manquer de charité envers les pauvres en négligeant de faire l'aumône.

Par conséquent, si vous êtes vraiment sage, si vous n'aimez pas vos richesses plus que votre âme, mettezvous en sûreté de ce côté; examinez soigneusement à quelle somme s'élèvent annuellement vos aumônes, surtout dans les années de pénurie, et voyez si vos libéralités envers les pauvres sont proportionnées à leurs besoins et à vos revenus. Prenez l'avis d'un bon confesseur, priez-le de vous dire combien vous êtes obligé de donner chaque

année pour être sûr de remplir fidèlement ce précepte si important. Si vous méditez les motifs de la sentence portée contre le mauvais riclie de TEvangile, vous verriez que l'unique, ou au moins la principale cause de sa damnation fut de s'être Iraité lui-même avec une excessive délicatesse, tandis qu'il traitait les pauvres avec une extrême cruauté. Examinez-vous donc sur la manière dont vous vous êtes comporté jusqu'ici envers les pauvres; voyez si non-seulement vous ne leur avez pas trop souvent fermé votre bourse, mais si de plus vous ne les avez pas repoussés avec quelque dureté, et peut-être même en les injuriant ; hâtez-vous de remédier à ce désordre.

Vil. L'aumône,, pour être agréable à Dieu et mériter la vie éternelle, doit être faite avec ordre, c'est-à-dire selon les règles de la charité et de la justice. Pour se restreindre dans une matière où il y aurait tant k dire, il faut faire remarquer qu'on distingue, relativement aux indigents, trois sortes de nécessités: la nécessité extrême, la nécessité grave et la nécessité commune.

Il y aurait néce.=;silé extrême si un pauvre, faute de pain ou do médicaments ordinaires, était dans un danger évident de succomber, de mourir. Dans ce cas vous êtes obligé de le secourir, non-seulement des biens superflus à votre état, mais même des biens superflus à la vie, quoique nécessaires à votre condition ; et cela est vrai en tout temps, mais principalement dans les calamités publiques, lorsque, par exemple, la disette se fait sentir, ou que le pays est ravagé par la guerre, par des inondations, par des incendies ou par d'autres fléaux, et généralement lorsque le pauvre manque d'asile pour se mettre à couvert et d'aliments pour se nourrir. Ne vous êles-vous jamais trouvé en présence de pareilles circonstances? Comment vous êtes-vous comporté à l'égard des pauvres

si'u l'avarice opposéi; a la LinÉnAUTi'. 151

mouranl de faim? Plaise à Dieu qu'il n'y ait point ici de ces riches qui, aux premiers sympiômes d'une disette imminente, s'accordent entre eux pour acc3f)arer les denrées alimentaires, afin de les revendre à un prix exorbitant, ou de les expédier à l'étranger, au grand détriment du menu peuple! De quel œil le pauvre peul-il voir la famine entrer chez lui, et le grain s'expatrier pour enrichir d'avides spéculateurs?

Le bienheureux Charles, comte de Flandre, est révéré à Bruges comme martyr ; ce vertueux prince a-t-il donc souffert la mort pour la foi? Non, messieurs ; il est mort martyr de sa charité envers les pauvres. Dans une année de grande disette, il y eut de ces hommes avides qui n'eurent pas honte d'aggraver le mal en accaparant le grain pour le tenir caché, ou l'exporter, et ainsi le faire monter à un prix fabuleux. Le comte usa de mesures rigoureuses pour faire baisser le prix du blé dans tous les lieux de son obéissance; il en prohiba la sortie et ordonna à tous ceux qui le détenaient de le mettre en vente. Des mesures si justes lui méritèrent le litre de père des. pauvres, mais elles lui firent des ennemis de ceux qu'il empêchait de s'enrichir aux dépens du peuple. Ceux-ci formèrent des complots contre sa vie, et l'assassinèrent au moment où il assistait à la messe. On remarqua qu'en très peu de temps les familles qui avaient spéculé sur la famine tombèrent en ruine, tandis que la sainteté du comte éclatait par des miracles. Ce qui confirme admirablement une parole de 1 Esprit-Saint : Qui abscondit frumeiita, maleilicetur in populis, benedictio autem super caput vendeniis^ . Celui qui dans des années de disette cacne le froment, et en fait augmenter le prix, pour dessécher la bourse du pauvre,

' Prov. Il, 26.

eiifourl les malédictions de Dieu, tandis que celui qui vend à un prix raisonnable pour le riche et pour le pauvre s'attire ses bénédictions. Quelle cruauté n'y a-t-il pas à spéculer sur la misère excessive des nécessiteux pour s'enrichir! Il est certain qu'en cas de nécessité extrême vous êtes obligé de secourir les indigents grôtuitement, même avec quelque détriment pour votre rang; par conséquent, quel crime ne serait-ce pas d'élever le prix du pain à un taux qui condamne les malheureux a mourir de faim? A quelle vengeance ces riches impitoyables ne doivent-ils pas s'attendre de la part de la justice divine? Pensez-y, de grâce, pensez-y.

VIII. De l'extrême nécessité passons aux deux autres, c'est-k-dire a la nécessité grave et à la nécessité commune. La nécessité grave ou pressante est celle qui met un homme en danger de tomber malade, ou de déchoir de sa condition, ou de souffrir notablement dans son honneur. La nécessité commune est celle où se trouvent ordinairement les pauvres qui n'ont pas les choses nécessaires à la vie. Or, tenez pour règle que là où vous remarquez une nécessité plus grande, là aussi votre aumône sera le mieux employée. Ainsi, si l'étranger est plus nécessiteux que votre concitoyen, faites l'aumône à l'étranger; si un inconnu éprouve un besoin plus pressant qu'un ami, secourez l'inconnu, et de même dans tous les cas analogues; en effet, si la mesure de l'aumône est le besoin du pauvre et la compassion qui lui est due, là où le besoin est plus grand, là aussi il y a une raison plus puissante d'exercer sa compassion et de faire l'aumône. A nécessités égales, le père, la mèr^ les enfants, et les proches doivent être préférés aux étrangers ; et à la suite des parents, je mettrais volontiers en première ligne les personnes déchues d'une condition honorable. Ah ! ces mots :

son l'avarice opposée a la libéralité. 153

Secourez-moi, pour l'amour de Dieu, sont biens durs k prononcer pour «ne langue accoutumée k commander ! Saint Charles Borromeo allait, pour ainsi dire, à la chasse de ces familles intéressantes, et quand il lui arrivait d'en découvrir une, il avait coutume de dire : J'ai fait aujourd'hui une bonne trouvaille. Saint Philippe de Néri était ingénieux dans ses moyens de secourir la pauvreté cachée et honteuse; quelquefois en visitant un infirme il faisait semblant de remettre son lit en ordre, et il lui fourrait une bourse pleine d'écus sous l'oreiller; ou bien il se servait de l'entremise des petits enfants, et, leur remettant une pièce de monnaie enveloppée dans du papier : Tiens, leur disaitil, porte cela a ta mère, et dis-lui de prier pour ses bienfaiteurs. Et de cette façon il subvenait aux besoins d'une famille indigente tout en lui épargnant la honte de demander.

■ Et vous, comment vous êtes-vous comporté jusqu'ici? J'entends : vous avez peur que la terre se dérobe sous vos pieds, comme si notre Dieu si libéral, était un Dieu en faillite qui n'eût plus le moyen de vous récompenser. Ce n'est pas ainsi que l'entendait le grand Cosme de Médicis. Au rapport de Pontanns, ce prince magnanime tenait note de toutes les familles déchues qui existaient dans ses Etats, et les faisait secourir en secret, tantôt par une main, tantôt par l'autre, sans qu'elles sussent jamais d'où leur venait le bienfait. Un jour l'intendant de ses revenus lui fit observer qu'il ferait bien de modérer sa générosité, attendu que ses aumônes privées s'étaient accrues en quelques années outre mesure. Cosme lui fit une bien belle réponse : J'ai un grand livre, lui dit-il, où j'enregistre d'un côlé tout ce que je dois k Dieu, et en face, tout ce que je reçois de Dieu, et je me trouve toujours arriéré, toujours en dette envers Dieu. Lorsque mon avoir et ma

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dette parviendront h s'équilibrer, alors je diminuerai mes aumônes. — Et vos comptes avec Dieu, dans quel état sont-ils? Voyez quel côté l'emporte, si c'est ce que vous donnez à Dieu ou ce que vous en recevez ; et rougissez d'être si arriéré vis-à-vis de Dieu, pour avoir été si peu libéral envers les pauvres.

Il y aurait lieu de vous insinuer de faire l'aumône aux religieux pauvres, qui ont volontairement renoncé aux biens de ce monde, pour consacrer leur vie au bien de vos âmes. Ils prêchent, ils confessent, ils vous assistent par leurs prières et pendant votre vie et après voire mort; ils s'appliquent à réconcilier les ennemis, à consoler les affligés, à donner de bons conseils à ceux qui en ont besoin, et à tranquilliser les consciences troublées par les scrupules. La charité exercée envers cette classe de pauvres, quand il s'agit de religieux qui ne vivent que d'aumônes, est plus louable en soi que celle qui est exercée envers les mendiants ordinaires. D'abord la condition des premiers est plus méritoire, plus utile au public, plus honorable pour l'Eglise ; ensuite leurs vertus morales atteignent incontestablement un degré bien supérieur à celles de la plupart des mendiants de profession; or, si l'Esprit-Saint prescrit de faire l'aumône au juste plutôt qu'au pécheur : Da bona, et non receperis peccaiorem* , tirez vous-mêmes la conclusion. — Mais nous faisons l'aumône à d'honnêtes gens. — Soit ; vous aurez donc la récompense promise au juste : Qui recipit justwn in nomine just i, mercedem jusii accipiet^, vous dit Notre- Seigneur Jésus-Christ. Mais celui qui fait l'aumône aux pauvres volontaires, a ceux qui vivent en apôtres et en prophètes, partagera la récompense propre d'un apôtre et d'un prophète : Qui recipil

« Eccli. 12, 5. 2 Matih. 10, 41.

SUR LAVAniCE OPPOSÉK A L\ I.IHI-.UALITÉ. 155

prophefam in nomine propheicp, mercedem praphetœ accipiet^. Notre-Seigncur veut dire que le séculier, la femme même, qui ne peuvent avoir le mérite du prédicateur, du confesseur, du missionnaire, parce qu'ils ne prêchent, ni ne confessent, ni ne donnent des missions, participeront cependant au mérite de toutes ces œuvres, comme s'ils enseignaient par eux-mêmes l'évangile, remettaient les péchés et gagnaient des âmes k Dieu, pourvu que par leurs aumônes ils aident à vivre ces pauvres religieux qui, n'ayant que la charité pour ressource, se dévouent à cç saint ministère : Qui recipit prophetam in nomine prophètes, mercedem prophetœ accipiet. Je regrette d'en avoir trop dit sur un point où il y aurait cependant tant de choses à dire en faveur d'une multitude d'excellents religieux que vous avez dans votre contrée; mais comme Je suis juge et partie dans cette afifaire, si je m'étendais davantage mes paroles pourraient sentir l'intérêt, c'est pourquoi je m'abstiens.

IX. Pour en finir sur une matière si importante, je vous conseille, non-seulement d'accomplir le précepte de l'aumône et de l'accomplir avec ordre; mais même de dépasser les limites prescrites, pour vous mettre du nombre de ces âmes charitables et bienfaisantes auxquelles le Seigneur, dans les divines Ecritures, promet toute sorte de biens : biens temporels : Qui dal pauperi. non indigebil'^: biens spirituels : Qui sequitur misericordia m..., invcnict vitarn^; pardon des péchés : Eleemosyna ab omni peccato et a morte libérât^; enfin la vie éternelle en paradis : Eleemosyna est... quœ facit invenire misericordiam et vitam œternam^. Voyez d'après cela quelle est la folie

« Matth. 10. 4f. 2 prbv. 28, 27. 5 {[^jj. gl, 21

* Tobias 4, M. 3 Ibid. 12, 9.

des riches avares qui , pouvant pour si peu de chose acquérir lant de trésors temporels et éternels , aiment mieux être cruels envers eux-mêmes que charitables envers les pauvres. Ils vous disent qu'ils conservent leurs ressources pour les besoins éventuels ; mais quel plus grand besoin que de se délivrer de tous les maux de celte vie et de la vie future, et de gagner une récompense éternelle pour le ciel?

Un noble gentilhomme, pour avoir donné une maison à sainte Terese afin d'y fonder un monastère, étant mort deux mois après sans pouvoir se confesser, obtint, en récompense de cette libéralité, la grâce d'une contrition parfaite, grâce que l'on peut dire miraculeuse, eu égard à la vie qu'il avait menée, et il se sauva. Un soldat, pour avoir fait l'aumône à notre père saint François, en reçut l'avis d'aller promptement se confesser, parce qu'il mourrait bientôt et de mort subite, ce qui arriva en efTet. Or, je vous le demande, ce soldat, ce gentilhomme auraientils pu conserver leurs ressources pour un besoin plus grave? Au moyen de l'aumône ils ont donné du prix k ce qui n'en avait aucun, et ils ont échangé contre un trésor éternel ce que, d'une façon comme d'une autre, la mort leur eût bientôt ravi ici-bas.

Que si vous ne vous faites pas une assez haute idée de ces biens éternels, jetez un coup-d'œil sur toutes les maisons de celte contrée, et dites-moi quelles sont les plus heureuses, celles où d'ordinaire abondent les biens de toute espèce? Si vous êtes sincères, vous avouerez que ce sont les plus bienfaisantes. Là où l'on fait le plus d'aumônes, là aussi est la plus grande somme de prospérité. Saint Grégoire-le-Grund avant d'être pape était abbé d'un monastère situé à Rome, et il lui arriva un jour de faire jusqu'à trois fois le même jour l'aumône à un pauvre

SUR l'avarice opposée a la libéralité. 157

qui la lui demandait, et par trois fois il lui fit donner jusqu'à douze écus. Etant monté sur le trône pontifical, il ordonna à son majordome de faire asseoir tous les jours douze pauvres à sa table ; un jour il en vit treize, et il les accueillit tous sans rien dire; mais le repas terminé, il interrogea le treizième convive avec bonté, et lui demanda comment il s'était présenté pour dîner avec le pape sans y avoir été invité. Ce convive répondit : Je suis celui-là même auquel, étant abbé, vous avez fait donner douze écus; j'ai été établi votre ange gardien, et j'ai voulu mettre votre charité à ces diverses épreuves. Vous saurez en outre que c'est en récompense de vos aumônes que Dieu vous a élevé au comble des honneurs sur la terre, en vous élevant au souverain pontificat, et en vertu de ces mêmes aumônes il vous prépare encore de plus grands honneurs dans le ciel*. Cela dit, il disparut. Qui sait si ce pauvre qui vous tend la main n'est pas quelquefois votre ange gardien, qui veut faire l'essai de votre charité? Qui sait si ce n'est pas même Jésus- Christ en personne, qui s'est montré plusieurs et plusieurs fois sous la forme d'un pauvre demandant l'aumône ? Apprenez donc à respecter leS' pauvres et à les secourir avec libéralité ; parce que d'une aumône f.iile pour l'amour de Dieu peut dépendre votre bonheur temporel et éternel. Faites l'aumône, mes cbers frères, faites l'aumône ; car en fin de compte vous devez avouer que vous ne possédez véritablement que ce que vous avez donné aux pauvres ; Hœc habeo quœcumque dedi: du reste, tout ce que vous laisserez à des parents qui ne sont pas dans le besoin sera perdu pour vous à jamais. Pensez-y bien et prenez vos résolutions.

* Vila auct. Joanne diac. iib. 2, n. 23.

SUJET DE LA MÉDITATION DU MATIN

MOTIFS QUE iXOUS AVO.NS DE INE PAS DIFFÉRER DE NOUS PRÉPARER A LA MORT.

OKAISON PREPARATOIRE.

Ranimez voire foi sur la présence de Dieu, qui est en vous et autour de vous, et dites avec humilité : Mon Dieu, je crois fermement que t^ous êtes présent ici et dans tout l'univers. — ; Adorez-le du fond du coeur et dites en inclinant la tête : Je vous adore, 6 Trinité sainte. Père, Fils et Saint-Esprit; je vous reconnais pour mon Dieu, mon Seigneur et le souverain Maitre de mon âme.

Considérez, en jiremier lieu, qu'il peut très-bien se faire qu'à la mort vous n'ayez pas le temps de vous y préparer. — Lorsqu'il vous arrive de penser à la mort qui vous attend, vous avez coutume de vous représenter vous-même étendu sur un lit, atteint d'une maladie qui, en s'aggravant peu à peu, donne le temps au médecin de la prévoir et de vous en avertir, et à vous de vous y préparer. Vous ne vous faites jamais d'autre idée de la mort; mais ce sont là de belles imaginations, et des espérances dénuées de fondement certain. Qui vous assure que vous mourrez sur un lit, après une maladie de plusieurs jours? Ne pouvez-vous pas mourir subitement, soit asphyxié dans l'eau, soit blessé dans une chute, soit frappé par la foudre, soit écrasé sous des ruines? Croyez-vous qu'il soit

SE PItÉPARER A LA MORT. 159

rare ou difficile d'être emporté de la sorte par une mort tout à fait imprévue? Et ne voyez-vous pas tous les jours combien il y en a qui meurent sans avoir été malades même pendant un quart d'heure? L'un est surpris au jeu, l'autre à table, celui-ci au milieu d'un divertissement, celui-là dans une conversation, et plusieurs enfin tout en commettant l'iniquité. Et quand même vous seriez sûr de mourir dans votre lit. après une maladie de plusieurs jours, savez-vous de quel mal vous mourrez? Nescit homo fì/ìpin sutim^. Ne sera-ce pas peut-être d'une léthargie qui vous privera de l'usage de vos sens? ou d'une sufîocalion, ou d'une oppresssion, ou d'une fièvre si violente qu'elle troublera votre raison? Et dans un cas pareil, où trouveriez-vous le temps de vous préparer à la mort, de détacher votre cœur des choses du monde, de faire ces restitutions, de réparer ces scandales donnés, de concevoir un véritable repentir des offenses faites à Dieu, de régler les afTaires de votre conscience avec un bon confesseur, en un mot de vous mettre dans les dispositions où vous devez être pour mourir?

Humiliez-vous donc, frappez-vous la poitrine, et de cette considération puisez les affections suivantes :

Premièrement, un sentiment de frayeur; chacun tremble quand il se voit en danger de perdre sa fortune ou sa vie; et vous, à la vue du péril de perdre une éternité de bonheur, vous ne frémissez pas?

Deuxièmement, un sentiment de crainte : combien se sont damnés pour avoir différé jusqu'à la mort de s'y préparer? Ne pourriez-vous pas vous damner aussi, en différant comme eux?

Troisièmement, résolution ferme de ne pas différer

» Eccle. 9, <2.

jusqu'à la dernière heure de vous préparer à la mort, mais de le faire promptement, ou plutôt de vous tenir prêt à chaque instant, comme si a chaque instant vous deviez mourir.

SECOND POINT

Considérez qu'encore que vous ayez à la mort le temps de vous y préparer, il peut aisément se faire que vous n'en profiliez pas. — Supposons que vous deviez mourir à la suite d'une maladie de plusieurs jours, laquelle en s'aggravant peu à peu, donne le temps, et au médecin de prévoir la mort et de vous en prévenir, et à vousmême de vous y préparer ? Croyez- vous que ce soit chose si facile de bien employer ce temps-là à faire cette préparation? Ce qui serait au moins nécessaire pour cela, c'est une bonne confession. Mais n'est-ce pas la chose la plus difïïcile? Pour une bonne confession il faut un diligent examen. Mais si même en santé vous avez tant de peine à le faire, que sera-ce quand vous serez accablé par la maladie? Maintenant que vous jouissez d'une santé parfaite, que vous possédez toute votre liberté d'esprit, que vous avez la tranquillité du cœur, que vous pouvez vous servir à votre aise de tous les moyens, l'examen préalable à la confession vous embarrasse ; la pensée qu'il faudra expliquer tant de circonstances, entrer dans des détails si embrouillés pour les restitutions à faire, cclaircir tant de doutes, cette seule pensée, dis-je, vous met dans les transes; et après y avoir pensé et repensé que d'inquiétudes, que de remords vous reviennent encore éternellement a l'esprit! Et à celte heure suprême où vous serez presque sans force, où vous aurez la tête affiiiblie, le cœur troublé et plein d'épouvante, où vous serez dénué de secours et abandonné à vous-même , p. u. vu. n

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