MOYENS DE CONSERVER LA PAIX DU COEUR
fréquentes controverses, et l'exposait à des épreuves et h des dangers où il y allait souvent .de sa vie même ; et cependant au milieu de ses travaux et des embûches qu'on lui tendait, en face même des orages suscités contre lui, il montrait un visage ferme et gai; comme ses amis eux-mêmes lui en témoignaient de l'étonnement : « La paix, leur répondait-il, est une sainte marchandise qui mérite d'être achetée à tout prix. » Et une autre fois il dit : a N'est-elle pas justement acquise la paix qui est le prix des travaux supportés pour la gloire de Dieu? »Vos embarras, vos affaires, vos emplois, acceptés de la main de Dieu, comme moyens que la divine Providence vous destine pour vivre honorablement ici-bas, serviront aussi à sa gloire, si vous en portez paisiblement le poids, sans rien perdre de la sérénité de votre âme. Les parents de sainte Catherine de Sienne, voyant que cette excellente enfant ne voulait pas prendre goût aux choses du siècle, aux divertissements, à la vanité, aux conversations mondaines, mais s'adonnait de préférence à la dévotion et à la retraite, cherchaient a la tenir constamment occupée, afin de la distraire par les soins domestiques. La sainte enfant, sans se troubler ni s'inquiéter en aucune façon de ces mesures, forma au dedans d'elle-même un oratoire, où elle se retirait de temps en temps pour s'entretenir sans bruit avec l'Epoux de son âme ; et tandis qu'extérieurement elle se livrait à mille occupations de nature à la distraire, elle était entièrement unie d'esprit et de cœur avec son Seigneur et son Dieu, sans s'inquiéter ni se dissiper, quoi qu'il arrivât. — Saint François de Sales dont nous avons déjà parlé faisait un jour la visite d'un monastère de religieuses; on lui en signala une comme étant d'un caractère revèche et fort difficile, et on invita le saint a la réprimander et même a lui infliger une pénitence sévère, comme elle paraissait p. u. vil. M
le mériter. Le serviteur de Dieu, qui était la douceur et la suavité même, répondit aux religieuses que le zèle de la discipline faisait parler de la sorte : « Il y a vingt-quatre ans que je combats pour obtenir la paix du cœur ; et maintenant vous voudriez, mes ûlles, qu'en un instant je perdisse le fruit de tant de peines? » Je termine ce paragraphe par une sentence de ce grand saint, et je vous dis à tous : a Soyez doux et afTables dans les affaires que vous avez à traiter ; parce que tout le monde attend ce bon exemple de vous. »
VIII. Faites maintenant en vous-mêmes les réflexions suivantes : Il est donc vrai qu'au milieu du tumulte des affaires qui pèsent sur vous, vous pouvez jouir de la paix intérieure, de la liberté d'esprit et de la joie du cœur; qu'il ne tient qu'a vous de vous tenir en garde contre l'inquiétude et l'impatience, lorsque vos entreprises ne réussissent pas à votre gré ; lorsque le prochain, vos amis, vos parents, vos serviteurs ne secondent, pas vos desseins ; lorsque vos vignes, vos champs, vos troupeaux ne vous rapportent pas ce que vous vous promettiez pour prix de vos sueurs et de votre industrie. Je sais fort bien que vous ne pourrez ni tôt ni tard atteindre par vos propres forces à ce degré de perfection ; mais demandez instamment a Dieu son assistance à cet effet le matin quand vous vous levez, et le soir quand vous vous couchez, et pour emprunter le langage et l'esprit de saint François de Sales '■ « Préparez dès le matin votre âme à la paix ; ayez une grande attention à vous y conformer fréquemment dans le cours de la journée, et à la reprendre en main. S'il vous échappe quelque accès de tristesse ou d'impatience, ne vous en étonnez pas et ne vous en mettez pas en peine ; humiliez-vous-en doucement devant Dieu et tâchez de remettre votre esprit en air de suavité, et toutes les fois
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qu'il VOUS arrivera de faire une nouvelle chute, usez-en de même, vous rcmetlant aussitôt à l'œuvre, ni plus ni moins que si vous n'étiez pas tombé. » En agissant de la sorte, je suis certain que vous parviendrez h jouir d'une paix et d'un contentement parfaits.
A cette coopération de votre part, et à ce recours à Dieu joignez aussi l'intercession des saints, spécialement de ceux que je vous ai proposés pour modèles, et surtout de la très-sainte Vierge, cette mère de douceur et de suavité, qui, dans le temps de ses plus vives angoisses, et au moment de la perte si douloureuse de son divin Fils sur le Calvaire, sut maintenir son âme dans un tel état de conformité à la volonté de Dieu, que l'historien sacré n'a pu s'empêcher d'en marquer son élonnement et son admiration en disant : Maria aufein slabat ; Marie se tenait debout, debout au milieu d'un océan de peines, d'allliction et d'amertume ; debout en face de la mort cruelle d'un Fils, qui était son bien suprême; montrant par là une force, une intrépidité, une constance inébranlables: Maria autem slabat^. Oh ! si vous saviez opposer cette force d'âme et cette calme énergie aux adversités qui vous surviennent!... Mais hélas! n'éclatez-vous pas plutôt en malédictions, en imprécations?... Votre orgueil froissé ne se révolte-t-il pas aussitôt?... Le quatrième et le cinquième moyen pour obtenir la paix intérieure et la tranquillité du cœur, sont donc une sainte indiflerence à l'égard des événements prospères ou malheureux de la vie, et en même temps le recours aux saints par la prière.
Voyons, en outre, de quelles sources peuvent provenir les inquiétudes de l'esprit, afin de prémunir notre âme contre le danger, ou de la rétablir dans le calme et de la
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rendre de plus en plus maîtresse d'elle-même. Je vous le dirai en peu de mots. Première source; la curiosité de savoir ce qui ne vous regarde en aucune façon, et de vous mêler des faits et gestes du prochain, ainsi que la démangeaison de critiquer ce qui est bien ou mal. Dispensezvous de cette sollicitude, et dites-vous : Quid ad me? Suis-je établi juge des actions des autres? Ai-je à en rendre compte, par hasard? — Seconde source : trop parler, spécialement sur le compte des supérieurs et de ceux qui sont au-dessus de vous, ou bien même fomenter contre eux la malveillance et l'esprit de parti, surtout si vous y mêliez la calomnie et les faux rapports ; c'est pourquoi l'Esprit-Saint vous recommande de mettre vos paroles dans une balance : Verbis tuis facito stateram}. — Troisième source : se réputer plus que les autres, et surtout user de hauteur et d'arrogance. Estimez-vous plutôt le dernier de tous, le plus incapable et le plus inhabile; c'est le conseil de l'Esprit-Saint : Quanto magnus es, humilia te in omnibus, et coram Deo invenies gratiam^. Par l'humilité on obtient tout de Dieu et des hommes; par elle vous vous rendez cher à Dieu et à vos semblables. Si vous réglez votre conduite de la sorte, vous aurez le cœur toujours tranquille, toujours calme ; vous serez à l'abri des bourrasques et des tempêtes. Ajoutez que par là vous aurez l'esprit mieux disposé aux choses de Dieu, à la pratique de la vertu et à tout ce qui intéresse le salut de votre âme. Réfléchissez-y avec attention.
IX. Un autre écueil contre lequel une âme peut échouer, et le plus fâcheux de tous même, parce que, non-seulement il lui ravit la joie et la paix intérieure, mais qu'il est de nature à la bouleverser complètement et à la rendre
* Eccli. 28, 29. 2 Ib. 3. 20.