MOYENS DE CONSERVER LA PAIX DU COEUR
Dieu ; l'idole de l'avarice est son unique trésor, et peu lui importe de se retrancher même sur la nourriture, pourvu qu'il remplisse sa bourse. Or, je vous le demande, quel contentement, quelle tranquillité les avares pourraient-ils avoir au fond du cœur, si, même pendant leur sommeil, ils ne révent que trafic, chicanes et chiffres? Ohi les malheureux! Ceux-là, dit l'Esprit-Saint, vont jusqu'à exposer leur âme à l'encan, comme une vile marchandise. Après avoir dit qu'il n'y a rien de plus scélérat qu'un avare : Avaro nihil est scelestitis, il ajoute qu'il n'y a rien de plus inique, parce qu'il vendrait jusqu'à son âme : Nihil est iniquius quam amavp fccuniam ; hic enim et animam suam venalem habel^ . Si vous voulez reconquérir la paix et la joie du coeur, en voici le moyen : Peccata tua eleemosynis redime^ ; rachetez par l'aumône les péchés que vous avez commis en suçant le sang du pauvre et de l'ouvrier; sinon, écoutez votre sentence de damnation éternelle portée par la bouche de saint Pierre : Pecunia tua tecum sit in jierditionem^ ; que votre argent périsse avec vous.
X. Et les scandaleux, les adultères, les incestueux, les médisants, les blasphémateurs, les mères inconsidérées qui favorisent le libertinage de leurs filles par leur vanité et leur mauvais exemple, tous ceux-là jouiront-ils du calme et de la tranquillité? En jouiront-elles ces femmes querelleuses, colères, vindicatives, superstitieuses, médisantes, ennemies de la paix, envieuses, menteuses, orgueilleuses, vaines, altières, indévotes, et désobéissantes, toutes pétries de soufre, de fiel et de poison, pires que des aspics? Ces femmes qui, pour la moindre contrariété, font la croix et le martyre des familles? ces femmes feintes
* Eccli. 10, 10. 2 Dan. /,, 25. '' Act. 8, 20.
et perfides, qui, à chaque regard, a chaque parole, lancent des traits perçants à quiconque les approche, ou essaie de les corriger, bien qu'elles soient incapables d'amendement? Jouiront-elles de la paix et de la sérénité de conscience celles qui font métier d'entraîner les âmes en enfer, en servant d'entremetteuses auprès de la jeunesse, pour l'engager dans un abîme d'iniquités, de mésaventures, de malheurs et de misères sans fin I — Ah I non, non; là où règne le péché, où le ver du remords ronge la conscience, il n'y aura ni paix, ni repos, ni contentement, ni joie : Non est])ax impiis, dicit Dominus^ : Point de paix pour l'impie; c'est Dieu qui le dit, mes chers auditeurs, cela suffit : Non es< pace; point de paix, si ce n'est peut-être cette paix, ou plutôt cet étourdissement d'une conscience dépravée qui s'endort dans le crime, après avoir bouché toutes ses issues à la grâce, et étouffé jusqu'à la dernière étincelle du feu sacré au fond de l'âme, afin que rien ne puisse la réveiller de sa funeste léthargie; cet état, en effet, est appelé par le saint roi David, la paix des pécheurs : Zelavi super iniquos, pacem peccalorum videns'^. Quiconque par conséquent aspire à la paix véritable avec soi-même et avec Dieu, et veut en recueillir les fruits abondants et précieux, doit s'éloigner du péché, et former dès aujourd'hui, ou plutôt dès ce moment même une ferme et généreuse résolution d'observer exactement la loi de Dieu ; car la paix, et une paix ineffable, comme nous l'atteste encore le prophète royal, sera le partage de ceux qui observeront avec amour et avec fidélité les divins préceptes : Pax multa diligentibus legevi tuam^ et non est iliis scandalum^.
« Isaiœ 48, 22. - Psal, 72, 3. 5 Psal. 118, 165.
V* JOUR. MÉniTATIO.N UV MATIN. 205
SUJET DE LA MÉDITATION DU MATIN
LA MISÉmCOKDE INFIME DE DIEU E.NVERS LES PÉCIIEUItS, MOTIK POUR NOUS DE l'aIMEK DE TOUT NOTRE COEUR.
ORAISON PREPARATOIRE.
Ranimez votre foi sur la présence de Dieu, qui est en vous et autour de vous, et dites avec humilité : Mon Dieu, je crois fermement que vcus êtes présent ici et dans tout l'univers. — Adorez-le du fond du cœur et dites en inclinant la lêle : Je vous adore, 6 Trinité sainte. Père, Fils et Saint-Esprit, je vous reconnais pour mon Dieu, mon Seigneur et le souverain Maître de mon âme.
PREMIER POINT
Considérez que la miséricorde de Dieu brille comme une perle précieuse entre toutes ses perfections, et contribue spécialement à le rendre digne de tout notre amour. C'est aussi la perfection dont Dieu se plaît à se glorifier et qui lui est tout à fait propre, comme l'atteste saint Paul : Pater misericordiarum et Deus totius consolatiotiis. 11 en est sans doute parmi les hommes qui ont de la miséricorde, mais elle est toujours mélangée de quelque misère. En Dieu, il n'y ani imperfection, ni misère, i! jouit d'une félicité parfaite ; et cependant il a pitié de toutes les créatures, il les soutient toutes et chacune en particulier. Le monde étant le théâtre de toutes les misères est aussi le théâire de la miséricorde de Dieu : c'est lui qui pourvoit a la conservation de tous les êtres, soit en les préservant d'une multitude de misères auxquelles ils sont entraînés p. u. vu. 18
par leur condition naturelle, soit en les relevant lorsqu'ils y sont tombés. Mais où la miséricorde divine paraît surtout avec éclat c'est dans la conduite qu'elle lient 'a l'égard de nos âmes. Aussi n'est-il pas appelé simplement miséricordieux et compatissant, mais infiniment niiséricordieux, infiniment compatissant. Il a pitié de nous selon sa grande miséricorde, et il efface nos iniquités selon la multitude de ses miséricordes, comme s'exprimait le saint roi David : Miserere mei, Deus, secundam magnani misericordiarn tuam, et secunduin multitudinem misera tionum iuarum dele iniquitatem meam^ .
La misère la plus abominable c'est le péché, misère irrémédiable, misère irréparable, non-seulement par nos propres forces, mais encore par les efforts réunis des anges et de toutes les autres créatures ensemble. Or, considérez combien de fois déjà la miséricorde divine vous a relire de cet abîme de misères, et réfléchissez au mode ineffable qu'il a suivi et qu'il suit encore pour vous délivrer d'un mal qui tient de l'infini, c'est-à-dire qu'il se contente d'un acte de repentir et d'humiliation aux pieds de son minisire. Ce remède si aisé est en même temps si efficace qu'il efface toutes vos souillures et vous restitue la qualité d'enfant et d'ami de Dieu, avec tous les privilèges qui y sont attachés. Et ce remède vous est préparé, non pas pour une seule fois, mais pour un millier de fois, pour autant de fois que vous en aurez besoin : Inquacumque die egerit jieccator pœnitentiam a viis suis pessimis, vita vivet^ .
Or, en méditant sur cette miséricorde si grande, si ineffable de notre Dieu envers nous, pourrions- nous nous contenter d'une vague émotion, et ne pas nous repentir
' P.sal. SO, 3.