‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 33 sur 78 · LA MISÉRICORDE INFINIE DE DIEU · texte numérisé non relu

LA MISÉRICORDE INFINIE DE DIEU

de notre vie passée, ne pas détester tous les moments que nous avons employés à aimer autre chose que lui? Ah ! couvrons-nous de confusion et demandons-lui pardon, en nous proposant désormais de l'aimer de plus en plus et sans (in, comme sa miséricorde elle-même est sans bornes.

SECOND POINT

Considérez que de vous-même vous n'êtes qu'un composé d'ignorance, d'erreur, de malice, une source de péchés et une mfne de vices; car vous êtes né tel, et il est à craindre que vous ne soyez demeuré tel, et qu'à ces misères vous n'en ayez même ajouté de nouvelles et de plus grandes par vos péchés : mais considérez aussi que la divine miséricorde vous a fait naître dans un pays catholique, dans un lieu où vous pouvez connaître Dieu et être parfaitement instruit des vérités a croire et des vertus à pratiquer... Que d'enseignements en effet ne vous a-t-il pas prodigués pour vous désabuser des fausses maximes du monde et vous maintenir dans la voie du ciel! que de saintes pensées répandues dans votre esprit! que d'impulsions vertueuses pour vous porter au bien! Le nombre en est incroyable... C'est la miséricorde divine qui éloigna de vous tant et tant de tentations, en défendant au démon de vous molester ; c'est elle qui vous donna la force et l'énergie nécessaires pour en repousser tant d'autres. Elle vous a fait reprendre goût à la pratique des bonnes œuvres et des exercices de piété ; elle vous a inculqué l'horreur des vices auxquels vous vous étiez livré pendant quelque temps, et vous en a facilité l'amendement parfait, en vous ôlant la dureté du cœur, et en vous communiquant la constance et la force nécessaires pour ne point retomber. Elle ne vous a point abandonné quand vous

péchiez; elle vous a suivi au contraire lorsque vous erriez à la poursuite des créatures ; elle n'a cessé de vous rappeler, et de vous inviter avec une patience et une bonté ineffables à rentrer en grâce avec Dieu, excitant dans votre esprit la connaissance de votre triste état, et réveillant dans votre coeur le remords des fautes commises, et cela aussi souvent que vous avez renouvelé vos prévarications. Il y a peut-être beaucoup de Saints envers lesquels Dieu n'a pas usé d'autant de miséricorde qu'envers vous, et cependant leurs louanges et leurs actions de grâces ne tariront point pendant toute l'éternité.

Ah ! si vous pensiez sérieusement à cet abîme de miséricorde I si vous réfléchissiez bien à cette patience avec laquelle il supporte les pécheurs, ses mortels ennemis, et les attend à la pénitence; à cette générosité avec laquelle il dissimule les offenses énormes et sans nombre par lesquelles on ose l'outrager en face, voire cœur se répandrait en actes de charité fervente et de douloureuse compassion envers un Dieu si indignement traité. Les hommes dissimulent les injures reçues, en partie parce qu'ils les ignorent, en partie par impuissance de se venger. Mais Dieu voit tout et sait tout clairement, il peut tirer la plus terrible vengeance des pécheurs; et cependant il dissimule et se tait; il résiste durant des annges et des années à sa divine justice, qui porte au péché une haine implacable, et voudrait le voir exterminé de la face de la terre et enseveli avec le-pécheur dans les flammes éternelles. Si vous considériez attentivement toutes ces choses, vous vous embraseriez de son amour, et vous vous efforceriez de lui plaire en tout.

Confondez-vous k la vue de votre indifférence, repentez-vous du fond du cœur, et demandez pardon à sa divine majesté, en vous proposant de méditer souvent sur ses

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