‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 34 sur 78 · LA MISÉRICORDE INFINIE DE DIEU · texte numérisé non relu

LA MISÉRICORDE INFINIE DE DIEU

étonnantes miséricordes, spécialement à votre égard, afin de vous exciter à l'aimer souverainement.

COLIOQIE.

Je ne pourrais, ô Dieu tout iiimable, non, je ne pourrais me r.^'ndre compte de mon impiété en présence de votre infinie miséricorde ; mais écoutez-moi, Seigneur, tandis que du fond de ma misère j'élève ma voi.\ vers le trône de votre miséricorde. Je ne vous cache point mes péchés; non ; je les remets au contraire devant les yeux de votre clémence, et au lieu de les excuser, je m'en accuse avec une profonde confusion. Je suis tout à la fois, Ó mon Dieu, et le coupable et l'accusateur : mais où Irouverez-vous, ô Dieu infiniment miséricordieux, des châtiments suffisants pour tant d'intidélités et de forfaits? Précipitez-moi dans l'abîme de la tristesse, puisque je me suis précipité dans l'abîme de la malice ; plongez-moi dans le deuil et la douleur, puisque je me suis roulé dans la fange du vice et souillé de toutes sortes d'abominations. Frayeurs épouvantables, tristesses inconsolables, peines, amertumes, angoisses, douleurs de tous genres, réunissez-vous et éclatez sur moi, créature ingrate que je suis envers un Dieu si clément, si bon, si miséricordieux à mon égard; oui, affligez, tourmentez le coupable, le rebelle ; vengez les injures qu'il a faites a votre Maître ; que je ressente, pécheur misérable, les peines de l'enfer, que j'ai tant de fois méritées, et que je boive à ce calice amer que j'ai recherché par tant de dérèglements. Consolations, santé, joie, je ne veux plus de vous, tant que la contrition et le repentir ne m'auront pas fait rentrer en moi-même ; éloignez-vous jusqu'à ce que la miséricorde divine m'ait accordé le pardon de tant de déboires que je p. u. vu. 18*

lui ai causés. Accordez-itioi donc, ô mon Dieu, celle sainte componction ; je la désire de toute l'étendue de mon cœur. Aidez-moi, ô bien suprême, ajoutez miséricorde sur miséricorde, faites qu'à l'avenir je vous respecte pour ce que vous êtes, pour un bien infini, inestimable, incomparable, immuable, et que je corresponde à vos grâces innombrables par un amour immense et continuel, qui m'empêche de jamais plus vous causer de déplaisir a l'avenir. Soutenez ma faiblesse, éclairez mon ignorance, dissipez mes erreurs, et communiquez-moi la force et la conslance dans votre service. Je l'espère ainsi, parce que j'ai en vous un Dieu, un père dont les miséricordes sont infinies, en qui je puis et je veux espérer toujours, en dépit de mon indignité. N'avez-vous pas, en effet, ô mon Dieu, des entrailles d'amour telles que tous les jours vous me pardonnez, louajes jours vous dissimulez mes fautes, et tous les jours vous ine comblez de bienfaits, malgré la multitude de mes offenses? Je me confie donc, et toujours je me confierai en vous; j'espère que vous m'aimerez comme un bon père, que vous aurez soin de moi, que vous me défendrez, que vous m'accorderez des grâces étonnantes, parce que vous êtes riche en miséricorde : Dives es in misericordia^ : celles surtout qui sont utiles à mon salut, je vous les demande selon toute la grandeur de votre miséricorde, et à l'ombre de cet ineflable attribut, je vivrai et je me reposerai tranquillement en cette misérable vie et dans la bienheureuse qui doit suivre.

< Ephes. 2, 4.

LES SENTIMENTS d'uNE AME RÉI'IlOUVÉE. EXPLICATION DU SUJET.

l. L'illustre patriarche des moines d'Orient, saint Macaire se promenant un jour dans les vastes solitudes de l'Egypte, appuya par hasard son bâton sur une tête de mort, et il en entendit sortir une voix lamentable; il s'arrêta, et s'adressant à l'âme qui se plaignait, il lui demanda qui elle était, si elle était damnée ou sauvée. — Je suis l'âme, répondit-elle, d'un prêtre des faux dieux ; j'animais, il y a grand nombre d'années, le crâne que tu viens de frapper. — S'il en est ainsi, tu es donc damnée, reprit le saint? — -Hélas! ce n'est que trop vrai, ma malice m'a précipitée dans cet abîme afireux de tourments. — Donne-moi donc quelque notion de l'enfer. — Je ne puis l'apprendre autre chose de l'enfer, répondit le damné, si ce n'est que l'âme réprouvée y endure les plus horribles supplices, mais sans comprendre ce que c'est que l'enfer... 0 terrible enfer qui n'est pas même compris de ses malheureux habitants! Puis donc que l'enfer est incompréhensible dans ses peines, je n'eniends point faire la méditation sur tous les tourments qu'on y endure, mais seulement sur les sentiments d'une âme réprouvée. Denys, tyran de Syracuse, pour assouvir ses instincts cruels, avait fait construire des cachots de telle sorte que, de son appartement, il entendait toutes les lamentations, les blasphèmes, les malédictions de ses victimes ; il faudrait, pour que notre méditation fît une vive impression sur nos

cœurs, que nous fussions pareillement en communication avec l'enfer. Oh! si nous pouvions appliquer l'oreille à la bouche de ce gouflre et entendre les hurlements, les grincements de dents, les cris de désespoir des malheureux damnés, quelles salutaires réflexions ne ferions-nous point ce soir!

Nous rapporterons toutes les plaintes d'une âme réprouvée, sur laquelle s'appesantit le bras du Tout-Puissant, à deux points : — le souvenir du passé, source de peine pour le présent, ce sera le premier point ; et — la pensée de l'avenir, cause d'un désespoir éternel, ce sera le second. Attention.

II. Le ver le plus cruel qui ronge le cœur d'un damné, sans contredit, c'est la pensée qui lui roule continuellement dans l'esprit, savoir : je pouvais me sauver, et je me suis damné!... Oh! quelle rage en pensant à tant de belles occasions qu'il a eues de se donner à Dieu, de consulter un confesseur zélé , de se remettre dans la bonne voie ! C'est là ce qui double tous ses tourments, comme le déclara un jeune homme dissolu, qui avait fait ses délices de musiques et de chants lascifs. Il mourut et fut précipité dans l'abîme de la colère de Dieu, et voici l'accueil que lui firent les démons : ils retendirent sur un pavement de feu, et lui donnèrent à boire du soufre enflammé, en l'invitant a chanter. Le malheureux s'en défendit en disant qu'ayant le gosier tout en tou, il était plus disposé à gémir et à se plaindre qu'à chanter. — Gémis donc, lui dirent les démons, gémis et plains-loi comme tu peux. Le malheureux éclata alors en ces termes : Ah! maudit que je suis! pour un peu de fumée, je me suis condamné à ce feu dévorant ; pour une goutte de volupté, faut-il tant souffrir ! Maudite l'heure qui m'a vu naître! maudits soient les parents qui m'ont engendré!

maudits les compagnons qui m'ont séduit, et tes pKii.-;irs qui m'ont alléché! — Bien, bien, dirent les démons, poursuis sur ce ton. — Maudit soit le Père éternel qui m'a créé! maudit le Fils qui m'a racheté! maudit le Saint- Esprit qui ne m'a pas assisté ! — A merveille ! reprirent les démons, aux applaudissements de l'cnfor tout entier, à merveille! Mais qu'est-ce donc qui te tourmente le plus en enfer! — Ah! ce qui me déchire les entrailles bien plus que tous vos supplices, c'est de penser que je pouvais me sauver, et que je me suis damné ; que je pouvais à si peu de frais gagner le paradis, et que pour un rien je me suis précipité en enfer. — L'avez-vous entendu?... Oh! quelle affreuse pensée pour ces malheureux!... Qu'en dites-vous, pécheurs, vous qui traitez si mollement la grande aflfaire de votre salut?... Oh! qu'il vous sera poignant de repasser en esprit la série des années que vous avez consumées à vous fabriquer un enfer plus douloureux, tandis que vous pouviez si aisément en faire un bon usage et vous assurer pour récompense une gloire éternelle. Préparez-vous donc à verser pendant cette méditation une grande abondance de larmes aux pieds du Sauveur, afin qu'usant envers vous de sa grande miséricorde, il vous accorde encore le temps de faire pénitence, et que vous ne soyez plus assez aveugle pour continuer a en abuser, de façon à être obligé d'en déplorer ensuite inutilement la perte pendant toute une éternité en enfer.

III. Réfléchissez que cet amer souvenir du passé afflige une âme en proportion et du mal qu'elle s'est attiré, et du bien qu'elle a perdu. Grand Dieu! de quel chagrin ne doit-elle pas être accablée en se voyant confinée dans un sombre cachot où ses regards ne rencontrent que des objets affreux!... Mais comme le feu sera en quelque

sorte la quintessence de toutes les souffrances des réprouvés, ainsi que le dit saint Jérôme, et que le feu leur fera éprouver à lui seul tous les tourments à la fois : In uno igne peccatores omnia svpplicia sentiunt in inferno ; nous allons restreindre nos réflexions à la seule peine du feu, pour comprendre l'immense désespoir auquel ils sont en proie.

Figurez-vous un damné plongé corps et âme dans cette fournaise dévorante; sa face, ses yeux, toutes les parties les plus sensibles de son corps sont dévorés par les flammes ; le feu pénètre dans sa gorge, dans son cerveau, dans ses entrailles ; il brûle la moelle de ses os, et fait bouillir le sang dans ses veines ; il n'a pour séjour qu'une prison de feu, pour vêtement que le feu; sa couche est un lit de feu, et il ne respire qu'une atmosphère de feu. Que dirai-je de plus? il est tellement identifié avec le feu, qu'il est devenu comme un fer rougi, lequel ne ressemble plus au fer, mais plutôt à un corps, k une masse de feu. Les instruments de son supplice sont tous de feu, tenailles de feu, traits de feu, chaînes de feu, serpents de feu, en un mot, tout ce qu'on peut imaginer dans ces abîmes de tourments, sans même en excepter cette haleine putride que le malheureux exhale, tout sera de feu : Spiritus rester ut. ignis vorabit vos^. S'il en est ainsi, le prophète a bien raison de nous faire entendre que, comme le sel préserve les viandes de la corruption en les pénétrant en tout sens, ainsi les damnés seront pour ainsi dire salés par le feu : Igne salielur^; attendu que cet élément dévorant ne s'attachera pas seulement aux parties extérieures, mais s'insinuera jusqu'au fond des entrailles, et non-seulement dans les sens du corps, mais même dans les puissances de

4 Isaiae 33, 11. * Marc. 9, 48.

SENTIMENTS o'u.NE AME RÉFROUVÉE. MU

l'âme ; car c'est un feu allisé par le bras du Tout-Puissant à l'effet de venger les outrages qui lui sont faits par sa créature.

Permettez donc que je vous demande avec Isaïe : Quis ■poterit habitare de vobis cum igne dévorante^ : Qui de vous, pauvre&^iécheurs, serait capable d'endurer ce feu terrible'?... Et cependant qu'est-ce qui excitera surtout l'activité impétueuse, dévorante de ces flammes? — Ce sera la pensée amère, qui sans cesse roulera dans l'e.^prit du réprouvé, savoir, qu'avec une seule larme il pouvait amortir ce vasle incendie, tandis que présentement des pleurs versés par torrents ne sauraient plus en éteindre une seule étincelle.

Où ôtes-vous donc, pécheurs qui n'avez jamais pleuré vos péchés, qui jamais n'en avez fait pénitence? A quand remettez-vous de les pleurer? A quand?... Vous qui, habitués à la mollesse, repoussez comme insupportable le jeûne, le cilice, la discipline, toute pénitence imposée par le confesseur en satisfaction de vos péchés, qui trouvez si pénible de passer une demi-heure à genoux, en prières, comment pourrez-vous demeurer renfermés pendant tous les siècles dans ces cachots de feu ?. . .

Or, dites-moi cependant, chrétiens, mes bien-aimés frères, celte grande maxime la croyez-vous? Est-ce bien un article de notre foi? Est-ce bien une vérité infaillible, en tant qu'elle est sortie de la bouche de celui qui ne peut se tromper?... Comment donc aurions-nous jamais la hardiesse de faire un seul pas qui pût offenser celui qui, à l'instant même, peut nous précipiter dans cet abîme de misère?... Où est notre foi? Où est notre bon sens?... C'en est fait; préparez-vous dans celle méditation à prcn-

< Isai. 33, U.

(Ire une généreuse résolulion; cette résolution sera celleci : (le même que vous vous êtes appliqués jusqu'ici a damner voire pauvre âme , ainsi désormais vous ferez tous vos efforts pour la sauver, vous sortirez de l'Eglise bien décidés à la sauver à tout prix, et vous répéterez en marchant : 0 mon Jésus, je veux sauver mon âme.

IV. Ce qui ne sera pas moins douloureux que le souvenir du passé, ce sera la pensée de l'avenir, qui sera une cause de désespoir éternel. Faites attention au trait suivant. Un saint prêtre exorcisait à Rome une personne possédée du démon ; il lui vint à l'idée de faire donner une salutaire leçon aux assistants par la bouche môme de l'esprit malin. 11 l'interrogea et lui demanda où il était; le démon lui répondit : En enfer. — Et combien de temps, reprit l'exorciste, dois-tu y demeurer? — Il répugnait à l'esprit malin de répondre ; mais vaincu par l'injonction qui lui était faite, il laissa échapper ces mots : Toujours, toujours! en poussant un cri effroyable, et en se roulant par terre dans un accès de rage impossible à décrire. Il ne proféra que ces mots, mais avec tant de force, tant d'énergie que l'on comprit qu'il parlait de l'éternité comme la. connaissant par expérience. La curiosité avait attiré sur les lieux une foule de personnes de toute condition ; l'épouvante les saisit à tel point qu'elle*s étaient muettes de stupeur. C'est assez dire que plusieurs s'empressèrent de faire une confession générale et de changer de vie, ébranlés et convertis qu'ils étaient par l'éloquente prédication que le démon venait de leur faire en deux mots : Toujours, toujours!

0 Esprit-Sainl! je voudrais, pour représenter plus vivement l'éternité, et mettre dans tout son jour le point le plus fort de cette méditation, je voudrais moi aussi pouvoir faire retentir ce terrible toujours jusqu'au fond

des consciences les plus endurcies; mais s'il n'a pascette puissance dans ma bouche, suppléez-y par Tinfluence efficace de voire grâce.

Ecoutez-moi bien, mes chers frères ; si vous vous damnez, vous brûlerez dans celte affreuse fournaise toujours^ toujours, non pas cent ans, mille ans, mais toujours; non pas un million d'années, mais toujours; au milieu du feu, toujours nuit et jour, pendant des siècles infinis, pendant toute uno éternité, toujours. 11 y a près de deux mille ans que Néron y subit la peine de ses crimes. A. quel terme se trouve- t-il de son enfer?... Que dites-vousrk quel terme? Parlez autrement. Néron ne fait que commencer , précisément comme le damné qui est entré en enfer au commencement de cette méditation. Il y sera toujours, et avec lui tous les impies, tous les hommes cruels , tous les impudiques, en un mot, tous ceux qui, foulant aux pieds la loi de Dieu, sans craindre l'enfer pendant leur vie, se sont conduits de manière à le mériter après leur mort. Voilà donc l'enfer de l'enfer pour un réprouvé : c'est de savoir qu'il faudra demeurer toujours renfermé dans cette prison infecte, sans en sortir de toute l'éternité, tant que Dieu sera Dieu : In ignem œternum.

V. Faisons ici quelques rétlexions. Si par un soupirail quelconque un souffle d'espérance amie venait à descendre dans ces sombres demeures, en faisant entendre aux réprouvés qu'ils pourraient voir un jour le terme de leur expiation ; que ne feraient point les malheureux pour obtenir cette faveur? — Ah! que ditesvous? Ils se condamneraient corps et âme a de nouveaux supplices pendant des millions et des millions de siècles; chacun d'eus voudrait endurer à lui seul tous les tourments des autres damnés ensemble pour voir luire ce rayon d'espérance. Mais non ; il n'y pénétrera jamais. p. u. vil. 19

Dieu qui tient dans ses mains les clefs de la mort et de l'enfer, dates mortis et inferni^, en a fermé les portes; et l'affreux désespoir de n'en sortir jamais , de toute l'éternité, est ce qui met le comble à leurs tourments. Ils ne cesseront de désirer d'avoir une heure seulement pour mettre ordre, s'il était possible, à l'affaire de leur salut, et s'écrieront : Ah! si daretur iiora! Soupirs superflus! cette heure ne leur est point accordée et ne le sera jamais. Mais elle vous est accordée à vous, mon pauvre pécheur; que dis-je? une heure! Ah! il vous en est accordé un si grand nombre, surtout pendant cessaints exercices, pour que vous régliez vos comptes et que vous remettiez votre conscience en bon état; et vous continueriez à en abuser?... Prenez garde que Dieu ne se lasse, pour ainsi dire, avec vous, et qu'après vous avoir appelé et attendu si longtemps, il ne vous abandonne enfin pour toujours en voyant votre obstination , et n'inscrive votre nom sur le livre des réprouvés. C'est ce qu; arriva à un jeune homme qui menait une vie criminelle. Dieu, pour le convertir, lui fit voir son nom écrit en enfer : il lui découvrit l'enfer sous la forme d'un vaste cimetière, où il y avait une multitude de tombeaux remplis de feu, de serpents, de basilics, de furies et de démons; mais chacun avait sa pierre, et sur chaque pierre était le nom du réprouvé qui devait y être enseveli pour toute l'éternité. 11 vit sa tombe infernale, et y lut son nom. Etant revenu à lui-même, il se dévoua à la plus rude pénitence, répondant à ceux qui la trouvaient excessive : Mon nom est écrit en enfer. Mon pauvre pécheur, votre nom n'est-il pas aussi écrit en enfer peut-être? — Ah! effacez-le a force de larmes pendant cette méditation, et ne sortez de

' Apnc. 1, 18.

cette église que fermement résolu d'embrasser la pratique d'une fervente pénitence. Après tout, combien de temps durera votre pénitence? Dix, vingt, trente ans?... Mais qu'est-ce que cela en comparaison de l'éternité? Excitez donc dans voire cœur un ardent désir de vous sauver, et répétez en vous-même : 0 mon Jésus, je veux me sauver, oui, oui, je veux sauver mon âme; et soyez assuré que ce seul désir, vif et efficace, de vous sauver, vous adoucira toutes les souffrances. [A genoux).

ORAISON PRÉPARATOIRE

VI. Ranimez votre foi sur la présence de Dieu, qui est en vous et autour de vous, et dites avec humilité : Mon Dieu, je crois fermement que vous êtes présent ici et dans tout runicers. — Adorez-le du fond du cœur et dites en inclinant la tète : Je vous adore, ó Trinité sainte, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous reconnais pour mon Dieu, mon Seigneur et le souverain Maître de mon âme.

I"" Prélude. Représentez- vous une caverne souterraine, selon l'opinion de saint Augustin, ayant cinq milles de long et trois de large , mais très-profonde , et capable de contenir huit cent mille millions de damnés, d'après le calcul du père Rho de la compagnie de Jésus. Celte caverne pleine de feu sera votre demeure pour toute l'éternité, si vous ne vous convertissez pas durant ces saints exercices.

II'. Prélude. Demandez à Dieu la grâce 'de vous pénétrer vivement de la grande maxime que nous allons méditer, afin que descendant vivants en enfer par la pensée, nous n'y soyons point précipités après noire mort : Dckcendamus ininfernum viventes ne descendamus niorientes. Pater et Ave.

PREMIER POINT

Le spectacle le plus horrible qu'on puisse imaginer, c'est celui d'un chrétien damné après que Dieu a tant fait pour le sauver. Figurez-vous que vous le voyez plongé dans celte caverne de feu, et demandez-vous quels doivent être les sentiments de ce malheureux. lisse réduisent à deux réflexions bien amères : la souvenir du passé qui l'accable, et le désespoir au sujet de l'avenir, qui sera la cause d'un éternel tourment, comme l'exprime si énergiquement le Sage : Turbabuntur timore horribili et mirabuntur in subitatione insperatœ saluiis..., pœnitentiam agentes , et prœ angustia spiriius gementes^ . Les méchants seront saisis de trouble et d'une horrible frayeur. Le premier sentiment est donc le souvenir du passé qui leur cause tant de peine dans le présent.

Considérez en effet à quoi se réduisent, finalement les faux biens pour lesquels ce malheureux a transgressé la loi de Dieu. Tout se réduit à un peu de fumée, à une vaine gloire, à un vil intérêt, à un plaisir infâme et empoisonné d'un moment, on peut le dire, a un songe. Le démon l'a gagné pour un rien, et cependant ce rien si vil, si court, SI honteux, si loin de contenter le cœur, quel funeste souvenir ne réveille-t-il pas, lorsqu'on songe qu'il faudra le payer par un supplice sans fin?... Grand Dieu! Une heure seulement de ce supplice suffirait à faire oublier mille siècles de plaisirs; or, jugez quelle impression fera sur l'esprit d'un réprouvé, un moment de volupté, un jour de liberté, une satisfaction d'un instant, comparé à une éternité de tourments. Qui donc pourrait jamais concevoir quelle sera la rage de ce malheureux, lorsqu'il se

verra précipité dans un gouffre de maux pour une goutte de miel empoisonné? Comme il maudira alors les damnés pour l'avoir trompé, et lui-même pour s'être laissé tromper, et le jour qui l'a vu naître, et. le père qui l'a engendré, et la mère qui l'a pressé sur son sein, et la foi et le baptême, qui l'ont rendu chrétien! Vous faites-vous une vive idée de cet amer et inutile repentir que le souvenir du passé causera à ce malheureux ?. . Eh bien ! sachez que ce sera là le ver qui rongera aussi votre cœur pendant toute 1 éternité, si vous ne vous décidez pas ce soir même à en finir avec une vie toute lissue d'iniquités, telle que la vôtre. Ah! jetez-vous aux pieds du Sauveur, déplorez vos années perdues, et en vous frappant la poitrine, détestez cette vie païenne que vous avez menée, tout en faisant profession de christianisme, et prenez la résolution de consacrerà la pénitence le reste de vos jours. Et en effet, diles-moi, mon pauvre pécheur, qu'aimezvous mieux ou de pleurer ici-bas utilement avec les pénitents, ou de pleurer sans fruit avec les damnés? — Pleurez donc maintenant, détestez aux pieds de Jésus vos désordres passés.

0 mon Dieu, Dieu de bonté, me voici humblement prosterné à vos pieds, pour vous demander pardon de tant de forfaits. Pardon, mon Dieu, pardon! Je confesse que j'ai mérité par mes péchés de briiler dans cette fournaise ardente ; déjà j'y serais condamné pour toute l'éternité, si votre infinie bonté ne m'en avait préservé Je vous en remercie donc, ô mon Dieu ! je vous bénis, je vous loue, je vous rends des millions d'actions de grâce pour cet ineffable bienfait. Hélas ! comment m'a-l-il été possible de vivre des heures, des jours et des années entières dans le péché, sachant qu'aussi longtemps que j'étais dans cet état, j'avais l'enfer ouvert sous mes pas,

tout prêt à m'engloulir!... Ah! pardonnez-moi, ô mon Dieu, tant d'aveuglement, et faites-moi bien comprendre toute l'atrocité de ces affreux tourments, alin qu'une crainte salutaire pénètre mon cœur, le retienne et l'empêche dépêcher; et puisque j'ai vécu en aveugle par le passé, je vous conjure, ô mon Dieu, de m'accorder la grâce de pleurer maintenant si amèrement mes péchés, que je ne recommence jamais plus à vous offenser. . .

Vil. Le regret qu'éprouve un damné au souvenir du passé est accru sans mesure par les maux immenses qu'il a encourus, et les biens infinis qu'il a perdus. Quel tourment pour ce malheureux de devoir habiter à jamais dans une prison de feu, où il ne rencontre que feu de toutes parts, murailles de feu, pavement de feu, voûte de feu, atmosphère de feu, chaînes de feu, fouets de feu ; ses infortunés compagnons eux-mêmes sont tout pénétrés de feu, et d'un feu dont la violence répond à la toute-puissance d'un Dieu qui l'a allumé dans sa colère, pour faire sentir sa grandeur et sa force à des rebelles. Quant aux biens perdus, quel regret pour une âme damnée de penser qu'elle les a sacrifiés pour un rien, et qui plus est, sans remède! Quel séjour malheureux pour une âme qui a si longtemps habité dans la maison de Dieu, je veux dire la sainte Eglise!... Maudit péché, qui contrains un Dieu si bon de traiter si durement une âme, qui fut jadis son épouse!... Or, dites-moi, si Dieu renvoyait ici-bas quelqu'une de ces âmes réprouvées, à quelle pénitence ne se condamnerail-elle pas volontiers? Quelle pénitence n'estil pas juste, par conséquent, que vous fassiez vous-même pour vous assurer de ne pas tomber dans cet abîme? pouvez-vous en trop faire?... Ah ! si vous avez à cœur de vous sauver, recommencez à pleurer vos péchés, et en baisant les pieds de votre divin Rédempteur, dites-lui

avec un cœur contrit : Hic ure, hic seca, hic 7ion jictrcas, modo iti œternum parcas.

0 mon Dieu, châtiez-moi ici-bas, pourvu que vous me pardonniez ià-haut. Que voulez-vous? des larmes, des regrets, du repentir, du sang, la vie même? — Me voici prêta tout, pourvu que vous m'accordiez le pardon. Ah! pardonnez -moi, mon Dieu, pardonnez-moi. Malheureux que je suis! que de fois j'ai frappé à la porte de i'ctifer et j'en ai presque forcé l'entrée! et cependant, ô mon Dieu, tandis que vous y en avez laissé tomber tant d'autres qui vous ont offensé moins que moi. vous m'avez retenu, vous avez patienté jusqu'à ce jour avec moi. Je vous en remercie, ô mon Jésus! je vous en remercie. Hélas! en ce moment même où je vous parle, je devrais être en enfer, et vous, mon Dieu, vous m'en avez délivré; je devrais y être pour toute l'éternité, et vous m'en avez préservé ; soyez-en béni, mon Dieu! Quelle insolence de ma part! au moment même où je commettais ce vilain péché, vous pouviez me précipiter dans ces brasiers éternels, et vous ne l'avez pas fait : soyez-en béni, mon Dieu; car sans votre clémence infinie, je serais condamné maintenant k vous haïr età vous blasphémer au fond des abîmes ; soyezen béni, mille et mille fois béni, ô mon Dieu ! — Et vous, mes chers frères, et vous aussi, n'avez-vous pas sujet de bénir Dieu de vous avoir bien des fois préservé de l'enfer? Bénissez-le donc en silence, bénissez-le...

SECOND POINT

VIII. Considérez qu'un autre sentiment non moins douloureux pour un chrétien damné, c'est le désespoir qu'il éprouvera à la pensée de l'avenir : Turbahuntur timore horribili in subitatione insperatœ salutis. C'est oe

S24 V* JOUn. MÉDITATION DU SOIR.

désespoir qui, joint au poids immense de l'éternilé, achèvera d'accabler ces âmes malheureuses. Si un seul rayon d'espérance pouvait jamais luire au milieu des ténèbres de l'enfer, et laisser entrevoir le jour de la délivrance, dût-il n'arriver qu'après autant de millions d'années qu'il est tombé de gouttes d'eau pendant le déluge, c'en serait assez pour essuyer toutes les larmes, et adoucir ces flammes dévorantes. Mais non , cette lueur d'espérance n'y pénétrera jamais : la prison est éternelle, les bourreaux sont éternels, le feu est éternel, la sentence est éternelle; il ne reste donc qu'à souhaiter la mort, et la mort ne viendra point. Au moins s'ils pouvaient se bercer d'illusions et se figurer une fin, quoique à tort; s'ils pouvaient au moins perdre de vue réternité pendant quelque temps ! . . . Mais non, ils n'auront pas même celte consolation : la justice divine maintiendra constamment devant leurs yeux ce jamais, ce toujours, sur lesquels roule leur malheureuse éternité.

Que dites-vous en entendant ces vérités irréfragables? Les avez-vous jamais profondément méditées ? Intellexistis hœc omnia^'?. .. Mais si vous les avez comprises, comment peut-il se faire que vous retourniez au péché, au risque de combler la mesure de vos iniquités, de l.nsser la patience de Dieu et de donner le signal de votre condamnation à une éternité de tourments?... Y pensez-vous, mon pauvre pécheur ?... Vous avez puisé dans vos saints exercices quelque idée de ces supplices impossibles à décrire ; pourquoi donc négligez-vous les moyens de les éviter?... Pourquoi ne pas conjurer sans cesse le Seigneur de vous sauver?... Pourquoi ne pas fréquenter les sacrements, qui sont d'un si puissant se-

'» Malth. 13, 51.

SENTIMENTS d'uNF, AME RÉPUOUVÉE. 225

cours pour persévérer dans la grâce de Dieu?... Pourquoi no pas iairo quelques efforts pour rés-isler aux mauvaises pensées? pour briser celle liaison dangereuse?... La pensée fie rélernité ne suffit donc pas pour vous décider à changer de vie et à user de quoique diligence, afin de ne pas vous damner?... O insensibilité, ô dureté impénétrable de votre coeur!

Dieu de mon âme! ne m'abandonnez pas tant que je vis; faites-moi la grâce de délester souvent mes énormes pécliés et de m'en repentir sincèrement. Oh! quelle patience vous avez eue avec moi, malgré mon ingratitude!... Je m'en repens, ô mon Dieu, je me repens do tout mon cœur de mon obstination. Hélas! malgré vous et en dépit de votre bonté, je n'ai fait que courir à ma perte par le passé; mais il n'en sera plus ainsi à l'avenir : pardonnez-moi, mon Dieu, pardonnez-moi. — Ah! mes frères, frappons-nous la poitrine et prions Jésus de nous sauver : Tuus sum ego, salvum me fac : Je suis à vous, Seigneur, sauvez-moi et je serai sauvé. Me voici tout en larmes devant vous, bien résolu de changer de vie : je le proteste du fond du cœur. De deux choses l'une : ou je chiinge de vie, ou vous trancherez le fil de mes jours. Il n'est pas juste que je poursuive une vie si déréglée. Oui, mon Jésus : ou changez-moi, ou faites-moi mourir; il vaut mieux que je meure touché par la grâce, et que je me sauve, que de prolonger mon existence pour me damner. — Pensez-y bien, pensez-y.

IX. Réfléchissez en outre que ce qui aggrave immensément le désespoir des réprouvés, c'est d'avoir à supporter non-seulement le poids de tous les maux pendant une éternité tout entière, mais encore le fardeau de l'éternité elle-même, qui, constamment présente à leur esprit, les accablera d'un poids en quelque sorte infini. Tant que

durera la toute-puissance de Dieu, son bras irrité ne cessera de s'appesantir sur eux ; et comme la toute-puissance de Dieu ne finira jamais, ainsi jamais, jamais, jamais ne finira leur éternité de tourments... Hommes voluptueux qui hésitez encore, savoir si vous changerez de vie, et si vous embrasserez la pénitence, oui ou non, consultez un peu voire délicatesse, et voyez si vous aurez la force de résister à un tel fardeau. — Grand Dieu ! si la peine d'un seul damné était répartie entre tous les hommes qui sont sur la terre, elle suffirait pour les faire tous mourir ; et vous ne craignez point de la prendre tout entière sur vous, et cela pour toute la durée des siècles?... Vous vous lamentez quelquefois maintenant au sujet de votre pauvreté, au sujet des pénitences qui vous sont enjointes, au sujet des injures qui vous sont faites. Mais quelle pauvreté que celle où vous n'aurez plus rien que du feu! Quelle pénitence que celle d'être éternellement couché sur un lit de feu ! Quelle humiliation que d'être foulé aux pieds des démons!... Avez-vous donc un cœur de bronze?... Ou bien prenez-vous toutes ces vérités pour des fables? Ne sont-elles pas aussi vraies que l'Evangile? aussi certaines que la foi? plus certaines môme que l'existence de la terre qui vous porte?... Comment donc ne tremblezvous pas?. . . Ahi que je voudrais vous inspirer la crainte des jugements de Dieu à vous tous qui êtes présents à cette méditation ; non pas une crainte qui vous afflige sans fruit, mais une crainte qui vous excite au bien; une crainte qui vous fasse fuir le péché, pour lequel l'enfer a été créé; une crainte qui vous fasse déplorer amèrement votre vie passée, vie si mal employée, vie criminelle! Arrosez encore une fois de vos larmes les pieds du Sauveur, frappez-vous la poitrine et demandez-lui pardon de nouveau.

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0 Jésus! mon doux Jésus, qui êtes toul. amour pour mon âme. ne me damnez pas, je vous en prie, je vous en conjure par le sang que vous avez répandu pour me sauver; ne me damnez pas, ò mon doux Jésus! ne me damnez pas. Hélas! quel profil auriez-vous a me damner, moi voire créature, l'ouvrage de vos mains, racheté par votre mort, et tant de fois nourri de votre cliair adorable?.-.. J'ai mérité cent fois, mille fois l'enfer, je l'avoue ; je l'ai mérité ; mais vous avez satisfait pour moi au prix de votre sang, et voici que je mêle les larmes d'un cœur contrit à votre sang précieux : pardonnez-moi, mon Dieu, pardonnez-moi. Gravez profondément dans mon esprit le souvenir de lenfer et de son éternité ; que dans toutes mes tentations, dans mes travaux, dans mes entreprises, j'aie sans cesse devant les yeux l'enfer, et l'enfer éternel. Faites-le-moi apparaître sous un aspect si épouvantable, qu'il ôte au péché tous ses charmes, et me mette dans limpossibilité de le commettre désormais.

Toutefois, mes bien- aimés frères, nous ne réussirons pas à nous établir fermement dans la résolution de ne plus pécher, si nous n'avons recours à Marie ; adressez-vous donc à cette auguste protectrice, et suppliez-la d'offrir au Père éternel le sang de son divin Fils en votre faveur, de telle sorte que si votre nom était déjà écrit en enfer, il en fût effacé par la vertu de ce précieux sang. C'est donc à vous que nous avons recours, auguste Vierge, Mère de Dieu et notre Souveraine; nous voici tout en larmes, tout pénétrés de douleur à vos pieds : ah ! trèssainte Mère, délivrez-nous de l'enfer ; obtenez-nous la grâce de ne jamais plus commettre ce maudit péché, pour lequel l'enfer a été créé. Celle grâce précieuse, nous vous la demandons les larmes aux yeux, et en nous frappant la poitrine ; écoutez la prière que nous vous adres-

sons de concert. Sauvez-nous, ò Marie, sauvez-nous, sauvez noire âme, nous vous en supplions, mettez-la en sûreté, et ne permellez pr.s qu'elle soit précipitée clans le gouffre épouvantable de cette éternité do maux. Paier et Ave.

X. Pour que vous retiriez un fruit durable de cette terrible méditation, permettez que je promène un regard sur cette religieuse et imposante assemblée, et puis que, saisi de frayeur et la douleur dans l'âme, je vous annonce une triste nouvelle. — Mes chers frères, ne nous exagérons pas la facilité d'aller en paradis. Quant à moi, je voudrais pouvoir vous dire que pour échapper à l'enfer, et mettre votre âme en sûreté, il suffit de faire un signe de croix et de prendre de l'eau bénite. Malheureusement cette grande facilité du salut ne s'accorde pas avec l'évangile, auquel nous sommes obligés d'ajouter foi : dans ce livre infaillible, écrit sous la dictée de Dieu, nous lisons que la voie qui conduit au ciel est étroite, et que la voie de lenfer au contraire est la voie large; que le grand nombre suit celle-ci, et le petit nombre celle-là. Or, si cela est vrai, comme on n'en peut douter ; s'il faut accorder quelque autorité à l'opinion des saints Pères qui disent que la plupart des chrétiens adultes se damnent, voici la mauvaise nouvelle dont j'ai a vous faire part : quelquesuns, peut-être même plusieurs de ceux qui sont ici présents, probablement n'arriveront pas au salut. — Parole terrible!... Ah! mes chers et bien-aimés auditeurs, il mest extrêmement pénible de terminer ma méditation, déjà si lugubre en elle-même, par uue pensée plus lugubre encore. Et pourtant il en est ainsi : quelques-uns, peutêtre beaucoup d'entre nous, ne se sauveront point, ils ne

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verront point la face de Dieu. — Mais pourquoi, me direzvous, pourquoi nous attrister par une si sombre prédiction ? — Le pourquoi, vous allez le comprendre au moyen de l'exemple suivant. Attention.

XI. Le bienheureux Humbert, de l'Ordre de Saint- Dominique, était un jour retiré dans sa cellule et tout absorbé dans une pieuse conlemplation, quand tout k coup il entendit une voix lamentable, comme d'une âme qui se désole : Al)! ahi ahi... Il regarde autour de lui, au-dessus, au-dessous, et ne voit rien ; il juge que c'est un effet de l'imagination ou une illusion de l'ennemi, et se remet en oraison. Mais la voix reprend avec un accent plus épouvantable et plus lugubre : Ah ! ahi ahi... Le Saint se lève, fait à plusieurs reprises le signe de la croix, et s'approchant de l'endroit d'où semblait venir la voix, il lui ordonne de la part de Dieu de dire qui est là. Aussitôt une âme lui apparaît, toute environnée de fumée, de feu et de flammes. Il lui demande qui elle est. — Je suis un damné, répond-elle. — Et pourquoi te lamentes-tu de la sorte? — Hélas! je me lamente pour le même sujet que tous les damnés en enfer ; c'est-à-dire à cause du temps de la vie mal employé. Malheureux que nous sommes! au moyen de quelques instants bien employés, nous pouvions éviter l'enfer et gagner le paradis ; et trompés en comptant follement sur l'avenir, nous avons perdu le temps et l'eternile bienheureuse! — A ces mots, il disparut.

XII. Or, voici pourquoi je vous ai centristes par celle fâcheuse nouvelle, savoir, que quelques-uns, peut-être même beaucoup parmi vous, ne se sauveront point ; ditesmoi, de grâce : comment emploie-t-on le temps que Dieu nous accorde pour assurer noire éternité? Combien d'heures consacre-t-on au sommeil? combien aux vaines con-

versations? combien au jeu? combien a l'oisiveté? combien aux procès, aux charges et aux affaires de la terre?... Et pour l'âme combien en réserve-t-on?... Et avec cela nous croirions nous envoler tout d'un trait en paradis... Que vous dirai-je, mes frères? Je vois que les Saints vivaient dans une crainte continuelle. Le séraphique saint Bonaventure avait coutume de dire que quand même Dieu aurait révélé qu'un seul des enfants d'Adam dût se damner, pour lui il n'en aurait pas moins continué sa vie austère et toute en Dieu, dans la crainte d'être cet unique réprouvé destiné au feu éternel. Que dirons-nous donc, nous autres pauvres pécheurs? Tenant pour certain que l'enfer a dilaté sa gueule béante jusqu'à l'inBni : Dilaiavit infernus animam suam, et aperuit os suum absque ullo termino^ ^ et que les âmes y tombent aussi serrées que les flocons de neige sur la terre pendant un mauvais jour d'hiver, n'avons-nous pas raison de trembler? N'avonsnous pas raison de croire que beaucoup parmi nous ne se sauveront pas? — Mais nous savons, mon père, que Dieu est patient, qu'il est miséricordieux. — Il l'est, sans doute; mais combien n'en est-il pas à l'égard desquels il a usé de patience, et qui ont voulu se damner malgré tout? Combien d'années y a-t-il déjà qu'il use de patience envers vous? A quoi sa grande patience a-t-elle servi jusqu'ici, si ce n'est à vous encourager à l'outrager plus librement?... Réveiîlez-vous donc ce soir, ou soyez certains que la divine justice se réveillera de son sommeil et déchargera sur vous les foudres de sa colère. Et le ciel, et la terre, et l'enfer même crieront tout d'une voix qu'il y a nécessité de vous châtier, parce que Dieu est juste et infiniment juste : JusHises, Domine, et rectum judiciumtuum.

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Mais qu'avons-nous donc à faire? — Voici tout le fruit Je notre n-.éditalion : voulez-vous vous sauver et éviter l'enfer? Premier moyen : de péché mortel jamais, jamais de péclié mortel ; c'est s endormir sur le bord de l'enfer que de vivre en état de péché mortel; donc jamais, jamais de péché mortel. Que chacun de vous examine quel est le péché qui domine en lui, qui lui est le plus familier, et qu'il lui déclare une guerre particulière. Proposons-nous aussi d'éviter toutes les occasions de retomber dans le péché; que chacun voie quelle est celle à laquelle il est exposé. Renoncez à ces soirées, a cette liaison, à ce jeu, à cette inclination, à ce livre, si vous voulez vous sauver.

En outre, faisons-nous une règle de nous adonner aux bonnes œuvres , à la fréquentation des sacrements, à l'exercice de l'oraison mentale, aux lectures spirituelles. Y en a-t-il un parmi vous qui, en sortant d'ici, irait tout droit commettre un péché mortel? Certainement non ; et cependant je ne vous ai appris aucune vérité que vous ne connussiez déjà. N'importe, on vous a remis devant les yeux ce que vous connaissiez fort bien auparavant, et de là vient votre disposition à ne plus pécher pour le moment. Il ne suffit donc pas de savoir ; il faut encore se rappeler vivement ce que l'on sait : et c'est ce qui se fait par la méditation ella lecture spirituelle. Par conséquent, chaque jour un peu de méditation, une courte lecture spirituelle, et nous ne pécherons plus.

En dernier lieu, pour échapper sûrement à l'enfer, tandis que le saint Sacrement sera exposé, prenez la résolution au fond du cœur, mais de tout votre cœur, de vous appliquer uniquement à la grande affaire du salut de voire âme, en faisant un saint emploi de votre temps. Adressez-vous donc à Jésus, et dites -lui à plusieurs

reprises et les larmes aux yeux ; 0 Jésus , je veux sauver mou âme ; ô mon Jésus, je veux sauver mon âme I

Que s'il est quelqu'un parmi vous qui ne se sente point touché de ces terribles vérités, qu'il tremble, de grâce, qu'il tremble que son nom ne soit déjà écrit en enfer, et qu'il n'aille bientôt apprendre à ses dépens ce qu'il a peine à croire maintenant. Patej' et Ave.

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