‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 37 sur 78 · IX. Mais allons plus avant; supposons que pour sui · texte numérisé non relu

IX. Mais allons plus avant; supposons que pour sui

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vre Jésus il dût vous en coûter des fatigues, des peines (>t des privations... N'entendez-vous pas la magnifique promesse que vous fait le divin Maître : Ego veni ut vilam habeant et abundavtius habeant^ : « Je suis venu ponr qu'ils aient la vie et une vie plus abondante. » Il vous promet une félicité telle que, pour vous la procurer, le Père éternel a donné son Fils unique, le Fils unique du Père s'est donné lui-même, et le Saint-Esprit a concouru à cette donation avec un amour infini. En un mot, votre récompense , si vous vous déterminez à suivre Jésus- Christ, sera la vie éternelle , c'est-à-dire une vie dont quelques instants ne seraient pas achetés trop cher par les tourments de tous les martyrs ensemble, une vie qui vous fera vivre plus en Dieu qu'en vous-mêmes et qui vous plongera dans un océan de délices pour toujours. . Qu'en dites-vous mainlenant? Quoi ! vous entendez des promesses si magnifiques, et vous hésitez encore à vous décider? .. Voire cœur ne bondit pas de joie?... Vous ne vous précipitez pas dans, les bras de Jésus, pour vous donner à lui sans réserve ?.. . Remarquez que le temps est court, mais que l'éternité ne finira jamais, et que si vous ne prenez pas votre parti ce soir, votre sort est peut-être fixé éteraellement.

Ah ! je me rends enfin, ô mon Dieu! que pourrais-je exiger de plus pour me décider à suivre votre étendard? Que pourriez-vous m'oiTrir de mieux pour m'attacher inviolablement a votre parti jusqu'à la tnort?... Une vie éternelle, un paradis, un état de béatitude qui surpasse tous mes désirs, et qui ne laisse pas sans récompense la moindre pensée employée pour vous . tout cela ne suffirait pas pour captiver mon cœur?... Une si brillante

' Jodn. 10, 10.

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perspective ne devrait-elle pas nous rendre infatigables dans la pratique de la vertu?... Ne devrait-elle pas nous enflammer d'une noble ardeur pour les souffrances, pour les humiliations , pour la mortification de nos convoitises?... Ne devrait-elle pas allumer dans nos cœurs un désir insatiable de procurer la gloire de Dieu et son bon plaisir en toutes choses, en foulant aux pieds tous les divertissements du siècle?... Et pourquoi ne le fais-je pas?... Pourquoi ni pensé-je pas?... Ah ! si j'ai été aveugle par le passé, il n'en sera plus de même à l'avenir. Voici, mon Dieu, que par amour pour vous, à la face du monde entier, je dis un éternel adieu à toutes les vanités : adieu, plaisirs et pompes du monde; adieu, divertissements; adieu, passe-temps frivoles! je veux être entièrement à Jésus.

Et vous, mes frères, vous qui par le passé avez été tout au démon, en suivant ses maximes infernales, avec quels sentiments pouvez-vous proférer ces protestations, si vous n'avez pas encore pleuré le malheur que vous avez eu d'adhérer si longtemps au parti de Lucifer? Pleurez donc l'injure énorme que vous avez faite au divin Maître en lui tournant le dos pour vous donner à un traître; frappezvous la poitrine et demandez-lui-en pardon. — Pardon, mon Dieu, pardon. Ah! pardonnez-nous à tous, aimable Jésus, pardonnez-nous. Nous voici bien résolus de nous consacrer tous à votre service ; nous ne reconnaissons que vous seul pour notre Maître, pour notre Capitaine, pour notre Sauveur, pour notre Jésus. Tous nous sommes déterminés à marcher sous vos bannières, à professer vos maximes, à vous imiter. Ah ! donnez-nous la grâce de briser les liens du démon, savoir, toutes les attaches aux vanités de la terre. Nous ne voulons pas nous exposer au péril de la damnation ; nous embrassons avec

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joie votre croix. Nous voulons souffrir avec vous en ce inonde, être humiliés avec vous, supporter les adversités et les tribulations avec vous, pour être admis à nous réjouir avec vous en paradis. Et si vous prévoyiez que nous dussions à l'avenir rentrer dans la mauvaise voie, semez-la de tant d'épines que nous soyons contraints de gré ou de force, k retourner sur nos pas. Mais non ; la résolution que nous prenons ce soir, nous la prenons par pur amour, et c'est du fond du cœur que chacun de nous proteste qu'il veut être tout à vous, mais à vous sans réserve et sans partage.

Répétons-le donc tous avec une sainte joie : Je veux être tout à Jésus... Je veux être à Jésus sans réserve. Pater et Ave.

X. Pour être tout à Jésus, il ne suffit pas de le dire, il faut en venir efficacement à la pratique; c'est pourquoi je ne voudrais pas que le démon vous induisît, en erreur en vous donnant a entendre que vous pouvez faire l'un et l'autre, c'est-à-dire, être à son service et au service de Dieu. Il n'en est rien, mes chers frères : nul ne peut servir deux maîtres à la fois : Nemo poiest duobus dominis servire^. Ne cherchez pas des tempéraments et des accommodements impossibles ; car votre divin Sauveur a dit : Qui non est mecum, contra me est : « Qui n'est pas pour moi, est contre moi. » 11 veut tout ou rien. Le démon, qui n'est que l'usurpateur de votre cœur, se contenterait bien d'un partage ; mais Jésus, qui en est le maître véritable et légitime, proteste ouvertement qu'il lui faut tout ou rien. Qu'en dites-vous? A-t-il raison?... Eh bien

' Matth. 6, 24.

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donc ! SI vous voulez faire don de votre cœur à Jésus, débarrassez-le de tout ce qui lui déplaît. Voyez s'il ne s'y cache point quelque affection déréglée pour une créature ou l'autre, quelque attache à des intérêts et des gains illicites; s'il n'est pas adonné.' enclin à des plaisirs déshonnétes, si par suite il n'entretient pas des amitiés et des commerces dangereux, des fréquentations et des conversations scandaleuses. Observez s'il n'y règne pas une certaine hauteur qui le porte à mépriser les autres. Si votre cœur est engagé dans ces filets, à quoi servent toutes les belles protestations que vous avez faites? Les communions, l'assiduité aux exercices de piété; et tant d'autres petites dévotions que vous pratiquez sont belles et bonnes: mais si le cœur n'est pas libre et vide de toute attache aux créatures, à quoi bon ? . . Illusion funeste de beaucoup de chrétiens de nos jours! Ils voudraient accorder ensemble l'idole de Bélial et l'arche du Testament, Dieu et ie démon. Vain projet! Si vous voulez être partisan de Lucifer, soyez-le, 'a la bonne heure ! mais alors pourquoi masquer votre dessein sous les apparences de la dévotion? Pourquoi profaner les sacrements en ne les recevant que d'une manière sacrilège? — Que si vous voulez être tout à Jésus, comme j'espère qu'il vous en aura inspiré la résolution dans celte méditation , il ne faut pas tergiverser : il faut du cœur, et un grand cœur, afin de renoncer au péché, et savoir même briser complètement avec le monde, s'il en est besoin et si votre condition le comporte. L'exemple que je vais vous rapporter servira à stimuler votre courage.

XI. Une des premières dames d'Espagne, dona Catherine Sandoval, balança quelque temps pour savoir si elle s'adonnerait à la piété ou 'a la vanité, si elle serait tout à Jésus, ou bien tout au monde. Enfin prévalut l'esprit du monde, qui es' l'esprit de Lucifer, et de fait elle s'enor-

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gueillil à un tel point de ses rares qualités, qu'étant recherchée en mariage par plusieurs parfis honorables, elle répondait avec dédain quelle ne s'unirait jamais qu'à une tète couronnée, ou à un prince de sang royal. Un gentilhomme qui en était épris, promit une magnifique récompense à une de ses femmes de chambre, si elle pouvait la porter à accepter ses propositions. Celle-ci étant entrée un malin dans la chambre de sa maîtresse, et voulant entamer une conversation qui l'amenât à faire l'éloge de ce chevalier, lui dit : 0 signora, quel beau songe j'ai fait cette nuit! il m'a semblé voir le palais superbement décoré, et toute la famille en fête, à l'occasion de vos noces qui se célébraient avec tel gentilhomme, — et elle allait s'étendre en louanges sur le compte de ce dernier, lorsque Catherine, gravement indignée, la mil brusquement à la porte, en lui répliquant : Ne t'ai-je pas dit plusieurs fois que je ne donnerai mon cœur à personne, si ce n'est à un roi ou à un prince de race royale?... S'étant levée ensuite, elle se mit à se promener dans sa chambre, en roulant dans son esprit mille rêves de grandeur et de pompes royales. Mais tandis qu'elle se laissait aller à ces ambitieuses pensées, son regard tomba sur un cruci6x qui se trouvait suspendu à la muraille ; en voyant son Sauveur couronné d'épines, et eri lisant le titre de la croix : Jesus Nazarcnus, Rcx Judœorum, elle se sentit touchée, et en même temps elle entendit une voix qui lui dit intérieurement : Je suis le roi que tu cherches ; tu m'auras dans cet état. Catherine se jeta par terre, et s'avouant vaincue elle répondit sur-le-champ à l'invitation amoureuse de Jésus : Oui, mon Jésus, dit-elle; je vous accepte pour époux, et tel que vous voulez bien vous donner à moi, avec votre couronne d'épines. Puis comprenant qu'un membre délicat ne convient pas sous un chef couronné d'épines : Non decei

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sub capite spinoso membrum esse delicatum, elle commença à macérer son corps par les plus rudes pénitences, et après avoir mené assez longtemps dans le siècle la vie d'une religieuse, elle entra dans un monastère de sainte Terese pour y mourir en sainte.

XII. Mon cœur me dit que Jésus veut faire quelques conquêtes parmi ceux ou celles qui m'écoutent. Ah ! s'il en est ainsi, vous qui sentez l'appel intérieur de la grâce, qui que vous soyez pourquoi n'y correspondriez- vous pas? Je vous en supplie, ne repoussez point l'invitation de Jésus, ne résistez point à une si douce inspiration. Souvenez-vous que de la résolution que vous allez prendre ce soir dépend peut-être votre salut éternel. Ainsi donc, tandis que le très-saint Sacrement sera exposé, recommandez-vous a Jésus-Christ dans la divine Eucharistie, afin que, s'il vous appelle, il vous donne la force de le suivre; puis, après avoir pris votre résolution agissez de telle sorte que chacun puisse voir que vous êtes changé en un autre homme , et dire de vous : Hœc mulaiio dexterœ Excelsi : Ce changement est vraiment l'œuvre du Très- Haut. » Pater et Ave.

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