‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 38 sur 78 · SEPTIÈME JOUR · texte numérisé non relu

SEPTIÈME JOUR

EXAiMEN DE RÉFORME

SUIl LE PÉCHÉ VÉNIEL.

I. De deux choses l'une : ou les Saints se sont trompés, ou nous nous trompons nous-mêmes. Les Saints vivaient dans une vigilance continuelle, et nous nous laissons aller à !a plus grande liberté ; les Saints faisaient cas des plus petits obstacles qui les empêchaient détendre directement au salut, et nous marchons à l'avenlure par les sentiers qui aboutissent a la perdition éternelle; les Saints tâchaient d'éviter les moindres défauts et jusqu'à l'apparence d'un danger, et nous, nous méprisons avec une souveraine témérité les petites chutes, nous nous jouons sur le bord du précipice. Qui est-ce qui se trompe ou qui l'entend le mieux, de nous ou des Saints? Sans aucun doute, c'est nous qui sommes dans l'erreur. Trouvez bon par conséquent que dans cette réforme spirituelle je vous fasse comprendre que certains péchés véniels, que vous traitez si légèrement et dont vous ne tenez aucun compte, sont aux péchés mortels comme les fièvres à la mort : si on les néglige, ils produisent des effets non moins pernicieux que les maladies les plus désespérées et réputées incurables. Tel est le but du présent examen. N'appelez donc plus le péché véniel un mal léger ; mais dites que tout péché véniel, quoique léger en tant que péché, n'est p u. VM. 24

VII" JOUR. r.XAMEN DE KEFORilE

point léger en tant que mal, attendu que c'est un mal très-grave et par sa nature, et dans ses effets, et dans ses châtiments. Pénélrez-vous une bonne fois de celle doctrine incontestable, qu'envisagé comme mal moral il n'y a point de péché qu'on puisse dire positivement léger, mais que tous sont plus ou moins graves, et que tous doivent être évités avec le plus grand soin : tous sont détestés de Dieu, détestés des Saints, et doivent être aussi détestés de nous ; parce que toute fièvre, si 1 on n'y prend garde, finit par occasionner la mort.

II. Mon dessein n'est point d'engendrer des scrupules dans les âmes: c'est pourquoi je vous dirai que je n'entends point parler de certaines imperfections, qui sont comme inhérentes a notre faiblesse, et dont, au sentiment des théologiens, nous ne pouvons que difficilement nous préserver aussi longtemps que nous habitons cette prison de boue ; mais j'entends vous entretenir de ces péchés véniels qui préparent la voie à des péchés plus graves; de ceux dont la matière est la même que pour les péchés mortels ; de ceux qui se commettent de propos délibéré et, pour ainsi dire, avec les yeux ouverts.

Or, je dis que ces péchés véniels commis volontairement et avec pleine advertance, quoique appelés légers par rapport au péché mortel, cependant, considérés en eux-mêmes, c'est-a-dire comme mal, et non pas comme péchés, sont réellement un mal très-grave de leur nature, qu'ils souillent étrangement une âme, et la rendent difforme aux yeux de Dieu. Ecoutez sainte Catherine de Gênes qui vous dira l'effet que produisit sur elle l'ombre seule d'un péché véniel, qu'elle ne fit qu'entrevoir : « Ah! quel spectacle affreux ! s'écrie-t-elle ; peu s'en est fallu que je ne mourusse d'effroi. Il est certain que si cette vision durait un peu plus, je n'aurais pu demeurer en vie un

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