SUR LE PÉCHÉ VÉMEL
seyl instant, fussé-je même de roche ou de diamant. » Conlemplez-vous maiRtenant, mes bonnes âmes, vous qui êtes si (ières de vous-mêmes, et qui croyez être grand'chose devant Dieu, contemplez-vous, di?-je, rouvertes des pieds à la tête de péchés véniels, et puis faites vos réflexions. Si l'ombre seule d'un péché véniel rend une âme tellement hideuse , qu'elle ne peut supporter la vue d'ellemême sans être saisie d'horreur, quel aspect ne présenterait pas votre âme , coupable non pas d'un seul péché véniel, mois d'une multitude de péchés de cette espèce, si enracinés et si importants par leur qualité et par leur malice? Puis comptez-les : petites colères, aversions légères, louanges de soi-même, pertes de temps, irrévérences dans les églises, distractions dans la prière, vanités, immodesties, luxe dans les habits, sensualité dans le boire et le manger, omissions plus ou moins notables par rapport à l'instruction des domestiques, à l'éducation des enfants, à l'édification du prochain, à l'administration de votre charge, à I exercice de la vertu, impatiences, contestations, vaines gloires, mensonges, petites médisances, et toutes ces fautes par centaines et par milliers, et enracinées depuis de longues années, et toujours accumulées les unes sur les autres. Est-il un lépreux, si dégoûtant qu'il soit, comparable à une âme chargée de tant de souillures? Ne vous étonnez donc pas quand je vous dis que le péché véniel est un mal très-grave de sa nature, et n'appelez plus désormais léger un mal qu'il ne serait pas permis de commettre, quand même il s'agirait de sauver un monde.
III. Il vous semble peut-être que j'aie été trop loin en disant que l'on ne pourrait licitement adhérer à un péché véniel, quand même il .s'agirait de sauver un monde ; et cependant il en est ainsi. Figurez-vous la terre tout en-
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tière engloutie sous les eaux du déluge, et les hommes nageant à la surface et cherchant un refuge dans larche ; supposez en même temps que Noé ait reçu l'ordre de n'y admettre personne, bien que la défense ne soit ni rigoureuse, ni obligatoire sous peine de péché mortel, mais simplement sous peine d'une transgression légère, n'excédant pas les limites du péché véniel. Dans celte supposition donc, qu'est-ce que Noé devrait' répondre aux malheureux qui le supplient de leur tendre la main et de les mettre en sûreté? Il devrait leur crier ?ans hésiter : Retirez-vous, je ne puis vous recevoir ; je compatis» à votre malheur, il est immense ; mais le mien serait encore plus grand si je me rendais coupable d'un péché véniel : votre mal est le mal de la peine, le mien serait un mal moral, une faute; périsse donc le monde avec tous ses habitants : ce désastre immense est un moindre mal que le serait mon péché, quoique léger. — Telle devrait être la réponse du patriarche, et telle devrait être aussi la nôtre, lorsque nous sommes en présence d'un gain, d'une satisfaction, d'un avantage, d'un bien quelconque à obtenir, ou d'un mal à éviter, moyennant un péché véniel. Comment avez-vous fait en pareille occurrence? N'êtes-vous point effrayés d'entendre que même pour sauver le genre humain du déluge, il n'est point permis de commettre un seul péché véniel?
Elevons encore plus haut nos regards, et supposons que Dieu fît tomber un déluge de feu sur le séjour des bienheureux, et que tous les anges, tous les saints, sans même en excepter la Mère de Dieu, fussent sur le point de périr au milieu des flammes, et que par un léger mensonge vous pussiez éteindre ce vaste incendie ; vous serait-il permis de proférer ce mensonge? Non, mes frères, non. Que le paradis, devriez-vous dire, devienne la