SUR LE PÉCHÉ VÉNIEL
proie des flammes ; que les anges, el les saints et l'auguste Vierge elle-même rentrent dans le néant d'où ils sont sortis : ce sera toujours un moindre mal que le mal d'un péché véniel ; parce que le péché véniel est un mal d'un ordre supérieur, et ne saurait être comparé k un mal d'une nature moins élevée, telle que la destruction d'un monde, la destruction du paradis, et l'anéantissement de toutes les créatures. Il vaut bien mieux, dit saint Dorothée, que tous les corps périssent, que de faire à l'âme la moindre blessure : Longe melius est omnia corpora perire simul, quam Icedi animamin re minima. 0 péché véniel, trop peu connu des hommes ! 0 péché véniel, mal aflPreux, mal plus grand que l'anéantissement de l'univers tout entier!
IV. Je m'adresse présentement à vous, pécheurs, qui ne voyez dans le péché véniel qu'une légèreté, une bagatelle, un rien. Supposez-vous coupables d'une seule de ces fautes que vous appelez légères, et puis invitez le Sauveur à suspendre l'effet de ses mérites, à retirer le prix de son sang versé pour l'expiation de vos péchés, et essayez de satisfaire par vous seul à la justice divine : y réussirez-vous '? L'opinion la plus probable soutient que non. En effet, l'offense croît en proportion de la dignité plus ou moins eminente delà personne outragée; ainsi, qu'un simple sujet commette contre son prince un acte d'irrévérence, l'offense qui passerait peut-être inaperçue si elle était faite 'a un de ses semblables, revêt, par cela seul qu'elle s'adresse au prince, un caractère particulier de gravité, et vous ne trouverez personne qui osât soutenir que ce malheureux fût en état de donner par luimême une satisfaction équivalente à la personne outragée de son souverain. De même le péché véniel, quoique léger de sa nature, est cependant une injure faite V. XI. vil. 24'
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en quelque sorle à la majesté infinie de Dieu par le dernier de ses serviteurs, l'homme, et par là elle acquiert un tel degré de gravile que nul ne pourrait se prétendre capable de la réparer par une satisfaction proportionnée ; d'où il suit qu'il faut l'intervention du sang infiniment précieux de Jésus-Chrisl. 0 péché véniel! il a donc fallu pour l'effacer qu'un Homme-Dieu versât des flots de sang. Un déluge même de feu en enfer est un moindre mal qu'un péché véniel. Aussi Dieu a pu vouloir l'enfer et le créer, au moins dans l'hypothèse d'un péché mortel non réparé ; mais peut-il vouloir un léger défaut, un péché véniel? Non, il ne le peut point, et dire le contraire ce serait la plus grave erreur. Ici je reste confondu et je me tais à la pensée d'une si grande vérité, et j'en médite les terribles conséquences. Je mets l'enfer en regard d'une impatience, et une impatience est un plus grand mal que l'enfer ; je mets l'enfer en regard d'une parole oiseuse, trop libre, et cette parole trop libre est un plus grand mal que l'enfer; je mets l'enfer en regard d'un mensonge, et le mensonge est un plus grand mal que l'enfer, et un mal beaucoup plus à craindre que lenfer même, si l'on n'envisage l'enfer que comme peine, ou mal du sens ; puisqu'en effet on peut supposer le cas que Dieu veuille l'enfer, qui est le mal de la peine; mais on ne peut supposer dans aucun cas qu'il veuille le péché véniel, qui est le mal de la faute. Appelez maintenant léger ce mal qui imprime dans l'âme une tache si hideuse que pour l'effacer il faut le sang d'un Dieu rédempteur ; ce mal qui est plus grand que l'enfer même. Quoi! vous traiteriez de bagatelle un mal si affreux!... Péché léger, soit : mais en tant que mal, c'est un mal très-grave, et des plus graves. C'est ce qu'inculqua Notre-Seigneur à sainte Brigitte : « Garde-toi, ma fille, lui dil-il, de ne voir qu'un mal léger même dans le
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plus petil péché véniel. » De là vient que saint Basile s'écrie : Quel est celui qui oserait l'appeler léger'?- Quis est quilevem audeal appellare'/...
V. Le péché véniel est un mal très-grave de sa nature ; mais il est beaucoup plus grave encore dans ses effets. Oh ! quel trésor de mérites nous dérobent continuellement sous nos yeux ces petits voleurs domestiques! Soyez Ihonime le plus libéral en aumônes, et que vos largesses surpassent celles d'un Charles Borromeo ; soyez homme d'oraison, et que vos contemplations soient plus sublimes que celles d'un Antoine dans son désert ; soyez un anachorète, et que vos pénitences ne le cèdent point à celles d'un Pierre d'Alcantara ; soyez un martyr, soyez un apôtre et faites des prodiges : si tout le bien que vous faites a pour motif la vaine gloire, le respect humain ou toute autre fin pareille qui regarde la terre et non le ciel, vous en perdez tout le mérite. — Commenti un péché véniel peut faire tant de mal? — Oui, un péché véniel. Le docteur angélique vous le dit ouvertement : Ntdlns peccando ineretur vitam œternam : unde opus virtuosum amitiit vim merendi, si propler inanem yloriam fiai, etiamsi illa inanis gloria non sit peccatuni moriah : a Nul ne mérite la vie éternelle en péchant; par conséquent une œuvre vertueuse perd tout son mérite si elle est faite par un motif de vaine gloire, quand même cette vaine gloire n'irait pas jusqu'au péché mortel. » Pouvaitil s'exprimer plus clairement? Jetez maintenant un coupd'œil sur toutes vos bonnes œuvres, et voyez quel ravage le péché véniel a fait parmi elles : vous trouverez l'une rognée par l'orgueil, l'autre par la sensualité ou lamourpropre, en un mot. vous vous convaincrez à l'évidence que vous ne faites à Dieu aucune offrande qui soit nette, et qui n'offense pas la pureté de ses regards. Oh ! que de
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communions le péché véniel rend infructueuses! car c'est une opinion d'un assez bon nombre de docteurs que si, dans l'acte même de la communion, vous vous laissez aller à quelque affection déréglée, quoiqu'il n'y ait que péché véniel, ou si votre cœur est agité de quelque passion coupable, sans faute grave cependant, c'en est assez pour en empêcher l'effet principal, savoir l'augmentation de la grâce, ou au moins pour vous priver de cette douceur, de cette consolation spirituelle que laisse après elle cette manne céleste. Vous comptez sur la multitude des indulgences que vous offre notre Mère la sainte Eglise; mais le cardinal Bellarmin vous enseigne que si les œuvres prescrites pour gagner les indulgences sont entachées de quelque faute, même vénielle, vous demeurez les mains vides, sans en gagner une seule : Non enim per peccatum veniale placatur Deus, iieque satisfit Deo : On ne satisfait point à la juste divine par un acte qui est un péché véniel. La raison en est simple , dit saint Jean Chrysostôme : c'est qu'on ne peut point par un même acte mériter et démériter tout à la fois, satisfaire pour d'anciens péchés en même temps qu'on accroît sa dette , en commettant de nouveaux péchés ; quoique légers en tant que péchés, ils ne le sont nullement sous un autre rapport, puisqu'ils causent une si grande perte. Oh ! péchés véniels , trop peu connus des hommes ! Serait-il possible que tout cela ne suffit pas encore pour vous faire prendre toutes les précautions possibles, à l'effet de ne plus y retomber volontairement à l'avenir?.. .
VI. Mais, mon père, vous nous exagérez un peu trop, dans celte réforme spirituelle, la grundeur des péchés véniels : comme le remède en est si facile, nous ne saurions jamais en concevoir tant de crainte. N'est-il pas