SUK LK, PÉCHÉ VÉNIEL
vrai qu'il sutfit de se frapper la poitrine, de l'aire le signe de la croix avec de l'eau bénite, de baiser la terre en poussant un soupir, pour eiïacer tous les péchés véniels? A quoi bon par conséquent tant exagérer un mal de rien? — Ah ! que cette objection me fait peine ! Encore une fois, quoi qu'il en soit de ces fautes vénielles les plus légères, de ces imperfections inévitables à raison de notre faiblesse, et dont je ne parle point ; je dis que pour ce qui concerne les péchés qui se commettent volontairement et de propos délibéré, bien que Dieu en accorde facilement le pardon, néanmoins il veut qu'on l'en prie comn.e il faut , il exige que nous en concevions une véritable douleur, il exige que nous formions le ferme propos de ne plus les commettre à l'avenir. Et il est certain que sans ce repentir et cette rétractation intérieure, il n'y a ni eau bénite, ni prière , ni sacrement même qui puisse les effacer. Combien de fois au contraire n'est-il pas arrivé que tel individu qui n'avait à confesser que des péchés véniels, pour s'être contenté d'exposer ces péchés comme matière de sacrement, sans y ajouter quelque péché grave de la vie passée dont il eût certainement la contrition, est entré au confessionnal avec des fautes légères seulement sur la conscience, et en est sorti, non pas absous, mais souillé d'un sccrilége; ou bien, si l'on suppose qu'il ait agi de bonne foi, a rendu le sacrement invalide, pour n'avoir eu ni douleur, ni repentir des péchés véniels qu'il a déclarés au prêtre'? Or, je vous le demande, est-il donc si facile d'avoir la douleur de ces péchés véniels? — ;■ Ah ! voilà le motif de ma peine : car je regarde, moi , comme indubitable que pour un chrétien relâché il est peut-être plus difficile de se repentir de ses péchés véniels que des mortels : la malice du péché mortel est si énorme qu'elle saute aux yeux, et inspire facilement de l'horreur à tout le monde ; mais quant au
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péché véniel , la plupart des chrétiens n'y voient qu'un mal insignifiant ; comment voulez-vous donc que celui qui à une pareille idée de ces sortes de péchés puisse s'en repentir sincèrement *?
Vous vivez dans l'illusion, chrétiens mes frères; il est bien vrai que vous craignez les fautes graves, et vous avez raison; mais ce n'est pas tout : il est nécessaire, si vous voulez vivre en sûreté, de craindre aussi les fautes moins graves, les péchés véniels : car si vous n'en tenez pas compte, dit saint Augustin, ils se multiplient, en se multipliant ilss aggravent, en s'aggravent ils disposent au péché mortel, et finissent par donner la mort à l'âme : Dum homines despiciunt peccata quœ 'parva sunt, crescentibus minutis adduntur eiiam crimina , et cumulum faciunt, et mergunt. Examinez-vous bien ; car ce sont là des vérités pratiques de la plus haute importance.
VII. Pour réveiller de plus en plus celte crainte salutaire dans vos âmes, j'en viens à dire que les péchés véniels, en un sens, peuvent s'appeler mortels. Mais comment ? — Le voici : c'est qu'ils conduisent en quelque sorte l'âme à la mort, et disposent le pécheur à se précipiter dans les péchés mortels les plus graves, précisément comme la fièvre dispose le malade à l'agonie et à la mort ; et cela de deux manières, dit saint Thomas d'Aquin, savoir directement et indirectement :
Directement, parce que le péché véniel renforce les passions, et rend le démon plus hardi à nous tenter ; accordez-lui un cheveu, il en fera une corde pour vous entraîner à l'abîme : Nostris tantum initiis opus habet. Vous vous faites bien illusion quand vous dites : quel si grand mal y a-t-il dans un regard curieux sur un objet avenant? quel si grand mal dans une parole facétieuse, une plaisanterie un peu libre? quel si grand mal dans une poli-