SUK LE PÉCHÉ VÉNIEL
tesse, une courtoisie démode? — Oui, il y a du mal, et un grand mal. — Mais pourquoi? — Parce que le démon qui sait beaucoup de choses, sait parfaitement entre autres qu'on passe aisément du peu à l'excès, du petit au grand, du léger au grave, et que, suivant le proveibe italien, pour un clou on perd un fer, et pour un fer on gâte un cheval. Chacun de vous, s'il veut mettre la main sur la conscience , devra m'avouer que le début de ses misères a été un coup d'oeil trop tendre dans telle veillée, une marque d'amitié trop sensible dans tel banquet, une affection trop naturelle, un badinage, une inclination manifestée, une petite faute enfin ; et vous-même vous ne pouvez revenir de votre étonnement en voyant à quel point vous vous êtes enfoncé dans le gouffre, pour avoir dévié du droit chemin de quelques pas; mais saint Augustin ne s'en étonne pas, lui qui, appuyé sur la sentence de TEsprit- Saint : Qui spernil modica paulatim decidete : « Celui qui méprise les petites choses, ne tardera pas à déchoir, » sait très-bien que tous les pécheurs commencent par s'accorder un peu trop de liberté, puis en viennent à la licence et finissent par tomber dans la dissolution. Examinez en vousmême si tout ce que je vous dis n'est pas l'exacte vérité.
Vlll. L'autre mode, encore plus funeste, dont le péché véniel dispose au péché mortel, c'est le mode indirect, en tant qu'il dessèche la source des largesses divines, et contraint le Seignenr à permettre d'horribles chutes. Considérez une âme qui est dans la grâce de son Dieu : elle est ferme aussi longtemps que Dieu lui tend la main, et elle marche en toute assurance ; mais qu'elle abandonne la main qui la soutient et donne dans les péchés véniels, alors Dieu aussi lui retire son secours, en punition de son
' Eccli. 19, I.
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infidélité à y correspondre; s'il ne s'irrite pas contre elle, au moins son amour se refroidit, et il ne l'assiste plus qu'autant qu'il faut pour la maintenir sur pieds. Ces grâces extraordinaires qui la faisaient avancer avec tant de sécurité et courir même dans le chemin de la vertu , il les lui refuse en punition de mille petites fautes non réparées ; et ces grâces venant à manquer, qu'arrivera-til ? 0 Dieu ! que de chutes ! . . .
De là vient que le Seigneur , qui est souverainement jaloux de certaines âmes, montre tant de ressentiment lorsqu'il les voit négliger de se purifier des fautes vénielles, et s'attacher trop facilement aux créatures. Nous en avons un exemple frappant dans sainte Rose de Lima. Cette jeune vierge était tout amour pour Jésus, son divin Epoux ; mais, je ne sais trop comment , elle s'afTectionnn à une plante. Son basilic , c'est le nom de sa plante favorite, semblait devenu l'objet principal de sa sollicitude et de ses soins. Dès que l'aube commençait à poindre, Rose s'empressait de mettre sa plante à l'air, pour la faire jouir de la rosée du matin et des premiers feux du jour; lorsque le soleil à son midi dardait des rayons trop ardents, Rose la renfermait aussitôt ; le soleil inclinait-il vers son couchant, la plante était exposée de nouveau pour être rafraîchie par les dernières brises du jour, jusqu a ce que la nuit arrivant, elle était mise a l'abri des frimats. Le ciel faisait-il présager quelque orage , Rose volait à sa plante favorite pour la garantir contre la grêle et les vents; en un mot, toutes les pensées de Rose étaient par- . tagées entre Dieu et son basilic, et allaient sans cesse de l'un a l'autre. Ce partage déplut à son divin Epoux, et en amant jaloux, par une belle nuit il arracha la plante et la jeta par terre pour la faner. Au lever du soleil, Rose se rend à son parterre et voit sa plante chérie dans cet état.