‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 48 sur 78 · X. Une fois que l'Enfant prodigue eut pris sa résolution · texte numérisé non relu

X. Une fois que l'Enfant prodigue eut pris sa résolution

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nous ne lisons point qu'il ait été tantôt en avant, tantôt en arrière, comme le paresseux qui veut et ne veut, pas : Vult et nvn vult piger*. A peine sa détermination est-elle arrêtée, qu'il se lève, abandonne son vil troupeau, se met en marche et court vers la maison de son père : et surgens ihaf. C'est en effet dans la conjonction immédiate de ce présent surgens ibat, avec le futur surgam, que réside la condition essentielle d'une véritable conversion. Combien de fois vous aussi, éclairé par une lumière céleste, vous avez dit : Surgam et ibo ; je me lèverai et j'irai: mais entretemps vous n'avez jamais abandonné cette fréquentation, celte habitude, cette maudite occasion ; vous ne vous êtes jamais adressé à un bon confesseur, vous n'avez jamais embrassé sérieusement un nouveau genre de vie. Vous continuez à traîner votre existence au milieu dos animaux, c'est-à-dire des passions dont vous êtes esclave, et vous mourez de faim. Allez-vous toujours vivre de la sorte? — Ah! non. Voici donc le fruit de la méditation : vous avez à imiter l'enfant prodigue dans sa prompte et parfaite correspondance aux inspirations d'en-haut; répondez donc sans délai à l'inspiration que Dieu vous envoie ce soir même. Remarquez que Jésus ne fait que passer en faisant le bien : Pertransiit benefaciendo ; il répand ses bienfaits et ses grâces efficaces comme des éclairs fugitifs, comme des étoiles filantes : celui qui ne les saisit pas au vol n'en profite jamais. Dieu veut qu'on reçoive ses faveurs en temps opportun, in tempore opportuno ; smon., il viendra un jour où il ne sera plus temps. Méditez bien ce point, et que chacun de vous se dise en soi-même : si l'inspiration que Dieu me fait sentir dans ces saints exercices, si celle qui m'a touché le coeur pen-

< Prov. 13, 4.

dant la méditation de ce soir devait être la dernière pour moi, et que je n'y correspondisse point, qu'en serait-il de moi?... Faites attention à l'exemple suivant pour apprendre a vous déterminer et à le faire promptement.

XI. Marguerite de Cortone fut une image vivante de l'enfant prodigue, ou plutôt la réalité même figurée dans cette touchante parabole. Marguerite encore dans la première fleur de la jeunesse, s'enfuit de la maison paternelle, et sans aucun souci de son honneur, s'abandonna à un amant débauché, avec qui elle vécut pendant neuf ans dans un libertinage effréné. Un jour elle vit revenir seul au logis le chien qui avait coutume d'accompagner son maître ; l'animal poussait des aboiements plaintifs et tirait sa maîtresse par la robe, comme pour l'inviter à le suivre. Marguerite soupçonna quelque malheur, et se laissant conduire par l'intelligent animal, elle arriva dans un endroit écarté, où il y avait un tas de fagots; là, par ses regards, ses gestes, les mouvements de ses pattes le chien lui fit signe d'enlever le bois pour voir ce qui était caché en dessous ; elle se mit à l'œuvre, et bientôt, spectacle affreux 1 elle reconnaît, couvert de sang et de blessures, le cadavre de son misérable amant, qui, assassiné par ses ennemis, semble la regarder en face et lui dire : C'est à cause de toi que mon corps est ici, et que mon âme sera éternellement en enfer. Marguerite saisie d'effroi tremble, pâlit. éclate en sanglots ; elle voit devant elle son ouvrage, elle le déplore, et prend sur-le-champ le parti de l'enfant prodigue. Résolue de changer de vie, elle songea avant tout à aller se jeter aux pieds de son père ; mais celui-ci, indigné de la vie qu'elle avait menée, la cha.«sa rudement de sa maison. Que fera la malheureuse? Repoussée par son père d'ici-bas, elle a humblement recours à son Père céleste : elle ei.lre dans une église et se prosterne tout

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éplorée aux pieds d'un crucifix. Ohi Jésus ne la repoussera pas, loin de là; il l'embrasse, la console, la serre sur son sein. Dès ce moment commença cet échange de sentiments affectueux, cet empressement mutuel de Marguerite à servir son Jésus, et de Jésus à combler Marguerite de ses faveurs, au point de l'appeler bien souvent sa pauvrette. Enhardie par tant de bonté, Marguerite le supplia de daigner fappeler une fois sa fille, à quoi Jésus lui répondit : Lorsque tu auras purifié ton cœur par une confession générale exacte de toutes tes fautes, alors je te donnerai le doux nom de fille. Marguerite s'acquitta de la condition avec les sentiments d'une contrition extraordinaire, et un jour qu'elle s'approchait de la sainte Table, une corde au cou comme une esclave, elle entendit tout à coup la voix de Jésus : Marguerite, ma fille, lui dit-il, je t'absous de toutes tes offenses : Filia mea Margarita, ego te absolvo ab omnibus offensis luis.

XII. 0 prodige de l'amour divin! ô miséricorde immense de mon Dieu! Qui ne se sentirait ravi ce soir? Qui pourrait tarder de retourner à vous? Qu'attendez-vous, mon pauvre pécheur? Tout ce que nous avons dit ne suffit- il pas pour vous décider à prendre une résolution prompte et généreuse? — Ne venez plus me dire : Je suis un trop grand pécheur ; Dieu ne me pardonnera pas ; la sainteté n'est pas faite pour moi. — Eh quoi I Marguerite avait probablement commis plus de péchés que vous, et la voila sainte. Sachez donc que notre Dieu, dans sa bonté, appelle tout le monde, veut pardonner a tous, sait user de compassion envers tous, et offre à tous sa grâce. Plus même nous avons été misérables, plus nous provoquerons l'inépuisable miséricorde de notre Père. Comment agissez-vous à l'égard des pauvres plus dénués du nécessaire, ou plus infirmes que les autres? Eh bien!

322 Vil» JOUR. MÉDITATION DU SOIR.

voilà ce que la bonté divine fera à votre égard. Mais il ne faut pas laisser échapper la conjoncture favorable des exercices spirituels : aujourd'hui vous pouvez vous convertir ; Dieu sait si vous aurez le temps ou la volonté de le faire demain. C'est donc aujourd'hui même qu'il faut vous résoudre. Un Père si généreux mérite bien qu'on le fasse. — Il s'agit d'ailleurs de l'intérêt le plus pressant que vous ayez au monde. Je vous rappellerai seulement que sainte Marguerite ne fut digne du nom de fille qu'après avoir fait une exacte confession générale. 0 salutaire confession générale, qui plaît tant a Dieu I Courage donc ! allez sur-le-champ trouver un confesseur et finissez-en. Pater et Ave.

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