‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 49 sur 78 · SUR LA COJIMU.MON · texte numérisé non relu

SUR LA COJIMU.MON

I. Le saint roi David se promenait un jour dans les salles de son palais en compagnie du prophète Nathan, son confident intime, et comme il s'entretenait avec lui des choses concernant la religion et le culte de Dieu. David s'arrêta tout à coup, comme frappé d'une pensée qui le contristait, et se tournant vers le prophète, il lui dit : Remarquez-vous, Nathan, ce contraste étrange : voici que j'habite un magnifique palais, avec des appartements nombreux , des salles et des corridors décorés avec luxe ; et l'arche du Seigneur ne loge que sous des tentes de peaux : Vides ne quod ego habitem in domo cedrina, et arca Dei Rosita sii in medio pellium^ ? N'est-ce pas un contre-sens manifeste? Je veux construire un temple où puisse reposer l'arche du Testament, dans laquelle se conservent les tables de la loi avec la manne : Cogitavi ut œdipcarem domum in qua requiesceret arca fœderis Domini^. Qu'en pensez-vous, prophète? — Je ne puis qu'approuver un pareil dessein, reprit le prophète ; certes, c'est l'œuvre la plus digne de ses sentiments que votre majesté soit en état d'entreprendre. —

* II Reg. 7, 2. '-i l Paralip. 28, 2.

324 vili' JOUR. EXAMEN DE RÉFORME

Après que David eut reçu l'avis du prophète, il lui vint à l'esprit une réflexion : Ojms grande est; c'est un bien grand ouvrage; neque enim hominiprœparaiur habitat io, sed Deo^; puisque ce n'est pas pour un homme mais pour Dieu même que nous voulons préparer une maison ; il ne faut donc épargner ni peine, ni industrie, ni argent. Lisez le premier livre des Paralipomènes, et vous trouverez que pour cette importante construction il réunit cent mille talents d'or et un million de talents d'argent, ce qui, d'après le calcul de Pinéda, fait environ trois mille millions d'écus romains, ou seize mille millions de francs. Il est vrai que surpris par la mort il ne put mettre la main à l'œuvre ; mais l'entreprise fut exécutée par Salomon son fils, qui doubla et bien au delà la somme que lui avait laissée son père.

Mais que contenait donc cette arche? Deux pierres, en tout semblables aux autres pierres, sur lesquelles était écrite la loi, et un vase renfermant de la manne du désert, figure de la divine Eucharistie. Et pour deux pierres et une figure tant de dépenses!... Qu'auraient donc fait David et Salomon s'ils avaient eu, comme nous, le corps et le sang d'un Dieu fait homme? Ou plutôt, qu'auraient-ils fait s'ils avaient eu le bonheur de s'en nourrir, comme nous le faisons? Ah ! couvrons-nous le visage de honte, nous qui regrettons un quart-d'heure employé pour préparer notre âme à devenir le temple de Dieu. 0 sainte foi! faites-nous comprendre que ce n'est pas à un homme, mais à un Dieu qu'il s'agit de préparer une demeure : Non homini prœparatur habitatio, sed Deo. La présente Réforme roulera donc sur la communion. Nous en considérerons — la préparation, le fruit et — la fréquence.

* I. Parai. 29 1.

SUK LA COMMUNION. 325

II. Lorsque Dieu voulut descendre sur le mont Sinai pour donner sa loi à son peuple, il s'adressa d'abord à Moï. c et lui dit : Sanclifica illos hodie et cras, laventqiit vestimenta sua, et sitil parati indiem tertium^ : «Sanctifiez le peuple aujourd'hui et demain, et qu'ils lavent leurs vêtements et soient tous préparés pour le troisième jour. » Saint Ambroise, méditant ce précepte, fait observer que la descente du Seigneur sur le Sinai fut une représentation de ce qu'il allait faire un jour dans la divine Eucharistie, où il descend sous les espèces sacramentelles pour visiter son peuple et l'enrichir de ses dons. Or , poursuilil, si in figura tanta observatio, quanta in veritate , si la figure seule exigeait une si grande sainteté, une si parfaite pureté pendant trois jours consécutifs, quelle préparation ne faudrait-il pas lorsqu'il s'agit de recevoir la réalité môme, le Dieu du ciel qui vient s'unir à nos cœurs?

Partant il faut distinguer deux sortes de préparations pour la sainte communion, l'une remote et négative, l'autre prochaine et positive.

La première consiste à n'avoir sur la conscience aucun péché mortel ; cette disposition est indispensable ; de plus il convient de se purifier même des péchés véniels. Quant à,la première partie, savoir de n'être chargé d'aucun péché mortel, c'est une obligation telle que celui-là commet un affreux sacrilège qui ose approcher les lèvres de ce pain des anges, tandis que son âme est entre les mains du démon. Un des supplices les plus barbares inventés par le tyran Maxence, ce fut d'attacher un homme vivant a un cadavre, en les joignant bouche contre bouche, et de les laisser étroitement liés ensemble jusqu à ce que linfection

1 Exod. 19, iO.

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et la pourriture du cadavre fissent mourir le patient. Celte cruauté est usitée en quelque sorte à l'égard de Jésus- Christ par quiconque communie en état de péché mortel . II unit Jésus-Christ vivant et glorieux à son âme qui est morte, et qui est, aux yeux de Dieu, la chose la plus fétide et la plus dégoûtante qu'il y ait au monde; union sacrilège et bien pire que si l'on mettait ensemble l'archange saint Michel, par exemple, et Lucifer, attendu qu'il y a une opposition beaucoup plus grande entre Dieu et le péché qu'entre Lucifer et saint Michel. Saint Thomas rapporte et condamne le sentiment de quelques-uns qui ont prétendu que lorsque Jésus-Christ vient à toucher la langue d'un pécheur, il se retire aussitôt de l'hostie pour ne point se laisser avaler par cette bouche criminelle. Ce sentiment renferme une grave erreur, sans doute ; mais il serait en quelque sorte pardonnable de l'employer comme figure pour expliquer l'horreur qu'éprouve le corps très-pur et virginal du Sauveur à entrer dans une âme souillée par le péché. Et en effet, il arriva un jour, comme un de ces sacrilèges communiait, qu'une sainte âme aperçut entre les mains du prêtre, au lieu de l'hostie, un très- bel enfant, qui faisait des contorsions des pieds et des mains et semblait se débattre pour ne pas entrer dans la bouche de ce malheureux. On ne peut, certes, douter que Jésus ne préférât se trouver noyé dans la fange des rues ou dans un cloaque infect plutôt qu'au milieu des ordures d'une âme criminelle, qui en communiant de la sorte se rend coupable, comme dit saint Paul, de la profanation du corps et du sang du Seigneur : Reus erit corporis et sanguinis Domini, et met le sceau à sa propre condamnation : Judicium sibi manducai et bibil^ .

1 I Cor. 11, 27-29.

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