SUB L\ COMMUNION
III. Mais suppose que parmi vous il n'y ait aucun sacrilégo de cette espèce, combien n'y en a-t-il pas cependant qui commellent une autre indécence considérable à l'égard du Sacrement de l'autel ! A peine ont-elles confessé les fautes les plus graves, qu'aussitôt, aussitôt elles courent à la sainte table pour communier. Que des âmes vertueuses et qui habituellement n'ont besoin que de se laver les pieds, comme le dit Jésus-Christ à ses disciples, pour être tout h fait pK'es, passent immédiatement du confessionnal à la table de communion, soit encore. Mais que ces âmes qui ont été plongées des mois et des années peut-être dans loule sorle d'iniquités, et qui sont encore assiégées par ces mauvaises inclinations et ces fantômes impurs que laissent après eux des désordres invétérés; que ces âmes-la, après un bain superficiel, osent s'approcher aussitôt pour recevoir le corps du Sauveur, ah ! quelle indécence ! Du linge d'hôtellerie a besoin de rester longtemps dans l'eau, de passer et de repasser à la lessive pour devenir blanc. Saint Jean Chrysostôme s'étonnait fort que quelqu'un se fût imaginé qu'après avoir péché librement pendant le carnaval, il suffisait de faire quarante jours de pénitence pour communier à Pâque : Plaisantez-vous donc? lui dit-il avec ironie : Ludis-ne, quœso? Quoi ! entre le démon et Jésus-Christ seulement quarante jours de distance? — Que dirait le saint docteur de celui qui ne mettrait pas même un jour, pas même une matinée entière entre le péché et le Saint des saints, ou plutôt entre un tas de péchés et la source de toutes les grâces? Oh! quelle douleur I Et cependant, mes chers frères, n'est-ce pas là ce que font d'ordinaire ces misérables qui traînent leurs péchés d'une Pâque à l'autre, et tous les ans recommencent le même cercle vicieux? c'est-à-dire qu'après avoir pourri pendant trois cent soixante-quatre jours et demi
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dans tous les vices, tous les dérèglements, toutes les turpitudes, ils prennent un bain d'eau courante, et aussitôt, se croyant blancs comme neige, se présentent pour recevoir le pain des anges.
Je veux bien accorder que ces confessions annuelles faites par crainte des hommes plutôt que de Dieu soient bonnes : transeat. J'accorde aussi qu'on ait la douleur de ces péchés que l'on débite comme une histoire et presque en riant; transeat. J'accorde que le bon propos soit efficace, quoiqu'il ne voie pas le soir du jour où il est formé; transeat. J'accorde enfin que cet ego te absolvo vous délivre des liens du péché. Eh bien! malgré cela vous semble-t-il décent de se transporter aussitôt à la sainte table? Donnez-moi un captif qui a été longtemps dans les fers sans pouvoir bouger ; ôtez-lui ses entraves et faites-le marcher : il ne peut pas même tenir sur ses jambes : pourquoi? parce que les nerfs engourdis refusent de remplir leur office. Or, comment une âme qui a été, non pas des jours, mais des mois et des années dans les fers, sous l'esclavage du démon et du péché, pourrait-elle faire des actes de foi en recevant la sainte Eucharistie, si sa fol est engourdie? Comment concevoir un respect filial envers le Très-Haut, si, par ses offenses multipliées, elle a perdu jusqu'au sentiment de la crainte de Dieu ? Comment pourrait-elle aimer, louer, remercier Jésus dans le sacrement de l'autel, et se donner toute à lui, si elle a perdu depuis si longtemps l'habitude de faire des actes de cette nature? II est certain que si l'on observait les règles tracées par les saints canons, et que si l'on consultait les confesseurs les plus expérimentés, on tiendrait pendant quelque temps éloigné des embrassemenls du Sauveur les pécheurs de cette trempe, afin qu'ils commençassent une vie meilleure et digne d'un chrétien. Je fais exception toutefois pour les