SUR LA COMMUNION
cas où, à raison de circonstances spéciales, on jugerait expédient d'agir différemment.
IV. La seconde partie de la préparation négative pour la sainte communion consiste dans l'exemption de toute faute vénielle. Je sais fort bien que les théologiens et les conciles n'e.Kigent pas d'autre disposition, pour communier licitement que d'être exempt de péché mortel , mais ici nous cherchons ce qui est convenable pour une préparalion digne. Le docteur angélique saint Thomas examine la question de savoir si la sainte Vierge a jamais commis un péché véniel, si léger que ce soit, et il se prononce sans hésiter pour la négative; ce point d'ailleurs a été établi dans le concile de Trente, cité en cet endroit par Suarez; mais la raison qu'en donne l'Ange de Técole est surtout digne de remarcjlie. La voici : Maria non fuisset idonea Mater Dei si peccasset aliquando; si Marie avait jamais été tant soit peu souillée par une faute actuelle et personnelle, elle n'aurait pas été la digne Mère de Dieu. La sainteté de Marie fut donc sans pareille ; saint Bernard nous dit même qu'après celle de Dieu on ne peut en imaginer de semblable. El cependant l'Eglise, en parlant de l'incarnation du Verbe, s'étonne que, voulant se faire homme pour sauver l'homme, il n'ait pas eu horreur d'habiter dans le sein de cette Vierge d'ailleurs si pure, si immaculée : Tu ad liberandum suscepturus hominem, non horruisti Virginis uterum. Cela étant, je fais le raisonnement que voici : Celui qui communie reçoit substantiellement le même Dieu qui est descendu dans le sein virginal de Marie, et quant au mode, la communion est appelée par saint Augustin une extension de l'incarnation : Extensio incarnationis ; si dans l'incarnation le Verbe s'est uni à la nature humaine en unité de personne, ici il s'unit 'a autant d'individus qu'il y en a qui le reçoivent. Comment donc pourrait-on se
330 vili" JOUR. EXAMEN DE UÉFORME
croire dignement préparé à cette étroite union avec Jésus- Christ, tandis que l'on se trouve engagé dans une multitude de fautes actuelles et volunlaires, quoique vénielles? Si l'Eglise est saisie d'étonnement de ce que le Verbe éternel ait daigné entrer dans le chaste sein de l'auguste Vierge; de quelle stupeur les anges ne doivent-ils pas être frappés en le voyant descendre dans un lieu souillé par tant de péchés véniels? Qui est-ce qui oserait manier un riche tissu de pourpre, avec une tache d'encre sur les doigts? Exigit. extremam munditiam ; il faut, dit saint Denis dans sa Hiérarchie ecclésiastique, une extrême pureté de tout péché véniel pour prétendre être dignement préparé à ce divin sacrement. Or, peut-on dire qu'il y ait une extrême pureté chez ces personnes qui sont pleines d'imperfections et de petites passions; cfui tombent tous les jours dans mille défauts, tels que l'ambition, l'avarice, la colère, le luxe, l'amour-propre ; qui se laissent aller "a de mauvaises habitudes, comme de jaser sur le compte du prochain, de railler, de médire; qui nourrissent des aversions volontaires et continuelles, des envies du bien d'autrui, des attaches pour les plaisirs bruyants, les divertissements, la vanité? Des cœurs si pesants seraient dignement préparés pour recevoir le pain des anges? Probct autem seipum homo- c Que l'homme s'éprouve lui-même, dit l'Apôtre: et sic de pane ilio edat*, et qu'ainsi il mange de ce pain ; » et comme l'Apôtre n'exprime pas en quoi doit consister cette épreuve préparatoire à la communion, les maîtres de la vie spirituelle entendent par là que si, pour communier licitement, il suffit d'être exempt de péchés mortels, néanmoins pour le faire avec fruit il convient de se purifier même des péchés véniels, et ils conseillent d'y
' I Cor. M, 28.
sua LA COMMUNION.
préluder par une humble confession non-seulemenl des fautes graves, mais encore des moindres défauts : on n'en fery jamais assez ; car ce n'est pas k un homme, mais a Dit'u qu'il s'agit de préparer une demeure : Neque enim homini prœparatur habitatio, sed Deo^ .
V. Pour en venir k la pratique en ce qui concerne cette préparation éloignée et négative, il serait bon de passer le soir qui précède la communion dans un plus grand recueillement. Imitez les personnp<s les plus timorées, qui ont coutume de s'abstenir ce soir-là même des réunions innocentes, bien loin de s'en permettre de dangereuses; car ces dernières produiraient pour le matin suivant une indisposition réelle et grave. Elles s'abstiennent aussi du jeu, même de celui qui se fait par pure récréation, et s'appliquent à bien faire leur confession, afin d'être plus libres le jour suivant pour vaquer à la prière et à la méditation. Il serait utile aussi de pratiquer la veille quelque pénitence, comme de se donner la discipline ou jeûner, et si vous ne vous sentez pas le courage d'en faire autant, pratiquez au moins quelque mortification au souper; car plus la chair est mortifiée, plus l'âme a de facilité pour s'élever aux choses de Dieu. Dans l'ancienne loi il y avait un précepte qui défendait de paraître devant le Seigneur les mains vides : Non apparebis in conspectu meo vacuus^ ; à combien plus forte raison n'est-il pas inconvenant de se présenter les mains vides dans son temple, lorsqu'on a à recevoir de lui le don le plus excellent qu'il puisse nous faire? Vous me direz : nous sommes pauvres de vertus. — Eh bien I offrez à Dieu la mortification de quelque afiFection déréglée qui vous domine, en promettant dans votre confession de l'extirper complètement, et votre
' I Parai. 29, 1. 2 Exod. 34, 20.
offrande ne sera pas peu de chose. Le matin soyez plus prompt à vous lever, faites la méditation avec plus de soin, employez quelque temps a une lecture spirituelle pour remplir votre âme de pieux sentiments. Au moment où la manne, fis;ure de l'Eucharistie, allait tomber du ciel, il en descendait une abondante rosée, qui préparait le sol à recevoir ce pain formé par la main des anges ; or, à plus forte raison convient-il de disposer son âme à recevoir l'aliment céleste préparé par les mains de Notre-Seigneur, ou plutôt qui est Notre-Seigneur lui-même. Que n'ont pas fait les saints? Saint Louis de Gonzague, la veille de la communion, se disposait à cette grande action par des oraisons prolongées, par beaucoup de mortifications, et un rigoureux silence; que s'il était obligé de prendre part à une conversation, il ne s'entretenait que du Sacrement de l'autel et il enflammait quiconque l'entendait. Si vous en faisiez autant, oh ! que votre âme serait bien disposée à se remplir des trésors de la grâce!
VL Quant à la préparation positive et prochaine, je ne trouve pas de formule plus propre à vous faire comprendre en quoi elle consiste, que celle dont on se servait anciennement, au rapport de saint Grégoire, pour inviter le peuple a s'approcher au moment de la communion : Accedile cum fide, tremore et dilectione. Telle est en effet la disposition prochaine pour bien communier : d'abord la foi : cum fide, une foi vive, qui porte l'eiilendement à s'incliner avec un profond respect devant cet augusto mystère, à y adhérer fermement sans recherche curieuse et superflue, et à adorer la divinité presque anéantie dans cet aliment infiniment substantiel. Ainsi, pour en \enir à la pratique, quand vous êtes sur le point de vous approcher de la sainte table, dites-vous en vous-même, et dites-le du fond du cœur, avec une conviction ferme «t