SUR LA COMMUNION
inébranlable : Je crois et je tiens pour assuré que je vais recevoir dans ma maison l'hôte le plus auguste que puissent contenir le ciel et la terre. Je suis donc plus favorisé que ne le furent Abraham, Tobie, et les autres patriarches, alors qu'ils reçurent sous leur toit des anges du ciel ; car les anges ne sont que des serviteurs , tandis que moi je reçois le Maître en personne, vrai Dieu et vrai homme, mon père, mon Sauveur, mon roi, en un mot l'auteur de tout bien. Je crois fermement, quoique mes yeux et mes autres sens ne puissent atteindre à la sublimité de ce mystère, et que ma raison en soit comme écrasée ; je crois fermement que, sous ces espèces visibles, réside véritablement et réellement le corps très-saint, très-parfait de Jésus, ce corps qui fut formé dans les entrailles de Marie, le corps le plus beau, corps glorieux, immortel; le corps de Celui-là même qui naquit a Bethléem, et fut annoncé aux bergers, qui disputa avec les docteurs et donna tant de preuves d'une sagesse surhumaine; de Celui qui guérit par son seul attouchement une infinité de malades, et parcourut la Palestine en marquant tous ses pas par de nouveaux bienfaits : Pertransiit benefaciendo et sanando omnes* ; je crois ici présents ces yeux qui, d'un trait d'amour, convertirent saint Pierre ; celte langue dont il fut dit : Verba vitœ œlernœ habes^ : « Vous avez les paroles de la vie éternelle; »ces pieds qui furent arrosés des larmes de Madeleine; ce sang précieux qui fut répandu dans la circoncision, au jardin des olives, sur le Calvaire. Je reçois pareillement l'âme très-sainte de mon divin Jésus, la plus excellente, la plus sainte, la plus parfaite de toutes les créatures, bien supérieure même à l'auguste Vierge Marie. Outre le corps, le sang et l'âme de Jésus-Christ, je crois
' Act. IO, 38. 2 Joan. 6, 69.
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fermement que je reçois la seconde personne de l'adorable Trinité, unie par un nœud admirable et indissoluble à cette humanité sacrée tout entière. Et comme, par une concomitance essentielle, le Père et le Saint-Esprit sont inséparables du Fils, je crois fermement que je reçois dans ma pauvre âme les trois personnes divines, qui daignent loger sous ce misérable toit et se faire les hôtes de celte maison de boue. Je le crois, oui, je le crois. — Excitez vivement votre foi, puis laissez agir la volonté ; et je ne doute pas qu'il ne se passe en vous quelque chose d'analogue à ce qu'on remarque dans la fournaise du forgeron : le feu paraît presque éteint et ne donne plus signe de vie; mais le soufflet s'agite, et du premier coup vous voyez le feu qui pétille, et les étincelles qui jaillissent de toutes parts. Le soufflet qui doit réveiller en vous les sentiments et les affections envers le très-saint Sacrement, c'est une foi vive. Que la foi marche donc en avant, qu'elle prépare la voie à la volonté; et soyez persuadés que si votre foi est bien vive, toute votre âme se répandra en sentiments de crainte révérentielle, de confiance filiale, et du plus tendre amour.
VII. Lorsque dans l'antichambre des princes on entend ces mots : Son Altesse va sortir ; vous voyez aussitôt les courtisans, les gentilshommes, les suisses se ranger et monter la garde, dans l'attitude la plus respectueuse qui soit possible ; et si quelqu'un demeurait nonchalamment assis, ou continuait à folâtrer, on en conclurait qu'il ne soupçonne pas la présence de son souverain. Je voudrais à l'aide de cet exemple familier me faire comprendre de plusieurs, et leur dire : Vous qui vous approchez de la Table sainte avec une mise si recherchée, si splendide, et parfois même si peu décente, je ne vous demande qu'une chose, c'est un peu de foi : foi que vous recevez un Dieu
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qui (] un seul (Je ses regards fait trembler la terre : Hespicit terram et facit eam tremere^ ; foi que vous recevez ce Dieu (levant qui les séraphins oux-mêmes, qui l'emportent t'epcn(Janl bien sur vous en beauté, les séraphins, clis-je, se couvrent de leurs ailes par respect. Ayez la foi, et une foi vive, et je suis persuadé que cette foi vous arrachera et de la lôte, et du visage, et de tout le corps, ces vanités qui vous rendent si monstrueuses aux yeux de Dieu.
Une femme juive eut la témérité un jour d'aller communier avec les fidèles; elle fut reconnue et châtiée sévèrement. Or, savez-vous comment elle fut reconnue? Cette malheureuse, dès qu'elle eut reçu !«► sainte Hostie, étant retournée à sa place, se mit la tête dans les mains, comme une personne qui cherche à se recueillir ; mais ses voisins s'aperçurent qu'elle mordait l'Hostie et la mâchait avec une sorle de rage et de fureur, qui trahissait le mépris qu'elle en faisait. De là ils conclurent que ce devait être une âme misérable qui n'avait reçu le Seigneur que pour l'outrager. Cette conclusion était légitime ; permettez donc que, de la même manière, lorsque je vois telle personne s'approcher de la sainte Table en étalant pompeusement sa vanité et son immodestie, par le luxe et l'excentricité de sa toilette; permettez, dis-je, que moi aussi j'en conclue, non pas que c'est une âme criminelle, mais au moins que c'est une âme qui a peu, très-peu de foi. De la foi, s'il vous plaît, de la foi, et tout votre extérieur sera bientôt réformé. — De la foi, je le répète, de la foi, et votre âme sera aussi pénétrée d'une crainte salutaire, elle se couvrira de confusion et s'anéantira en quelque sorte devant son créateur, comme un pauvre serviteur en présence de son maître. Si vous avez la foi, vous vous frapperez la poitrine
' Psal. 103, 32.
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avant de communier, vous vous humilierez profondément, et les paroles du publicain de l'Evangile vous viendront d'elles-mêmes sur les lèvres : Deus, propitius esto mihi peccatori^ ; « Seigneur, ayez pitié de moi, qui suis un pécheur; » et vous direz avec une sainte frayeur : Exi a me quia homo peccator sum, Domine^ ; « retirez-vous de moi, Seigneur, parce que je suis un homme pécheur. »
VIII. Mais la foi avec la crainte ne suffit pas; ce qui met le sceau aux dispositions requises pour une si sainte action, c'est un tendre amour : Accedile cum fide, tremore et diîeciione. Après tout, ce divin Sacrement est un Sacrement d'amour : Cum dilexisset suos, in finem dilexit eos^. Par conséquent, pour le recevoir dignement, la disposition la plus propre, c'est l'amour; puisque Dieu, afin de captiver nos cœurs et nous attirer à lui, s'y donne lui-même tout entier à nous. Si je jette un os ou un morceau de pain à un chien, cet animal me suit, me caresse, et ne veut plus me quitter, quoi que je fasse pour le chasser ; et Jésus en se donnant tout entier lui-même, ne parviendra pas à se rendre une fois maître de mon cœur! Et ainsi une bête, pour un misérable morceau de pain, sera plus reconnaissante envers moi, que je ne le suis envers un Dieu, pour le don qu'il me fait de lui-même? A Dieu ne plaise que cela soit I et pour exciter dans vos cœurs cette divineflamme, tâchez de vous approcher de la sainte Table avec tout le respect et toute la modestie possible, en observant les usages et les cérémonies de l'Eglise, sans vous troubler vous-même, ni les autres. N'afTectez aucune singularité, nous sommes tous égaux à ce divin banquet; évitez tout ce qui pourrait vous faire soupçonner de vouloir passer pour saint, ou pour meilleur que les autres, comme les
' Luc. 18, 13. '-i Ib. 5, 8. ^ Joan. -13, 1.
SUK LA COMMUNION. 337
soupirs, les gémissements, les larmes ostensibles. L'amourpropre se repaît de ces singularités ; mais elles sont le poison de l'amour de Dieu et de la dévotion.
Les saints n'en agissaient pas de la sorte, eux qui, tout occupés à aimer au moment de la communion, se servaient de diverses pratiques pieuses pour s'embraser d'amour de plus en plus. Saint Bernard et sainte Catherine de Sienne se figuraient qu'ils recevaient quelques gouttes du lait virginal de Marie. Saint Jean Chrysostôme s'imaginait qu'il approchait les lèvres du côté sacré de Jésus, pour en sucer plus abondamment le sang. Saint François de Borgia se réfugiait dans les plaies du Sauveur, comme une brebis égarée dans le bercail de son divin pasteur. D'autres se représentaient qu'ils étaient sous l'arbre de la croix, afin de recevoir sur leur tête ce déluge de sang qui en découla pour notre salut. Attachez-vous à la pratique qui vous va le mieux, puis au moment de la communion faites un acte d'amour bien fervent, et unissant votre intention à celle du prêtre, offrez-vous tout entier à Dieu en holocauste. L'ange qui annonça à Manué la naissance de Samson, offrit au Seigneur son sacrifice, et monta lui-même sur l'autel au milieu des flammes et de là disparut en s'envolant au ciel : Angelus Domini pariter in fiamma ascendila. Si nous voulons plaire a Dieu et lui rendre nos communions agréables, offrons-les au milieu des flammes du saint amour en nous joignant au sacrifice de l'autel, et soyons persuadés que nos offrandes monteront jusqu'au ciel, conjointement avec celles de Jésus-Christ.
IX. Quant à la méditation que vous devez faire après la communion, saint Jean Chrysostôme vous en fournit le sujet par les admirables paroles que voici : Après avoir
< Judic. 13, 20.
338 vin" louu. examkn de réforme
communié, vous dit-il, retirez-vous dans un endroit où personne ne puisse vous distraire, et réfléchissez attentivement à l'honneur que Dieu vous a fait, en venant résider dans votre cœur. Méditez l'incomparable bienfait que vous avez reçu de la main de Dieu même, bienfait tel que ni vous, ni moi, ni aucun homme mortel n'aurait jamais pu l'imaginer, bien loin de le demander. Contemplez des yeux de la foi les anges qui vous .entourent, abîmés d'étonnemenl et de stupéfaction a la vue d'une si grande majesté, humiliée et renfermée dans votre cœur. Eux sont saisis de frayeur d'un tel excès d'abaissement; comment ne le seriez-vous pas vous-même? Eux ne cessent de lui rendre grâce, et de chanter ses louanges; et vous, vous resteriez muet? Vous ne deviendriez pas toute langue pour remercier et glorifier un Dieu si bon, qui s'est fait votre nourriture? //oc nos pascimur, huic nos unimur, et facti sumus unum Christi corpus et una caro. Quelle condescendance de l'amour divin! conclut le saint docteur ; votre misérable corps est devenu un même corps avec celui de Jésus-Christ, une même chair avecla sienne. Aussi ne devez-vous plus converser comme un homme avec les hommes ; vous êtes obligé de vivre comme un ange parmi les anges; devenu leur concitoyen, vous devez imiter leur langage, emprunter leurs sentiments.
C'est en ce moment surtout, reprend sainte Terese, que vous devez traiter avec Dieu. Quel temps précieux que celui de la communion! — Loin de là, me dira quelqu'un ; c'est précisément le temps où je ne sais que dire ni que faire ; tout au plus, je lis quelque petit livre, je récite quelques Pater et Ave, et voilà tout. — Ah ! que dites-vous là! non, certes, vons n'employez pas bien un temps si précieux. Laissez les petits livres pour d'autres circonstances et d'autres temps, et employez mieux ces
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quelques instants où Jésus s'entretient avec vous. Mais comment? — Ecoutez : la comtesse de Feria étant devenue veuve, puis religieuse de sainte Claire, faisait ses délires de s'entretenir avec Jésus dans le saint tabernacle, cl ne pouvait s'en éloigner, surtout après la communion, si bien qu'elle fui appelée lépouse du Saint-Sacrement. On lui demanda un jour ce qu'elle faisait durant les longues heures qu'elle passait au pied de l'autel : « Ah 1 répondit-elle, j'y resterais toute une éternité. Ne trouvet-on pas là l'essence divine qui doit être l'aliment éternel des bienheureux? Mon Dieu ! que fail-on devant le Saint- Sacrement? Mais que n'y fait-on pas? On aime, on loue, on remercie, on offre, on demande... Que fait donc un pauvre devant un riche? que fait un malade devant son médecin? que fait un homme altéré devant une source pure, ou un affamé devant une table abondamment servie?... » Ainsi raisonnait cette vertueuse servante de Dieu. Et vous, vous ne savez que dire, ni que faire, et vous perdez le temps à lire un petit livre avec la tête en l'air ? C'est alors que vous devez en esprit et en vérité vous jeter aux pieds du divin Maître, et lui demander les grâces dont vous avez le plus besoin pour assurer votre salut; faites comoie ce pauvre aveugle de l'Evangile à qui Jésus-Christ demanda . Quid libi vis faciam? Que voulezvous que je vous fasse? — Seigneur, répondit-il, faites que je voie : Domine, ut cideam^ . Voilà ce que vous avez à dire vous-même : Seigneur, me voici à vos pieds; je suis un misérable aveugle, éclairez-moi, découvrez-moi le fond de ma misère, donnez-moi unepu;cté parfaite, la charité et le support à l'égard du prochain.... Formez surtout le ferme propos d'employer religieusement toute
• Marc. 'IO, 61.
la journée, de Ielle sorte qu'elle diffère des autres jours, en observant un plus grand recueillement, et en vous privant le plus que vous pouvez des récréations même licites ; pour conserver le fruit de votre communion, visitez le Saint-Sacrement, assistez aux offices et au sermon, récitez le chapelet et faites quelque lecture spirituelle. Gardez-vous surtout de cet abus énorme qu'on remarque chez plusieurs, lesquels s'approchant des sacrements aux grands jours de fêtes, en font des jours spécialement consacrés à la dissipation, aux passe-temps frivoles, aux divertissements, et n'en donnent à Dieu que les courts instants employés à entendre la messe et a communier. Pauvres communions! faut-il s'étonner que malgré les richesses inépuisables du Sacrement vous ne faites que vous appauvrir au lieu de vous enrichir.
X. Pour ce qui est de la fréquence de la communion, les sentiments des docteurs aussi bien que des mystiques varient. Pour moi, je m'en tiens a celui de saint Augustin : Omnibus diebus dominicis communicandum suadeo, si tamen meus in affectu peccati non sit. Pourvu, dit le saint docteur, que vous n'ayez aucun attachement volontaire au péché, ne craignez pas de communier tous les dimanches. — Mais je ne me sens point de dévotion. — N'importe, reprend saint Laurent Justinien ; ne laissez pas pour cela de communier : Licet aliquando tepide, tamen confidens de Dei misericordia fiducialifer accede; ayez confiance, fussiez-vous tiède et froid môme intérieurement, ce feu divin vous réchauffera. Communiez sur ma parole. — Mais je tombe dans beaucoup de fautes vénielles, dans une foule d'imperfections. — Le Saint fait encore a cela une réponse admirable : Indigne manducai qui vel aliquod grave peccatum, vel multa levia coinmisit, et non con/itetur ea : Celui-lh est positivement indigne de
SUR LA COMMUNION. 34i
recevoir son Dieu qui se trouve en étal de péché mortel et ne se confesse pas ; et l'on peut regarder comme pareillement indigne en un sens (c'est-à-dire moins bien disposé), celui qui se trouve chargé d'une multitude de péchés véniels, et no se purifie pas par une bonne confession. Confessez-vous donc avec une véritable douleur, et vous vous rendrez digne sinon proportionnellement à la sainteté du sacrement, au moins suffisamment.
Le malheur, c'est que ce n'est nullement le respect qui vous empêche de communier souvent ; il existe une cause réellement coupable, à laquelle nous arriverons par le trait suivant. Le fait, raconté par Pallade', est du reste tout à fait étrange. Un jeune homme de mœurs dissolues tenta par tous les moyens de séduire une honnête femme; et n'ayant pu y parvenir ; «C'est bien! lui dit-il en se mordant les doigis, tu me le paieras. » Il eut recours à un magicien pour que celui-ci l'aidât dans son projet de vengeance contre cette épou.^e vertueuse, fidèle à Dieu et à son mari. Le magicien, à l'aide de ses enchantements diaboliques, métamorphosa extérieurement la malheureuse femme en jument. Son mari rentrant chez lui à l'heure du repas, trouva dans une chambre supérieure cette apparence de cavale. Etonné du fait, il se met en devoir de la chasser à coups de bâton ; la cavale, qui avait tous les sentiments humains sous cette étrange figure, se jeta à genoux et, faisant un effort pour parler, poussa un hennissement terrible; elle fut elle-même si effrayée de sa voix, qu elle laissa tomber de ses yeux de grandes larmes. Elle essayait de se faire connaître en agitant la tête d'une manière à exciter la compassion. Ces gestes et l'absence de sa femme firent enfin soupçonner au mari quelque sor-
' Historia Lausiaca, seu Vit. Pair. lib. 8, c. 19. F. M. VU. 29
342 vili* JOUR. EXAMEN DE RÉFORME
tilége. Ayant vainement employé tous les moyens pour rendre à la malheureuse créature sa forme naturelle, au bout de trois jours, il lui mit un licol et la traîna de force à la cellule de l'abbé Macaire, politaire d'une grande renommée et d'une égale sainteté. Celui-ci récite sur elle quelques prières, et l'ayant aspergée d'eau bénite en faisant le signe de la croix, il la fit reparaître sous son aspect naturel aux yeux de tous les assistants; puis il la congédia en lui recommandant par-dessus tout de communier souvent : « Sais-tu, lui dit-il, pourquoi Dieu a permis cette humiliante transformation? C'est parce qu'il y a cinq semaines que tu ne t'es point approchée des sacrements : (( Numquam ecclesiam deseras, numquam abstineas a communione Christi sacramentorum. Hœc eniin tibi accideruni, quod jam quinque hebdomadis non accessisti ad intemereta nostri Servatoris sacramenta. Il déplaît à Dieu en effet que vous demeuriez longtemps éloignés des sacrements. Il ne permettra pas, à la vérité, que vous soyez revêtus d'une figure étrangère ; mais combien n'en est-il pas qui, pour trop différer la communion, deviennent semblables à des brutes par leurs mœurs? Telle femme dans l'intérieur de son ména^^e est un aspic par la colère, elle aiguise sa langue comme une vipère, et lance du venin. Telle autre est un paon par son orgueil et son faste : elle se complaît à être admirée en faisant la roue. Tel homme est un loup par sa rapacité; tel autre est un animal immonde par sa lubricité et son înamoralité. Quel est donc le magicien qui a mélamorphost'' des âmes si belles, des copies si parfaites du divin original, en bêtes si monstrueuses? Ce magicien, c'est le péché; mai',s la communion plus fréquente aurait ou empêché ou détrui't l'enchantement, et vous n'auriez pas pris cette forme hideuse dont vous êtes présentement revêtu, à cause de l'empire
SUK LA COMMUNION. 3^.3
qu'exercent sur vous les mauvaises passions, la colère, l'avarice et la concupiscence.
Terminons donc cette réforme par une parolef ormidabie de FEsprit-Saint: Ecce qui elongant se a ie peribunt^ ; « Voici que tous ceux qui s'éloignent de vous périront. » Tout péché mortel vous sépare de Dieu ; mais si, non content de vous séparer de lui, vous vous en éloignez encore en vous mettant au large pour la fréquentation des sacrements, vous périrez, entendez-le bien, vous périrez. Votre conscience se familiarisera avec le péché , les mauvaises habitudes passeront a l'état de seconde nature, les principes delà foi s'obscurciront, le démon prendra plus d'empire, les passions plus de pied, et vous, malheureux, vous périrez : peribunt. Réveillez-vous donc et excitez en vous une sainte avidité de vous nourrir souvent de ce pain céleste ; car il est certain que « celui qui mange ce pain vivra éternellement » : Qui nianducat hune panem vivet in (Sternum- ! C'est ce que je vous souhaite.
SUJET DE LA MÉDITATION DU MATIN
LES QUATRE PRÉROGATIVES DU TUF.S-SVINT SACREMENT, CON- TENUES DANS CETTE ANTIENNE DE SAl.NT THOMAS d'aQUIN 0 SACRUM CONVIVIUM, ETC.
ORAISON PREPARATOIRE.
Ranimez votre foi sur la présence de Dieu, qui est en vous et autour de vous, et dites avec humilité : Mon
' Psalm. n, 27. 2 Joan. 6, S9.
344 vili" JOUR MÉDITATION DU MATIN.
Dieu, je crois fermement que vous êtes présent ici et dans tout l'univers. — Adorez-le du fond du cœur et dites en inclinant la tête : Je vous adore, ô Trinité sainte, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous reconnais pour mon Dieu, mon Seigneur et le souverain Maître de mon âme.
PREMIER POINT
Considérez que les deux premières prérogatives du très-saint Sacrement sont d'être un festin sacré et un souvenir de la passion du Sauveur : 0 Sacrum convivium, in quo Christus sumitur, recotitur memoria passionis ejus^ .
En premier lieu, l'adorable Sacrement de l'autel est un festin sacré. La grandeur de ce festin résulte de la dignité du personnage qui le dresse. Ce n'est pas un roi de la terre; mais le monarque suprême de l'univers, Jésus- Christ Notre-Seigneur, Dieu et homme tout ensemble, devant qui les puissances du ciel et de la terre ne paraissent qu'en tremblant, et au nom duquel tout genou doit fléchir par respect. — Elle résulte en outre de l'excellence des mets qui nous y sont préparés. Ce ne sont pas des viandes viles et terrestres ; mais le corps adorable et le sang précieux de Jésus-Christ même, caché sous les espèces du pain et du vin. — Elle résulte enûn de l'amour avec lequel Jésus-Christ nous l'a dressé. Dans les festins que donnent les grands du monde, on fait ostentation de la puissance royale, et rarement on se plaît 'a faire briller l'amour du souverain pour ses convives; mais dans ce festin céleste, on ne sait ce qu'il faut le plus admirer de la puissance ou de l'amour. D'une part il semble que ce
» Offic. de SS. Sacr.
PRÉROGATIVES DU TRÈS-SAINT SACREMEiNT. 345
soilla puissance, puisque Jésus-Christ déploie une puissance infinie en convertissant le pain en son corps, et le vin en son sang, sans détruire les accidents ; d'autre part on croirait que c'est l'amour, puisque c'est l'amour qui a trouvé ces inventions inouïes et qui surpassent toute imagination. Ce qui est certain, c'est qu'avec la puissance seule sans l'amour, ou l'amour seul sans la puissance ce festin ne saurait être dressé.
Inférez de celte considération quelle doit être votre reconnaissance envers un Dieu qui s'est montré si libéral et si généreux à votre égard, et la faim pour ainsi dire insatiable que vous devriez avoir de le recevoir ; d'autant plus que ce divin Sacrement est un souvenir vivant de la passion du Sauveur. C'est pour ce motif que Jésus s'est donné à nous dans ce sacrement sous les deux espèces distinctes du pain et du vin : du pain, qui représente le corps séparé du sang; du vin, qui représente le sang séparé du corps, comme il arriva à sa mort; bien que sous l'une et l'autre espèce Jésus-Christ se trouve tout entier et vivant. Par là il a voulu tout spécialement qu'on se souvînt de la mort cruelle et sanglante qu'il a endurée pour nous arracher à un abîme de maux, et nous acquérir tous les biens : Mortem Domini annuniiabitis donec veniat^ .
Inferez donc de tout cela que chaque fois que vous vous approchez de ce divin banquet, vous devez vous rappeler que vous recevez ce corps qui est mort pour vous, attaché à la croix, et ce sang qui a coulé pour vous par torrents; et ce souvenir excitera dans vos âmes les plus doux sentiments d'amour, de douleur et de reconnaissance ; en un mot il sera pour vous une mine de grâces où vous vous enrichirez de tous les trésors.
« 1 Cor. 11, 26.
346 viu' joun. méditation du mati:<.
SECOND POINT
Considérez que les deux autres prérogatives du trèssaint Sacrement consistent en ce qu'il remplit l'âme de grâce, et qu'il est un gage assuré de la gloire.
Premièrement il remplit l'âme de grâce. En effet, comme le pain matériel conserve la vie du corps et l'augmente , ainsi cet aliment sacré conserve et augmente en nous la grâce sanctifiante, qui est la vie de l'âme. De plus, comme l'aliment matériel répare les forces et nourrit tous les membres, ainsi le très-saint Sacrement nourrit et fortifie toutes les puissances de l'âme. Il fortifie et nourrit la mémoire, par le touchant souvenir des bienfaits de Dieu. Il fortifie et nourrit l'entendement par le don de la foi, en l'éclairant de célestes lumières, afin qu'il adhère à un si auguste mystère, ainsi qu'à toutes les autres vérités de notre sainte reHgion. Il fortifie et nourrit la volonté, en ce que non-seulement il l'enflamme d'amour pour un Dieu si bon, mais quii accroît sa dévotion, et l'enrichit des dons du Saint-Esprit et des vertus infuses, d'une manière plus spéciale qu'aucun autre sacrement : attendu que dans les autres sacrements il nous communique ses grâces par l'entremise de quelques créatures, qui en sont des signes sensibles, comme l'eau, l'huile et le baume; tandis que dans celui-ci il nous communique ses grâces par luimême et sans intermédiaire. Notre-Seigneur en use dans l'Eucharistie comme un grand roi, qui, quar^ il fait l'aumône de sa propre main, la donne plus abondante que lorsqu'il la fait par la main de son aumônier. Sur ce, j'ai une question à vous faire. Combien d'années voilà-t-il que vous participez à ce banquet divin? Une seule communion suffit pour faire un saint, et vous vous trouvez encore vides de vertus. Comment cela se fait-il? — Frap-