LE CRUCIFIEMENT DF. NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST
EXPLICATION DU SUJET
I. Si nous ne connaissions de la vie de notre divin Sauveur que sa passion et sa mort, c'en serait assez pour embraser le inonde entier du feu de l'amour divin. Qu'un Dieu, mes chers frères, ail été libéral à notre égard, au point de nous combler de ses biens, c'a été sans doute un prodige de son amour in6ni. Mais qu'un Dieu en soit venu par pur amour jusqu'à prendre sur lui tous nos maux, et jusqu'à souffrir la mort la plus ignominieuse afin de nous rendre la vie ; oh I c'est là un excès qui surpasse toute expression, qui confond toutes nos pensées. On a consigné dans l'histoire, comme un trait d'amour incomparable, ce que fit une reine d'Angleterre pour le roi Etienne son mari ; voyant celui-. : percé d'une flèche empoisonnée, elle voulut, à défaut de tout autre moyen, le sauver au prix de sa vie. L'unique remède était de sucer le poison de la blessure, et le vertueux prince ne permettait pas même qu'un esclave en approchât les lèvres, ne voulant pas que sa vie coûtât la mort à qui que ce fût ; mais il ne put se mettre en garde contre le généreux dévouement de la reins son épouse. Celle-ci étant entrée dans la chambre du roi pendant qu'il dormait, découvrit adroiterrjent la blessure, y appliqua les lèvres à plusieurs reprises , et en suça si bien le poison qu'elle attira dans son sein la mort à laquelle le roi était condamné. Il semble que ce soit là, parmi les hommes, le p. u. VII. 30
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comble de riiniour, et cependant l'amour de Jésus crucifié va sans comparaison bien au-delà. Cette reine, après tout, n'usa de ce stratagème qu'à l'égard d'un époux, de qui elle était tendrement aimée , mais que le Créateur en fasse autant et beaucoup plus pour une vile créature, que le Roi du ciel en fasse autant pour un esclave, et un esclave rebelle, en prenant sur lui tous les péchés commis par ce malheureux, ainsi que la peine de mort qui lui était due ; ah! voilà un prodige d'amour que les anges eux-mêmes n'auraient pas cru possible.
Comment donc peut-on vivre dans un tel aveuglement ? Nous avons coutume, mes chers frères, en entrant dans une église, de jeter les yeux sur l'autel, pour voir si l'image du crucifix est d'argent ou de bois, et l'on ne songe pas à autre chose. Ah ! si à la vue d'un crucifix on pénétrait jusque dans le divin cœur, afin de bien comprendre que le Fils de Dieu n'a enduré une mort si atroce, que par un effet de l'amour excessif qu'il nous porte, nous sentirions chaque fois un frisson courir dans tous nos membres, en reconnaissant notre ingratitude. Et comment vivre mal en méditant souvent qu'un Dieu nous a aimés jusqu'à mourir pour nous? — Courage donc! gravissons la montagne du Seigneur : Ascendamus ad montem Dei^, et m.ettons-nous à contempler un spectacle si digne de nos larmes.
Nous diviserons, à l'ordinaire, cette méditation en deux points : — dans le j)remier nous contemplerons les douleurs que Jésus a endurées dans son corps ; et — dans le second, les douleurs qui ont percé son âme.
II. Supposez que de tous ceux qtii sont ici , aucun n'eût jamais ouï mot de la passion et de la mort du divin
1 Isaise 2, 3.