‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 55 sur 78 · CRUCIFIEMENT 1>E N.-S. J.-C · texte numérisé non relu

CRUCIFIEMENT 1>E N.-S. J.-C

Rédempteur jusqu'à ce jour, et qu'en ce moment même, tandis que nous somme réunis pour méditer, un ange descendit du ciel en habit de deuil, et d'une voix lamentable, nous adressât ces paroles : Ecoutez la triste nouvelle : le Fils unique de Dieu, le maître du ciel et de la terre, qui a pris une chair humaine, vient, après trentetrois ans d'une vie pénible et laborieuse, d'être attaché avec des clous à une croix, et il est mort par amour pour vous tous, afin de vous sauver; — et qu'en finissant ces mots, il tirât un voile, et vous fît voir, sur le Calvaire, le Sauveur du monde suspendu à la croix, tout couvert de sang et de plaies, et venant à peine de rendre le dernier soupir.

En entendant une pareille nouvelle, en conîcmph^nt un si cruel spectacle pour la première fois, pensez combien nous serions touchés, émus, attendris! Sortirions-nous de cette église tels que nous sommes venus? Poursuivrions nous la vie que nous avons menée jusqu'ici ? — Et pourquoi donc cette grande vérité ne ferait-elle plus sur nous le même effet? Il est vrai, dès notre plus tendre enfance nous avons appris le mystère de notre Rédemption ; mais nous l'avons appris lorsque nous n'étions pas encore capables d'y réfléchir, et peut-être que pendant tout le cours de notre vie nous ne l'avons jamais sérieusement médité; la vue trop fréquente du crucifix nous a ôlé la sainte frayeur qu'elle devrait nous inspirer. Mais tâchons ce soir de le contempler du même œil que s'il nous apparaissait pour la première fois : laissons de côté tous les autres supplices qui ont tourmenté le corps adorable de Jésus, et bornons nos réflexions à son douloureux crucifiement.

On ordonna à Jésus de s'étendre sur cet infâme gibet , et Jésus obéissant, jetant un coup d'oeil pour voir la posi-

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tion qu'il devait prendre, se couche et étend ses bras et ses jambes sur la croix. Alors les bourreaux saisissant chacun de ses membres les attachent au bois avec de gros clous, capables de porter le poids du corps. Le Sauveur ^ n'ouvre pas la bouche ; il souffre iout avec patience et se fait. Quant à l'atrocité de ce supplice, qu'il nous donne la grâce de le comprendre. Nous voyons qu'une goutte d' humeur viciée qui attaque les nerfs, suffit pour faire pousser à un goutteux des cris affreux; que sera-ce donc d'avoir les pieds et les mains percés d'outre en outre? Il est certainement impossible de se figurer des blessures plus cruelles que celles-là, attendu que les pieds et les mains présentent le concours d'une multitude de nerfs, déveines et d'ossements, et que d'ailleurs les blessures ne furent pas faites avec une épée ou une lame bien tranchante, mais avec de gros clous qui durent nécessairement, non-seulement diviser les chairs, mais creuser un vide au milieu de chaque pied et de chaque main. Si un chirurgien, en faisant une opération, avait le malheur d'attaquer un nerf, il faudrait en mourir de douleur; que sera-ce d'avoir tant de nerfs à la fois, non pas atteints seulement, mais tout à fait broyés?.. Ah ! que c'est bien avec raison que le Sauveur lui-même a dit à sainte Brigitte que ce fut là la plus atroce douleur de toutes celles qu'il avait endurées, jusqu'à cette heure, dans tout le cours de sa vie : Omnium atrocissimus iotius anteactœ vitœ. Et cependant ce ne sont pas ces clous-là qui tourmentèrent le plus impitoyablement notre aimable Sauveur; des clous bien plus terribles, ce sont nos péchés. Rappelez-vous le dernier péché que vous avez commis ; ce fut là un clou affreux qui perça le cœur de Jésus : et vous voudriez continuer à vivre de la sorte?... Vous voudriez continuer à crucifier Jésus-Christ tout le temps de votre vie?...

CRCCIFIF.MENT DE N -S. J.-C. 353

Ah I non, préparez vos larmes pour pleurer vos pécliés passés, et préparez surtout votre cœur à prendre une bonne résolution.

III. Après avoir cloué le Fils de Dieu sur la croix, les bourreaux la redressent à grand'peine , puis la laissent tomber de tout son poids dans la fosse déjà préparée pour la recevoir. Figurez-vous quelle secousse dut éprouver le corps du Sauveur, d'autant plus que la fosse devait être assez profonde pour faire tenir debout un tronc d'une élévation considérable. Cette violente secousse dut rouvrir toutes les anciennes blessures et en faire couler une nouvelle abondance de sang; elle dut surtout élargir les plaies faites par les clous, sur lesquelles reposait tout le poids du corps ; et le Sauveur eut à endurer les plus vives • douleurs dans ses entrailles, dans ses os et dans toutes les jointures de son corps, si délicat et si disloqué en tout sens. Ah ! quel affreux spectacle ! Voir au sommet d'une colline le Créateur du monde, le Verbe éternel, le Fils unique du Père éternel , crucifié pour nous misérables pécheurs, et tout ruisselant de sang; le voir, dis-je, languissant et mourant entre deux infâmes assassms de grand chemin, crucifiés avec lui, comme un chef de bandits exécuté au milieu de deux scélérats de sa bande, et demeurant dans cette horrible situation durant trois heures consécutives, sans savoir où poser la tête!... Dieu de mon âme, comment mon cœur ne se brise-t-il pas dans ma poitrine!

Mes chers auditeurs, avez-vous jamais pensé à cet horrible supplice que nous allons méditer ce soir ? La torture de la corde est quelque chose de si cruel que souvent le patient se souhaite la mort, et que parfois la violence de la douleur lui arrache l'aveu de crimes auxquels il n'a pas même songé ; et cependant il n'est que lié et non percé de p. u vu. 30*

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clous, il est sain, il est vigoureux. Que n'aura donc pas dû souffrir notre divin Sauveur pendant ces trois mortelles heures, lui qui était cloué à la croix et non p^^ lié seulement, lui qui était affaibli, épuisé par les mauvais traitements dont on l'avait accablé pendant un jour et une nuit tout entière?... Un simple regard que jeta sur un crucifix Hubert, duc d'Aquitaine, suffit pour arracher ce prince aux ténèbres de l'idolâtrie, et nous, combien de fois n'avons-nous pas contemplé le crucifix ? Quel effet a-t-il produit sur nos cœurs? Et il serait possible que nous fissions encore ce soir à la passion, au sang, a la mort d'un Dieu, l'injure horrible de partir d'ici plus obstinés et plus endurcis que jamais? A Dieu ne plaise qu'il en soit ainsi ! Il faut que ce soir l'amour et l'amour d'un Dieu crucifié triomphe de vos cœurs ; je veux que nous sortions tous d'ici enflammés de ce saint amour, et en répétant à l'envi : Mon amour est Jésus crucifié : Amor meus Crucifixus est.

IV. Il est vrai que le corps adorable de Jésus fut plongé dans un abîme de maux; mais son âme?... Son âme au moins n'aura-t-eile pas été réconfortée par quelque consolation? — Hélas! non; c'est elle au contraire qui fut le plus accablée de douleur, ainsi que le divin Sauveur l'a déclaré lui-même : liepleta est malis anima mca^ . En commentant ce texte, saint Thomas d'Aquin ne craint pas de dire que, même sur la croix, les tourments de l'âme furent plus atroces que ceux du corps. Et en effet, quelle confusion pour un Homme-Dieu que de se voir attaché nu sur un gibet infâme, et exposé dans cet état aux regards et aux dérisions d'un peuple insolent ! confusion telle que notre divin Sauveur aurait préféré

' Psalm. 87, 4.

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