‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 56 sur 78 · CRUCIFIEMENT DE N.-S. J.-C · texte numérisé non relu

CRUCIFIEMENT DE N.-S. J.-C

souiïrir deux fois la mort ; aussi s'est-il écrié par la boucli(^ du f*ophète : Confusio fac'ipi meœ cnoperuit, me^ : 0 Mon visage s'est couvert de honte. » Quelle ignominie pour une âme aussi noble que de se voir conspué par une infâme populace, bafoué, raillé par la plus vile soldatesque, blasphémé, insulté par une tourbe de pharisiens qui passent et repassent sous sa croix, en branlant la tête et en haussant les épaules : Blasjyhemabant eum, moventea capita sua^\ Quelle affliction pour cette sainte âme de se voir délaissée par ses plus chers disciples, trahi et vendu par Tun, renié avec serment par l'autre, abandonné de tous comme un étranger! Quel cruel chagrin pour un tils, et un fils aussi généreux, aussi tendre que Jésus, d'avoir devant les yeux sa Mère percée d'un glaive , et prêle à s'évanouir de douleur! Je dirai plus encore, quelle affliction pour cette sainte âme de se voir repoussée même par son Père éternel, et surtout de voir les offenses que continueraient à faire à Dieu tant de pécheurs qui ne laisseraient pas de courir à leur damnation! Oh! quel océan d'amertume inonda le cœur du divin Sauveur !

Que pensez-vous maintenant? Voilà que l'âme sainte de Jésus s'afflige des offenses faites à Dieu et de la perte éternelle dune multitude de pécheurs qui mourront dans l'impénitence ; et vous n'éprouvez pas le moindre sentiment de regret des péchés d'autrui, vous ne songez même pas à votre âme. L'âme de Jésus essuie , par amour pour vous, les dérisions, les moqueries, les outrages : et vous, cédant au ressentiment, vous éclatez en murmures et en invectives pour la plus petite contrariété. Celle sainte âme ne se lasse point de souffrir pour vous ; et vous, vous ne

» Psalm. 43. 16. . 2 Matth. 27. 39.

356 vili® JOL'R. MÉDITATION DU SOIR.

recherchez que vos aises. Oh ! quel amer contraste! Réveillez-vous ce soir, je vous en conjure, et |*r«testez à Notre-Seigneur que vous voulez supporter de bon cœur tous les maux qui pourront vous assaillir, soit dans le corps, soit dans l'âme, soit dans vos biens, soit dans votre honneur, soit dans les personnes qui vous soni chères. Tâchons de rendre la méditation de ce soir bien pratique et non pas simplement spéculative, de telle sorte qu'à l'occasion vous vous souveniez de cette belle protestation, et que vous supportiez réellement tout avec patience,

V. Terminons en jetant un dernier regard sur Jésus crucifié, dont l'âme noyée dans une mer de douleurs, languit et se débat dans les transes de la dernière agonie. Elle est sur le point de se séparer de son corps. Contemplez le divin Rédempteur qui, après une longue agonie, sans aucun soulagement, au milieu des dérisions de ses ennemis, a la face du monde entier, et sous les yeux de sa Mère bien-aimée, incline sa lêle auguste, et ne pouvant étendre la main pour nous bénir, nous cherche avec des yeux pleins de tendresse, pour nous donner un suprême adieu, puis expire en pensant a nous : Inclinati) capite, emisit spiritami . L'Eternel est donc mort pour moi, misérable créature! Un Dieu est mort pour me sauver! un Dieu est mort pour moi!... et il est mort en croix! et tout cela est de foi!... Ah ! chrétiens, mes bien-aimés frères, que faisons-nous? Un Dieu a tant fait pour nous, et nous, que faisons-nous pour notre Dieu?... Une fois par an, le vendredi-saint, nous allons adorer la croix; nous tenons dans notre chambre un beau crucifix, et voilà tout. Ah ! Seigneur, si je dois continuer à vivre de la sorte, reprenez plutôt mon âme tandis que je suis ici a

» Joan. 19, 30.

CIIUCIFIEMENT DE N.-S. J.-C. 357

m(kliter sur votre bienheureuse mort , puisque ma vie ne sert cju'à maintenir sur pieds un monstre d'ingratitude.

Courage donc I réveillons-nous ce soir , mes chers l'rères, et tout au moins excitons dans nos cœurs un vif sentiment de douleur, pour pleurer au pied de la croix nos iniquités, qui ont été l'unique cause de la mort d'un Dieu. Puis nous ne manquerons pas de terminer la méditation par les affections du plus tendre amour, car toute cotte tragédie d'un Dieu souffrant et mourant a été ordonnée par l'amour, et c'est l'amour qu'elle réclame de nous. Trop heureux s'il nous était donné de partager le sort de cette sainte vierge, nommée Ludgarde, qui, toute jeune encore, s'était éprise d'amour pour un gentilhomme de sa condition. Jésus lui apparut sur ces entrefaites, et lui montrant son cœur percé, il lui dit : « Voilà, ma fille, l'objet de ton amour. » A cette vue Ludgarde fond en larmes, et se sent comme presser le cœur, de telle sorte que, dégagé de tout amour profane, il ne brûla plus dans la suite que de l'affection la plus pure pour Jésus, son divin Epoux. Tel doit être le fruit de cette sainte méditation ; tous nous devons nous enflammer d'un ardent amour pour Jésus, et nous graver sur le cœur, ainsi que sur la langue, pour les répéter souvent, ces paroles : Mon amour est Jésus crucifié : Amor meus Cruci fixus est. .

ORAISON PRÉPARATOIRE

Ranimez votre foi sur la présence de Dieu, qui est en vous et autour de vous, et dites avec humilité : Mon Dieu, je crois fermement que vous êtes frésent ici et dans tout l'univers. Adorez-le du fond du cœur, et dites en inclinant la tête : Je vous adore, ô Trinité Sainte, Père, Fils et Saint-Espril ; je vous reconnais pour mon Dieu, mon Seianeur et le souverain Maître de mon âme.

358 vili' JOUR. MÉDITATION DU SOIR.

I" Prélude. Figurez-vous que vous êtes sur le Calvaire au pied de la croix, et que vous voyez ce bon Jésus, qui, suspendu en l'air sur trois clous, après trois heures d'une douloureuse agonie expire pour votre amour.

Urne Prélude. Demandez à Dieu la grâce de bien comprendre, ce soir, tout le sens de ces paroles : Un Dieu est mort pour moi, un Dieu est mort pour détruire le péché ; — afin de sortir de l'église fermement résolu de plutôt mourir que de jamais plus pécher.

PREMIER POINT

Considérez que le Fils de Dieu, épuisé par tant de souffrances, affaibli par une si abondante effusion de sang, n'eut pour se reposer qu'une croix. Par une barbarie inouïe, il y est attaché avec des clous, et élevé entre le ciel et la terre pour être offert en butte à tous les outrages d'une populace insolente. Levez les yeux et contemplez attentivement votre divin Sauveur agonisant et prêt à rendre le dernier soupir, et, en premier lieu, jetez un regard sur son corps adorable. Quel spectacle déchirant! Voyez ce corps sacré de Jésus tout meurtri, ses chairs en lambeaux, ses pieds et ses mains, ces membres si sensibles à cause du concours des nerfs et des veines, percés d'outre en outre, son chef ensanglanté dans lequel pénètrent plus de soixante épines; voyez-le tout couvert d'ignominie , exposé aux insultes de ses ennemis, et dans l'état le plus pitoyable où jamais mortel se soit trouvé. Laisse-t-il reposer le poids de son corps sur ses pieds percés? ses blessures s'élargissent et ses os se disloquent de plus en plus. Veut-il se soulever et s'appuyer un peu sur ses bras cloués à la croix? voila que ses mains se déchirent et que ses pieds en se retirant lui

Page 1