‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 57 sur 78 · CRUCIFIEMENT DF. N.-S. J.-C · texte numérisé non relu

CRUCIFIEMENT DF. N.-S. J.-C

causent de nouvelles douleurs. S'il retourne sa tête sur sa croix, hélas! les épines s"y enfoncent de plus en plus et ausmentenl sos tournienls outre mesure; s'il la laisse reiomber sur la poitrine, oh! quel affligeant spectacle s'ofTre à ses regards et perce son coeur! sa Mère, cette Mère de douleurs, percée du glaive le plus cruel, est là, comme pour ajouter ses soufTrances à celles de son Fils

mourant Ainsi, de quelque côté que se tourne mon

Jésus, partout il ne rencontre qu'afflictions, croix et tourments. Ah ! contemplez-le palpitant sur cette croix : ô Dieu! quel état plus digne de compassion que celui-là î Sa bouche divine, abreuvée de fiel et remplie d'amertume, ses yeux couverts de sang, ses joues meurtries et livides , tous ses membres endoloris, ayant chacun leur supplice distinct, et ne pouvant se soulager l'un l'autre sans un accroissement de souffrance. Voyez surtout découler des pieds et des mains ces quatre ruisseaux de sang, qui, comme les quatre fleuves du paradis terrestre, vont inonder toute la surface de la terre. La croiji est rouge de sang, les bourreaux en sont tout couverts, la terre en est imbibée ; et à la vue de tant de sang, à la vue d'un Dieu qui soufTre tant, vous demeurez insensible?... Comment donc un tel déluge de sang ne fait-il pas couler de vos yeux un déluge de larmes?... Mais, grand Dieul si vous voyiez un esclave, en punition de ses méfaits, endurer la millième partie de ce qu'endura Jésus, ne seriez-vous pas touché de compassion?... Et que dis-je, un esclave? si vous voyiez un chien, un vil animal cloué à un arbre, exprimant ses souffrances par ses gémissements et ses aboiements plaintifs, n'en auriez-vous pas pitié? — Vous voyez votre Dieu, qui souffre incomparablement plus; et vous n'en êtes pas touché? — Et pour qui donc le Fils de Dieu souffre-t-il tant? pour qui? Pour vous, mon pauvre

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pécheur ; oui, c'est pour vous qu'est versé ce sang infiniment précieux, c'est pour vous qu'est formé ce bain salutaire, c'est pour laver les souillures de votre âme, c'est pour éteindre le feu de l'enfer qui vous était préparé, c'est pour vous mériter la possession du paradis : tout se fait pour vous. Et vous croyez tout cela de foi, et en présence de tout cela vous demeurez indifférent et froid au service de Dieu? vous vous rebutez de la moindre peine que vous auriez à vous imposer pour l'amour de votre Dieu? — Ah! s'il n'y a point de douleur semblable à celle de Jésus , il faut bien convenir aussi qu'il n'y a point de dureté pareille à la vôtre, si à l'instant même vous ne vous jetez par te^re, tout en larmes, comme une Madeleine pénitente, pleurant vos péchés et vous frappant la poitrine, en disant à Jésus crucifié, plus encore du cœur que des lèvres : Pardon, mon Jésus, pardon ; mes péchés ont été les clous aigus qui vous ont attaché à ce bois. Pardon, mon Jésus, pardon; mes péchés ont été les épines cruelles qui vous ont percé la tête. Pardon, mon Jésus, pardon ; mes péchés vous ont meurtri le visage. Pardon, mon Jésus, pardon ; mes péchés vous ont abreuvé de fiel. Pardon, mon Jésus, pardon; ce sont mes péchés qui ont labouré vos chairs, qui ont fait couler votre sang, qui vous ont mis a mort. Pardon, mon Jésus, pardon!

Hélas! hélas! que faisons-nous? Nous ne demandons pardon que de bouche ; c'est du cœur, et d'un cœur contrit et humilié qu'il faut le demander ; frappons-nous la poitrine et disons du fond du cœur : 0 mon Jésus, pardonnez-moi et accordez-moi cette grâce , ou de m'ôter la vie au pied de votre croix, ou d'y fixer mon cœur, afin qu'il ne vous offense jamais plus. — Oui, oui, voilà la résolution qu'il faut : jamais plus de péché, jamais plus! Affermisspz-vous en silence dans ce bon propos.

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VII. Mais ne vous arrêtez pas k la surface du corps adorable de Jésus; pénétrez plus avant , et des yeux de la foi jetez un regard sur le cœur sacré du Sauveur, qui est tout embrasé de la plus ardente charité. Cette parole qu'il a proférée : Sitio*, n'est pas sortie de la bouche de Jésus seulement, mais bien de son cœur; elle n'exprimait pas tant la soif qui le dévorait par suite de la perte de tout son sang, que la soif qu'il avait de souffrir encore davantage pour vous. Il désirait ce bon Jésus d'endurer des tourments plus atroces, une plus longue et plus douloureuse passion, et si tel eût été le bon plaisir de son Père, il serait demeuré sur la croix, non pas trois heures seulement, mais jusqu'au jour du jugement, jusqu'à la fin du monde.

Que dites-vous en présence de celte générosité du cœur de Jésus, vous qui avez si peur d'en trop faire pour votre Dieu, et qui distinguez si soigneusement ce qui est de précepte de ce qui est de conseil ? Chose étrange ! pour qu'une créature se rende maîtresse de votre cœur, il suffit qu'elle vous montre un peu d'affection, quelque inclination ; et Jésus en vous ouvrant un cœur si dévoué ne pourra pas même vous attirer à lui ! il ne parviendra pas à gagner votre cœuri Ah! cœur endurci! cœur ingrat ! Prenez donc la résolution de le donner maintenant tout entier à Jésus, et comme le cœur de Jésus sur la croix, par l'excès de ses souffrances, selon ce qui l'ut révélé à sainte Brigitte, se brisa en deux; priez aussi Jésus pour qu'en ce moment même il vous donne une telle douleur de vos péchés, que votre cœur se brise à son tour, et partant, frappez-vous la poitrine en demandant pardon a Jésus de tant d'ingratitude : désirez même d'avoir mille cœurs, une infinité de cœurs, pour détester votre dureté.

* Joan. 19, 28.

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0 Jésus crucitìé, mon souverain bien, je vous adore sur cette croix comme mon Sauveur, et afin d'avoir quelque gage de mon salut, je vous demande des larmes, des larmes de componction. Accordez-moi, je vous en conjure, une étincelle de votre ardente charité. Vous êtes toute ardeur pour moi, vous avez pris sur vous tous les châtiments qui m'étaient dus en enfer, toutes les peines^ toutes les douleurs, toutes les ignominies ; vous avez tout pris sur vous afin de me combler de biens; vous avez même désiré de souffrir encore davantage, et de souffrir jusqu'à la fin du monde. Et moi que fais-je? à quoi penséje?... Ai-je le moindre désir de souffrir pour vous?... Ah ! mon Dieu, me voici prêt a me consumer tout entier pour votre gloire. Enflammez mon cœur de la plus ardente charité, donnez-moi la soif des vertus qui doivent me rendre semblable à vous, humble comme vous, patient comme vous, obéissant comme vous ; au moins, au moins donnez-moi la force de vous rendre amour pour amour. Que je ne pense a autre chose, que je ne désire autre chose, que je ne cherche autre chose en cette vie, que vous seul, ô Jésus crucifié pour moi! et que je puisse dire avec fondement : Mon amour est Jésus crucifié : Amor meus Crucifixus est. Pensez-y bien.

SECOND POINT

VIII. Achevez de considérer l'état si digne de compassion de Jésus en croix, et portez maintenant votre regard sur son âme. Cette sainte âme, qui endure intérieurement d'immenses douleurs, est la comme submergée dans un océan de peines. Les souffrances extérieures de Jésus lui furent causéespar la haine des Juifs et de ses ennemis; mais ses souffrances intérieures furent le résultat de l'amour

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que Jésus nous portait; aussi, autant cet amour surpassa la rage des bourreaux, autant les tourments de l'âme surpassèrent en cruauté ceux du corps. L'amertume de cette passion intérieure fut telle qu'elle put seule arracher cette plainte contenue à la douceur du divin Sauveur : Deus meus, Deus meus, ut quid dereliquisli tne*'? « Mon Di^u, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? » Cet abandon de la part de son Pèroicéleste que souffrit Jésus sur la croix, fut le plus atroce martyre qu'il ait enduré dans son humanité sainte ; le Père en ce moment lui apparaissait, non-seulement comme étranger, mais comme adversaire, sans lui accorder le moindre soulagement, et voilà le comble des souffrances de celte sainte âme : se voir contrainte d'épuiser le calice de ses amertumes jusqu'à la lie, sans recevoir de son Père d'autres secours, que le secours nécessaire pour l'empêcher de mourir et prolonger son supplice. Les martyrs ont beaucoup souffert, il est vrai ; mais leurs souffrances furent mélangées de mille consolations intérieures; tandis que l'âme de mon Jésus fut mise en croix comme sous un pressoir qui déversait sur elle les tourments les plus raffmés, sans le plus léger adoucissement ni du ciel, ni de la terre. Ses souffrances furent donc, pour ainsi dire, la quintescence de la souffrance; ce fut une souffrance véritable, une souffrance épurée, qui le plongea au fond d'un abîme de peines.

0 justice rigoureuse de mon Dieu, quand vous châtiez l'ombre seule du péché sur la personne de votre Fils unique I Venez ici, ô pécheurs, qui buvez l'iniquité comme l'eau; apprenez au pied de la croix à connaître la malice du péché. Le péché mortel, en tant que c'est le mal de la

1 AJatth. 27, 46.

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coulpe, est un plus grand mal que la passion la plus douloureuse d'un Homme-Dieu. Que voulez-vous de plus pour le détester?... Dieu qui l'a châtié si sévèrement sur son Fils unique, le traitera-t-il avec moins de rigueur en vous?... Qu'en sera-t-il de vous lorsque vous paraîtrez à son. divin tribunal, chargé de crimes? Ah ! ne perdons pas de temps. Baisez la terre du Calvaire tout imprégnée du sang d'un Dieu, et qui crie vengeance contre vous, à cause de la multitude de vos péchés; puis demandez pardon à l'adorable Trinité. Père éternel, voici celui qui a indignement mis "a mort votre bien-aimé Fils ; pardon, ô Père éternel, pardon ! Divin Fils, voici le bourreau cruel qui vous a cloué à ce bois ; pardon, ô Verbe éternel, pardon I Esprit-Saint, voici celui qui a résisté avec tant d'ingratitude aux desseins de votre amour; pardon, ô divin Paraclet, pardon!

Mais vous n'atteindrez point votre but, si vous n'usez du moyen le plus efficace pour obtenir grâce de l'auguste Trinité. Quel est-il donc ce moyen? quel est-il? — C'est de vous adresser avec larmes à la très-sainte Vierge. 0 Marie, reine des martyrs, mère de douleurs, nous vous demandons pardon à vous-même d'avoir égorgé un Fils si tendre et si aimable. Pardon, ô Marie, pardon! C'était à nous à être attachés à cette croix, a nous à être couronnés d'épines, à nous a subir tous les supplices, et non pas à Jésus, non pas à vous, ô la plus innocente des créatures! Ah ! Vierge sainte, faites-nous verser ce soir des torrents de larmes, et obtenez-nous la grâce d'expier nos péchés en cette vie afin de ne pas encourir les châtiments de l'autre; au moins obtenez-nous la grâce de commencer à pleurer, et à pleurer maintenant pour ne jamais plus cesser jusqu'à notre dernier soupir. . .

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