‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 58 sur 78 · IX. Mais voici que l'âme sainte de Jésus, percée de mille · texte numérisé non relu

IX. Mais voici que l'âme sainte de Jésus, percée de mille

CRUCirrEMENT DE N.-S. J.-C. 365

glaives, est sur le point de se séparer de ce corps adorable. Ah ! préparez vos larmes pour un si douloureux mystère. L'aimable Sauveur, réduit à l'extrémité, n'ayant plus que quelques instants à vivre, donne les derniers gages de son amour à sa très-sainte Mère et au disciple bien-aimé; puis il se recommande lui-même à son Père en inclinant humblement sa tête vénérable sur sa poitrine, et après un dernier soupir son âme abandonne son corps : Tradidit spiritum. 0 Dieu d'une charité infinie, mis à mort par moi , et mort pour moi , comment puis-je ne pas défaillir de douleur!... Cependant toute la nature est comme saisie d'effroi à cette mort. La terre tremble jusque dans ses fondements, les rochers se brisent, les sépulcres s'ouvrent, le voile du temple se déchire, le soleil s'obscurcit, toute la terre se couvre de ténèbres, en un mot toutes les créatures inanimées, quoique ce ne fût point pour elles que mourait Jésus, éprouvèrent un sentiment de compassion à la mort de leur auteur. Mon cœur seul sera-t-il donc insensible? N'y aura-t-il que mes yeux qui ne sauront point verser une larme de compassion ? Moi seul je serais plus dur qu* les rochers? Ohi quel monstrueux endurcissement!... D'où vient une telle dureté? Ces soldats qui le crucifièrent de leurs propres mains, ne furent-ils pas touchés jusqu'à confesser leur crime? Vere Fitlus Dei erat iste. Ce larron pendu à la croix à côté de lui, ne fit-il pas pénitence?... Ces juges qui le condamnèrent ne descendaient-ils pas aussi de la montagne, en se frappant la poitrine? Percutientes jjectora sua revertebantur^ . Ce centurion lui-même, Longin qui lui percale cœur, ne devint-il pas un saint pénitent, un glorieux martyr? Bien plus, tout le peuple, tous ceux qui

» Luc. 23, 48.

366 vni" JOUR, méhitation du soir.

assistèrent à la mort du divin Rédempteur, tous se sentirent pénétrés de douleur, tous se frappèrent la poitrine en signe de pénitence, tous demeurèrent convaincus et de son innocence et de la pureté de ses mœurs, et en voyant cette innocente victime réduite à un état si lamentable, ils ne purent, tout barbares, tout cruels qu'ils étaient, retenir leurs larmes et s'empêcher de pleurer sa mort. Moi seul je suis assez endurci, assez scélérat pour demeurer spectateur indifférent de la mort d'un Dieu, comme si elle ne me regardait en aucune façon. Ah ! s'il en est ainsi, je suis plus inhumain que les Juifs, plus impie que les bourreaux, plus pervers qu'un Longin, plus scélérat que les Pharisiens; je suis un démon incarné, si je ne me convertis pas ce soir. Il n'y a plus d'espoir pour moi si le remède si efficace qui m'est présenté par mon Sauveur ne me sert de rien. Mais non ; il n'en sera pas ainsi. Avant donc de terminer la méditation, embrassons tous la croix de Jésus, et les yeux fixés sur lui, disons-lui avec le prophète : Quid sunt plagœ islœ in medio manuum tuarum^ ? Quelles sont, ô mon Jésus, ces plaies que je vois dans vos pieds et vos mains, d'où coulent des torrents de sang? Qui vous a déchiré les membres avec une barbarie si inouïe? Qui vous a ouvert le côté d'une manière si cruelle? Jésus ne répond point, parce qu'il est déjà mort. Jean le disciple bien-aimé répond pour lui : Dilexil nos^ : C'est l'amour. Oui, l'amour, voilà le bourreau qui lui a ôté la vie ; c'est l'amour qui lui a fait subir cette mort atroce ; Jésus est mort par pur amour ; aussi il a la tête inclinée pour nous donner le baiser de paix en signe d'amour, il a les bras ouverts pour nous embrasser comme ses enfants, les enfants de son cœur, les objets les plus chers à son amour.

» Zach. iS, 6. '■; I Joan. i, 19.

CRUCIFIF.MENT DE N.-S. J.-C. 367

0 amour immense He mon Jésus 1 comment ne sommesnous pas tout feu et flammes pour vous?... Si quelqu'un ne prend pas la résolution ce soir d'aimer Jésus, qu'il s'en aille; il est indigne de l'amour d'un Dieu. Et qui donc pourrait demeurer froid? Quiconque n'est pas résolu de renoncer à ses fréquentations dangereuses, ou à restituer le bien mal acquis, à se réconcilier avec son ennemi, en un mot, k changer de vie, à faire une bonne confession, celui-là est un monstre d'iniquité qui n'a point son pareil sur la terre. Tous donc embrassons la croix de Jésus, pleurons amèrement nos péchés, frappons-nous la poitrine, et que chacun de nous, élevant les yeux vers Jésus crucifié, lui dise avec soupirs et avec larmes : 0 Dieu d'amour ! Dieu infini dans toutes vos perfections, et plus infini encore en amour, comment avez-vous jamais pu vous déterminer à aimer mon âme jusqu'à sacrifier votre vie pour moi?... Voici la grâce que je vous demande ce soir : c'est une goutte de votre précieux sang qui amollisse la dureté de mon cœur, et me fasse fondre en larmes de componction. Ah ! comme je me repens d'avoir coopéré à votre mort par tant d'iniquités. Pardonuezmoi, ô mon bien-aimé 1 Pardon, mon Dieu, pardon! Mais le pardon ne me suffit pas si vous n'embrasez mon cœur d'un saint amour. Oui, je suis résolu de vous aimer, et de vous aimer du fond des entrailles. Oh ! que vous me paraissez aimable sur ce lit de mort. Je vous aime, ô mon Dieu crucifié I et je ne vous demande autle chose qu'un saint amour.

Pour montrer la sincérité de vos sentiments, protestez au pied de la croix de Jésus que vous ne commettrez jamais plus de péché mortel. Oui, oui, je le proteste pour l'amour de Jésus crucifié, plus de péché mortel, jamais plus, jamais plus ! — Oh ! c'est maintenant que vous

368 vili* JOUR. MÉDITATION DU SOIR.

pouvez dire avec vérité : Mon amour est Jésus crucifié, mon amour est Jésus crucifié : Amor meus Crucifixus est.

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