‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 6 sur 78 · SUR LES EXEUCICES SPIRITUELS. V · texte numérisé non relu

SUR LES EXEUCICES SPIRITUELS. V

a méditer ; peut-être même ferez-vous mieux Toraison mentale pendant ces saints jours que beaucoup de religieux dans leurs retraites.

IV. En premier lieu, on exerce la mémoire en se remettant devant les yeux le mystère ou la vérité qui doit être l'objet de la méditation. Telle est la règle, en voici la pratique : après avoir fait le signe de la croix, on fait la préparation prochaine, qu'on nomme l'oraison préparatoire. Elle comprend trois actes : premièrement, un acte de foi vive, par lequel vous croyez fermement que vous êtes en la présence de Dieu, qu'il vous écoute et vous voit plus clairement que vous ne vous voyez et ne vous écoutez vous-même; par suite vous vous excitez à faire l'oraison dans une attitude extérieure modeste, et avec une grande attention à la présence de la majesté divine; — en second lieu, un acte d'adoration, vous prosternant jusqu'à terre, en témoignage d'une humble dépendance, devant ce Dieu réellement présent qui vous considère ; — troisièmement, une invocation par laquelle vous priez Dieu de vous accorder la grâce de bien faire votre oraison. Et afin que cette prière soit plus efficace, choisissez quelques saints pour protecteurs de vos exercices spirituels, par exemple, votre Ange gardien, saint Joseph, et surtout la sainte Vierge, et récitez en leur honneur un Pater et xive, afin qu'ils vous obtiennent les lumières et les grâces qu'ils jugent nécessaires pour que votre oraison soit profitable et salutaire. Or, tous ces actes je les ferai à haute voix, et voHS n'aurez qu'à me suivre, en les faisant de cœur. Est-il rieu de plus facile ?

Après cela, on lit le sujet de la méditation ; je ferai encore cela moi-même, en exposant les points sur lesquels vous aurez à méditer.

Ensuite commence l'exercice de \'entendetneni, exer-

\0 l" JOUR. CO.NFÉREiNCE PRÉLIMIMAIRR

cice qui consiste a peser mûrement tout ce qui peut concourir à nous convaincre ol à nous persuader de la vérité méditée. Il ne suffit pus d'y penser superficiellement, il faut l'approfondir et la scruter, selon l'expression du Sauveur : Scnifamini Scripluras^ . Les pierres précieuses ne se trouvent pas à la surface de la terre, mais bien avant dans ses entrailles. Le travail de l'entendement a pour but de déduire dune vérité générale bien approfondie, une vérité plus pratique, plu-^ particulière, relative à notre avancement spirituel; c: Ile-ci étant proposée à la volonté met aussitôt cette faculté en mouvement. Je prends un exemple : Voulez-vous faire une méditation sur l'enfer? H.eprésenlez-vous en premier lieu cette sombre prison remplie de feu; lâchez ensuite de pénétrer cette terrible vérité de l'enfer, en considérant d'abord que c'est une vérité enseignée par la foi : Ibuni hi in suppHcium œternum^ ; que c'est une vérité qui est admise aussi par les Juifs, par les hérétiques et même par beaucoup d'autres peuples infidèles; une vérité que nous devons croire à bien plus forte raison, nous qui sommes, les véritables disciples de l'Evangile. Puis vous réfléchissez attentivement à la grandeur des tourments de l'enfer qui sout affreux, et à leur durée qui est éternelle. Enfin de cette vérité universelle vous déduirez une vérité plus spéciale et qui vous concerne personnellement : puisque l'enfer est préparé pour celui qui vit et meurt dans le péché, vous vous demanderez combien de fois vous avez mérité l'enfer depuis tant d'années que vous vivez dans le désordre, et quelle serait votre folie si vous ne preniez pas tous les moyens d'y échapper. Ici vous examinerez ce que vous avez fait jusqu'à ce jour, si vous avez employé

» Joan. 5, 39. 2 Matth. ïb, 46

SUR LKS KXEltClCES SI'IP.ITUIXS. • H

cos moyens, oui ou non. Et voilà que voire volonté entrera en exercice pour produire des actes de douleur d'avoir suivi une si mauvaise voie par le passé et d'avoir tant de fois mérité l'enfer ; des actes de bon propos de mieux vivre à l'avenir, et autres semblables. Ces actes de la volonté sont la moelle de l'oraison ; bien plus, si dès le principe la volonté se porte à détester le péché, et à produire de pareils actes de remerciement et d'amour, il n'y a pas lieu do faire de plus amples réflexions, vu que le but de l'oraison est atteint.

Il feut avoir soin toutefois de couronner ces actes par des résolutions efficaces de s'amender. C'est pourquoi nous ferons, à la fin de chaque méditation, un colloque qui contiendra tous ces actes de la volonté avec les résolutions à prendre.

Voila tout le mécanisme de l'oraison mentale. Elle se fait sans bruit et sans paroles, dans le secret du cœur, sans autre témoin que Dieu seul, qui voit toutes nos pensées. Afin que cet exercice vous soit aussi doux que facile, je vous donnerai le pain, non-seulement broyé, mais pour ainsi dire mâché. Ainsi que je vous l'ai insinué, je vous conduirai par la main depuis le commencement jusqu'à la fin, exprimant de vive voix les réflexions de l'entendement et les actes de la volonté, de telle sorte que vous n'ayez qu'à me suivre et à produire dans votre cœur les sentiments que j'énoncerai tout haut. Et afin que les vérités méditées vous laissent une impression plus profonde, la méditation terminée, vous vous assiérez de nouveau, je ferai une réflexion pratique qui en sera comme l'abrégé, et je confirmerai le tout par un exemple approprié au sujet. Vous voyez par là avec quelle facilité et cjuel charme vous allez pratiquer l'oraison mentale pendant ces saints jours, qui seront pour vous un temps de grâces et de bénédictions.

12 I<"^ JOUK. CONFÉRENCE PUÉLIMINAIRE

V. Parlons de I'examen de réforme spirituelle, qui est la seconde roue du mécanisme des exercices spirituels. Sans doute, vous devez, pendant ces saints jours, examiner votre conscience sur les péchés ou les manquements que vous pouvez avoir commis ; je vous conseille même de le faire deux fois le jour, savoir, à midi et au soir, en accompagnant chacun de ces examens d'un acte de contrition et de bon propos. Mais ce n'est pas cela seulement que j'ai en vue ici ; ce que je désire surtout, c'est que vous consacriez tous les jours une demi -heure de temps à faire l'anatomie de l'intérieur de votre âme, afin de voir comment vous vous comportez dans l'affaire importante de votre salut éternel. Cet exercice, en d'autres termes, s'appelle considération. Il diffère de la méditation qui a pour but d'exciter des affections dans le cœur, et se fait d'ordinaire ii genoux, de la manière indiquée précédemment. Il n'en est pas de même de cet examen ou considération ; je voudrais que vous le fissiez soit assis, soit en vous promenant dans votre chambre. Vous prendrez pour sujet les vérités mêmes que vous avez méditées dans l'oraison, celles que vous avez lues ou que vous avez entendues en chaire, ou bien celles que vous entendrez dans les Réformes spirituelles, et que vous vous appliquerez à vous-même. Vous pourrez procéder par voie d'examen, en vous interrogeant vous-même, comme le faisait saint Bernard : Bernarde, ad quid venisti? Ainsi tout en vous promenant dans votre chambre, et en vous faisant l'application des maximes éternelles méditées ou entendues, vous considérez où vous en êtes dans la pratique par rapport à ces vérités, en vous demandant à vous-même : Qu'est-ce que je fais? A quoi pensé-je ? Comment est-ce que je vis ? Qu'en serat-il de moi si je ne prends une sérieuse résolution?... Est-ce vrai tout ce que j'ai entendu ce soir?... Ici vous

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