‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 60 sur 78 · NEUVIÈME JOUR · texte numérisé non relu

NEUVIÈME JOUR

I. Dieu a donné trois lois au monde, et dans chacune de ces lois il a prescrit l'amour du prochain, en assignant toujours à cet amour une mesure de plus en plus large. La première loi est la loi naturelle gravée dans nos cœurs : elle trace pour 'règle de la charité de traiter les autres comme nous voudrions être traités nous-mêmes : Omnia quœcumque vultis ut faciant vobis homines, et vos facite illis^. — La seconde loi est celle qui fut écrite par Moïse, et, d'après elle, la mesure de la charité est d'aimer le prochain comme soi-même : Diliges proximum tuu]ji sicut teipsum^. — La troisième loi enfin est la loi de grâce promulguée par Notre-Seigneur Jésus-Christ, etici les bornes de la charité s'élargissent sans mesure, puisque le Verbe incarné donne pour règle son propre amour .: Mandaium meum do vobis, ut diligatis invicem, sicut dilexi vos^. Mais si le Seigneur a tant à cœur la charité fraternelle, s'il en a constamment étendu les limites, si, dans la loi nouvelle, il les a portées au delà de toute borne et jusqu'au nec plus ultra, comment pensez-vous qu'il doive envisager la dureté de cœur qu'on rencontre si communément aujour-

' Matth. 7, 12. 2 ib. ^9 <9. ô joan. 13, 34.

d'hul parmi les chrétiens? Ah! ce n'est point Ik l'esprit de Jésus-Christ, qui est la douceur sans mélange : Spiritus meus super mei dulcis^ ; c'est l'esprit du paganisme, l'esprit de mort. Notre réforme spirituelle roulera donc aujourd'hui sur la charité envers le prochain. Examinons bien comment nous la pratiquons à l'égard de ceux qui nous ont offensés, à l'égard de nos inférieurs, de nos domestiques, des pauvres, des infirmes, de tout le monde; car le caractère distinctif des vrais chrétiens c'est qu'unis tous ensemble par les liens de la charité, ils n'aient qu'un cœur et qu'une âme : Cor unum et anima una^.

II. Pour bien saisir l'importance de cette vertu, attention à ceci. Il est certain que la première de toutes vos résolutions dans ces saints Exercices doit être d'aimer Dieu par-dessus toute chose, d'estimer son amitié plus que tout autre bien, d'observer sa sainte loi avec la plus grande exactitude en vue de lui plaire. C'est là le premier de tous les commandements, celui qui donne la vie et le mérite de tous les autres ; et plutôt que de l'enfreindre il vaudrait mieux n'avoir jamais vu le jour : Maximum ac primum mandatum : Diliges Dominum Deum tuum^. Vous voulez donc aitnfer Dieu, n'est-il pas vrai? Or, s'il en est ainsi, vous voulez aussi aimer le prochain, attendu que ces deux préceptes ne peuvent jamais être séparés : ce sont deux rameaux qui sortent d'un même tronc ; deux ruisseaux qui coulent d'une même source ; deux actes provenant d'une même habitude, basés sur un seul et même motif, lequel porte à aimer Dieu pour lui-même, et le prochain pour l'amour de Dieu : Hoc mandatum habemus a Deo, ut qui diligit Deum, diligat et fratrem suum^. Une

' Eccli. 24, 27. * Act. 4, 32.

5 Matth. 22, 37. ^ Joan. 4, 21.

374 IX" JOUK. EXAMIN DE RÉFORME

épouse fidèle n'aime pas seulement son époux, mais elle aime également tout ce qui lui appartient, et s'attendrit même 'a la vue de son portrait. Ainsi une âme fidèle à Dieu aime avec lui tout ce qui est à lui, et affectionne particulièrement le prochain, parce qu'elle le regarde, non-seulement comme l'ouvrage des mains de Dieu, mais aussi comme la vivante image de son Créateur. Remarquez Lien ce qui s'ensuit de -là. C'est qu'il n'est pas croyable que l'amour de Dieu soit intense dans un cœur où l'amour du prochain n'occupe pas de place, ni que l'amour du prochain soit vif là où l'amour de Dieu n'existe guère. Non, car ces deux vertus vont toujours de pair. Autant vous aimez Dieu, autant vous aimerez le prochain.

Prononcez donc la sentence en vous-mêmes et ditesvous : je ne mérite point le nom de chrétien, si je n'ai point la charité envers le prochain, parce qu'en n'aimant pas le prochain je n'aime pas Dieu, et je suis pire qu un infidèle. Tel est en effet, mes chers frères, le principal, l'unique trait qui caractérise ceux qui professent la sainte loi de Jésus-Christ ; il l'a hautement proclamé lui-même : In hoc cognoscent omnes, quia discipuli mei estis, si dilectionem habuerilis ad invicem^ ; «C'est en cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, savoir, si vous vous aimez les uns les autres ; et sachez que je vous en fais un commandement exprès » : Hœc mando vobis ut diligatis invicem^. C'est parce que j'y tiens fortement, semble-t-il dire, que je vous fais un précepte si rigoureux de vous aimer les uns les autres, de vous pardonner, de vous supporter, de vous entr'aider mutuellement, et de vous faire l'un à l'autre tout le bien qui est en votre pouvoir. Le Sauveur nous déclare même qu'il se comportera à notre égard comme nous nous

» Joan. 13. 3o. ^ ib. 15, il.

serons comportés à l'égard du prochain. Comment vous y prenez-vous lorsque vous écrivez une lettre de recommandation ? Vous priez l'ami auquel vous vous adressez de traiter votre protégé comme il vous traiterait vous-même. Voilà précisément ce qui a lieu. Tout homme porte sur son front une lettre de recommandation de la part de Dieu, dans laquelle Dieu exprime la volonté que vous le traitiez comme vous Iraiteriez^le Seigneur ea personne, ou comme vous vous traitez vous-même ; vous ne devez donc pas faire h autrui le mal que vous ne voudriez pas qu'on vous fît, et vous devez lui faire le bien que vous vous souhaitez à vousmême. Telles sont les deux excellentes règles de la charité chrétienne, lesquelles vont faire l'objet de notre examen. III. Saint Jérôme dans une de ses lettres, qui est la soixante-dix-huilième, dit une chose qui paraîtra étrange, et qui n'est cependant que trop vraie. Il écrit que certaines âmes, d'ailleurs vertueuses, faisant même profession de piété, fréquentant les sacrements et les sermons, les congrégations et les confréries , entretiennent parfois des aversions opiniâtres, des ressentiments et des haines invétérées, qui couvent des années entières, et s'enveniment au point de ne plus se parler ni se saluer, voire même de refuser positivement le salut à des parents, à des frères, à des proches. Le saint Docteur ajoute qu'il a trouvé les hommes du monde et les soldats sur le champ de bataille mieux disposés à se tendre généreusement la main, que ne le sont ces cœurs étroits qui se croient tout confits de dévotion : Inter rivos sanguinis profluentes, dit-il, junguntur sœpe hostiles dexterœ; hi soli, qui nobiscum sunt non valent fœderari. Deux soldats se rencontrent en champ clos ; quatre coups d'épée de part et d'autre, et puis ils s'embrassent, s'invitent à dîner, et l'on ne pense plus à autre chose. Mais mettez-vous en devoir de persuader à

une dévote d'adresser une invitation courtoise à sa bellemère, ou k celle-ci de dire une parole affectueuse à sa belle-fille, ou à tel autre de saluer tel parent; aussitôt le démon, en leur suggérant la maudite réflexion : ce n'est pas à moi à faire le premier pas, leur ferme par là le cœur et la bouche pour les empêcher de parler, et leur enfonce le chapeau sur les yeux afin qu'ils ne saluent point. Vient-on à se rencontrer? on prend un maintien apprêté, un air grave, une démarche hautaine et majestueuse, et l'on passe en détournant la tête ou en regardant en l'air. Bonjour, et bon an, c'est le plus que vous entendez; du reste, à distance autant que possible. Qui oserait excuser ces sortes de personnes, ou dire que bien souvent elles ne pèchent pas mortellement, et que par une telle dureté de cœur elles ne se mettent pas en danger d'être abandonnées de Dieu? Ecoutez le trait suivant et tremblez. Il y avait à Antioche un prêtre fervent nommé Saprice, et un laïque nommé Nicéphore, lesquels, depuis plusieurs années, étaient unis par les lien? d'une étroite amitié. Mais Saprice ayant reçu je ne sais quelle légère offense de Nicéphore, il en conçut un tel ressentiment qu'il ne voulait plus ni le voir, ni en entendre parler, et avec cette haine dans le cœur il ne laissait point de célébrer tous les jours la sainte messe, de prêcher, et de s'employer à maintenir la foi, qui était alors en butte à la persécution de la part des idolâtres. Quelques personnes de confiance essayèrent de réconcilier Saprice avec son ancien ami : «Mais Saprice, lui dit-on, vous qui prêchez la charité aux autres, quels sont vos sentiments à l'égard de Nicéphore? » — & Je ne lui veux pas de mal, mais qu'il se mêle de ses affaires. » — « Une bonne parole au moins, le lui diriez-vous? » — « Oh ! quant à cela, non! » — « Le saluer? » — « Beaucoup moins encore. » — « Lui rendre le salut par politesse? » — «Pas

même. » — Or, il arriva que Saprice fui arrêté comme chrétien, jeté en prison et cruellement tourmenté; il souffrit tout avec beaucoup de constance, et entendit prononcer sa sentence avec joie. Le voilà finalement conduit au supplice. Nicéphore l'ayant su, courut au-devant de lui, se jeta à ses pieds et lui demanda pardon avec larmes. Saprice fit un geste dédaigneux et détourna les yeux. Nicéphore revint à la charge une seconde et une troisième fois, mais sans pouvoir même en obtenir un mot de réponse. Que pensez-vous qu'il arriva? Comme on était sur le lieu de l'exécution, et que déjà les bourreaux avaient le glaive levé, prêt à frapper, Saprice effrayé demanda s'il n'y avait plus moyen d'échapper à la mort. « Oui, lui répondit-on, à condition que tu renies le Christ et que lu brûles de l'encens à Jupiter. » — Le malheureux proféra cet affreux blasphème : « Je renonce à Jésus-Christ et j'adore Jupiter. — Le vertueux Nicéphore, vivement affecté de cet outrage fait au nom chrétien, s'écria à haute voix : a Et moi j'adore Jésus-Christ et je foule aux pieds Jupiter. » Et il parla si bien qu'il ravit la couronne du martyre à ce prêtre endurci qui, par un juste jugement, fut abandonné de Dieu, à cause de la haine volontaire qu'il nourrissait contre le prochain.

Oh ! combien et combien de chrétiens verront, au moment de la mort, s'échapper de leurs mains la palme des bonnes œuvres accumulées pendant le cours de leur vie, uniquement pour avoir entretenu dans leur cœur de longues aversions contre leurs frères 1 Mettez-vous la main sur le cœur, palpez-le et voyez s'il est en paix avec tout le monde, ou s'il est aigri par les rancunes, la mauvaise humeur, les aversions, qui sont le poison de la charité. Examinez-vous bien.

IV. Je ne veux de mal à personne, me dit celle-là ; je p. M. vu. 32

me souhaite à moi-même tout le mal que je lui souhaite ; mais que je lui parle, que je la salue, oh ! pour cela, non, je ne m'inquiète pas d'elle. — Voilà l'indice de ces aversions où vous ne voyez qu'une simple absence d'inclination, et qui sont de véritables haines palliées. En voulezvous la preuve? D'où vient que cette femme est en bonne relation avec tout le monde, affable, honnête, prévenante envers tous, au moins autant que le comporte la politesse chrétienne; et qu'avec une ou deux seulement, qui auparavant étaient même de ses amies, de ses intimes, qu'avec celles-là dis-je, elle est d'une réserve extrême, ne leur parlant pas. faisant même semblant de ne pas les voir? Quelle peut-être la cause d'un mépris qui s'affiche si manifestement, si ce n'est la rancune que l'on conserve d'une offense réelle ou imaginaire ? Et si cette rancune dure des mois, des années, quelle blessure ne fait-elle pas à la charité dans un cœur? Il est vrai que ce n'est pas là une de ces haines qui éclatent en vengeances publiques, mais c'est un feu caché qui, pour couver sourdemeut, n'en fait que plus de ravages.

Mais, mon père, celui-là ne mérite pas que je lui fasse du bien ; l'offense qu'il m'a faite est par trop grave, et sans motif. — Vous n'êtes pas obligé d'aimer le prochain à raison de son mérite, mais vous devez l'aimer parce que Dieu l'ordonne : Dieu regarde comme fait à lui-même ce que vous faites à autrui pour son amour ; et moins le prochain a de titres personnels au pardon, plus vous aurez de mérite à le lui accorder. Que voulez-vous de plus?

Mais cette personne est d'une humeur si désagréable que si j'ai des rapports avec elle, elle devient pire. — Il y a deux sortes de tentations : les unes portent au mal, et celles-là il faut les fuir; les autres portent au déplaisir, et celles-ci il faut les embrasser : vous ne devez donc pas

SUR LA CHARITÉ KNVERS LF. PROCHAIN. 379

fuir telle personne parce qu'elle est ennuyeuse; plus elle est acariâtre, plus vous aurez de mérite devant Dieu k converser avec elle.

Je vous l'avoue, mon père, j'en veux un peu à un tel, mais c'est une question d'intérêt qui est cause de cette malveillance; qu'il me donne ce qui m'appartient et nous serons d'accord. — Toutes les poursuites légales à l'effet de recouvrer votre bien sont licites, mais il n'est pas permis de refuser l'amour fraternel 'a celui qui procède contre vous à ce sujet. L'un n'est pas opposé à l'autre et ne lui porte aucun préjudice. Recourez aux lois civiles pour maintenir vos droits mais observez les lois du ciel qui vous prescrivent d'aimer le prochain. Voulez-vous donc perdre votre âme pour quelques sous ? Fut-on jamais si insensé que d'enlever les poutres a un palais pour étançonner une cabane? Allons donc! laissez là tous ces vains prétextes et souvenez-vous que celui qui n'aime point demeure dans la mort : Qui non diliget manet in morte^ . Vous vous confessez et vous communiez souvent; je voudrais un peu savoir comment peuvent s'accorder tant de confessions, et de communions avec tant d'aversions...

V. L'Esprit-Saint vous donne un avis ; c'est de ne pas être comme un lion dans votre maison, mettant tout sens dessus dessous : Noli esse in domo tua quasi leo, evertens domesticos tuos^. Gourmander vos inférieurs tout le long du jour, comme vous le faites, ne leur adressant la parole qu'en termes de mépris ou sur un ton de colère, est-ce de la charité, croyez-vous? Saint Martin n'étant encore que catéchumène traitait son serviteur comme un frère. Saint Charles, dans le cours de ses visites pastorales, afin de laisser dormir tranquillement ses domestiques, s'offrait à

I I Joan. 3, 14. 2 Eccli. 5, 35.

les réveiller lui-même le matin, et s'il lui arrivait de devoir traverser leurs chambres, il marchait sur la pointe des pieds pour ne point faire de bruit, de peur d'interrompre leur sommeil avant le temps. Je ne demande pas que vous en fassiez autant; mais je vous dis que vous ne devez pas mettre votre gloire à maltraiter en paroles et en gestes vos ouvriers, vos paysans, et les gens qui sont à votre service, les traitant pis que des chiens et des bêtes de somme. Pour votre cheval il y a un temps de repos quand il a bien couru ; il y a des soins et des remèdes quand il est malade ; il a sa pâture à temps, on ne le fatigue pas outre mesure. Ce pauvre serviteur se contenterait d'être traité sur le même pied que l'animal de vos écuries; au moins quand il est malade ne serait-il pas mis sur la rue. Les anciens chrétiens cherchaient les infirmes et les recueillaient chez eux afin de les soigner ; les chrétiens de nos jours vont jusqu'à mettre à la porte leurs domestiques malades. Où est la charité, où est la compassion qui doit se rencontrer dans un disciple de l'évangile? Faites-y bien attention : ce chrétien que vous maltraitez, vous le verrez peut-être au-dessus de vous au jour du jugement ; et par un renversement des rôles, vous serez le serviteur et il sera votre maître.

VI. La charité, selon saint Paul, doit commencer par les personnes de la maison. Si la femme veut s'ingérer dans ce qui regarde le mari, et le mari s'ingérer dans le département de la femme, les choses ne sauraient aller bien, il y aura des troubles. Les musiciens chantent avec tant de concert et d'harmonie, savez-vous comment? Parce que chacun chante sa partie et non celle des autres. Voilà d'où naissent tant de divisions et d'aigreurs dans certains ménages, au point que parfois pour des bagateles, pour des riens, on fomeute de vifs ressentiments qui

Sun LV CHARITÉ ENVERS LE PROCHAIN. 381

durent des mois et des mois ; l'un veut empiéter sur le terrain de l'autre, et par suite on ne peut plus supporter une parole ni la moindre chose faite de travers. Qui êtesvous pour prétendre que les autres ne se trompent jamais, et qu'ils n'aient aucun défaut? Vous, mari, vous devez vous souvenir que votre femme n'est pas une servante, mais une compagne que Dieu vous a donnée ; et vous, femme, vous avez à vous souvenir que votre volonté doit être subordonnée à celle de votre mari. S'il vous ordonnait de ne pas faire d'aussi longues prières, et de revenir un peu plus tôt de l'église, vous devriez lui obéir. A plus forte raison s'il vous fait entendre qu'il ne veut pas tant de visites, tant de courses, tant de passe-temps, et qu'il lui déplaît de voir certaines partialités pour tel serviteur, telle servante, et autres choses semblables. S'il y avait un peu plus d'obéissance, il y aurait plus de paix.

Or, voilà précisément, mon père, pourquoi la bonne harmonie ne règne pas chez moi : c'est que ma femme est toujours hors de ton ; que telle parente n'en fait pas une bonne. — Est-ce bien vrai ? Et pourquoi n'en avez-vous pas un peu pins de compassion ? Si vous faites une méprise, avec quelques excuses tout s'arrange ; si elles viennent à se tromper à leur tour, on met tout sens dessus dessous. — Que voulez-vous, mon père? Nous sommes d'un caractère, d'un naturel trop contraire l'un à l'autre; il n'y a pas de remède. — Ce n'est pas le remède qui manque, il ne s'agit que de l'employer. Supposons, que votre femme, que votre parente soit d'un naturel aussi pervers que vous le dépeignez ; dites-moi , de grâce , si Jésus-Christ en personne descendait du ciel et vous dît : Prenez ce cilice et porloz-lc ; ne le prendriez-vous pas volontiers? Figurez-vous donc que cette femme est votre cilice , que

cette parente, cette belle-mère est votre croix ; si Jésus vous la présente, pourquoi la refusez-vous? A vrai dire pourtant, c'est votre colère, c'est votre orgueil qui est cause dotant de dissentiments dans votre intérieur. Ecoutez le trait suivant : une dame d'Alexandrie demanda au saint évêque Athanase une enfant pauvre pour l'élever. Le Saint lui en donna une , mais l'enfant devint si docile, si aimable, que la vertueuse dame n'en recevant jamais le moindre désagrément retourna chez le Saint et le pria de lui en donner une autre, protestant qu'elle en voulait une qui lui donnât occasion de mériter. Le Saint la contenta en lui en confiant une qui était difficile, querelleuse, et se mettait en colère pour un rien. Alors la bonne dame le remercia. Ah ! s'il y avait chez vous un peu de cet esprit de douceur et de mortification, votre maison deviendrait un petit paradis.

VIL Notre vie a une compagne aussi inconstante que nécessaire, c'est la santé : compagne nécessaire et indispensable, car une vie maladive, qui vous fait courir sans cesse du médecin au pharmacien, n'est qu'une longue pénitence. La beauté du corps et l'élévation de l'esprit ne servent de rien, les festins somptueux, les richesses, la noblesse, les dignités sont p^u de chose sans la santé. En réalité on éprouve plus de compassion que d'envie à la vue de ce grand personnage d'une complexion frêle et débile, qui ne peut jouir d'aucun des biens de ce monde, si ce n'est dun lit, où il ne trouve pas même le repos que goûte l'ouvrier épuisé de fatigue, ou le forgeron qui s'est exercé tout le jour à remuer ses lourds marteaux. Mais autant la santé est un bien nécessaire, autant il est trompeur. Un régime un peu trop délicat l'énervé, un air un peu trop subtil l'altère, une chaleur excessive la fait languir. Aussi l'Erriture la compare-t-elle au foin : Omnis

caro fœnumK Or quand, après avoir perdu la santé du corps, l'infirme est étendu sans force et sans énergie sur un lit de souffrance, quelle consolation ne ressent-il pas de la visite d'un ami cher à son cœur, et qui soit en même temps discret, aimable, agréable et dans sa personne et dans ses paroles I C'est Ik une des œuvres de miséricorde les plus belles et les plus salutaires qui se pratiquent k l'école de la charité, surtout si elle s'exerce k l'égard des pauvres. Bénis soient vos ancêtres qui ont fondé ou accru ces hôpitaux pour le soulagement des pauvres! Ils en auront reçu une grande récompense de la main de Dieu. Mais vous-mêmes que faites-vous? Songez-vous jamais k faire au moins une visite k ces pauvres qui languissent abandonnés? C'est une insigne charité qui nous est recommandée par Notre-Seigneur Jésus-Christ. On peut faire du bien au corps tout en aidant l'âme par de pieuses exhortations. Représentez-vous les accès d'impatience, de découragement qu'éprouvent ces malheureux réduits k un tel étal. Vous pou^z les consoler, les aider, les secourir doublement et dans le corps et dans l'âme : pourquoi ne le faites-vous pas? Paul II, avant comme après son élévation au souverain pontificat , passait une partie du jour k visiter etk consoler les infirmes dans les hôpitaux, et cette touchante condescendance arrachait des larmes d'attendrissement aux malades et k tous les assistants. Pourquoi n'imiteriez-vous pas un si bel exemple, qui est suivi déjà par tant de personnes de distinction, hommes et femmes, qu'on voit parcourir les hôpitaux pour servir les malades etles infirmes ?0h 1 quelles salutaires leçons sur les misères humaines vous recevriez de ces malheureux couverts de plaies, et tombant tout vivants en pourriture. Vous vous

< Is. 40, 6.

désabuseriez une bonne fois des vanités du monde, et vous vous détermineriez à avoir un peu plus de patience dans vos traverses. Proposez-vous donc de le faire dans l'intention d'obtenir que Dieu vous assiste vous-mêmes dans vos maladies, et vous fasse miséricorde a la mort.

VIII Ce qui caractérise proprement l'esprit du monde, savez-vous ce que c'est? C'est de n'avoir de compassion que pour soi-même, de n'avoir de cœur que pour ses propres intérêts. Ainsi ces riches si énergiquement condamnés par le prophète ne songeaient qu'à traiter leurs corps délicatement, en se livrant à de spiendides festins, en étendant leurs membres sur des lits moelleux, en s'enivrant de vins exquis, tandis qu'ils demeuraient insensibles à. l'affliction du pauvre : Et nihil patiebantur super contrUione Joseph^ . En voyant ou en entendant exposer les misères de la pauvreté, on dirait bien comme Caïn : Numquid custos fratris mei sum- : Suis-je le gardien des misérables? S'ils n'ont rien, et s'ils souffrent, tant pis pour eux! quelle obligation ai-je moi de les#iider? Dois-je ôter le pain à mes enfants pour le donner à des étrangers ? Ainsi parlent beaucoup de riches qui, non-seulement traitent les malheureux avec hauteur, mais les repoussent avec autant de dédain et de mépris que s'il ne s'agissait point de leurs semblables, pétris du même limon qu'eux. Le lion une fois rassasié devient doux : mais ces riches avares, plus ils sont repus de biens, et plus ils sont arrogants; car plus ils se croient à l'abri du besoin, et plus ils sont éloignés de compatir a la misère de celui qui souffre. Et s'ils ont le cœur si dur, pourraient-ils n'avoir pas la main fort resserrée? Aristote remarque que les plantes les plus grasses sont d'ordinaire les moins fécondes, parce qu'elles

1 Amos. 6, 6. 2 Gen. 4, 9.

convertissent tous les sucs h leur propre développement; de môme il arrive fréquemment que les plus opulents sont bien moms charitables que les personnes de moyenne condition, parce qu'ils convertissent tous leurs revenus k leur agrandissement, comme s'ils devaient seuls occupe toute la terre, ainsi que le leur reproche le prophète : Numquid habitabilis vos soli in medio ter œ^ ? he monde a-t-il donc été créé pour vous seuls ? Je ne veux pas m'étendre davantage sur ce point qui a déjà été traité. J'ajouterai seulement que beaucoup ne sont avares qu'à cause qu'ils ne réfléchissent pas aux bénédictions abondantes qu'attire l'aumône sur ceux qui la font, en les rendant si agréables à Dieu. Un saint solitaire demanda à Dieu de lui montrer le modèle d'une vie qui lui fût plus agréable que la sienne. Un ange le conduisit à la cuur, et lui montra l'empereur Théodose occupé à dresser des notes pour faire distribuer des aumônes aux pauvres sur ses propres revenus. Ah ! c'est que les pauvres sont nos frères en Jésus-Christ, et aussi bien que nous les enfants de Dieu. Si nous pouvons leur faire du bien dans leurs nombreuses nécessités, pourquoi ne pas le faire? Remarquez qu'en faisant l'aumône à ces pauvres, vous le faites à Dieu même ; c'est lui qui se trouve sous les haillons de ces pauvres, c'est lui qui accepte l'aumône, et c'est lui qui s'engage à vous en récompenser ; de là vient que s'il voit qu'on leur ferme la main il s'en indigne, il se fâche. Quelles paroles frappantes que celles où le Sauveur, dans l'Evangile, nous avertit qu'au jour du dernier jugement ce dont il nous demandera compte principalement, c'est la manière dont nous aurons pratiqué la charité envers le prochain dans ses nécessités. Nous tenons cette vérité

" Is. 5, 8.

p. M. VII. 3it

386 IX* JOUR. tXAMEN UK UÉFOUME

pour article de foi, mais comment la pratiquons-nous? On le verra au tribunal de Dieu ! . . .

IX. Ceux qui creusent des mines, quand ils viennent k découvrir quelque métal, ont soin de suivre la veine précieuse tant qu'elle dure, en se gardant bien d'en dévier. C'est ainsi que moi-même ayant découvert dans la charité une véritable mine d'or, je ne veux pas l'abandonner avant de vous avoir dit ce qu'il y a de plus important en cette matière; faites donc bien attention. Notre prochain est composé de corps et d'âme ; les actes de charité que nous pouvons exercer à son égard sont donc de deux sortes : les uns regardent le corps et consistent à lui procurer la nourriture et le vêtement ; les autres regardent l'âme et consistent à l'instruire, le consoler, l'avertir. Et comme les âmes sont de beaucoup supérieures au corps, ainsi, toute chose égale d'ailleurs, les œuvres de miséricorde spirituelle sont de beaucoup supérieures aux œuvres de miséricorde corporelle. Je voudrais par conséquent vous exhorter à celles-là, comme étant les actes de charité les plus excellents, et d'abord trouvez bon que je vous signale une erreur assez commune : certaines personnes, qui ont d'ailleurs du talent pour se mettre en rapport avec le prochain, de l'adresse a s'insinuer par leurs manières et leurs discours, pour donner aux autres de bons conseils et les porter à la vertu , ne se donnent pas la peine , par amour pour leurs aises et leur tranquillité, d'aider le prochain par aucune œuvre de miséricorde spirituelle. On peut, de la sorte être honnête homme , mais non bon citoyen, ni bon chrétien. Honnête homme, parce qu'on fait ses prières en temps voulu, qu'on assiste au sermon, qu'on va a l'église ; mais non bon citoyen, non chrétien bienfaisant, parce qu'on ne sait pas et qu'on ne veut pas se bouger pour rendre service à autrui ; jamais une exhor-

iHtion à la piété, même k un ami, jamais un bon conseil à un jeune homme qui s'égare, pour le détournerde la mauvaise voie, l'amener aux pieds d'un bon confesseur, jamais une démarche pour empêcher l'ofTense de Dieu ou prévenir quelque scandale. C'est là une grave erreur en matière de charité, dit saint Jean Chrysobtôme. Remarquez comme dans les exercices mécaniques l'un assiste l'autre, et comme tous agissent de concert pour arriver à un but commun ; à combien plus forte raison ne devrait-il pas en être ainsi dans les exercices de l'esprit. Car l'homme qui ne vit que pour lui-même est un être superflu : Qui sihi soli vivit superfluus homo est. Ajoutez un autre motif qui tient presque de la justice. Quel préjudice n'avez-vous pas causé autrefois au prochain dans ses biens spirituels? Quel dommage , pour ne pas dire quel ravage dans les âmes par vos mauvais exemples, vos mauvais conseils, vos correspondances secrètes, vos rendez-vous, et autres stimulants au mal"? Et la restitution de tant d'âmes ravies à Dieu, quand se fera-t-elle? Attention à l'exemple suivant.

Saint Raimond de Pennafort, troisième général de l'Ordre de Saint-Dominique , homme fameux par sa science et sa piété, devint en religion un miroir de vertu et de sainteté; mais savez-vous quel motif le détermina à embrasser cet Ordre? Ce fut un motif de restitution. Ecoutez. Raimond fut appelé d'Espagne en Italie pour être professeur dans la célèbre université de Bologne. Il exerçait cette fonction depuis un certain temps et s'était déjà acquis une grande réputation de science, lorsqu'un jeune étudiant de ses disciples, qui donnait les plus brillantes espérances, se sentant porté intérieurement à se faire religieux, lui 6t part de sa vocation. Le maître qui regrettait la perte d'un tel disciple, usa de toute son

influence pour le dissuader, et parvint à le détourner de son projet. Le jeune homme suivit ses conseils et ne songea plus à embrasser un autre état. A partir de ce moment Raimotid n'eut plus la conscience tranquille, une pensée importune le poursuivait partout, il lui semblait entendre sans cesse ce reproche intérieur : Ah ! Raimond , qu'as-tu fait? Jésus-Christ attirait à lui ce jeune homme, et toi tu as fait l'office d'antechrist en l'attirant au monde. — Il s'en repentit cent fois, cent fois il se confessa de ce mauvais conseil ; mais il eut beau faire, il ne put calmer ses regrets et ses remords ; sa conscience lui criait sans relâche : Ah! voleur, voleur! tu as commis la rapine dans l'holocauste : rapinam in holocausto^ . Il faut que tu restitues. — Ce remords devint si violent, si opiniâtre que, se voyant encore en âge de rendre un sujet à Dieu et à l'Eglise en se dévouant, lui-même, il déposa le manteau doctoral, renonça à sa chaire, et entra en religion.

Puisse cet exemple vous encourager a faire, si non la même chose, au moins quelque chose de semblable. Combien parmi vous qui auront causé au prochain un dommage spirituel bien plus considérable, soit par leurs mauvais exemples, soit par leurs mauvais conseils? Appliquez-vous donc maintenant, selon que votre condition le comporte, à instruire, 'exhorter, conseiller, en un mot à pratiquer toutes les œuvres de miséricorde spirituelle. Faites en sorte que vos enfants, vos domestiques, tous ceux qui dépendent de vous s'éloignent du vice et remplissent exactement leurs devoirs; n'omettez aucun moyen de les porter à fréquenter les sacrements et à vivre chrétiennement. La prédication du bon exemple, nous pouvons

< Isa. 61, 8

SUR LA CHARITÉ ENVKRS LE PROCI! ALN. 389

lous la faire ; de grâce, ne rougissons point de paraître chrétiens. Dans un cercle où on se laisse aller à la médisance, une parole dite à propos peut empêcher tant de mal! Si souvent vous avez occasion de réconcilier des ennemis, d'apaiser des dissensions, d'arracher des âmes au danger prochain d'oiïenser votre Créateur et votre Père! Et tous ces actes de charité sont si agréables k Dieu! Qu'un musulman , un infidèle vienne habiter parmi vous et paraisse vouloir se faire chrétien, on s'empresse à l'envi de seconder sa bonne volonté ; et si une pauvre jeune fille est en danger de perdre sa vertu, si un jeune homme est plongé dans tous les vices, personne ne songe à remédier à un mal pareil et à sauver ces âmes. 0 Dieu de charité ! répandez cet(e vertu, qui vous est si chère, dans le cœur de tous les hommes.

X. Dieu nous a fait dans le sacrement du baptême un don exclleni , en répandant dans notre âme les habitudes des trois vertus théologales, la foi, l'espérance et la charité ; ces vertus sont aussi les moyens les plus efficaces de nous portera exercer la bienfaisance envers le prochain. Appliquez en premier lieu la foi. Il est certain que la foi vous fera envisager Jésus-Christ dans le prochain , et spécialement dans les pauvres. Il y a deux classes de personnes que Jésus-Christ a établies ses représentants sur la terre : les supérieurs et les pauvres. Il a dit aux premiers : Qui vos audit, me audit^ : «Qui vous écoute, m'écoute ; » et pour les pauvres il a dit : Quod uni ex minimis meis fecisHs mihi fecislis^ : « Quiconque vous fait du bien le fait à moi-même. «Or, pour reconnaître Notre- Seigneur dans la personne des supérieurs, il suffit d'une foi ordinaire ; mais pour le reconnaître dans les men-

1 Luc. 10, 16. - Malth. 25, 40.

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diants et les pauvres grossiers et ignorants, il faut une foi d'éJite, qui pénètre à travers les haillons dont ils sont vêtus et découvre la majesté du Sauveur cachée sous cette enveloppe informe. Beatus qui intelligit super egenumet pauperem ; Bienheureux celui qui a l'intelligence de ce mystère! C'est cette foi qui faisait que Robert, roi de France, partout où il allait, soit à cheval, soit en voiture, attirait autour de lui une foule de pauvres , qu'il appelait sa garde d'honneur ; c'est cette foi qui faisait que saint Jean l'aumônier, patriarche d'Alexandrie, appelait les pauvres ses enfants; c'est cette foi qui faisait que sainte Marguerite, reine d'Ecosse, et sainte Edwige, reine de Pologne, les servaient à genoux, leur lavaient les pieds et baisaient leurs plaies. C'est elle enfin qui porta tant de saints à sacrifier les grandeurs, le repos, la vie même, pour instruire les ignorants, convertir les pécheurs, gagner des âmes à Dieu.

Venons-en maintenant à la pratique et tirons la conclusion de cette réforme spirituelle. Toutes les fois que se présentera à vous l'occasion de secourir le prochain, embrassez-la comme une occasion de faire fortune, et exercez aussitôt votre foi ; en considérant votre frère: dites-vous en vous-même : Voici un représentant de Jésus-Christ, un lieutenant de sa majesté divine, un agent chargé de ses intérêts, un personnage à qui Noire-Seigneur a cédé toutes les créances que la divine justice a droit de réclamer de moi, k cause de mes énormes péchés ; il est certain que Dieu se comportera envers moi de la manière dont je me comporterai k l'égard du prochain. — Et pour exciter de plus en plus votre ferveur, mettez aussi l'espérance en exercice; souvenez-vous des magnifiques promesses qui ont été faites à celui qui aimera ses frères : il n'y a aucune sorte de biens, ni au ciel ni sur

la terre, ni dans le temps ni dans rélernité,que le Seigneur n'ait promis aux personnes charitables. Surtout animez vos actions d'un ardont amour de Dieu , vous réjouissant de pouvoir servir Dieu lui-même dans la personne du prochain, d'avoir occasion de plaire à votre Créateur, de seconder ses inclinations bienfaisantes et miséricordieuses, de lui être agréable. De cette manière il n'y aura rien de petit dans votre conduite, rien de vil et de dégradant ; vous donnerez à vos moindres actions un prix infini, si vous agissez en espntde foi, d'espérance et de charité; ces trois belles vertus vous uniront étroitement à Dieu, sanctifieront vos âmes et vous prépareront ici-bas a cette vie bienheureuse et immortelle qui vous attend au ciel, où nous nous aimerons sans fin, où nous n'aurons tous qu'un cœur et qu'une âme en Dieu pendant tous les siècles des siècles.

SUJET DE LA MÉDITATION DU MATIN

l'imitation de .NOTRE-SKlGNEUll J ÉSUS-C H RIST. ORAISON PRÉPARATOIRE.

Itanimez votre foi sur la présence de Dieu, qui est en vous et autour de vous, et dites avec humilité : Mon Dieu, je crois fermement que vous êtes présent ici et dans tout l'univers. — Adorez-le du fond du cœur et dites en inclinant la tête : Je vous adore, ô Trinité sainte. Père, Fils et Saint-Esprit ; je vous reconnais pour mon Dieu, tnon Seigneur et le souverain Maître de mon âme.

Considérez que Dieu nous ordonne d'imiler Jésus- Christ, Notre-Seigneur. Une des fins pour lesquelles le Père céleste envoya au monde son divin Fils, ce fut de nous enseigner, par ses paroles et par ses exemples, la manière d'arriver sûrement à la béatitude éternelle pour laquelle il nous a créés. C'est pourquoi le Père céleste a dit aux Apôtres sur le Thabor, lors de la transfiguration de Jésus-Christ : Hic est Filius meus dilcctus, ipsiim audite* ; Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; il vous enseignera en paroles et en actions ce que vous avez à faire : obéissez à ses paroles et suivez-en tout ses exemples; par là vous vous sauverez. Voila donc notre divin Maître ; c'est Jésus- Christ, Notre-Seigneur. Sa doctrine et ses actions sont tout le fondement de notre foi : Jésus l'a dit , donc il faut le croire, Jésus l'a fait, donc il faut l'imiter. Et de même que nous appelons hérétique en matière de foi celui qui ne croit pas ce que Jésus a dit, ainsi devons-nous réputer hérétique en matière de mœurs celui qui se refuse h pratiquer ce que Jésus a fait. Voyez un peu si vous êtes catholique ou hérétique en fait de mœurs; confrontez votre vie avec celle de Jésus-Christ pour voir si vous imitez ses exemples. Oh! quelle différence vous y trouvez! Jésus était pauvre, et vous, vous êtes ou vous désirez être riche; Jésus était humble, et vous, orgueilleux ; Jésus était doux, et vous, colère ; Jésus a pardonné, et vous, vous voulez vous venger; Jésus a obéi, et vous, vous voulez commander; Jésus a été haï, et vous, vous voulez être aimé ; Jésus est monté au ciel par la voie des souffrances, et vous, vous voulez vous sauver par la voie

» Matth. 17, 5.

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