IMITATION DE N.-S. J.-C
COLLOQUE
0 Jésus, mon Sauveur, mon Maître, mon Dieu, il y a longtemps que je porte le nom de chrétien ; mais je n'ai encore fait aucune action qui soit digne d'un chrétien : je suis cathohque d'esprit et hérétique de cœur et d'action. Je crois que tout ce que vous avez dit est vrai ; mais je ne crois pas que tout ce que vous avez fait soit bien fait, puisque je ne vous imite pas, et que j'ai même de la répugnance à suivre les exemples que vous m'avez laissés. Hélas! quelle vie que la mienne! quelle est différente de la vôtre ! que d'erreurs, que d'hérésies dans ma conduite ! Je veux décidément devenir chrétien; je veux à l'avenir conformer mon entendement à votre doctrine, et mes actions à vos exemples, parce que vous êtes la voie, la vérité et la vie. Ah ! mon Dieu, donnez-moi la grâce de commencer une fois tout de bon. Me voici prêt k vous suivre partout oh vous irez : si vous allez au Thabor, j'y suivrai vos pas; si vous allez au Calvaire, je vous suivrai au milieu des épines et des tourments. Non, il n'est pas juste que le serviteur soit mieux traité que son maître, et si vous avez manqué même du nécessaire, je me dépouillerai au moins du superflu; si vous avez été couronné d'ignominie, je fuirai aussi les honneurs et j'aimerai les mépris; si enfin vous êtes mort en croix pour moi, faites, ô mon Dieu ! faites que je meure crucifié avec vous. Amen.
EXPLICATION DU SUJET
I. Un fervent missionnaire expliquait un jour à des peuplades sauvages de l'Afrique le dogme de la résurrection des corps ; il lâchait de leur faire entendre que les justes jouiront en paradis d'une gloire immense, et qu'après la mort ils ressusciteront impassibles, lumineux, agiles, ravissants de beauté, de grâce et de majesté. Ces sauvages, agissant plutôt en vrais fidèles qu'en sauvages, se levèrent tout à coup au milieu du sermon, et se mirent à danser et à sauter de joie à la pensée de ces espérances magnifiques et si certaines que leur révélait notre sainte religion. 0 séjour fortuné! quelle allégresse inonderait nos cœurs si nous nous appliquions souvent à considérer les biens ineffables qui nous attendent là-haut! Avec quelle ardeur ne nous efforcerions-nous pas d'avancer flans le chemin de la vertu ! Avec quelle promptitude ne nous livrerions-nous pas aux actions les plus héroïques, ;iux entreprises les plus ardues! Et ce qui vaut mieux encore, ;ivee quelle tendresse n'aimerions-nous pas Jésus! car il n'est quo trop vrai, mes chers frères, que sans Jésus il n'y aurait plus de paradis pour nous ; nous aurions beiiu jeter les yeux à droite et à gauche, d'aucun côté nous ne verrions luire le moindre rayon d'espérance. Mais grâce à la croix, nous pouvons dire avec un ferme espoir, en la pressant sur notre cœur : Si je n'y mets pas obstacle, je suis au.ssi sûr de tenir le paradis, que je suis
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sûr de serrer dans mes bras ce crucifix. Nous médilerons donc ce soir sur le paradis.
Mais que vous dirai-je du paradis? II me semble en quelque sorte que j'ai en main un charbon pour peindre une éclatante lumière. Les saints même, après en avoir eu un avant-goût ici-bas, commençaient, lorsqu'ils voulaient parler du paradis, par s'écrier : Paradis, paradis ! el ils finissaient là; de douces larmes étouffaient leur voix, ils demeuraient comme ravis en extase. Que voulezvous donc que je vous dise du paradis, moi misérable? Et cependant, je vous parlerai du paradis, je le ferai do la manière dont j'ai coutume de le méditer pour moi-même, et comme le Seigneur daignera m'inspirer.
Je diviserai celte méditation en deux points : En paradis, on jouit de tous les biens parfaitement, ce sera le premier point; — en paradis, on jouit de tous les biens éternellement, ce sera le second.
II. Pour nous procurer ce soir dans cette douce méditation un avanl-goût des délices du paradis, et comprendre comment nous y serons en possession de tous les biens de la manière la plus parfaite, el cela pour toute l'éternité, je ne trouve pas de meilleur moyen que de jeter un regard sur une âme juste qui, au sortir du corps, pose le pied pour la première fois sur le seuil de ce bienheureux séjour. Quels transports de joie la font tressaillir en ce momenti Jugez-en par ceci.: Pour peu qu'on attache de prix au salut de son âme, rien dans cette vallée de larmes ne resserre le cœur comme cette sombre perisée ; Je puis me damner. Par contre, quelle ineffable consolation pour une âme que de se voir au port, sûre de son salut, et déjà en paradis? que de pouvoir ajouter à ce mol si doux : il est à moi? Le paradis est à moi, c'est mon bien ! L'enfer n'est plus pour moi ; je suis en paradis. — Cerp. »i. vil. 34
tes, s'il pouvait y avoir dans ce fortuné séjour des évanouissements, des défaillances, nous tomberions à moitié morts de joie sur le seuil même.
Cependant la nouvelle se répand en un clin-d'œil par toute la cour céleste de l'arrivée d'un tel. Quelle allégresse! quels transports! Si pour une âme qui se convertit à Dieu, il y a grande réjouissance dans le ciel, comme l'évangile nous en assure, figurez-vous ce qu'on doit faire pour une âme, non pas seulement convertie, mais déjà parvenue au salut. Le premier qui se présentera à notre rencontre ce sera notre ange gardien, lequel, pour parler notre langage, imprimera sur notre front le baiser de paix, et de paix éternelle, et, nous servant de guide, nous conduira au trône de lauguste Vierge Marie. Oh ! comme l'éclat de sa beauté brille au loin! Vierge fortunée, la plus heureuse des vierges , que votre gloire est ineffable ! Qu'elle est belle Marie! S'il se trouvait quelqu'un dans celte assemblée qui poursuivît en insensé quelque beauté terrestre, qu'il se réveille ici. Misérable, lui dirais-je, vous vous perdez en vous attachant à la boue, et en perdant de vue les beautés immenses du paradis qui ne passeront point. Prenez-y garde : vous risquez de perdre pour toujours, entre autres objets ravissants, la vue plus ravissante encore de Marie. Ces folles amours, vous le voyez bien, ne vous conduisent point en paradis, mais tendent à vous précipiter dans un abîme éternel. — Oh! quelle jouissance ineffable, mes bien-aimés frères, que de contempler Marie, d'entendre parler Marie, et de se trouver toujours avec Marie!... — Mais combien notre bonheur ne sera-t-il pas encore plus vif lorsque cette tendre mère nous prendra par la main et nous conduira en présence de son doux Jésus. Oh ! quel paradis de délices que de voir Noire-Seigneur Jésus-Christ, assis à la droite de
Dieu son Père, tel qu'il fut sur la terre, mais environné de toute la gloire des cieux ! Oli ! alors apparaîtront à nos yeux ses saintes plaies, sans doute; mais lumineuses, mais éclatantes, mais propres seulement à ravir tous les cœurs Oh ! alors, comme notre aimable Sauveur, dans un transport de joie, nous serrera sur son sein! Heureux de nous voir sauvés, il bénira ses souffrances et son sang versé pour nous ; il nous présentera à son Père comme le trophée de ses victoires; puis, il fera retentir ces douces paroles : Euge, serve bone et fidelis... intra in yaudium Domini tui^ : Venez, mon enfant, venez; entrez, il en est temps, entrez dans la joie de votre Seigneur, de votre Père, de votre Dieu. Et en disant ces mots, il nous mettra pleinement en possession du paradis.
III. Pleinement en possession du paradis!... J'ai dit beaucoup par ce peu de mots. Mais ! oh Dieu I si j'espère en jouir un jour, je n'ai point la confiance de pouvoir vous l'expliquer ni le comprendre moi-même. Un pauvre berger qui n'aurait jamais quitté sa chaumière et ses champs, ni vu de sa vie une maison construite en pierres ou en briques, pourrait-il se faire une idée de nos vastes cités, des magnifiques palais, des jardins délicieux qu'habitent les monarques de la terre? Pauvres exilés, nous pouvons bien moins encore nous représenter les délices ineffables de la patrie. Nous savons seulement que là-haut sont réunis tous les biens possibles et que tous les maux en sont bannis; bien plus, qu'on y jouit de tous les biens de la manière la plus parfaite, sans qu'il soit même possible de comprendre à quel point on jouit; croyez-en l'Apôtre: Ocuhis non tidit, nec auris audiuit, nec in cor hominis ascendit, quœ prœparavit Deus ils qui dilvjunt illum^ : Non, l'œil n'a
< Malth. 25, 21. 2 1 Cor. 2, 9.
point vu, l'oreille n'a point entendu, et le cœur de l'homme ne saurait comprendre ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment et qui le servent fidèlement en cette vie. Le paradis ne serait plus ce qu'il est, c'est-à-dire l'éclat de la toute-puissance et de la magnificence de Dieu, si nos faibles intelligences et nos imaginations bornées pouvaient en saisir la grandeur et la beauté. Courage donc, mes bien-aimés frères, car le premier coup-d'œil qu'il nous sera donné de jeter sur le paradis en y entrant, suffirait pour essuyer les larmes versées pendant des centaines d'années, et nous dédommager d'un millier de siècles consacrés a des pénitences, des prières et des bonnes œuvres continuelles. Qu'il vous suffise de savoir que nous jouirons là-haut de biens ineffables, d'ineffables conlenlements, de délices ineffables, parce que nous verrons face à face Dieu môme. Tel est le comble de notre félicité : voir et aimer Dieu. Ces simples paroles : voir et aimer Dieu, paraissent froides à quelques-uns, mais pour quiconque a fait l'essai de l'amour de Dieu, ce sont des paroles de feu. Que si nous ne l'avons pas éprouvé, croyons du moins à ceux qui ont fait cet essai et qui sont en état de nous assurer que l'amour de Dieu est l'affection la plus tendre, la plus douce, la plus délicieuse, la seule capable de remplir notre cœur. Mais que sera le paradis lui-même, si l'on éprouve déjà tant de bonheur à le chercher seulement? Si les âmes vertueuses goûtent déjà tant de consolation dans le service de Dieu ici-bas, que sera-ce de régner un jour avec Dieu là-haut? S'il est si doux d'aimer Dieu sur la terre sans le voir, que sera-ce lorsque, dégagés de la prison de ce corps, nous serons admjs à le contempler, à l'aimer, à le posséder parfaitement en paradis ? Oh ! alors, nous l'aimerons autant que nous voudrons, nous l'aimerons sans mesure, nous l'aimerons sans nous
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rassasier jamais de l'aimer, et nous jouirons d'un bien qui renferme tous les biens actuels, imaginables, possibles, et nous les posséderons tous parfaitement. Que faitesvous donc, mon pauvre pécheur? A quoi pensez-vous? à quoi perdez-vous vos peines? Pour une satisfaction honteuse et dégradante d'un moment, vous sacrifiez ces biens immenses, qui sont les biens véritables, les biens purs, les biens exempts de toute ombre de mal, comme s'exprime saint Augustin : Omne bonum, nullum malum. W. Que sera-ce donc de jouir de tous ces biens, nonseulement de la manière la plus parfaite, mais de plus pour toute une éternité? 0 bienheureuse éternité! que sera-ce de vous posséder, si votre souvenir suffit seul pour réjouir nos cœurs et adoucir toutes les amertumes de nos travaux? C'est ce que comprenait bien notre glorieux patriarche saint François d'Assise ; c'était plaisir d'entendre les délicieux colloques qu'il entretenait avec ses membres souffrants et mortifiés, afin de s'animer à soufTrir beaucoup pour Dieu : Souffre, souffre volontiers, mon corps, disait-il ; bientôt viendra le jour où tu seras impassible, exempt de peines, et plus brillant que le soleil. Mortifiez-vous hardiment, mes yeux, en détachant vos regards des vanités terrestres; bientôt vous contemplerez la beauté d'un Dieu, qui. vous rassasiera pendant toute l'éternité. Que les jeûnes vous soient suaves, ô mon palais ; que les injures vous soient agréables, mes oreilles; que les mortifications fassent vos délices, ô mes sens; car bientôt vous serez nourris de cette manne céleste qui renferme en elle-même toute saveur. 0 saint paradis, que tu répands de charmes sur mes souffrances I Ah ! les biens que j'attends sont si grands que toutes les peines me deviennent douces. — Tel était le langage de saint François, et plût à Dieu que ce fût aussi le mien et le
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vôtre, mon pauvre pécheur. C'est en effet quelque chose de bien grand que d'être toujours avec Dieu : Semper cum Domino eri mus^ . Voila le refrain des bienheureux :«Nous serons toujours avec le Seigneur. » Notre brillant soleil ne se couchera jamais, et les délices de ce fortuné séjour n'auront jamais de fin. Toujours, toujours, tant que Dieu sera Dieu, je le verrai, je l'aimerai, je jouirai de ses biens, sans que ma souveraine béatitude soit jamais interrompue, ne fût-ce qu'un seul instant. — Quelle pénitence n'était-ce pas pour certaines âmes vivement éprises de l'amour de Dieu que la nécessité de se livrer au sommeil! Pourquoi? à cause que pendant ce temps-là elles ne pouvaient s'appliquer actuellement à aimer Dieu. Elles avaient peine à s'y résoudre; la vue d'un lit leur était à charge, et finalement elles prenaient le parti de se coucher les unes sur la terre nue, les autres sur la pierre, afin qu'en s'éveillant plus tôt elles pussent recommencer à aimer et à servir Dieu. 0 bonheur! ô joie ! en paradis on aimera Dieu sans fin, on verra Dieu sans fin, on possédera Dieu sans fin; on ne passera pas un instant sans le voir, l'aimer et le posséder. Et tout cela ne suffit pas pour réveiller en vous le désir du paradis?...
V. Ajoutez que non-seulement nous aimerons notre Dieu à jamais,' mais que nous gérons certains de devoir l'aimer et le posséder sans fin. Je veux dire que, comme en enfer la certitude de n'en pouvoir jamais plus sortir double et au-delà les tourments d'un damné, et lui fait éprouver à chaque instant les souffrances de tous les siècles à venir ; ainsi la certitude de l'éternelle félicité procurera aux élus toute une éternité de bonheur à la fois, et leur fera jouir, en quelque sorte, d'autant de paradis qu'il y aura dins-
« I Thés. 4, 16.
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lants dans la durée des siècles sans fin. Oh! que celle pensée est consolante! Pour nous en mieux pénétrer, faisons une supposition. Si Dieu nous expédiait un ange qui, d'un vol rapide, pénétrant dans cette enceinte, s'arrêtât au milieu de nous, et nous dit de la part de Dieu : « Vous tous qui êtes ici présents, vous serez sauvés, tous en paradis;» quel effet celte nouvelle produirait-elle sur nous? Est-ce qu'un sentiment inexprimable de contentement et d'allégresse ne nous ferait pas tressaillir? Sûrs d'être sauvés, sûrs d'aller un jour en paradisi... Ah! nous nous embrasserions de joie, en nous félicitant l'un l'autre, et nous nous écrierions comme hors de nousmêmes : Heureux que nous sommes I nous sommes sûrs du paradis. Que les rois se disputent un vain trône icibas, qu'importe? que les négociants fuissent fortune, qu'importe? que les voluptueux satisfassent leurs sens tant qu'ils voudront; nous ne leur porlons point envie : nous sommes sûrs d'un royaume éternel ; le paradis est à nous! Or, si tels seraient nos transports en acquérant la certitude seulement d'arriver un jour en paradis, que sera-ce de s'en voir réellement en possession, et en possession pour toujours, de manière à jouir de cette éternité tout entière à chaque instant de notre existence?... Que vous dit votre cœur, mon cher frère? Ahi plaise à Dieu que vous conceviez celte sainte ardeur que conçut jadis une dame romaine, d'un esprit très-distingué, nommée Mélanie, laquelle vécut du temps de saint Augustin. Elle eut le bonheur de faire un jour une sérieuse méditation sur le paradis, et elle en fut tellement touchée qu'elle renonça sur-le-champ aux pompes et aux délicatesses du siècle ; et non contente de ce sacrifice, elle se mit à traiter si rudement son corps, qu'elle l'exlénua au point de le rendre méconnaissable. Son oncle, nommé Volusien, homme
peu ronsciencieux et encore païen, l'ayant revue longtemps après celte conversion, fut frappé de son extérieur simple et austère, de son visage pâle et décoloré : « Oh ! s'écria-t-il, qu'est donc devenue cette belle Mélanie d'autrefois?» La jeune dame lui répondit promptement : « L'amour du ciel l'a défigurée, mais il l'a défigurée pour la rendre plus belle. » Ces paroles firent une telle impression sur cet homme du monde, qu'elles le déterminèrent à se convertir. Tel doit être aussi le fruit de notre méditation; je voudrais qu'à la suite de ces Exercices on pût dire : Qu'est devenu ce jeune homme si dissolu, cette jeune fille si vaine, ce vieillard si dégoûté des pratiques de piété? — Ce qu'ils sont devenus? L'amour du paradis les a changés, l'amour du paradis les a convertis à Dieu. Courage donc, mes bien chers frères, mettons-nous à l'œuvre. Il suffirait de penser que la moindre peine endurée pour cette fin si noble opère en nous un poids éternel de gloire : JEternum gloriœ pomius operatur in nobis^. Un paradis, et un paradis éternel ne sera-t-il pas capable de gagner notre coeur?... [Mettez-vous à genoux).
ORAISON PRÉPARATOIRE
VL Ranimez votre foi sur la présence de Dieu, qui est en vous et autour de vous, et dites avec humilité : Mon Dieu, je crois fermement que vous êtes présent ici et dans tout l'univers. — Adorez-le du fond du cœur et dites en inclinant la tête : Je vous adore, ô Trinité sainte. Père, Fils et Saint-Esprit, je vous reconnais pour mon Dieu, mon Seigneur et le souverain Maitre de mon âme.
1*' PiiÉLUDE. Représentez-vous le ciel ouvert, et au
< Il Cor. 4, 16.
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plus haut des cieux, un Irône éclatant, majestueux, sur lequel est assis la très-j^ainte Trinité, entourée de millions et de millions de bienheureux, qui chantent de concert, avec des transports de joie : Sanctus, Sanctus, Sancttis. Il» Pkélude. Priez Notre-Seigneur de vous faire bien comprendre que vous n'avez pas été créé pour la terre, mais que vous êtes créé pour posséder Dieu éternellement dans le ciel.
Considérez que pour être heureux, il est requis de posséder tous les biens parfaitement et de les posséder tous éternellement. — Tel sera votre bonheur, si vous êtes admis un jour à entrer dans le ciel; car à peine aurezvous posé le pied sur le seuil de ce fortuné séjour, que vous serez en possession de tous les biens de la manière la plus parfaite. Remarquez toutefois que ces biens ne sont pas de ceux que votre imagination vous représente, mais des biens d'un ordre infiniment supérieur, tellement que si vous multipliiez sans fin tous les biens auxquels votre cœur aspire présentement, vous ne parviendriez pas encore k vous faire la moindre idée des délices qui vous attendent en paradis. Heureux séjour où les élus, corps et âme, seront si ravissants de beauté, si rassasiés de joie, qu'ils n'auront plus rien à désirer. Votre corps, qui vous appesantit maintenant, sera la vivante image du corps glorieux de Jésus-Christ, et par conséquent il sera si beau qu'il fera pâlir l'éclat du soleil, si lumineux qu'un seul de ses rayons sufTirait pour dissiper les ténèbres de la nuit la plus profonde. Vos sens qui, maintenant, ne disent jamais : c'est assez, seront alors pleinement' contents et satisfaits; ils nageront dans un océan de délices et de voluptés toutes célestes. Vos passions seront calmes
et parfaitement assujetties a la raison, sans soulever le moindre trouble dans votre cœur; que dis-je? votre cœur sera lui-même comme un petit paradis, parce qu'il sera continuellement inondé de joie; à l'abri de toute crainte, de toute tristesse, exempt de tout mouvement déréglé, il jouira d'une félicité sans mélange. Que sera-ce après cela de voire âme, '.oute pleine de Dieu? Ah! il serait plus facile de renfermer toute l'eau de la mer dans une écaille de noix, que de comprendre avec notre faible imagination ce que c'est que le paradis. Paradis veut dire posséder un Dieu pour toujours, et posséder avec Dieu la source de tous les biens, de toutes les satisfactions imaginables; paradis veut dire union de l'âme avec Dieu, mais union aussi intime que celle du feu avec le fer rougi, de telle sorte que l'âme ne se distingue presque plus de Dieu, ni Dieu de l'âme; paradis veut dire être assis, en un sens, sur le Irône de la divinité, se rassasier à la table de Dieu même, c'est-à-dire, jouir p^r participation des mêmes biens, de la même félicité dont Dieu jouit et jouira à jamais.
0 moment mille et mille fois heureux, où vous serez introduit dans cette gloire! Ame chrétienne, pesez bien celle vérité, réfléchissez-y et élargissez votre cœur. Si Dieu voulait ne vous découvrir que peu à peu ses beautés, ses perfections, ses trésors, il pourrait durant toute l'éternité vous ravir sans cesse d'admiration en admiration, en faisant constamment passer sous vos yeux de nouveaux spectacles, toujours plus délicieux les uns que les autres; que sera-ce donc de vous découvrir toutes ces merveilles à la fois, de vous en mettre pleinement en possession pour toujours? Oh ! qu'alors vous ne serez pas seulement bienheureux, mais en quelque sorte la béatitude personnifiée. Que faites-vous donc? comment n'employez-vous
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pas toute votre vie à conquérir une pareille fortune? Hélas! qu'avez-vous fait jusqu'ici? Il est certain que les bonnes œuvres sont la semence de la gloire, et vous, qu'avez-vous semé jusqu'ici, si ce n'est des œuvres criminelles, propres à vous gagner l'enfer? Ah! demandez pardon à Dieu de votre peu de foi ; car en vérité vous croyez peu au paradis; pour vous, c'est un pays inconnu que cette belle patrie des bienheureux, et parce que vous y croyez peu, vous vous en mettez aussi fort peu en peine. Qu'il n'en soit plus ainsi dès ce soir. Frappez-vous la poitrine et demandez pardon à Dieu de votre manque de foi.
0 mon Dieu, je crois d'une foi sûre et certaine à la grandeur des biens que vous avez préparés ; j'y crois à cause de vous, qui me les avez révélés avec tant de bonté: j'y crois à cause de vous, qui me les avez promis sur votre parole de Dieu, et je gémis en votre présence de m'en être rendu indigne par tant de péchés. Que dis-je? Je leur ai préféré trop souvent un peu de boue, un peu de fumier: aussi mériterais-je mille enfers plutôt que le paradis. J'ose cependant vous demander pardon, mon Dieu, de tant de malice : pardon, mon Dieu, pardon. Accordez-moi une sainte ferveur qui me fasse mépriser tous les biens d'ici-bas et gagner le paradis a force de bonnes œuvres. Et vous, mon Jésus, vous qui avez tant soufTert pour m'ouvrir les portes de la céleste cité, aidezmoi de votre grâce, fortifiez mon courage : je suis résolu, oui, fermement résolu de tout faire, de tout entreprendre, de tout souffrir pour arriver un jour à vous posséder en paradis. — Formulez vos résolutions en silence...
VII. De plus, considérez que votre cœur là-haut ne sera plus un cœur étroit, resserré, incapable de concentrer en lui-même toute espèce de jouissances; non, ce
sera un cœur dilaté, et dilaté de telle sorte qu'il pourra renfermor pour ainsi dire la félicité de Dieu même, et par conséquent tous les biens ; car une jouissance en paradis n'empêche pas une autre jouissance ; au contraire, elle laisse le bienheureux en état de posséder tous les contentements àia fois. Ainsi vous jouirez de tous les biens en même temps, et de chacun d'eux en particulier. En cette vie, il n'est pas possible de réunir ensemble beaucoup d'avantages divers : vous ne pouvez pas goûter en même temps les douceurs du sommeil et les charmes de la conversation, les agréments du repos et ceux de l'exercice, le calme de la solitude et le bruit de la ville ; tous ces biens mettent obstacle l'un à l'autre. En paradis, il n'en sera pas ainsi ; vous jouirez de tous les biens réunis, de tous en même temps, et de tous de la manière la plus parfaite. Bien plus, vous ne jouirez pas seulement de vos biens propres, mais encore de la félicité de tous les élus, parce que, aimant chacun d'eux comme un autre vousmême, vous serez heureux de sa béatitude comme de la vôtre même ; par suite, vous posséderez en paradis autant de paradis que vous y compterez de compagnons dans la gloire. Jugez maintenant ce qu'il en sera de votre cœur, alors qu'en récompense de quelques jours consacrés au Seigneur et à l'observance de sa sainte loi, vous vous trouverez plongé dans un océan de délices et que vous vous enivrerez à longs traits du torrent des célestes voluptés. Comme vous serez rassasié de félicité I comme vous serez perdu en Dieu, et avec Dieu! Est-il possible que vous espériez de si grandes choses dans un avenir prochain et qu'entre temps vous vous laissiez allécher par les satisfactions mesquines que vous promettent les créatures ? Est-il possible que vous vous laissiez efTrayer d'un peu de pénitence, d'un peu de peine?... Et quelle pèni-
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tence, quelle peine?... Peut-on donner ce nom à des œuvres qui sont la source de tant de gloire? 0 bienheureuses sueurs qui vous procureront, un si doux repos I ô bienheureuse morlificalioii qui vous apportera tant de contentement! ô bienheureuses humiliations qui se convertiront en honneurs infinis! Puisqu'il en est ainsi, vous n'avez plus qu'une seule chose à demander à Dieu, comme le prophète, c'est d'habiter dans la maison du Seigneur, c'est de posséder un jour le paradis. Oui, le paradis, votre délicieux séjour, voila l'objet de nos vœux, ô mon Dieu! —^Demandez-le avec larmes, demandez-le en vous frappant la poitrine et en vous en reconnaissant indigne. Je ne vous demande que le paradis, ò mon Dieu, le paradis! Qu'importe d'être mal ici-bas, d'être méprisé, de vivre dans l'affliction? Ah ! qu'une seule heure en paradis nous dédommagera avec usure de toutes ces peines passagères! Le paradis donc, le paradis! — Mais quelle est la voie du paradis? C'est l'observance des commandements de Dieu. Comment les avez-vous observés par le passé? Avez-vous suivi cette voie qui mène au ciel, je veux dire la fidélité aux préceptes du Seigneur? Ne vous étes-vous pas plutôt précipité sur la route qui aboutit à l'enfer, en croupissant dans la fange de l'iniquité?... Repenlez-vous donc, demandez pardon à Dieu. Hélas! qu'ai-je fait? Pour un plaisir brutal, j'ai sacrifié mon paradis, je l'ai échangé pour un vil intérêt, pour une passion, pour un rien. Ah! pardonnez-moi, mon Dieu, n'ayez point égjrd à mon indignité, mais considérez votre infinie bonté. Pardon, mon Dieu, pardon. Me voici décidé à affliger ce misérable corps par les jeûnes, par les austérités, par les pénitences ; je suis prêt à tout, pourvu que V0U9 m'accordiez un jour le paradis. Oui, je veux observer votre sainte et divine loi, quoi qu'il puisse en
coûter k celte chair rebelle; je veux plier mon corps aux exercices de piété, je veux l'appliquer à la prière, je veux lui ôter tant de satisfactions superflues, je veux le mater ici-bas, pour m'assurer le paradis là-haut. Mon Dieu, aidez-moi de votre grâce ; voyez mes larmes, et voyez surtout votre sang répandu pour moi, et faites-moi comprendre cette vérité, que tout, oui, tout ce qu'on peut faire ici-bas est peu de chose pour s'assurer une félicité si parfaite dans le ciel. Réfléchissez en silence...
SECOND POINT
VIII. Considérez qu'en paradis, non-seulement vous posséderez tous les biens parfaitement, mais que vous les posséderez tous éternellement. Et qui pourrait comprendre ce que l'éternité ajoute de prix au paradis? — 'S'il est vrai qu'un bien est d'autant plus estimable qu'il est plus durable, que sera-ce d'une félicité q.ui, outre qu'elle est immense, sera éternelle? Il est constant que la moindre jouissance sensible, si elle ne devait jamais finir, serait préférable à toute la félicité des élus, supposé que celle-ci dût avoir une fin. Concluez de l'a quelle sera votre béatitude de pouvoir concentrer dans votre cœur une jouissance incompréhensible par l'abondance des biens, et interminable par sa durée dans les siècles des siècles. Votre félicité sera telle que vous réunirez à vous seul plus de satisfactions de tout genre, que tous les damnés ensemble n'auront de douleurs et de maux; au point que si une seule goutte de cet océan de délices dans lequel vous serez plongé venait à tomber en enfer, elle suffirait pour adoucir les plus horribles tourments.
Que dites-vous maintenant de tout cela? Le paradis raérite-t-il que vous vous employiez de toutes vos forces
à en faire la conquête?... Remerciez noire bon Sauveur de s'êlre fait esclave afin de vous procurer un royaume, et d'être monté sur l'arbre de la croix, chargé d'opprobres et de douleurs inexprimables, afin de vous faire monlCT sur un trône pour jouir avec lui pendant toute réternité. Quelle infernale ingratitude n'y aurait-il donc point à ne pas l'aimer? .. et quelle ingratitude plus infernale encore à l'ofTenser?... Dieu pour gagner votre cœur vous a proposé la récompense la plus magnifique, un paradis, un paradis éternel, une félicité sans fin, et vous ne pourriez vous résoudre à souffrir quelque chose, à vous refuser quelque satisfaction, à mortifier un peu vos convoitises pour gagner ce paradis, qui a coûté à tant de martyrs des flots de sang? Serait-il possible que vous ne voulussiez pas même lui consacrer une larme, ni un soupir? A Dieu ne plaise qu'il en soit ainsi! Tous ensemble jetons-nous aux pieds du Crucifix, frappons-nous la poitrine, et, les yeux en larmes, détestons ces péchés qui nous ont si souvent rendus indignes du ciel. Disons à Jésus : Mon doux Sauveur, vos clous, votre croix, votre sang, voilà la rançon que vous avez payée pour me racheter, et me procurer le paradis ; ah ! ne permettez pas que j'en sois exclu par ma faute. Affligez-moi ici-bas, châtiez-moi en ce monde; mais épargnez -moi le plus affreux de tous les châtiments, celui d'être privé du paradis. Que voulez-vous de moi, ô mon Dieu? Des larmes, un smcère repentir, mon sang, ma vie? Me voici prêt à tout, pourvu que vous m'accordiez le paradis. C'est le paradis que je vous demande, ô mon Jésus I le paradis seul. Ah 1 mille fois maudits ces péchés qui m'ont tant de fois fermé la porte du paradis ! Je les déteste par amour pour vous, je les déteste aussi par amour du paradis. Et si vous prévoyez, mon Dieu, que je dusse encore commettre un péché mortel.
ahi frappez-moi de la foudre du ciel, réduisez-moi en cendres; il vaut mieux pour moi être cent fois écrasé par la foudre que de perdre un bien lel'que le paradis. Pensez, réflécliissez...
IX. Songez en outre que non-seulement celte jouissance de tous les biens, dont vous serez comblé en paradis, doit durer autant que l'éternilé : Jusd autem in perpetuum vivent* ; mais que vous serez certains de cette éternelle durée, autant que vous serez certains que vous n'y renoncerez jamais spontanément, que Dieu vous en dépouillera encore moins, et que personne au-dessus de Dieu ne pourra vous bannir du ciel. De là vous pouvez conjecturer combien vous sera douce et agréable la jouissance'de ces biens jointe à une telle assurance de les posséder h jamais. Je suppose que vous eussiez ici-bas tout ce qui peut contribuer à rendre un homme parfaitement heureux : que vous vissiez tous les trésors du monde à vos pieds, que vous fussiez au comble de la magnificence, au comble des honneurs, au comble des plaisirs. Malgré tout cela, quelle amertume ne répandrait pas au fond de votre cœur la pensée qu'il faudra mourir un jour, et que la mort mettra un terme fatal à une vie si fortunée? Dans le paradis, il n'en sera pas de même : là vous serez comblé de biens, et en même temps vous verrez avec certitude qu'éternellement vous ne cesserez d'en jouir ; bien plus, la douce pensée des délices éternelles vous fera goûter à chaque instant les délices de l'éternité tout entière. Quelle ne sera donc pas votre joie de vous voir au comble de tous les biens, et de les posséder sans crainte de les perdre à jamais? Quelle ineffable consolation de pouvoir vous dire à vous-même : Me voici sauvé, je suis heureux, et je le serai éternellement.
« Sap. 5, 16.
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0 folie des mondains! A quoi pensez-vous? quel est voire but? que prétendez-vous si vous n'aspirez pas au paradis?... Allons donc! imprimez ce soir même un généreux élan à votre cœur; pour cela, figurez-vous, d'une part, le démon qui, l'œil en feu, et entouré d'un cortège de furies infernales, vous dit : Servez-moi, et après vous avoir bien malmené en ce monde, je vous paierai de vos fatigues dans l'autre par une éternité de tourments. — D'autre part, figurez-vous notre aimable Sauveur qui, accompagné de ses saints et de ses élus, vous dit : Aimezmoi, et après vous avoir traité avec le plus grand respect en celte vie, je récompenserai voire amour par une éternité de bonheur en paradis. — Qu'en dites-vous? Y aurait-il ici quelqu'un qui voulût accepter l'esclavage du démon, et refuser d'aimer et de servir son Dieu?... Ah! non. Cependant livrons-nous à une sainte indignation contre nous-mênces pour avoir tant de fois sacrifié le paradis à un caprice. 0 paradis, séjaur de délices, vous avez ravi mon cœur! toutes mes pensées, toute ma sollicitude, tous mes efforts auront désormais pour but d'arriver un jour à la possession du paradis. Je le sais, la voie du paradis est étroite : Arcta via est quœ diicit ad vitam* . C'est une voie toute semée d'épines, une voie de pénitence et de mortification; n'importe : toutes les peines d'ici-bas sont peu de chose quand il s'agit de conquérir le paradis. Malheureuses années passées dans le désordre , que je vous déplore ! Hélas ! combien je me suis éloigné du paradis par cette vie déréglée. Me voici, ô Jésus, prosterné à vos pieds, pénétré de douleur ; je vous demande pardon de mon ingratitude, de ma folie et de ma perversité; pardon, mon Dieu, pardon. Et avec le pardon, accordez-moi le
* Matth. 7, 14.
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414 IX" JOUIt. MÉDITATIO.N DU MATIN.
paradis ; je vous le demande avec larmes, je vous le demande au nom de votre précieux sang. Mais que dis-je : je vous le demande? Je m'enhardis ce soir, et je dis résolument que je le veux ; oui, je veux le paradis et je le veux à tout prix. Périsse tout le reste, advienne que pourra, peu m'importe, pourvu que je ne perde point le paradis. — C'est là le sceau de notre méditation : un je le veux, bien tranché, bien déterminé, pour travailler k gagner le paradis ; un adieu perpéiuel aux vanités du monde afin de jouir des délices du paradis. Oui, oui, adieu au monde, adieu aux plaisirs, adieu à la vanité, adieu aux fréquentations, adieu aux intrigues et aux divertissements coupables du monde; adieu, adieu à tout cela. — C'est vers vous que je tourne mes regards, ô paradis, ravissante patrie des élus! vers vous, ô Jérusalem céleste, immortelle cité de paix, théâtre des magnificences de la divinité, jardin de délices! c'est vous qui serez l'objet de mes pensées, c'est en vous que je repose toutes mes affections, c'est à vous que je consacre mon esprit, c'est après vous que je soupire, c'est vous que je désire, vous que je veux, ô saint paradis! Paradis, paradis, paradis!...
X. Si avant devenir au monde quelqu'un d'entre vous eût été conduit par la main d'un ange sur le bord de l'enfer, et que là on lui eût fait voir cet affreux cachot où régnent le désespoir et la fureur, où l'on ne découvre que flammes, et supplices, et tourments : Oh Dieu ! se serait-il écrié, quel est donc ce lieu, ange saint? — Cest l'enfer. — Et pour qui est-il ? Quels sont ceux qui y entrent ? — 11 est pour celui qui en veut ; y entre qui veut. — Et celui qui ne veut point? — Celui qui ne veut point n'y entre
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point. — Alil soyez béni, ango de Dieu, vous m'avez rendu la vie; il csl certain que pour moi je n'y entre point, car je n'en veux en aucune façon. — El si l'ange l'eût ensuite conduit sur le seuil du paradis, et qu'il lui eût montré ce palais magnifique, où Dieu trône aa milieu des splendeurs, au sein d'une ineffable félicité : Oh ! ange saint, quel est ce séjour? — C'est le paradis. — Et pour qui est-il? Qui donc peut y entrer? — Il est pour quiconque en veut; y entre qui veut. — Qui veut! ah ! pour moi je donne mon sang, ma vie pour y obtenir une place; certes, j'y entre, car je le veux.
Redescendons sur la terre; où sommes-nous? Nous sommes dans un milieu entre le paradis et l'enfer ; et cependant combien et combien qui veulent en pleine connaissance de cause se précipiter en enfer! et combien peu au contraire veulent aspirer au paradis! Que de peines, que de soucis pour un procès, pour une satisfaction, pour un vain litre, pour une fumée, pour un rien ! Et pour gagner le paradis, que fait-on? Ah! plutôt que ne fait-on pas pour le perdre ? Or, d'où vient un pareil aveuglement? Pourquoi tant de folie? Le pourquoi, le voici : ou l'on n'y croit pas, ou Ton n'y pense pas, et pour ne pas vous faire injure en disant que vous n'y croyez pas, je dirai que vous n'y pensez pas. Oh ! si vous pensiez de temps en temps au paradis, combien ce souvenir vous dilaterait le cœur, et vous aplanirait les sentiers de la sainteté et de la perfection chrétienne ! Jugez-en par l'exemple suivant.
XI. Deux seigneurs attachés au service d'un puissant prince d'Italie, ennuyés du tumulte de la cour, prirent quelques jours de congé et se transportèrent à la campagne. Passant près d'un monastère, ils y entrèrent, et allant de cellule en cellule, ils demeurèrent stupéfaits en voyant la vie pénitente de ces vertueux solitaires. Ils
arrivèrent finalement à la cellule d'un saint vieillard qui portait sur son front comrrie un reflet du paradis; ils se mirent à converser avec lui des choses de Dieu. En le voyant si content, ils lui demandèrent si, en menant une vie si austère, il n'avait jamais éprouvé des moments de mélancolie, des afflictions d'esprit? — Oh! si j'en ai éprouvées! répondit le bon vieillard ; mais, grâce ii Dieu, j'ai trouvé un remède bien facile pour convertir en joie toutes les peines. Me n'ai qu'à ouvrir cette petite fenêtre, et y donner un coup d'oeil; aussitôt j'aperçois un je ne sais quoi qui me remplit le cœur d'une joie indicible. — L'un des deux gentilshommes ouvrit aussitôt la fenêtre, curieux de voir re qui pouvait produire un pareil effet; mais il fut tout surpris de n'avoir en face de la fenêtre qu'une muraille élevée, qui empêchait mémela vue dujardin. — «Et cependant, dit-il, on ne voit rien d'ici qui puisse récréer l'œil.»
— « Rien ! reprit le solitaire, regardez donc plus attentivement. » — « Mais enfin, on ne voit qu'un vieux mur et tout au plus un petit coin du ciel, large comme la main. »
— « Eh bien ! reprit le saint vieillard, c'est ce petit coin du ciel qui fait toute ma consolation. Chaque fois que la tristesse me livre un assaut, je regarde le ciel et je me souviens du paradis, de ce paradis qui est ma patrie, de ce paradis où j'ai fixé mon cœur. Oh! paradis, paradis, paradis ! . . . » Et en disantces mots, il se mit à fondre en larmes, comme hors de lui-même et ravi en extase. Alors les deux gentilshommes, attendris eux-mêmes jusqu'aux larmes, se jetèrent à ses pieds, résolus de passer le reste de leurs jours dans cette sainte retraite, et se collant à la fenêtre pour contempler le ciel, ils dirent à leur tour un éternel adieu aux plaisirs, aux assemblées bruyantes, et à toutes les espérances du monde.
Et nous, mes bien-aimés frères, que ferons-nous ?
Serons-nous seuls lâches, indifférents à l'égard du paradis? Ahi non. non. Viennent les tribulations, les tristesses, les tentations, nous penserons au paradis : voilà notre bouclier et notre casque. Armés de cette pensée, nous triompherons de tout, nous entreprendrons tout. Notre plus douce occupation sera donc de penser sans cesse au paradis. Nous imiterons les pèlerins qui, d'aussi loin qu'ils aperçoivent la Terre-Sainte, et longtemps avant de pouvoir V débarquer, la salue avec transport; ainsi nous saluerons de loin le paradis. Salut, salut, ó bi#llante patrie des élus, séjour de gloire et de félicité, centre de tous nos soupirs! Voici que. par amour pour vous, nous disons un éternel adieu à toutes les vanités, nous brisons avec le monde Oui, oui! adieu, monde frivole I adieu, vanités! adieu, plaisirs! adieu, fréquentations ! adieu à tout ce qui n'est point le paradis. C'est après vous seul que nous soupirons, vous seul que nous désirons, vous seul plutôt que nous voulons ; oui, nous le voulons, le paradis. Paradis, 4)aradis, paradis!...
DlXIÈiME JOUR.