‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 65 sur 78 · AU PAPE, BENOIT XIV · texte numérisé non relu

AU PAPE, BENOIT XIV

Très-Saint Père.

Le dernier des Frères-Mineurs, prosterné aux pieds de Votre Sainteté, ose lui offrir l'humble tribut d'un opuscule quil met au jour sous le titre de règles de la congrégation DES AMANTS DE JÉSUS ET DE MARIE , et qui 0 pOUr but

la pratique de l'oraison mentale et la fréquentation des sacrements. Des raisons de convenance et de justice tout à la fois m'ont porté à vous en faire hommage. Les raisons de convenance ne sauraient être plus fortes. En effet, il s'agit de propager parmi les fidèles la pratique si salutaire de l'oraison mentale et la fréquentation des sacrements ; or à qui pourrais-je mieux dédier cette entreprise qu'à cePasteur suprême, qui, non content d^ offrir daîis sa personne le modèle d'une eminente piété, a déployé en outre tant de zèle pour répandre l'usage de la méditation parmi

le peuple, lequel a si grand besoin de lumières? Cest ainsi, TRÈS-SAINT PÈRL-, que vous avez stimulé les Prélats à ne négliger aucun moyen de rendre cet exercice familier à tous les fidèles, et que vous les y avez invités vous-même en répandant avec profusion les faveurs spirituelles et le trésor des indulgences.

Qu e Simon offrande est due à Votre Sainteté par raison décontenance, elle ne l'est pas moins à titre de justice. De nombreux et puissants motifs me pressent depuis longtemps de lui témoigner par un acte quelconque ma profonde reconnaissance, attendu que j'en ai été comblé d'une multitude de bienfaits tout particuliers. Je les résume en deux mots : Elle me traite en fils, et non pas en vil sujet et enserriteur inutile, comme je le mérite; et de toutes les faveurs que je lui ai demandées pour le bien général des fidèles ou pour mon bien spirituel, il n'en est aucune qu'elle ne m'ait liccordée avec bonté. Or ces motifs et bien d'autres, tout en réveillant dans mon cœur les sentiments du jilus j)ro fond dévouement, m'obligent aussi de les manifester publiquement, et m' inspirent la hardiesse d'imprimer au frontispice de ces pages son glorieux nom. Il en rejaillira sur elles une recommandation qui les rendra en même temps plus précieuses et plus utiles au prochain.

Telles sont les raisons de convenance et de justice qui réclamaient cet hommage de ma part ; mais ce sera toujours un pur effet de votre bonté, très-saint père, si vous daignez l'agréer. Je l'espère, en vous voyant si enclin à promouvoir tout ce qui peut concourir d'une manière quelconque au salut des âmes. C'est par son zèle admirable que Votre Sainteté attire sur elle cette protection visible d'en haut, qui la maintient dans un état de santé florissante, malgré ses graves et continuelles occupations . Dieu donc soit loué, qui est son guide et son conseil parmi tant

et de si i m por tardes déterminations !. Dieu ^oit loué, qui est sa force au milieu de tant de peines et de difficultés! Dieu enfin soit loué, qui sera sa récompense, et sa récompense éternelle pour tant de glorieuses entreprises, tendant toutes au bien public !

Souffrez, par conséquent, TRks-sxiST-PÈRE, que, prosterné à vos pieds dans les sentiments de la plus profonde soumission, je les baise humblement, en y déposant ma langue, ma main et mon cœur.

De Votre Sainteté,

Le très-humble, très -dévoué et très-obéissant fils et serviteur,

Fr. Léonard de Port-Maurice.

Du couvent de Saint-Bonaventure de Rotnej 10 juin iTid

BUT DE LA CONGRÉGATION DES AMANTS DE jésUS ET DE MARIE. SON UTILITÉ. — FACILITÉ DE SES OBSERVANCES.

Ne dédaignez pas ce petit livre, lecteur bienveillant, à cause de son aspect si modeste ; il est mince quant au volume, mais lu avec attention et bien médité il vous paraîtra important k raison du but auquel il est destiné. Il s'agit d'établir les règles d'une association intitulée la congrégation DES AMANTS DE JÉSUS ET DE MARIE; CC qu'oU a

en vue dans ces règles, c'est d'affectionner les fidèles au saint exercice de l'oraison mentale et à la fréquentation des sacrements, et de les familiariser avec le genre de vie qui convient k un parfait chrétien.

Le motif principal qui m'a porté k instituer cette congrégation, c'est que, si l'on parvenait à généraliser l'usage de la méditation, même parmi les séculiers, on pourrait espérer de rendre stable et permanent le bien qu'opèrent les missions; on estime même que la mission se perpétuerait en un sens dans les villes, les villages et les contrées où les fidèles embrasseraient cette pratique avec ferveur, en s'enrôlant dans la Congrégation des Amants de Jésus et de Marie, qui n'est autre que la Petite Couronne. Elle

était présentée d'abord sous ce dernier titre, parce que, lorsque les confrères se réunissent, ils récitent un petit chapelet de trois dizaines, en l'honneur de la pureté immaculée de Marie, qui fut toute pure avant, pendant et après son divin enfantement. Elle a changé de nom parce que ses règles ont été renouvelées, mais elle n'a pas changé de nature. Elle n'a fait au contraire que se perfectionner, puisque la règle la plus importante de la Congrégation sera que tous ses membres consacreront chaque jour un certain temps à la méditation, selon la méthode pratique et facile qui sera tracée ci-après ; et qu'en outre, tous les dimanches soir ils se réuniront pour faire en commun une lecture spirituelle d'un quart d'heure environ, et une méditation d'un quart d'heure ou d'une demiheure au plus, sur quelqu'une des maximes éternelles, en se proposant pour fruit principal de ces pieux exercices la fréquentation assidue des sacrements et l'exacte observance des règles que nous allons exposer.

Pour comprendre combien cette Congrégation des Amants de Jésus et de Marie est utile, nécessaire même, il sufBl de jeter un coup d'oeil sur les désordres qui régnent dans le monde. Qui ne s'aperçoit que de nos jours le genre humain tout entier est comme enseveli dans un cahos de ténèbres et de corruption? Et quelle est la cause d'un si -grand mal? Le prophète Jerémie vous le dira, les larmes aux yeux : Desolatione desolata est oinnis terra, quia niillus est qui recogitet corde* : « Toute la terre est couverte de désolation, parce qu'il n'est personne qui rentre au fond de son cœur et qui médite. » Cela n'est que trop vrai; on ne pense à rien, on ne réfléchit point; et de là le dérèglement des mœurs. Dites-le hardiment, les

» Jerem. 12, 11.

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scandales qui affligenl le rhristianisme n'ont pas d'autre origine que celle insouciance, col oubli de la sainle pratique de l'oraison mentale. Ah! si pendant un quart d'heure seulement chaque jour on meclitait sérieusement sur les maximes éternelle?, les bienfaits de Dieu, les devoirs de son état, les dangers que l'on court au milieu du monde, et surtout sur la douloureuse Passion du Sauveur*, non, non, on ne verrait point tant de scandales, tant de vanité, tant de luxe, tant de perversile, des mœurs si dissolues chez la plupart des hommes. Répétons-le donc : ce n'est pas l'ignorance, mais une indifférence insensée, une froideur excessive, l'absence de toute pensée, de toute réflexion sérieuse qui est cause de tous les désordres qui s'étalent aujourd'hui librement par le monde, selon la plainte trop fondée du prophète : Nullus est qui recogitet corde.

Or, quel remède apporter à un mal si considérable, si profond et si universel? Voici ce que la bonté de Dieu m'a inspiré de faire : c'est d'introduire en tous lieux, à la ville et à la campagne, et dans tous les oratoires, la Congrégation des Amants de Jésus et de Marie. Cette association n'a pas pour but de faire de belles processions, de réciter les jours de fêle un petit bout d'office ou d'autres prières vocales : toutes choses bonnes et saintes en soi, mais qui n'influent guère sur la réforme des mœurs. Son but est de méditer sérieusement les vérités chrétiennes, de réfléchir sur les dangers manifestes de se perdre au milieu desquels on vit, d'apprécier le néant de ce qui passe et l'importance de ce qui est éternel. On a la ferme confiance que ces salutaires considérations produiront

« La Voie du Paradis (ci-dessus, OËuvre-i, t. 2.;, renferme une série de méditaiions sur tous ces sujets.

l'ex tirpalion des vices et celle de tant de mauvaises coutumes qui rendent le monde bien malade. Que les prêtres choisis pour directeurs de notre Congrégation mettent tous leurs soins à faire obser^r les règles que nous allons tracer, et j'ose vous garantir une réforme des mœurs, si pas complète, au moins bien notable, dans les villages, les bourgs et les villes entières. En effet, nos associés s'habituant a faire tous les jours un peu d'oraison mentale et de lecture spirituelle, età s'approcher fréquemment des Sacrements, deviendront, sans nul doute, des modèles de piété pour des localités entières ; leur exemple fera refleurir parmi le peuple la régularité des mœurs : il opposera une digue aux débordements du vice, et inspirera l'amour des vertus chrétiennes.

Mais avant d'exposer les règles dont il s'agit, il est bon de redresser les idées de certaines personnes qui ee les représentent d'avance comme des prescriptions austères, difficiles k mettre en pratique et entraînant après elles des obligations graves. Rien de plus contraire a la vérité. Notre Congrégation doit être réglée par l'amour plutôt que par la crainte; ses règles, en petit nombre, sont douces et faciles, de telle sorte que tous les fidèles, sans autre motif que celui de vivre chrétiennement, devraient les observer d'eux-mêmes. Aucune d'ailleurs n'oblige sous peine de péché, même véniel ; il ne résulte d'autre dommage pour qui les transgresse que de perdre les mérites qu'il pourrait acquérir s'il se faisait tant soit peu violence afin de les observer. A l'effet donc de détromper les associés, et afin que tous les fidèles acceptent de bon cœur le joug d'observances si douces et si faciles, je développerai les trois qui pourraient seules présenter quelque difficulté : ce sont l'oraison mentale, la lecture spirituelle, et le choix d'un confesseur ordinaire, qui excite ses pèni-

tents à s'approcher fréquemment des Sacrements , et à qui le pénitent ouvre son cœur comme à un guide envoyé de Dieu pour le diriger dans la voie du paradis. Je traiterai de ces trois ou quatre points dans une seule instruction, en commençant par celui de l'oraison mentale, qui est le plus important de tous.

CONGKÉGATIOrS

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