MON CHER FRÈRE EN JÉSUS-CHRIST
Que la paix de notre bon Jésus soit avec vous. Ayant écrit quelques lettres et né voyant pas de ré-
(!) 10» de l'édit. ital.
LÉONARD DE PORT-MaURICE. 509
ponse, je crains qu'elles n'aient fait naufrage, d'autant plus que la mer est infestée de pirates. — Nous avons appris l'élection du Vicaire-Général; nous désirons savoir s'il se montre affectionné à notre Institut.
Avant-hier nous éprouvâmes une vive anxiété, qui s'est ensuite changée en joie et en allégresse : je vous ai écrit dans une lettre précédente le prodige qui est arrivé, savoir l'évanouissement soudain d'un chef de bataillon de cent hommes armés, qui voulaient en venir à un acte de vengeance, et qui se calmèrent tout à coup. Mais de retour dans leur pays, un prêlre les excita à la guerre, de sorte qu'en passant par là, nous trouvâmes toutes les têtes bouleversées ; je me mis à prêcher, mais avec peu de succès ; j'apostrophai ensuite rudement ce prêtre; il s'humilia et nous remportâmes une victoire complète. Au lieu de tirer les uns contre les autres, comme ils l'avaient résolu, ils déchargèrent tous leurs mousquets en l'air, en signe de réjouissance, et s'embrassèrent fraternellement. Ce fait nous aplanira la voie pour les dix autres missions.
Oh ! mon frère, que de peines on a avec ces réconciliations. Ils font aussi peu de cas de tuer un homme que d'abattre un oiseau. Priez pour nous; car on espère opérer un grand bien et faire renaître dans ce royaume la tranquillité et !a paix.
Salut au père Directeur, au père Vicaire et à tout le monde. Vive Jésus !
Aujourd'hui, jour de saint Pierre, on fera l'ouverture de la quatrième mission,
A vous de cœur,
Fr. Léonard.