‹ Œuvres complètesChapitre 104 sur 155 · A M. BARTHÉLEMI CAROGGIO, SECRÉTAIRE DE LA RÉPUBLIQUE DE GÊNES · texte numérisé non relu

A M. BARTHÉLEMI CAROGGIO, SECRÉTAIRE DE LA RÉPUBLIQUE DE GÊNES

Avis de troubles imminents. — Remède.

Rostino, le 2 août 4744.

Monsieur,

Que la grâce de l'Esprit saint soit avec voas.

Après avoir prêché pendant deux heures, je vous écris cette lettre, parce qu'il y a péril dans la demeure. Ne croyez pas que ce soit imagination ; c'est la pure vérité : ces peuples sont prêts à faire une émeute, tant est grande l'impression produite par la lettre insidieuse de Casinga. Je n'entre pas dans les détails, parce que le porteur de cette missive vous en instruira pleinement.

J'ai reçu aujourd'hui la visite de M. Brandoni et de M. l'ex-président Antonietti : quoiqu'ils soient étrangers à ces rumeurs et qu'ils m'en aient donné l'assurance, je me suis permis néanmoins de leur enjoindre de faire tous leurs efforts pour empêcher le torrent de déborder, en leur disant que s'il y a des troubles ils leur seront attribués; et comme je savais que la mine devait prendre feu avant la mi-août, je les ai suppliés de retenir les mécontents jusqu'à la fin de ce mois ; ils m'ont promis de faire tout ce qui dépendrait d'eux.

Je leur ai communiqué mon projet de donner une circulaire en opposition à celle de. Casinga, et leur ai fait connaître les moyens que j'ai d'abattre le mensonge

(1) 48e de l'édit. ital.

et de mettre la vérité en évidence. Ils m'ont dit que cette circulaire suffirait seule pour étouffer l'incendie. Le point capital cependant, c'est que Voire Excellence m'assure que la cinquième demande insérée dans les Capitules, et qui dit quon n'imposera pas de nouvelles charges, demande qui implique une véritable convention entre la serenissime République et les Corses, sera imprimée avec le reste, sans ajouter ni retancher la moindre chose, pas même un iota. Si vous pouvez me garantir cela, de manière à ce que je puisse assurer les peuples que cette convention ne sera jamais plus modifiée, je publierai ma lettre, et j'espère que par là il sera remédié à tout. Mais si Votre Excellence ne peut me donner aucune garantie à cet égard, c'est un signe que nos Sérénissimes Seigneurs ont quelque arrière-pensée, et dans ce cas je me garderai bien de mettre ma circulaire au jour, parce qu'en le faisant, je me ferais passer pour un trompeur, et adieu tout le fruit de la mission.

Ayez la bonté de me donner une prompte réponse ; sachez que si les populations se soulèvent, mes compagnons, qui sont fort timides, veulent s'embarquer aussitôt, et il me faudra bien les suivre.

On dit que vous avez déjà les imprimés. S'il en est ainsi, envoyez- m'en un exemplaire, cela suffira pour tout apaiser; si non, écrivez qu'on ne tarde pas davantage, parce que l'embrasement une fois commencé, on ne pourra l'éteindre.

Soyez indulgent; j'écris au vol.

De Votre Excellence,

Le très humble et très dévoué serviteur,

Fr. Léonard, missionnaire.

Page 1