LI
AU MÊME
Le remède arrivé à propos. — Nécessité des ménagements. — Fréquence et atrocité des meurtres qui se commettent.
Caccia, le 17 août 1744.
Monsieur,
Deo gratins ! Beo grattas ! Beo grattas ! L'imprimé des concessions faites en faveur de ce Royaume est arrivé en temps opportun. Je l'ai reçu dimanche 16 de ce mois; ce jour-là même, je donnais la bénédiction papale dans cette paroisse de Caccia, où se rendirent en foule les populations de trois autres paroisses, savoir Rostino, Giojellina et Canale, et beaucoup d'autres habitants des Balagnes, de Bigorno et même d'au delà des Monts; le concours fut immense. Voyez donc comme la Providence a bien disposé les choses, pour qu'en peu de temps on apprît par tout le Royaume l'arrivée des concessions imprimées, et les applaudissements avec lesquels elles avaient été accueillies à Caccia.
En effet, après le sermon ordinaire, je fis l'éloge do la généreuse munificence de notre Serenissime République; puis je lus particulièrement les concessions relatives à la cinquième demande, où est exprimé l'abandon de trois mille quatre cents liv.-es de taxes, qui est fait en faveur des Balagnes, ainsi que des populations de Nebbio, de Bigorno, de Caccia, de Pétralba et de Rostino, lesquelles étaient représentées à la cére-
(1) 49e de l'édit. ital.
monie ; et tandis que je leur faisais voir combien grande est la libéralité du Serenissime Gouvernement, il s'éleva un vivat redoublé qui m'étourdit et me consola tout à la fois. De là je conclus que par le passé ces concessions n'ont jamais été portées à la connaissance du peuple, et je me trouve confirmé dans mon sentiment, savoir, que le moyen le plus efficace d'obtenir la fin tant désirée, c'est-à-dire de voir tout le royaume réduit à l'obéissance, c'est de leur faire goûter les avantages de ces concessions, telles qu'elles sont imprimées, parce que jusqu'ici on a cru que le3 faveurs en question n'étaient que duperies. Maintenant j'espère qu'on viendra à bout de tout, si mes péchés et les autres n'y mettent pas obstacle.
Pour mieux saisir l'intervention de la divine Providence, il faut savoir qu'au moment même où l'on promulguait les concussions à Caccia, il y avait une réunion nombreuse à Orezza, dans le but d'élire de nouveaux Chefs, non pas à la vérité en opposition avec le Souverain, mais pour faire rendre la justice et opposer une digue à tant d'homicides qui se commettent ; quoi qu'il en soit, les chefs une fois installés, nous serions propres. J'ai envoyé ma circulaire apologétique au Pléban avec un exemplaire des concessions imprimées, afin qu'il lût ces pièces au peuple, lequel m'est fort affectionné et s'est très bien comporté pendant la mission; j'espère que l'exécution de leurs projets aura été suspendue. — J'ai fait la même chose pour les paroisses de Savagna et de Casinga, où l'on craint surtout que les troubles ne soient fomentés, et je pense qu'on aura empêché le flot de déborder.
Il est de fait que si le3 concessions n'arrivaient pas bientôt, le soulèvement était inévitable. Celui qui ne voit pas ces peuples de près ne peut se faire une idée de leur naturel inflammable, également enclin au mal et