‹ Œuvres complètesChapitre 108 sur 155 · A M. PIERRE-MARIE GIUSTINIANI, COMMISSAIRE-GÉNÉRAL A BASTIA · texte numérisé non relu

A M. PIERRE-MARIE GIUSTINIANI, COMMISSAIRE-GÉNÉRAL A BASTIA

Meme sujet que dans la lettre précédente.

Corti, le 2 décembre 1744 Monsieur,

Que la grâce de l'Esprit saint soit avec vous.

Dans la dernière mission faite à Niolo, j'ai réussi à porter les cinq villages composant cette plébanie, à faire leur procuration ; elle vous sera présentée par le procureur lui-même, porteur de la présente lettre; je désire que vous l'expédiiez sur-le-champ, car un des motifs pour lesquels il faisait difficulté de partir, c'était la crainte d'être retenu trop longtemps là-bas à ses frais.

Pendant le Triduum qui s'est fait à Omessa, trois villages de cette plébanie ont donné leur procuration ; Omessa était disposée à en faire autant, mais on dit qu'elle ne l'a pas encore fait; j'espère que ses habitants, en venant à la mission de Corti, s'y détermineront. Il en sera de même de Vénago et d'autres lieux.

Rendons-en grâces au Très-Haut ; depuis la publication des Capitules les choses sont sur un nouveau pied. Les mécontents cependant ne manquent pas de chercher tous les moyens de troubler le calme qui commence à renaitre dans ce royaume. Un certain Marc-Aurèle est venu me trouver à Omessa, pour me dire que beaucoup de théologiens et plusieurs des principaux des plébanies sont en mesure de me faire voir les raisons qu'ils ont

(1) 50» de l'édit. ital.

vie s. L. 45

de s'opposer à Ja serenissime République, et que leur intention est de se réunir à Corti même, pendant le temps de la mission ; je le renvoyai, en lui disant de réciter chaque jour un Pater et Ave en l'honneur de mon Patron, saint Vincent Ferrier, afin d'en être éclairé. Mais arrivé d'hier seulement, j'ai reçu dès ce malin la visite d'une personne notable qui est venue m'annoncer qu'on attend ces théologiens. Je lui ai répondu que je les entendrais bien volontiers et que je leur dirai clairement ma pensée.

Avant l'arrivée des Capitules imprimés, je n'osais point entrer en discussion sur ces faits ; mais maintenant,;^ ne rougis pas de mon Evangile, je parle ouvertement, et je dis ce que la bonté de Dieu m'inspire. J'espère que les raisons purement spécieuses céderont à la vérité.

L'auteur de la lettre perfide, qui a fait si mauvaise impression sur l'esprit des gens simples, après avoir lu mon apologie, s'est repenti et a rétracté; il est même venu à mes pieds demander pardon et s'est fait le promoteur des procurations. Ce trait de la divine Providence a beaucoup aidé à en désabuser un bon nombre, même parmi les plus passionnés.

Il est deux choses que j'ai surtout à cœur de suggérer à Votre Excellence : la première, c'est d'écrire à nos Sérénissimes Seigneurs de songer à introduire dans le pays une justice, je ne dis pas sévère, mais très sévère, pour mettre un frein à tant de carnages. Dans le principe elle doit être environnée d'une force imposante afin qu'on n'ose pas résister : si cinquante hommes ne suffisent pas, il faut en envoyer cent bien aguerris; car s'ils sont domptés dès le principe, nous les verrons soumis et de facile composition. Il conviendrait que, le laps de deux mois écoulé, à partir de la publication des Capitules, on en vînt à l'exécution.

La seconde chose, c'est qu'ayant réussi à ramener au devoir les principaux chefs, c'est-à-dire Brandoni, Pétri, de Savagna et le docteur Antonietti, de Sralonga, je désire qu'ils soient traités avec bienveillance par Votre Excellence. Je suis moralement certain de leur amendement, puisque les deux premiers m'ont fait leur confession générale et que depuis lors, à ce qu'on me dit, ils se sont renfermés dans leur centre et n'ont plus bougé; le troisième veut faire la sienne dans cette mission, et il a déjà demandé une chambre au couvent des Observantins, où nous nous trouvons; ce troisième particulièrement est un homme de talent et bien vu de tout le monde. Faites attention que ces trois étant gagnés, on tient en bride tous les autres, et si nos Sérénissimes Seigneurs leur confiaient quelques fonctions, cet acte de générosité aurait un bon effet dans tout le Royaume. Intelligenti pauca.

Ayant si peu de temps, je vous écris à la hâte ; soyezmoi indulgent. En finissant je me dis avec respect,

De Votre Excellence,

Le très humble et très dévoué serviteur,

Fr. Léonard de Port-Madrice, missionnaire.

P. S. On dit que la Congrégation des Récollets du couvent de Saint-Ange doit se tenir bientôt ; je verrais avec déplaisir que le père Antoine, Gardien actuel, fût mis de côté, parce que, dans le ca3 qu'on dût un jour faire la mission à Bastia, il nous serait d'un grand secours, à cause de ses bons procédés. Par conséquent, si la Congrégation devait avoir lieu, je désirerais que Votre Excellence obtînt du Provincial et des Déûniteurs

la confirmation de ce père en qualité de Gardien de Saint-Ange Ayez cette bonté pour l'amour de Dieu.

AU MEME

Rectification. — Affaire de la circulaire apocryphe; parti habile qu'en tire le Saint. — Avis.

Corti, le 14 septembre 1744.

Monsieur,

Que la grâce de l'Esprit saint soit avec vous. Modicœ fidei, quare dubitasti? J'ai remis le soin de rétablir la concorde entre ce Royaume et notre Serenissime République aux mains de la très sainte Vierge Marie et de mon puissant avocat, saint Vincent Ferrier; par conséquent tenez pour certain qu'ils ont déjà obtenu cette faveur de Dieu, et reposez-vous tranquillement.

Dans votre lettre, vous me dites que je vous ai recommandé le docteur Mariani, qui est un des signataire? de la circulaire2 ; il y a là un quiproquo, car ce Docteur n'est jamais venu chez moi, si ce n'est hier après la cérémonie. Mais je vous ai recommandé monsieur le docteur Antonietti, qui fut Président à l'époque où les Corses gouvernaient, et qui présentement me seconde

(1) 51e de l'édit. ital.

(2) Comme on le verra plus avant, il s'agit ici de la circulaire dont il est fait mention dans la Vie, part II, ch. 15, page 316. Elle portait faussement la signature du Saint jointe à celle de plusieurs des principaux chefs de la révolution, et avait pour objet de convoquer à Corti les notables de toutes les plébanies, à l'effet d'examiner les Capitules relatifs à. la pacification du royaume de Corse

admirablemont en tout. Si jamais je m'étais trompé en écrivant, je vous envoie la lettre-ci-jointe, que j'avais écrite dans le desseiu de vous l'envoyer par le courrier précédent; je ne l'ai pas fait pour deux motifs : premièrement parce que j'ai eu un scrupule d'avoir mentionné en toutes lettres Marc-Aurèle, qui est venu me trouver à Orezza pour me faire la critique des Capitules imprimés et qui prétendait me faire exposer ses raisons par plusieurs théologiens ; je craignais qu'il ne résultât pour lui quelque chose de fâcheux d'avoir été nommé, mais maintenant que je le vois parmi les signataires de la circulaire, ce scrupule n'existe plus. Second motif : j'avais bien entendu parler de la réunion qui devait avoir lieu à Corti, mais ayant pris des informations, je ne découvris rien de certain ; afin donc de ne ne pas vous troubler par un faux bruit, je m'abstins de vous expédier l'incluse et j'en écrivis une autre. Au moins vous y verrez que je recommandais le docteur Antonietti, comme je le fais encore présentement, parce que le bien que vous lui ferez tournera en faveur de la république.

Après avoir reçu votre dépêche, j'y ajoutai l'apostille que vous verrez avec ma signature, et, par l'entremise du sieur Antonietti, je fis en sorte qu'elle passât sous les yeux du docteur Mariani, tout en me plaignant hautement qu'on m'eût calomnié, en me donnant pour l'auteur de ladite Circulaire. Le docteur Mariani s'excusa aussitôt en soutenant qu'il ne savait rien de ce fait, et l'on rapporte que le sieur Gaffori, également du nombre des signataires, en dit autant. Je vis avec plaisir qu'ils s'excusaient, car devant faire dans l'aprèsmidi le sermon sur la sainte Vierge, je pouvais m'exprimer plus à l'aise, comme je le fis en effet : le sermon achevé, en présence d'un concours immense de peuple accouru de diverses paroisses, je manifestai d'abord VIB s. L. 45*

la calomnie dont j'avais été l'objet, et que je pardonnais de bon cœur à ses auteurs; mais je leur disais de peser le mal qu'ils avaient fait en calomniant au?si, par de fausses signatures, le docteur Mariani et le sieur Gaffori, (qui rougirent, me dit-on, en s'entendant nommer); puis j'allai plus avant, et j'expliquai combien cette circulaire était injurieuse au Souverain et à Messieurs les Députés du Royaume qui avaient stipulé ces Capitules ; je leur fis comprendre combien ces Capitules étaient avantageux pour tout le Royaume, et je leur dis beaucoup d'autres choses que le Seigneur me suggéra en ce moment. Enfin, en face de l'image de la glorieuse Vierge, qui déjà avait amolli tous les cœurs, je les conjurai, pour l'amour de Marie, d'aimer la paix et de ne plus parler d'assemblées, et tout le peuple se mit à crier : Vive la paix! Vive la paix! La cérémonie terminée, on en vit aussitôt les bons effets, car les principaux de la plébanie d'Orezza, qui étaient présents, se décidèrent sur-le-champ à faire leur procuration, ce qu'ils ne manqueront pas d'exécuter. Il en fut de même des habitants de la plébanie de Vénago ; le procureur de cette dernière sera le sieur Antoine Alberti : je désire que Votre Excellence lui fasse bon accueil, car c'est un homme influent, et présentement fort porté pour notre Serenissime République; on me dit qu'il a servi dans les cuirassiers à Rome. Comme, après avoir fini à Corti, nous allons faire un triduum dans la paroisse de Vénago, il veut m'assister, après quoi il partira.

Mgr Saporiti, coadjuteur de l'archevêque de Gênes, m'écrit de la part des Sérénissimes Seigneurs, d'exhorter ce peuple, qui vit dans l'oisiveté, à s'enrôler dans la milice de Gênes. Dès hier, je l'ai fait, et je continuerai à le faire; je leur dis, pour les encourager, que ces Seigneurs les traiteront bien. Mais on me fait observer que les individus coupables d'homicide, depuis le meurtre

de l'Excellentissime Spinola, sont au nombre de plus de mille, et que si Ton devait appliquer à tous ceux-là les rigueurs de la justice, on exciterait une grande rumeur, qui pourrait tourner mal ; qu'il vaudrait beaucoup mieux les amnistier tous, à la condition qu'ils s'embarquent et s'en aillent servir la République. De cette manière, on purgerait le pays de cette mauvaise engeance, et l'on ferait des gens de guerre ; mais qu'on ne leur donne pas des postes honorables, et qu'ils ne soient pas une occasion de murmure pour les honnêtes gens.

D'un autre côté, j'apprends qu'un corps de soldats est déjà lancé en campagne pour faire exécuter la justice, et cela est bien nécessaire On me dit que dans les commencements il faut déployer de l'énergie, afin qu'on n'ose braver l'autorité, car si l'on réussit à introduire une justice, non seulement sévère, mais très sévère pour mettre un frein à tant d'homicides, ce sera un grand bien. C'est pourquoi l'on me dit aussi qu'il serait bon que dorénavant on ne fit plus grâce à aucun meurtrier, mais qu'on l'exécutât sur le lieu même du crime ; que si l'on ne pouvait s'emparer de sa personne, on confisquât ses biens, en en faisant trois parts, une pour les soldats qui font la patrouille, l'autre pour le fisc, et une troisième pour les parents de la victime; que si les parents du meurtrier sont complices, on leur fît partager la peine. Servez-vous de ces indications comme vous le jugerez bon devant Dieu.

Pardonnez moi si j'écris mal, car j'écris à la dérobée; il faut que je m'arrache le sommeil des yeux pour vous tracer ces lignes.

Demain, on donnera ici la bénédiction papale, et j'en reviendrai encore à animer tout le monde à la paix ; s'il arrive quelque chose de particulier, je vous en informerai. Au reste forti animo esto, attendu que notre cause est la cause de Dieu, et cela suffit.

En finissant, j'ai l'honneur de me dire en tout, De Votre Excellence,

Le très humble et très dévoué

Fr. Léonard de Port-Maurice, missionnaire.

P. S. Si vous jugez bon de répandre dans les communes la circulaire que je vous retourne avec ma signature, elle détrompera fout le monde ; croyez cependant que vu l'heureuse issue de la cérémonie d'hier elle n'est plus nécessaire.

Je vous recommande de nouveau M. la docteur Antonietti; et dans le cas où vous auriez à m'écrire, vous me feriez plaisir de me donner quelque signe d'assentiment à cet égard.

AU MEME

Réunion des mécontents à Corti ; le Saint déjoue leur projet. — Retour au rfoins apparent des chefs. — Recommandation en leur faveur. — Conseils.

Corti, le 16 septembre 1744.

Monsieur,

Que la grâce de l'Esprit saint soit avec vous. Dans ma dernière lettre, j'ai exposé à Votre Excellence le succès du sermon sur la sainte Vierge qui s'est

(1) 52e de l'édit. ital.

fait vendredi passé, Il de ce mois. On croyait avoir éventé la mine du projet de consulte générale des mécontents ; mais le samedi 12, on vit paraître une multitude des principaux de diverses communes arrivant sur l'invitation de la circulaire apocryphe; on formait des cercles sur la place publique de Corti, et l'on y émettait des propositions peu favorables à nos affaires. J'en fus averti, et je fis le soir un sermon sur l'éternité, auquel tous assistèrent : avant de descendre, je fis allusion aux circonstances en peu de mots, mais substantiels, qui portèrent coup; quelques-uns vinrent à confesse. Avec cela, comme ils étaient en grand nombre, les murmures continuaient, et l'on n'était pas sans appréhension. M. le docteur Antonietti que je vous ai déjà recommandé nous fut d'un grand secours : il se mêlait aux cercles sur la place publique, et répondait franchement à toutes les objections; il me mit aussi au courant des faux principes dont ils étaient imbus, et comme le dimanche 13 se donnait la bénédiction papale, et qu'il y avait une affluence de monde telle qu'on n'en avait jamais vu de pareille à Corti, je me recommandai à Dieu, et avant d« donner la bénédiction, je fis un discours dans lequel le Seigneur m'assista, en sorte que tous demeurèrent convaincus. Les quatre signataires de la circulaire protestèrent qu'ils étaient innocents du fait, et que les signatures étaient apocryphes; bien plus, le docteur Mariani voulait monter sur l'estrade pour la désavouer publiquement, mais je ne l'ai pas permis pour plusieurs motifs. Cependant je parlai en son nom et au nom des autres signataires ; j'admis leurs excuses et je m'engageai, en présence de tout le peuple, de prendre leur défense auprès de Votre Excellence, pour qu'il ne leur arrive aucun désagrément à ce sujet. Je vous prie de m'accorder cette faveur, car il est expédient dan3 ce cas de dissimuler ; en faisant le contraire, on ruinerait tout.

Quand vous m'honorez d'une réponse, indiquez-moi que vous leur pardonnez cet attentat, si jamais leurs signatures étaient véritables, pourvu qu'à l'avenir ils s'abstiennent de toute menée semblable, comme ils me l'ont promis ; Félix de Soéria m'a même protesté que désormais il sera très fidèle à la République, et que si on lui confie quelque mission, on en aura des preuves : je le crois sur parole, car c'est un homme de poids, et il est très certain que, pour lui, il n'a pas signé, car il ne sait pas écrire.

Marc-Aurèle de Stralunga qui, comme je vous l'ai écrit, était le plus acharné contre les Capitules imprimés, demeura convaincu aussi bien que les autres, et avant même que je fisse le discours susdit, il m'envoya dire par ses compagnons, qu'il se rendait et rétractait tout ce qu'il avait dit, me chargeant d'en avertir le peuple ; ce que je fis. Ce malheureux redoute quelque calamité et il a réellement mérité son châtiment ; avec cela, il faut remarquer que, dans les commencements, il ne convient pas de tirer le glaive, d'autant plus qu'il est décidé de s'embarquer et de s'en aller à Rome : nous avons appuyé son dessein en lui promettant une lettre de recommandation pour cette ville. Il sollicite de Votre Excellence l'embarcation libre, et mes compagnons et moi nous vous prions de la lui accorder ; car il est absolument indispensable d'en purger le pays . Ayez donc la bonté de me dire votre avis sur ce point en particulier, et épargnez-nous la peine que nous éprouverions d'une réponse dans le sens négatif, vu que nous savons qu'il est plus que nécessaire qu'il sorte du royaume. Il demande un mois, plus ou moins, pour mettre ses affaires en ordre, et puis il s'embarquera. Si jamais entre temps nous apprenions qu'il eût mal parlé de la République, qu'on le condamne à telle peine qu'on voudra. Nous serons instruits de ses démarches, et nous en écrirons

à Votre Excellence. M. le docteur Antonietti a beaucoup d'espions qui l'informent de tout ce qui se passe; bien plus, le jour susdit de la bénédiction papale, il fit venir beaucoup de gens armés, qu'il aposta en différents lieux, afin qu'en cas de tumulte ils réprimassent lo désordre sur-le-champ. Mais cette précaution ne fut pas nécessaire ; car le peuple, voyant ses chefs convaincus et entendant les raisons que j'exposai, se mit à crier : Vive la paix! et la cérémonie se termina à la grande consolation de tous les assistants. Les autres principaux des communes, qui étaient accourus, s'en retournèrent chez eux dès le soir même, et la consulte projetée n'eut pas lieu, ce dont il faut rendre grâce au Tout- Puissant.

Hier j'allai ériger le Chemin de la Croix dans l'église de Corti, et tant le docteur Mariani que le docteur en médecine Caffori vinrent à ma rencontre; eux aussi se montrent convaincus et promettent de rester tranquilles. Quoiqu'il y en aient qui n'ajoutent pas foi à leur parole, pour éviter un plus grand mal il est expédient que nous croyions qu'ils sont sincères.

Quant au peuple, il est très pénétré, très disposé à embrasser tout ce qui est bien. Corti tout entier est converti à Dieu. Après la cérémonie du Chemin de la Croix, deux soldats luthériens, qui s'étaient convertis à la mission, firent leur abjuration en présence de M. le vicaire-général, ce qui fut pour tout le monde un grand sujet d'édification. J'ai établi ensuite le Chemin de la Croix dans la forteresse, pour la consolation des soldats.

Je conclus qu'il est nécessaire que Votre Excellence m'envoie sa réponse par personnes sûres, et me donne l'assurance que, quand même les signatures de la lettre en question seraient véritables, elle pardonne à tous les signataires, nommément à Marc-Aurèle, pourvu qu'il

s'amende, et qu'elle accorde à ce dernier l'embarquement libre. Il me serait agréable en outre de voir un témoignage de bienveillance en faveur de M. le docteur Antonielti , qui, en vérité, s'est très bien comporté.

Nous partons aujourd'hui pour la plébanie de Vénago, où l'on fera un Triduum, après quoi nous irons à Vezzani dans la plébanie de Castello. Le porteur de la présente lettre est le procureur de la dite paroisse de Vénago, laquelle s'est décidée, pendant la mission, à donner sa procuration. Le soir même de la bénédiction, le peuple d'Omessa, qui s'était montré si revêche, a aussi fait la sienne ; si le procureur n'est pas encore arrivé, il ne tardera guère. Un des principaux de la plébanie de Castello m'a promis que, quand nous y serons, tous les peuples qui la composent, donneront également la leur. Soyez donc sans inquiétude; reconnaissez plutôt qu'il est palpable que la très sainte Vierge et mon patron saint Vincent travaillent dans le ciel, et ne doutez pas de l'accommodement.

Le point le plus difficile sera de recueillir les tailles; les populations étant épuisées et sans argent, la misère est réellement extrême ; il faut donc de la prudence, et je prie Dieu de vous inspirer un moyen doux.

Un autre point difficile, c'est celui qui est relatif à la justice rigoureuse qu'on doit exercer contre trois classes de malfaiteurs, savoir, contre les meurtriers, afin de prévenir cette multitude d'homicides, contre les brigands et contre les perturbateurs de la paix, comme je l'ai dit publiquement au peuple lui-même : ici encore, il faut une force et une prudence plus qu'ordinaires ; on ne doit pas se servir exclusivement de troupes étrangères, mais confier aussi ce soin "aux Corses. Il sera nécessaire de discuter et de peser attentivement toutes choses. Entre temps, nous prierons. Vive Jésus I

Ne tardez pas de me donner une réponse qui nous console.

De Votre Excellence,

Le très humble et très dévoué serviteur,

Fr. Léonard, missionnaire récollet.

P. S. Le porteur de la présente lettre est Paul Vincent de la Scoletta, père d'Antoine Bastien et Ange, qui offensèrent Jean-Pierre de Luciano. Les parents de ce dernier remirent publiquement cette offense pendant la mission de Mariana. Mes compagnons et moi nous leur laissâmes le soin de l'authentiquer par la main du notaire, mais on négligea de le faire. Je prie Votre Excellence de se montrer bienveillante envers ce porteur. Le procureur de Vénago vous arrivera la semaine prochaine.

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