‹ Œuvres complètesChapitre 112 sur 155 · LIX · texte numérisé non relu

LIX

A M. AUGUSTIN GAVOTTI.

Moyens de réprimer les écarts de quelques prêtres et religieux ea Corse.

Du couvent de la Paix [Gênes ... décembre 17ââ].

Monsieur,

Que la grâce de l'Esprit saint soit avec vous.

Pour vous obéir, je vous exposerai brièvement mon sentiment touchant le remède à opposer au mal provenant des prêtres et des religieux dissolus du Royaume.

Qu'on écrive à M. le Commissaire d'appeler près de lui les quatre Provinciaux des Ordres existant dans l'île, savoir des Observantins, des Récollets, des Capucins et des Servîtes, et que de la part du Serenissime

(1) 54e de l'édit. ital.

Gouvernement il les invite à adresser une circulaire aux couvents de chaque province. Dans cette circulaire, ils rappelleraient, en premier lieu, l'induit et le pardon général accordé par le Trône Serenissime à tous les religieux qui, dans le passé, soit en actes, soit en paroles, soit par écrit, ont violé le respect dû au Prince ; puis ils énonceraient que si, à l'avenir, quelqu'un ose se permettre de pareils écarts, on procédera contre lui avec la dernière rigueur (ils intimeraient ici les châtiments qu'ils jugeraient les plus expédients) ; que si, après les admonitions voulues, il n'y avait pas d'amendement, les Provinciaux en feraient part soit au Commissaire de Bastia, soit au Serenissime Gouvernement à Gênes, afin que le coupable fût exilé à perpétuité du royaume. Que le Commissaire ajoute même que, s'il a connaissance certaine que les Provinciaux ne remplissent pas leur devoir, on écrira à Rome, soit aux Généraux, soit à la sacrée Congrégation, soit même à notre saint Père le Pape, pour qu'on leur inflige le châtiment qu'ils méritent. Qu'on leur donne l'assurance toutefois qu'on n'en viendra au châtiment que pour autant que le délit sera bien constaté. Enfin que les Provinciaux exhortent tous leurs religieux à calmer et à réconcilier les esprits désunis, soit par de pieux discours, soit en invitant le peuple à aimer la paix et à la propager dans tout le royaume.

Si ces circulaires sont rédigées en termes pressants et énergiques, elles feront impression. Il serait bon qu'elles dussent passer sous les yeux du Commissaire avant d'être expédiées.

Pour ce qui concerne les prêtres séculiers, que le Commissaire s'entende pareillement avec les évêques, et que ceux-ci fassent chacun une circulaire qu'ils adresseraient aux plébans de leurs diocèses ; les plébans réuniraient tous les curés et autres ecclésiastiques VIE s. l. 47

de leur circonscription, pour leur en donner lecture en commun. Si les évoques ont du zèle, ils en diront beaucoup plus que je ne pourrais en suggérer, mais qu'ils recommandent surtout aux curés d'instruire ces pauvres gens, et après leur avoir enseigné les choses nécessaires, de leur inculquer l'amour de la paix et le respect pour le Prince. Que M. le Commissaire fasse entendre d'une manière convenable aux évêques qu'il lui serait agréable de voir ces circulaires, pour en envoyer une copie à Gênes, et qu'ils sachent que s'ils ne châtient pas les prêtres délinquants, la sacrée Congrégation en sera informée, pour que le délit ne reste pas impuni.

Voilà une ébauche tracée à la hâte, du sentiment que vous désirez connaître; je n'ai pas le temps de lui donner une meilleure forme. Mais intelligenti pauca.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur,

Votre confrère en Jésus-Christ,

Fr. Léonard, missionnaire.

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