‹ Œuvres complètesChapitre 149 sur 155 · LA CORSE · texte numérisé non relu

LA CORSE

La Corse fut fréquemment en état de révolte contre la république; le mécontentement, il faut le dire, était parfois provoqué par les mauvais procédés du gouvernement. En 1730, le Commissaire général qui gouvernait l'ile au nom du Sénat de Gênes, prétendit que les Corses remboursassent à la république les secours qui leur avaient été fournis clans un temps de disette extraordinaire. Ne pouvant satisfaire à de pareilles exigences, ils se soulevèrent et s'emparèrent de Bastia, la capitale. Les évêques s'interposèrent et leur promirent de la part du gouvernement, "un adoucissement dans les impôts. Mais à peine les insulaires eurent-ils déposé les armes, que la République, loin de tenir à

ses promesses, voulut prendre sa revanche. En 1731, les Corses offrirent la souveraineté de leur île" au Saint-Siège, qui l'avait possédée jadis. Clément XII, au lieu d'accepter cette offre, eut la générosité de proposer sa médiation à la République. Celle-ci la repoussa avec dédain, comptant sur l'appui de l'Autriche pour maintenir son autorité par la force. Néanmoins les insurgés se rendirent maîtres de l'île presque tout entière, et, en 1736, ils proclamèrent roi un aventurier prussien nommé Théodore, comte de Newoff. Cependant la République obtint un secours considérable de Louis XV, roi de France, et le roi Théodore, après plusieurs tentatives, fut contraint de s'évader pour aller finir obscurément sa vie à Londres. Bientôt après, le roi de France se déclara le Protecteur de la Corse, qui ne tarda pas à passer sous le protectorat du roi de Sardaigne. Mais la Corse n'ayant pas moins sujet d'être mécontente de ses protecteurs que de la République génoise, résolut de secouer leur joug et de se donner elle-même un chef; c'est ce qu'elle fit en choisissant Pascal Paoli à qui elle remit un pouvoir illimité. Cet état de choses ne dura guère et les luttes continuèrent. Cependant l'Eglise de cette contrée était dans l'état le plus déplorable, lorsqu'en 1744, Benoît XIV, sur les instances de la République, y envoya saint Léonard. Le célèbre Missionnaire se donna des peines incroyables pour y faire refleurir la religion et y rétablir l'autorité du gouvernement de la République ; et il aurait infailliblement atteint son but, comme on peut en juger par la Vie du Saint et par ses lettres, si la maladie ne l'eût forcé de quitter trop tôt le pays, et surtout si les Génois, par leurs exigences outrées et leur conduite imprudente, ne s'étaient hâtés de détruire son ouvrage. Enfin, reconnaissant leur impuissance à comprimer les révoltes, ils cédèrent l'île à la France en 1768.

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