VERSION DE LA LETTRE CI-CONTRE
Monsieur,
Je vous ai déjà fait connaître de vive voix la pleine et entière approbation que je donne à votre traduction française des Œuvres du bienheureux Léonard de Port-Maurice, missionnaire apostolique de notre Institut de Saint -Bonaventure, à Rome, que fai fait imprimer en treize volumes, par les presses du sieur Clément Puccinelli et de l'imprimerie Tiberine, en 1855 et 1854, et qui ont été fidèlement reproduites d'après les originaux existant dans les archives du procès de canonisation du Bienheureux, au couvent de Saint-Bonaventure .
Je me plais maintenant à confirmer par écrit l'approbation déjà donnée, et en outre, pour la plus grande gloire de Dieu, pour celle de son bienheureux Serviteur, et pour l'avantage spirituel des fidèles, je vous prie de mener votre entreprise à bonne fin, conformément à TA vis que vous avez placé en tête de votre traduction, en date du 19 juin 1857 ' ,
Entre temps, veuillez agréer, Monsieur, mes félicitations et mes remercîments ; je m'estime heureux de pouvoir me dire,
Votre très humble et très obligé serviteur, FR. SALVATOR D'ORME A,
M. R. Postulaleur dans tes causes des Serviteurs de Dieu de l'Institut.
Rome, S. Bonaventure au Mont-Palatin, 10 août 1857. A Monsieur F. LA BIS.
AVIS DU TRADUCTEUR
Lors de la première édition des Œuvres complètes de saint Léonard de Port-Maurice, tant en italien qu'en français, le grand serviteur de Dieu n'était encore que béatifié. Il a été canonisé depuis, c'est-à-dire en 1866. Nous reproduirons les deux décrets de Béatification et de Canonisation à la suite de sa Vie, et dans cette nouvelle édition, nous substituons la qualification de Saint à celle de Bienheureux.
Léonard de Port-Maurice, né en 1676, entra, à l'âge de vingt-deux ans, dans l'ordre austère des frères Mineurs Observantins Récollets, de la famille de saint François. Pour l'intelligence de ces dénominations, il faut savoir que l'ordre de saint François se divise en plusieurs branches. Sans parler du Tiers-Ordre et des Clarisses, on distingue les Capucins, les Conventuels ou Cordeliers, les Observantins et les frères Mineurs Réformés ou de la plus stricte observance, appelés en Espagne frères Mineurs déchaussés, et en France, comme en Belgique, Récollets. Ce nom leur a été donné parce que leurs couvents, dès le principe, n'étaient que des couvents de récollection, établis dans diverses provinces de Mineurs Observantins. Ce ne fut qu'en 1639 qu'ils eurent leurs propres provinciaux, tout en restant soumis au supérieur général des Observantins, qui peut être aussi choisi parmi eux. — Plus tard le vénérable Bonaventure de
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Barcelone, simple frère laïque, enchérit encore sur cette réforme, en Italie, et forma des couvents dits de Retraite, ou Ritiri, dans les provinces mêmes des frères Mineurs Observantins réformés; ces couvents, les plus austères de l'ordre, quoique soumis aux supérieurs Récollets, ont cependant des règlements particuliers qui en font un Institut distinct. Or c'est dans cet Institut qu'entra saint Léonard. Toutefois, pour éviter des qualifications compliquées ou même équivoques et inusitées parmi nous, nous l'appellerons simplement Récollet, quoiqu'en italien il se désigne souvent luimême, par exemple au bas de ses lettres, sous le titre de Missionnaire de V ordre des Frères Mineurs Observantins Réformés de la Retraite. — Cette observation une fois faite suffira, crovons-nous, pour prévenir dans la suite toute ambiguité.
Le Saint mourut en 1751, à la maison de Retraite de Saint- Bonaventure, le couvent le plus pauvre de la ville de Rome, bâti au milieu des ruines du palais des Césars, au haut du mont Palatin. Il consacra la plus grande partie de sa vie à l'apostolat des missions, qu'il exerça avec un succès prodigieux dans presque toutes les contrées de l'Italie; aussi fut-il appelé à juste titre, par saint Alphonse de Liguori, son contemporain, le grand missionnaire de son époque. Il réunissait en effet tout ce qui fait le missionnaire accompli : une profonde science des choses saintes, une connaissance très pratique du cœur humain , une eminente sainteté et un zèle infatigable.
« Il est peu de serviteurs de Dieu, dit Mgr Malou, plus populaires en Italie que le bienheureux Léonard de Port-Maurice, vénérable et saint missionnaire qui, à l'exemple de saint François de Hieronymo et de saint Alphonse de Liguori, éprouvait une immense charité envers les grands pécheurs, et opérait des prodiges par
AVIS DU TRADUCTEUR. IX
ses prédications apostoliques... Saint Léonard était tout à la fois un prédicateur éloquent et un écrivain habile. Depuis peu d'années, on a publié en Italie trois ou quatre éditions de ses œuvres.1 » La vogue même dont les écrits du Saint n'ont cessé de jouir en Italie, nous dispense de rapporter ici les éloges qui en ont été faits par les hommes les plus éminents, depuis saint, Alphonse jusqu'au savant et pieux évêque de Bruges. Nous nous contenterons de citer le trait suivant qui montre rninux que tout le reste, selon nous, le cas qu'on doit en faire. Le Saint revenait de ses dernières missions, et il avait hâte d'arriver à son couvent de Saint-Bonaventure, pour y rendre le dernier soupir au milieu de ses confrères. Comme il approchait de la ville, il dit à son compagnon, le frère Diego : « Voici une recommandation que j'ai à vous faire : quand ncus serons arrivés au couvent de Saint-Bonaventure, vous remettrez cette cassette contenant mes sermons, au père gardien; vous lui direz que je m'en dépouille de bon cœur et que je n'ai plus que faire de mes manuscrits. Je l'invite cependant à les confier à des religieux capables d'exercer utilement le saint ministère de la prédication, et s'il ne le fait pas, il en rendra à Dieu un compte rigoureux... » Si le Saint paraissait attacher tant de prix à ses écrits, c'est qu'il les regardait bien moins comme le produit de son propre génie, que comme le fruit des inspirations qu'il avait puisées au pied du crucifix et dans un commerce intime avec Dieu.
Et en effet, outre qu'on y reconnaît l'œuvre d'un saint, ces ouvrages sont d'une utilité incontestable et manifeste. C'est là le premier motif qui nous a porté à en entreprendre la traduction. A ce motif déjà suffisant
(1) L'Immaculée Conception de la B. V. M., etc., par Mgr Malou. évêque de Bruges. T. 2, p. 331.
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par lui-même, à le bien prendre, il s'en est joint un autre ; ce sont les invitations et les encouragements honorables et décisifs qui nous sont venus de divers côtés, et spécialement de la part des membres de l'illustre famille franciscaine, à laquelle appartenait saint Léonard. La lettre du R. P. Salvator, que nous avons reproduite en tête de cet avertissement, en est une preuve. Nous aimons à signaler ce concours que nous regardons comme indispensable, et sans lequel nous n'oserions nous donner la mission d'une pareille entreprise.
Quelques opuscules qui ne forment qu'une minime partie des Œuvres du Saint, ont été publiés dans notre langue; mais ces traductions, faites apparemment sur ces éditions italiennes profondément altérées, que signale le père Salvator dans sa préface, fourmillent ellesmêmes, et à plus forte raison, d'inexactitudes et d'infidélités. Pour ne point retomber dans les mêmes défauts, quoique nous ne puissions nous flatter d'atteindre à la perfection, nous reprenons le travail à neuf, en suivant l'édition du R. P. Salvator, postulateur clans la cause de la canonisation du Serviteur de Dieu; ce savant religieux, ayant à sa disposition tous les manuscrits de l'auteur, n'a épargné aucune peine pour reproduire le texte original dans toute sa pureté. Nous nous attachons à conserver dans la traduction la simplicité, la clarté, l'onction et la force qui caractérisent le style de saint Léonard.
L'édition italienne comprend treize volumes, que nous croyons pouvoir réduire commodément à huit, dont voici l'ordre et le contenu :
[. VIE DE SAINT LÉONARD, suivie de sa CORRESPON- DANCE.