CHAPITRE IX
Prudence de saint Léonard.
Nous considérons ici la prudence comme une vertu qui regarde Dieu, en tant qu'elle nous porte à diriger toutes nos actions vers notre fin dernière, et noua
suggère les moyens d'arriver à la perfection chrétienne et par conséquent à la possession de Dieu même ; c'est sous ce rapport que nous allons parler de celte eminente vertu, qui est, comme on le comprend, l'âme et la règle de toutes les autres. Veut-on savoir à quel point saint Léonard en fut doué? Qu'on fasse simplement attention à une chose, c'est que, pendant tout le cours de sa vie, qui fut si exacte et si régulière, il eut constamment devant les yeux la félicité éternelle, à laquelle il tendait lui-même et s'efforçait de conduire les autres : ce fut là son unique préoccupation.
Pour ce qui regarde sa propre conduite, il mit toujours tant de sagesse, tant de circonspection dans toutes ses démarches, qu'il se garda bien d'opposer le moindre obstacle à la grâce ; il s'abandonna au contraire aux inspirations d'en baut, afin de faire en tout ce qu'il croirait le plus parfait, le plus agréable à Dieu, le plus salutaire à son âme. Pour se prémunir en cela contre les illusions, il n'entreprenait rien sans conseil, selon l'avis de l'Esprit saint1, s'en rapportant complètement à la direction de ses pères spirituels, qu'il avait toujours soin de consulter avant d'agir. Lorsqu'il se sentit appelé de Dieu à l'état religieux, on a vu les précautions et le temps qu'il prit pour mûrir son dessein et s'assurer de sa vocation. Il ne se contenta pas de consulter un seul guide, il voulut entendre jusqu'à quatre confesseurs zélés avant de prendre une résolution dans une affaire aussi importante que le choix d'un état de vie; il savait que l'Esprit saint a dit : E rit salus ubi multa Consilia sunt2. Une conduite si sage de la part d'un jeune séculier, jointe à une vie exemplaire et vertueuse, ainsi que
(1) Qui autem sapiens est, audit Consilia. Prov. 12, 15. — Fili, sine Consilio nihil facias. Eccli, 32. 24.
{■>, Prov. 24. 6.
le parti pris par lui d'embrasser un des Instituts les plus austères qu'il y ait dans l'Eglise, ce sont là des signes manifestes que chez lui la prudence chrétienne avait devancé les années ; car c'est bien cette vertu qui nous fait chercher avec sollicitude les moyens les plus propres à atteindre notre an, et qui, après les avoir trouvés, nous les fait embrasser sans retard, et mettre sagement à exécution.
Devenu religieux, il ne laissa point s'éteindre dans son espril la lumière dont Dieu l'avait favorisé ; il montra toujours une sainte ardeur pour tout ce qui pouvait l'aider à arriver au but qu'il s'était proposé en se consacrant à lui par des vœux solennels, savoir, la sanctification de son âme et la jouissance du paradis aprè3 cette vie. Je ne parlerai pas de l'observance régulière, qui est pour un religieux le moyen le plus indispensable et le plus sûr d'y parvenir; ce sujet m'entraînerait trop loin ; je me contenterai de choisir quelques traits entre mille pour montrer avec quelle prudence il choisissait et mettait en pratique les moyens qu'il jugeait les plus propres à le conduire à la plus sublime perfection.
On a dit, dans la première partie, qu'une des pieuses industries dont il usait, n'étant encore qu'étudiant, fut de se proposer chaque semaine une vertu à laquelle il s'exerçait tout spécialement; il la méditait sérieusement afin de s'en pénétrer, et s'efforçait d'en produire le plus d'actes possible; il en faisait la matière de ses entretiens avec ses compagnons, qu'il avait portés à embrasser la même pratique; on se rendait compte mutuellement de la manière dont on s'en était acquitté ; on se corrigeait l'un l'autre si l'on se trouvait en défaut, et l'on se communiquait les observations qu'on jugeait utiles, pour s'aider à faire des progrès. Il faisait de plus son examen particulier sur le même
objet, balançant, comme un négociant prudent, ses gains et ses pertes, et s'il trouvait du déficit, il s'empressait d'y mettre ordre. De cette façon, il faisait des progrès admirables dans les voies de la perfection à laquelle il aspirait.
Sa ferveur ne faisant que redoubler avec les années, Dieu sait toutes les industries que son ardent désir de la perfection lui fit inventer et mettre généreusement à exécution; mais, sans aller plus loin, la lecture seule de ses Résolutions, qu'il observa fidèlement jusqu'à sa mort, nous fait suffisamment comprendre qu'il ne négligea aucun moyen de parvenir en celte vie à une sublime contemplation du souverain Bien, de s'unir à lui intimement, et de mériter, en s'élevant de vertu en vertu, de pouvoir le contempler un jour sans voile dans la céleste Sion. Certes, ce fut de sa part une grande prudence que de se prescrire d'avance ce qu'il ferait chaque jour, chaque semaine, chaque mois, chaque année ; et puis de faire journellement un rigoureux examen pour corriger les moindres infidélités qu'il croyait remarquer. Rien ne montre mieux qu'en homme sage et prudent, il marchait les yeux fixés sur le but auquel nous devons tendre, savoir : connaître, aimer et servir Dieu ici -bas, pour arriver à jouir éternellement de lui dans le ciel ; c'est bien là la prudence des Saints. Il calculait donc toutes ses démarches, pesait toutes ses paroles, veillait sur tous ses mouvements, en un mot, se dirigeait en tout de manière à plaire à Dieu et à avancer l'œuvre de sa sanctification.
Mais s'il fut si prudent en ce qui concerne sa conduite personnelle, il ne le fut pas moins dans la direction de ceux qui avaient recours à lui. Rien de plus admirable que les instructions qu'il leur donnait pour les animer à pratiquer la vertu et à y faire tous les
jours de nouveaux progrès. Il est surtout impossible de rendre l'habileté avec laquelle il s'emparait des âmes, même les plus égarées, pour les ramener à Dieu. Il y eut un bon nombre de personnes, même de premier rang, qui, sur divers points de l'Italie, grâce à ses conseils et à sa prudente direction, embrassèrent généreusement le parti de la vertu, et moururent en odeur de sainteté. Une règle entre autres qu'il avait coutume de tracer à ceux qui tendent à la perfection, c'est qu'il faut toujours viser assez haut pour atteindre le but, attendu que celui qui se contente d'une vertu médiocre sans aspirer à de plus grandes choses, en réalité ne veut pas f^ire grand progrès dans la vie spirituelle ; car, entraîné par le poids des passions, il tombera bientôt misérablement, ou sera constamment sur le point de tomber. S'il dirigeait des personnes vertueuses, il avait soin de leur inspirer le désir d'arriver à une sublime perfection, et non moins zélé pour les autres que pour lui-même, il leur indiquait avec un taci exquis les moyens les plus convenables, les mieux appropriés à ia position de chacun pour atteindre ce but désiré. A la suite d'une conférence particulière qu'il eut un jour avec un religieux sur la paix intérieure, celui-ci fut désireux d'avoir par écrit les règles qu'il lui avait tracées pour l'acquérir et la conserver; il en écrivit donc à saint Léonard, qui était pour lors occupé à l'œuvre des missions dans une contrée fort éloignée. Le Serviteur de Dieu, pour le consoler, lui transmit la réponse suivante : « 11 y a quatre fondements sur lesquels doit reposer la paix du cœur, sans laquelle on ne peut rien faire de bon, ni pour soi, ni pour les autres. Le premier, c'est d'être mort au monde, aux créatures, à soi-même, et à tout ce qui n'est pas Dieu ; il faut tenir son cœur tellement dégagé de toutes les choses terrestres, qu'on ne fasse pas plus de cas de
tout ce qui n'est pas Dieu, ou ne se rapporte pas à Dieu, que d'un grain de sable. Le second, c'est de vivre dans un abandon parfait entre les bras de la divine Providence, et de regarder tous les événements de chaque jour, grands ou petits, fâcheux ou agréables, comme autant de dispositions de cette providence paternelle qui le veut ou le permet ainsi, en tenant pour certain que c'est ce qu'il y a de mieux et de plus convenable, tant pour la gloire de Dieu que pour notre salut. Le troisième, c'est d'aimer les peines, soit intérieures, soit extérieures, de chérir l'abjection, les mépris et l'abandon des créatures ; le paradis du ciel consiste dans les jouissances, le paradis de la terre dans les souffrances; s'il vient un dégoût pour les infirmités, les mépris, les peines, aussitôt un regard vers Jésus qui eut pour compagnons intimes, le mépris, la douleur, la pauvreté, au plus haut degré. Le quatrième, c'est de ne ne pas entreprendre beaucoup de choses, quelque bonnes qu'elles soient, mais seulement celles que comporte notre ministère, conformément à l'ordre de l'obéissance ; surtout de ne pas agir avec précipitation, avec impétuosité, mais posément et modestement; cette modestie doit briller dans les paroles,
dans les gestes, dans toutes les démarches Quant à
moi, je fais chaque jour de ces règles le sujet de mon examen, et je trouve toujours y avoir manqué en quelque chose. J'espère que vous les mettrez à profit mieux que moi. «
Ce simple fragment de lettre nous permet de conclure, jusqu'à un certain point, avec quelle prudence chrétienne il enseignait aux autres la voie du ciel et la pratique de la vertu. Aussi n'est-il pas étonnant qu'on vit recourir à lui, comme à un maître doué d'une sagesse consommée, des personnes de toute qualité, riches et pauvres, hommes et femmes, nobles et autres, séculiers
et ecclésiastiques, voire même des réguliers de divers instituts, et entre autres des religieux réputés pour leur saimeté et pour leur doctrine; on réclamait de lui de vive voix et par écrit, de loin comme de près, aide, conseil et direction en tout ce qui regarde les besoins de l'àme, et il donnait à chacun les enseignements les plus salutaires et les plus convenables, en tenant compte de la diversité des circonstances. De là vient que tous, admirant sa prudence et sa sagesse, publiaient à haute voix qu'ils avaient trouvé en lui un homme doué d'une lumiere extraordinaire pour enseigner la voie facile, courte et sûre qui mène en paradis. Pendant le peu de temps qu'il demeura à Rome sans être occupé ^en missions, on voyait arriver chaque jour au couvent de Saint-Bonaventure une quantité de gens, qui désiraient conférer avec lui sUr l'affaire importante de leur salut. Il s'en trouvait quelquefois vingt et plus en même temps, qui venaient lui proposer leurs difficultés ou le consulter sur diverses matières, et, chose surprenante! il leur donnait à chacun des réponses aussi justes, aussi précises, aussi satisfaisantes, que s'il eût étudié leurs cas tout à loisir. Ces réponses si concises étaient reçues avec respect, comme une règle qu'on n'avait qu'à suivre pour marcher avec assurance dans les voies du Seigneur, et l'on s'en retournait content et satisfait. Tandis que d'autres auraient employé bien des heures à entendre et à expédier tant de personnes, il possédait le talent de les instruire et de les consoler admirablement, en très peu de temps, souvent même sans écouter jusqu'au bout les explications qu'on avait à lui donner. Mais il y en avait un bien plus grand nombre encore qui, de toutes les contrées de l'Italie, recouraient à lui par lettres, soit qu'il habitât son couvent, soit qu'il fût en mission. Chaque poste lui apportait une quantité de lettres de ce genre ; il n'en laissait aucune sans
réponse; il résolvait les doutes et les difficultés qu'on lui proposait, donnait des conseils et des lumières en rapport avec les besoins de ses correspondants, mais toujours avec tant de tact et d'à-propos, que ceux qui les recevaient, se trouvant parfaitement tranquillisés, vénéraient ses avis comme dictés par Dieu même à son Serviteur, et s'y conformaient dans leur conduite, sans crainte d'errer.
Quoique la prudence de saint Léonard parût si clairement dans la direction des âmes qui avaient déjà embrassé la voie de la perfection, et qui désiraient s'y avancer de plus en plus, elle brillait cependant avec plus d'éclat encore lorsqu'il s'agissait de ramener au chemin de la vertu celles qui s'étaient abandonnées aux plus grands désordres. On admirait en lui un don tout particulier pour toucher le cœur des pécheurs et leur faire goûter les moyens les plus efficaces de se conserver en grâce, et de pratiquer les vertus de leur état. Lorsqu'il venait à rencontrer, ce qui arrivait très souvent, de ces malheureux à la conscience embrouillée, autant il les accueillait avec charité, autant il montrait de discernement dans les avis et les instructions qu'il leur donnait. Selon la diversité des caractères, des fautes et des personnes, il savait approprier à chacun, soit les encouragements d'une exhortation paternelle, soit les rigueurs de la correction ; il usait si à propos de douceur et de sévérité, qu'on voyait souvent des pécheurs, ailiers et arrogants d'abord, se relever de ses pieds pleins d'humilité et de componction. Il était persuadé qu'on obtient plus des pénitents par la douceur que par la sévérité, et que, plus ils sont criminels, plus on leur doit de compassion; cette maxime, qu'il prenait lui-même pour règle, il cherchait à l'insinuer aux autres confesseurs, et il ajoutait que, lorsqu'on se trouve dans le cas de devoir refuser ou différer l'abso-
lution, il faut user de ménagements et le faire en termes tels, que le pénitent reconnaisse qu'on n'en agit ainsi que pour son bien spirituel sans aucun autre motif. Voici une réflexion qu'il avait coutume de faire à ce sujet et qu'il a même laissée par écrit : « On ne saurait assez blâmer, dit-il, ces confesseurs qui, par leurs brusqueries et leurs réprimandes intempestives, aigrissent de pauvres pénitents. On doit les écouter avec bienveillance et un visage calme, les traiter avec mansuétude et leur faire entendre qu'on n'a que leur bien en vue; pour cela il faut éclairer leur intelligence de telle sorte qu'ils se rendent à ce qu'on demande d'eux et s'y soumettent de bon cœur. » Que telle fût sa règle, on n'en peut douter, vu que de tant de pécheurs qui s'adressèrent à lui, il n'y en a pas un seul qui ne se soit retiré content et satisfait. Après les avoir écoutés patiemment, en les aidant à se décharger du poids de leurs péchés, et en les encourageant à ne pas se laisser vaincre par une fausse honte, il leur adressait une exhortation si bien appropriée, si douce et si efficace tout ensemble, qu'il les déterminait à mettre en pratique les remèdes qu'il leur proposait comme indispensables. Si certains devaient retourner plusieurs fois pour recevoir l'absolution, ils finissaient par fondre en larmes, et l'on en entendit plus d'un, au sortir du confessionnal, rendre grâce à Dieu en s'écriant : « Le père Léonard m'a retiré de l'enfer ! » Si l'on ne craignait d'être long, on pourrait rapporter ici les conversions sans nombre qu'il opéra dans les lieux où il prêcha la pénitence ; car ce sont là, pour ainsi dire, autant de monuments de sa prudence, non moins que de son zèle.
Un des ministères qui présente le plus de difficultés, c'est sans contredit celui des missions; s'il n'est réglé avec une prudence extrême, rien de plus facile que
d'aller se briser contre ìes écueils, et, au lieu de gagner des âmes à Dieu, de s'exposer à perdre la sienne avec son autorité et sa réputation. Passer constamment d'un lieu à un autre pour prêcher à des populations, de mœurs, d'habitudes, d'inclinations toutes différentes ; attaquer tous les vices, introduire une réforme complète, en un mot, faire une guerre ouverte à l'enfer : c'est là une entreprise si malaisée, que pour y réussir il faut un tact et une discrétion à toute épreuve; surtout pour faire la distinction des lieux, des temps et des personnes, surmonter une foule d'obstacles, et résoudre les cas embrouillés qui sont innombrables. Or notre ouvrier évangélique exerça ce ministère, comme on l'a répété plusieurs fois, l'espace de quarante-quatre ans, dans des contrées et à des époques différentes, et jamais il n'occasionna ni troubles, ni désordres. Quoique dans la plupart des endroits, il trouvât beaucoup de ronces et d'épines à arracher, que souvent le démon mît tout en œuvre, soit pour empêcher que la mission ne commençât, soit pour l'enrayer lorsqu'elle était en train, lui, sans se troubler, procédait avec tant de ménagements, que si, dans le principe, il n'était reçu que de mauvais gré par les. partisans du vice, il finissait néanmoins par gagner tous les autres, si bien que ses adversaires l'accompagnaient de leurs larmes à son départ et auraient tout fait pour le déterminer à prolonger son séjour parmi eux. Y avait-il une contrée où la corruption avait fait plus de ravages? aussitôt saint Léonard était désigné pour y donner la mission, et, alors même que le succès était plus qu'invraisemblable, dès qu'il avait fait quelques serinons, quelquefois même dès le premier jour qu'il paraissait sur l'estrade, il se trouvait maître de tous les esprits. Il faisait vibrer ses paroles avec tant de force qu'il pénétrait jusqu'au cœur des pécheurs, même les plus
enfoncés dans le bourbier du vice; et il usait d'une circonspection telle, que, tout en représentant très vivement la laideur du péché, il n'offensait pas les personnes. 11 en résultait que tout en se corrigeant de ses égarements et en les détestant au fond du cœur, on s'affectionnait au saint Missionnaire, qui avait l'art de découvrir la plaie et d'en enlever le pus, sans l'irriter.
Nulle part cependant il n'eut autant besoin de prudence que dans l'ile de Corse. Lorsqu'il y fut envoyé pour travailler au bien spirituel de ses habitants, comme on l'a rapporté dans la première partie, cette contrée était pleine de révolutions, de troubles, de haines et de dissensions mortelles et invétérées; le peuple était divisé en deux partis, dont le plus nombreux était composé de ceux qui repoussaient la souveraineté de la république de Gênes, se livraient à des meurtres continuels et aux désordres les plus graves, au point que ce malheureux pays ressemblait assez à une forêt peuplée d'animaux féroces. C'est là que saint Léonard fut envoyé en 1744, pour y prêcher la pénitence, porter les habitants à déposer toute haine, et à se réconcilier entre eux, ainsi qu'avec Dieu. Pour peu qu'on y réfléchisse, on comprendra facilement toute la prudence qu'il lui fallait dans des circonstances aussi graves et aussi périlleuses. Génois de naissance, il se présentait comme envoyé à la demande de la république de Gênes ; cela seul peut faire pressentir toutes les précautions et toute la réserve qu'il devait mettre dans chacune de ses paroles et de ses démarches, pour ne pas irriter des esprits tellement exaspérés d'avance, qu'ils assistaient au sermon, armés de pied en cap, prêts à s'entr'égorger mutuellement à la moindre provocation. C'est ce qui a été rapporté aux Chapitres XIV et XV de la première partie. Et cependant, telle fut la prudence de l'homme
de Dieu dans ces circonstances critiques et hérissées de difficultés, que, quoiqu'il reprit ouvertement le peuple de ses excès, le peuple le chérissait tendrement, l'écoutait avec attention, et conçut de lui une si haute idée, qu'on n'osait contrevenir à aucune de ses recommandations. Aussi parvint-il, dans tous les lieux où il prêcha, à réformer les mœurs, et à extirper les haines : peut être même aurait-il fait renaître une tranquillité parfaite et durable dans toute la contrée, s'il n'eût été obligé de la quitter à l'improviste.
Il est donc vrai de dire que saint Léonard régla toute sa conduite avec une prudence admirable, et qu'il fit briller celte vertu avec éclat dans les circonstances les plus épineuses, d'où il faut conciare qu'il la posséda à un degré héroïque et sublime.