CHAPITRE XII
De la justice de saint Léonard envers le prochain, et particulièrement de son exacte Obéissance.
Si la justice exige qu'on rende au prochain ce qui lui est dû, il nous reste à voir comment saint Léonard satisfit à cette obligation. Or, le religieux, en vertu de ses vœux, doit avant tout obéissance à son supérieur, comme au ministre de Dieu, au nom duquel celui-ci exerce son autorité. Nous parlerons donc en premier lieu de la ponctualité avec laquelle il se conformait à la volonté de ses supérieurs, puis nous dirons un mot do son zèle pour la justice envers tout le monde.
On peut dire que notre héros fut un zélateur jaloux de la vertu d'obéissance ; il l'aima au point qu'il n'entreprit jamais la moindre chose que sous la dépendance de ses supérieurs et avec leur bon plaisir. D'après la maxime de saint Bernard que c'est l'obéissance qui fait le moine, Obedieniia facit monachos, il se laissait guider en tout par leurs ordres, et les exécutait avec plus de promptitude qu'on n'eût pu en attendre d'un novice dans sa première ferveur. Et afin qu'ils eussent toute liberté de lui prescrire ce que !>on leur semblait, il allait lui-même se jeter à leurs pieds, et leur mani-
festait avec humilité et soumission sa résolution de leur obéir de bon cœur et promptement en toutes choses, les priant en conséquence de disposer de lui librement, et sans égard à quoi que ce soit, vu qu'il était indifférent à tout, qu'il voulait entièrement dépendre de la sainte obéissance et que pour cette raison il se remettait entre leurs mains, prêt à exécuter tout ce qu'ils voudraient bien lui ordonner. Les actes répondaient parfaitement aux paroles; car au moindre signe de leur part on le voyait quitter sur-le-champ ce qu'il avait en main; ce signe était comme un ordre qui lui fût venu immédiatement du ciel.
On était souvent édifié en remarquant avec quelle sollicitude il sondait les vues de ses supérieurs, afin de s'y conformer, avant même qu'ils n'eussent ouvert la bouche. Lui commandait-on d'aller visiter un malade, ce qui arrivait très fréquemment, ou de consoler une personne dans la peine et l'affliction? à peine avait-il reçu cet ordre qu'il se dirigeait vers la porte du couvent, attendant là le compagnon que l'obéissance lui désignerait, puis il s'en allait où celui-ci le conduisait, sans savoir, bien des fois, ni où, ni près de qui, sans même s'en enquérir, se laissant mener comme un enfant. Ce qui excitait encore davantage l'édification, c'est que, quand il s'arrêtait en voyage dans un couvent, pour s'y reposer quelques heures seulement et continuer ensuite sa route, il témoignait aux supérieurs locaux la même obéissance qu'à son propre gardien. Or, lorsqu'on savait dans un lieu que le Saint devait passer, beaucoup de personnes adonnées à une vio intérieure priaient les supérieurs du couvent de le leur adresser, afin qu'elles pussent le consulter sur leurs affaires spirituelles, et le Serviteur de Dieu, tout fatigué qu'il était, après avoir longtemps voyagé, parfois dans la neige ou la boue, dès que les supérieurs ouvraient
la bouche, se rendait avec promptitude à leur désir, sans répliquer un seul mot.
Il ne montrait pas moins de sollicitude pour l'obéissance lorsqu'il était hors du couvent, employé aux missions ; s'il était invité à aller prêcher la pénitence dans un endroit, il ne déterminait jamais rien de luimême, mais s'en rapportant à l'obéissance, il en écrivait aux supérieurs, et se gardait bien de faire un seul pas sans leur permission. Dès qu'il avait reçu leur réponse, il exécutait si ponctuellement ce qui lui était tracé, qu'on ne pouvait soupçonner qu'il eût d'autre volonté que celle des supérieurs. Quoiqu'il ne pût se dissimuler les fruits immenses qu'il opérait dans les âmes par la prédication, il protestait néanmoins que si l'obéissance lui eût prescrit de renoncer tout à fait aux missions, il aurait obéi, non seulement avec promptitude, mais de bon cœur et avec joie. Il avait coutume de dire que l'obéissance est bien agréable à Dieu, que sans elle toute autre vertu perd son lustre, et se convertit en défaut. Souvent, tandis qu'il exerçait dans un lieu son ministère apostolique, il recevait ordre de ne pas le continuer dans les localités circonvoisines du même diocèse, mais d'aller plus loin ou de revenir sur ses pas, pour retourner ensuite à l'endroit d'où il était parti : il ne paraissait pas affecté de ces contre-temps; malgré la contrariété des saisons et les difficultés qu'entraînait sa manière pénible de voyager, il partait sans dire mot, sans chercher la moindre excuse; il reculait ou il avançait, selon les ordres qui lui étaient transmis. Un religieux, à l'occasion d'un de ces voyages, lui ayant écrit de se conformer à la volonté des supérieurs : « Je me laisse ballotter de çà et de là, lui répondit-il, au gré de la Providence; en suivant la voie que l'obéissance me trace, je suis sûr de ne pas m'égarer. » Un autre lui écrivit un jour pour lui témoigner sa
compassion, en voyant les incommodités auxquelles on l'assujettissait en le faisant aller tantôt en avant, tantôt en arrière; il lui répondit fort gaiemeDt : « Je fais volontiers le voiturier qui bat toujours la même route en allant et en revenant; de cette façon, je gagne mon pain. » Enfin il y en eut un qui l'exhorta par lettre à exposer modestement aux supérieurs les difficultés qu'il éprouvait, étant vieux, à exécuter de pareils ordres; voici en quels termes il lui manifesta ses sentiments : « Mon père, il nous faut obéir. Vous touchez à ma conscience sur le point le plus délicat, vu que depuis cinquante ans que je suis en religion, je n'ai jamais eu l'occasion de me confesser d'avoir manqué à la sainte obéissance; pensez un peu si je voudrais me brouiller avec elle, maintenant que je suis vieux. »
Son amour pour cette vertu résulte également de l'estime profonde qu'il avait pour la personne de ses supérieurs , des témoignages de respect qu'il leur rendait et de la maniere dont il parlait de l'obéissance elle-même : « Par elle, disait-il habituellement, on exerce tout particulièrement les trois vertus théologales, sans parler des autres; » et il en donnait la raison : « Puisque l'obéissance religieuse, continuaitil, consiste à obéir aux supérieurs comme à Dieu, il s'ensuit qu'en la pratiquant avec perfection, on exerce la foi d'une maniere exceliente, par cela même qu'on envisage dans la personne des supérieurs Dieu luimême, dont ils tiennent la place, et de qui leur vient le pouvoir de commander ou de défendre ce qu'ils jugent le plus convenable, pour le bon ordre de leurs inférieurs. On exerce aussi l'espérance, puisque le sujet s'abandonne entièrement entre les mains de celui qui le gouverne, avec la confiance d'être dirigé par un secours spécial de la divine Providence ; car, en effet, il se dépouille de toute volonté propre pour se laisser
aller à celle d'autrui, sûr d'être guidé de la manière la plus avantageuse pour son bien spirituel. On exerce enfin la charité, en aimant par-dessus tout le bon plaisir de Dieu, puisque c'est pour ne point s'écarter de ce qui est agréable à Dieu, qu'on embrasse de bon cœur, et qu'on accomplit avec promptitude, ce que les supérieurs jugent bon de décider. •> En se réglant d'après ces principes, il avait une si haute estime de l'obéissance, que, quoi que ce fût qu'on lui commandât, malgré les difficultés ou les désagréments qu'il prévoyait, sa réponse était invariablement celle-ci : « Quand il s'agit d'obéir, il faut que la vie même y passe. Je m'estimerais souverainement heureux s'il m'était donné de mourir pour l'obéissance. »
Il n'avait pas moins de vénération pour ses supérieurs, puisqu'il les considérait comme Dieu même : dès que quelqu'un était nommé gardien, qu'il fût jeune ou vieux, savant ou peu instruit, il n'envisageait plus que le caractère de l'autorité dont il était revêtu : c'en était assez pour qu'il en eût une haute idée, et qu'il respectât en lui la dignité de représentant de Dieu, n'en parlant jamais qu'avec beaucoup d'humilité et dj vénération. Il arriva maintes fois que des personnages distingués, et même des cardinaux, lui demandèrent un service ; quoique avancé en âge et touchant déjà au terme de sa carrière, il leur répondait modestement, en montrant son père gardien, s'il était présent : « Eminence, voilà mon Dieu sur la terre. Je ve puis répondre ni oui, ni non. Depuis que j'ai fait vœu d'obéissance, il ne m'est resté d'autre volonté que celle des supérieurs qui me gouvernent à la place de Dieu. »
Avec de pareilles idées, non seulement il en parlait toujours respectueusement, mais il écoutait avec attention et les yeux baissés tout ce qu'ils lui disaient ou lui prescrivaient. Lui proposaient-ilsune question, un doute?
il manifestait ingénument son opinion, sans y tenir, puis s'en remettait à leur jugement et à leur décision. En tout, même dans les plus petites choses, il demandait la permission du supérieur, selon les usages de l'Institut, dont il observa les moindres pratiques avec la plus grande exactitude, sans jamais s'accorder ni exemption, ni dispense. Aussi rien n'était plus édifiant que de voir un vieillard, vénérable par son âge et par son mérite, se mettre à genoux devant son supérieur, soit pour lui demander la permission de sortir du couvent, acceptant indifféremment pour compagnon quiconque on jugeait bon de lui assigner, soit pour toute autre permission, telle que celle de répondre à une lettre, de changer de vêtements, ou de faire n'importe quoi, et puis baisant la terre comme fait un novice. Ce qui est encore plus surprenant , c'est qu'en passant devant la cellule de son gardien, il se découvra't, se retournait et faisait une inclination profonde. Interrogé pourquoi il en agissait ainsi : - Ce lieu est sacré, répondait-il ; mon supérieur y habite, il est donc digne de tout respect, comme un lieu où réside celui qui tient la place de Dieu. » Il n'examinait, ni ne recherchait jamais les motifs de ce qui lui était commandé, et reprenait ceux qui n'obéissaient qu'après s'être livrés à cette investigation. « Il suffit, disait-il à ce propos, que ce qui est ordonné n'offense pas Dieu : pour tout le reste, il faut incliner la tête sans en chercher davantage. » Une religieuse lui proposa quelques doutes touchant l'obéissance : <• Gravez-vous bien cette vérité dans le cœur, lui répondit-il : la supérieure peut se tromper, et de fait elle se trompe quelquefois; mais l'inférieure qui agit avec le désir sincère de plaire à Dieu, ne se trompe jamais on obéissant. » Pénétré de cette maxime, il était disposé à entreprendre, ou à omettre les mêmes bonnes œuvres, au gré de ses supérieurs. Nous avons déjà vu
combien il était fermement résolu d'observer ses Résolutions, moyennant l'approbation de son gardien et de son confesseur; néanmoins si l'un ou l'autre, soit pour l'éprouver, soit pour tout autre motif, lui disait quelquefois de s'en dispenser, ou de se modérer en quelque point, il se soumettaii promptement, sans témoigner ni répugnance ni regret.
Voici du reste comme il s'exprime dans la dernière de ces mêmes Résolutions, vers la fin : « Je supplie mon père spirituel, après qu'il aura lu ces Résolutions, s'il les juge conformes à la volonté de Dieu, de me donner sa bénédiction, afin que je fasse toutes choses avec le mérite de la sainte obéissance. » Il adressait la même prière à tous ceux qui avaient part à la direction de sa conscience, les suppliant de vouloir bien les bénir et les signer de leurs mains, après les avoir approuvées. On l'entendait souvent répéter qu'il voulait se laisser mouvoir comme un bâton entre les mains de celui qui tient la place de Dieu, en obéissant en tout ce qui n'est pas péché, et il exhortait les autres à suivre la même règle, comme on peut en juger par l'avis suivant, qu'il adressa à un religieux : « Quoi que ce soit que nous impose l'obéissance, écrivait-il, jetons-nous dans l'océan de la divine Providence : laissons les supérieurs faire à leur gré le haut et le bas avec nous : voilà le moyen de vivre en paix et de mourir en paix; et soyons certains qu'aussi longtemps que nous autres religieux, nous ne nous mettrons pas sur le pivot, pour faire la roue en tous sens au souffle de l'obéissance, nous ne jouirons jamais d'une paix parfaite ; tandis que, cette généreuse résolution une fois prise : Seigneur, me voici en pleine mer, guidez-moi, je suis prêt à tout, ce que voudra de moi l'obéissance, sans rien excepter, dut-il m'en coûter la vie ; cette résolution, dis-je, une fois prise, nous nageons dans un océan de paix. » Tous les supérieurs
locaux qui l'ont vu dans leurs couvents attestent unanimement qu'ils ont eu constamment sujet d'admirer son obéissance, dans les petites choses comme dans les grandes. C'est parce qu'il tenait tant à ne pas perdre le mérite de l'obéissance qu'il redoutait les charges et qu'il aimait d'être sous le3 ordres d'autrui; pour ce motif encore, il professait un souverain respect pour les prélats, dans les diocèses desquels il exerçait le ministère apostolique, et dépendait totalement de leurs instructions ; il se montrait aussi plein de déférence pour les curés, leur baisant la main et réclamant le secours de leurs lumières, pour produire plus de fruits dans les âmes. Que dirai-je de plus? Il obéissait même au frère laïc qui avait été désigné pour l'accompagner et le servir en temps de mission ; au point que celui-ci lui disant de faire une chose ou l'autre, il s'y conformait exactement, sans répliquer un seul mot.
Mais la perfection de l'obéissance consiste à obéir, non seulement avec promptitude, mais encore avec joie : aussi notre Saint, tout en s'empressant d'exécuter les ordres reçus, laissait-il éclater sur son visage le contentement qui régnait dans son âme : « En obéissant, disait-il en diverses circonstances, je suis sûr de ne pas m'égarer ; c'est pourquoi j'éprouve plus de satisfaction quand je fais un acte d'obéissance, que je n'en éprouverais si j'avais converti le monde entier. » Il avait fréquemment ces paroles à la bouche : « Notre devoir est d'obéir; » et regardant chaque ordre de ses supérieurs comme ce qu'il y avait de plus avantageux et de plus salutaire pour lui, sans chercher autre chose, il l'exécutait promptement, avec sollicitude et avec joie; il regardait le moindre délai comme coupable, ajoutant que par là on perd une grande partie du mérite et qu'on cède la première fleur au démon.
Enfin s'étant proposé d'être obéissant jusqu'à la mort,
il fit voir combien il tenait à cette résolution, lors de son dernier voyage de Bologne à Rome. Le Souverain Pontife, à son départ, lui avait enjoint d'être de retour dans le mois de novembre; il lui avait même écrit : « Nous espérons que vous serez bientôt à Rome. » Le Saint partit donc de Bologne dès le 15 do novembre , et étant tombé malade en route, il voulut, malgré les instances qu'on lui fit en plusieurs endroits pour l'engager à s'arrêter, poursuivre son voyage afin d'obéir au Saint - Père ; c'est ainsi qu'il s'en expliqua avec son compagnon, en lui disant : « Vous savez, mon frère, que Sa Sainteté, lorsque je quittai Rome, m'enjoignit d'y être de retourdans le mois de novembre. Vous savez qu'il m'a écrit à Barbarolo : « Nous espérons que vous serez bientôt à » Rome; » et quand un Pape dit : Nous espérons, je prends que c'est comme s'il disait : Nous ordonnons ; j'aurais donc trop d'inquiétude de conscience, si, à cause du mal qui m'est survenu, je me dispensais d'obéir. Allons donc à Rome; si je viens à mourir, ce sera une grâce particulière que Dieu me fera, une grâce que j'ai vivement désirée, savoir, de mourir dans l'exercice actuel de l'obéissance. » En effet, quelques heures après son arrivée à Rome, il s'endormit dans le Seigneur, avec la consolation d'avoir été obéissant jusqu'au dernier soupir.
Saint Léonard ne se contenta pas de pratiquer luimême la justice, en obéissant à ses supérieurs, il eut aussi à cœur de la faire pratiquer par les autres, et de voir rendre à chacun ce qui lui est dû ; c'est pourquoi il fit la guerre à l'usure et à tous les genres d'oppression. Il lui arriva souvent de rencontrer de pauvres malheureux, pressurés par des avares, qui, grâce à des contrats illicites passés en coutume, leur suçaient cruellement le gang ; touché de compassion et animé d'un saint zèle pour la justice, il attaquait avec énergie les vices
opposés et s'efforçait de les extirper; il en montrait la laideur et la grièveté. Il enseignait la manière de passer des contrats licites, sans dépasser les bornes du juste et sans opprimer le pauvre ; mais en même temps il s'élevait hautement contre ceux qui, pour un gain sordide et usuraire, ne craignent pas de sacrifier leur âme et leur éternité. Il ne faisait en cela aucune acception de personnes: il reprenait avec une liberté vraiment apostolique et les larcins du pauvre, et les violentes exactions du riche, en un mot, tout ce qui blesse la justice, soit par usure, soit par vol, soit par refus d'acquitter ses dettes, ou de satisfaire à ses obligations; il s'exprimait avec assez de force et de clarté pour être entendu de tout le monde, et faire comprendre en même temps combien il aimait la justice et haïssait le vice contraire.
Il advint quelquefois que des personnes de qualité taxèrent notre missionnaire d'imprudence, quoiqu'il ne s'exprimât jamais dans ses sermons qu'en termes généraux. Quand il avait bruit de ces accusations, il répondait du haut de l'estrade qu'il faisait une guerre d'extermination au vice, quelque part qu'il se trouvât, soit dans la chaumière du paysan, soit dans les palais des grands, qu'il fût couvert de haillons, ou chamarré d'or et d'argent; qu'en sa qualité d'ouvrier apostolique, il était également débiteur envers tous, et qu'il voulait rappeler à tous leurs devoirs. Ces sortes de murmures, bien loin de refroidir son zèle, semblaient le redoubler, surtout lorsqu'il s'agissait de démasquer les fraudes et les fourberies dans le commerce, et la déloyauté de ceux qui se dispensaient de payer leurs créanciers. Voici les termes dans lesquels il s'exprimait parfois : « On dira que frère Léonard est un mal élevé pour reprendre avec si peu de ménagement ceux qui ont le tort, aujourd'hui si commun, de ne pas payer leurs créanciers ; on ajoutera que c'est un ignorant, qui ne comprend pas que
c'est manquer aux exigences de sa condition, que de diminuer les dépenses indispensables pour soutenir le rang qu'on occupe. — Qu'ils disent tout ce qu'ils veulent ; je trahirais mon ministère apostolique, je trahirais les intérêts de leurs âmes, si, les voyant agir contre la justice, je m'abstenais, par un lâche silence, de leur rappeler et de leur mettre sous les yeux à tous, la gravité de leurs obligations, ainsi que les péchés nombreux et énormes dont ils se rendent coupables, en négligeant de les remplir. Qu'ils murmurent après cela , peu m'importe. Qu'ils en viennent même aux coups, je ne m'en soucie pas. Ce dont je me soucie, ce que je voudrais obtenir même au prix de mon sang, c'est qu'on observe la justice, vertu indispensable, faute de laquelle quantité d'âmes se précipitent malheureusement à leur damnation. » Tel était le zèle que déployait saint Léonard pour foudroyer les violateurs de la justice et inculquer l'amour de cette vertu, qui était si profondément gravée dans son cœur; car c'est elle qui le portait à honorer et à respecter ses égaux et même ses inférieurs, conformément à l'enseignement de l'apôtre saint Paul : Honore invicem prœvenientes,1 et à se garder de tout ce qui aurait pu leur causer du déplaisir, ou les blesser le moins du monde.
(1) Rom. 12. 10.