‹ Œuvres complètesChapitre 45 sur 155 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Force d'âme héroïque de saint Léonard.

La Force chrétienne est cette vertu qui rend l'âme supérieure à tous les obstacles, qui s'opposent à notre perfection ou à celle du prochain, et nous fait recevoir de la main de Dieu, avec un courage imperturbable, les croix et les adversités; nous allons voir brièvement à quel point notre héros excella dans cette vertu. Sa vie tout entière, en effet, fut semée d'écueils et de traverses, de difficultés et de dangers ; il sut tout vaincre, tout surmonter. C'était une chose merveilleuse que de le voir s'engager, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, dans les entreprises les plus ardues et les plus épioeuses, sans jamais perdre courage, sans jamais laisser apercevoir ni pusillanimité, ni hésitation à se mettre à l'œuvre et à poursuivre jusqu'à ce qu'il eût atteint son but. On n'en finirait pas si l'on voulait rapporter tous les cas où il dut déployer une force vraiment héroïque; nous n'en indiquerons que quelques-uns, qui, à raison du concours de circonstances imprévues, compliquées et embarrassantes, réclamèrent de sa part une plus grande énergie.

Il fit d'abord éclater son énergie en établissant dans les couvents de Retraite la plus stricte observance des règles et des constitutions, même dans les choses les moins importantes, et en résistant efficacement à l'opposition de ceux qui voyaient ces Retraites de mauvais œil. Il disait, à l'occasion : « Notre Institut est ma mère, et je m'estimerais heureux de donner ma vie pour le

maintenir et le défendre. » On a vu, dans la première partie, toutes les peines qu'il s'imposa pour établir à Florence le couvent du Mont, les difficultés qu'il eut à surmonter, par suite de l'opposition d'un grand nombre de personnes influentes ; il essuya à ce sujet de si graves déplaisirs, tant de la part des siens que de la part des étrangers, qu'il fut réduit à proférer ces paroles : « Qu'on m'outrage, qu'on m'accable de coups, si l'on veut, pourvu que notre Institut se conserve et se maintienne dans toute sa vigueur ! » Il fit dans ce but plusieurs voyages de Rome à Florence et de Florence à Rome, dans les saisons les plus rigoureuses, toujours pieds nus, et sans perdre courage en présence des adversités et des traverses de tout genre. Que dis-je? plus il rencontrait de difficultés et d'obstacles, plus aussi il montrait d'énergie, se déclarant prêt à souffrir encore davantage, voire même à verser son sang, s'il le fallait, pour la gloire de Dieu et le progrès de son Institut. Dans bien d'autres circonstances il se montra armé d'une force invincible, en reprenant, avec une sainte liberté et sans acception de personnes , les transgresseurs des bons usages, même dans les moindres observances.

Il montra le même courage, et plus encore peut-être, dans les rencontres difficiles, qui se présentèrent fréquemment, tandis qu'il exerçait le ministère apostolique. L'esprit de force, en effet, est bien nécessaire à celui qui fait la guerre au vice et à l'enfer ; car on est exposé dans cette lutte aux railleries des libertins, qui s'entendent condamner, aux persécutions des vicieux, qui se voient confondus, aux outrages des pécheurs obstinés, qui bravent tout. Or, quiconque a assisté aux prédications de saint Léonard a pu dire si on le vit jamais faiblir par crainte ou par respect humain. Tous, au contraire, ont attesté avec admiration le courage et

la force d'âme qu'il déployait contre le péché et contre les pécheurs, quoi qu'il pût lui arriver de fâcheux et de désagréable.

Rencontrait-il un scandale? aussitôt, mettant de côté tout déguisement et tout artifice do langage, il le dénonçait publiquement et s'élevait avec une véhémence extrême contre les coupables, sans craindre de les blesser ; seulement, en homme prudent autant qu'énergique, il respectait les personnes qu'il s'abstenait de nommer, et s'en prenait aux désordres qu'il voulait déraciner. Si cela ne suffisait pas, si, malgré ses avertissements donnés du haut de l'estrade, le scandale ne disparaissait pas, il faisait appeler l'auteur du mal, ou se rendait chez lui, et avec cette liberté apostolique qui lui faisait tout braver, il lui mettait sous les yeux ses devoirs, ainsi que le danger auquel il s'exposait d'une éternelle damnation. Et il n'en agissait pas ainsi seulement avec les personnes d'une condition ordinaire, auxquelles le monde s'imagine qu'un ministre de l'Evangile peut parler avec plus de franchise et de hardiesse; il en usait de même à l'égard des personnes les plus distinguées sous le rapport de la naissance, des qualités ou du rang, dont on se persuade quelquefois qu'il faut, sinon tolérer, au moins dissimuler les désordres. Beaucoup, même parmi les ministres de Dieu, s'étonnaient de l'intrépidité avec laquelle il reprenait, soit en public, soit en particulier, sans jamais se déconcerter, tout ce qu'il jugeait digne de reproche et de blâme, n'ayant en vue que l'honneur de Dieu et le salut des âmes.

Un personnage de haut rang tomba malade à Rome. Sa confiance dans saint Léonard lui avait fait faire beaucoup de bonnes œuvres sous ses inspirations, mais ce malade, réduit à l'extrémité, nourrissait une haine mortelle contre son neveu ; il ne voulait ni le voir, ni même en entendre parler. Le Serviteur de Dieu, qui

n'avait jamais eu soupçon de cette inimitié, n'en fut pas plus tôt informé qu'il se rendit sur-le-champ chez le malade, et à peine arrivé près de son lit, il lui dit, sans autre préambule : « Excellence, je vous ai aimé pendant votre vie, et lorsque vous étiez en pleine santé; je vous aime beaucoup plus maintenant que vous êtes malade et sur le point de mourir. En vertu donc de l'amour que je porte à votre âme, je vous dis, sans détours superflus, qu'il faut, ou que vous pardonniez à votre neveu, ou que vous vous damniez. » En entendant ce langage intrépide, le malade, qui s'était montré inflexible aux prières de tant d'autres, au point que personne n'avait plus le courage de lui parler de réconciliation, se laissa subitement toucher ; il fit appeler son neveu, l'embrassa avec une charité chrétienne, et peu après passa à une autre vie.

Tandis que le Serviteur de Dieu donnait la mission dans une ville de la Campagne Romaine, on l'avertit que les femmes de l'endroit étaient fort peu modestes dans leur mise : il insista donc avec force pour que les jeunes personnes, spécialement, sortissent toujours décemment vêtues, surtout pour se rendre à l'église. Quelques-unes des principales de la ville se flattèrent que le missionnaire aurait pour elles des égards particuliers, soit à cause qu'il était logé chez l'archiprêtre, leur oncle, soit à cause du rang distingué que leurs familles occupaient dans l'endroit ; sans tenir compte par conséquent de ses avertissements, elles se rendirent à l'église avec leurs compagnes, vêtues comme de coutume, c'est-à-dire les épaules presque nues, et elles prirent place au pied de l'estrade pour mieux entendre le prédicateur. Celui-ci, informé de ce qui se passait, termina son sermon en rappelant à ses auditeurs l'obligation de subvenir aux besoins du prochain, et les invita très chaleureusement à faire ce soir-là une aumône plus

abondante que d'ordinaire, pour un besoin qu'il jugeait urgent. Tout le monde avait les yeux fixés sur lui et les oreilles tendues, pour savoir quelle était la destination de cette aumône; il les tira enfin d'incertitude, et s'exprimant avec une sainte liberté : « A quoi sera donc employé, dit-il, le produit de la collecte qui va avoir lieu? A rien autre, sachez-le bien, qu'à acheter une pièce de grosse toile pour en donner un morceau à chacune de ces demoiselles qui ont assisté au sermon, et qui sont à peine vêtues, probablement parce qu'elles n'ont pas assez d'étoffe pour se couvrir décemment les épaules. » Les jeunes personnes rougirent en entendant cette conclusion, et se couvrant du mieux qu'elles purent, elles prirent la résolution d'être sur leurs gardes à l'avenir. Elles comprirent que si le ministre de Dieu était plein de zèle pour leur conversion, il était aussi doué d'assez de courage pour braver tout respect humain, quand il s'agissait de leur salut. Et, en réalité, on ne pourrait dire combien le Serviteur de Dieu était au-dessus de ces considérations pusillanimes, capables d'empêcher parfois qu'on emploie efficacement le glaive de la parole de Dieu, pour trancher les liens qui retiennent les âmes captives; de quelle énergie il s'armait au besoin contre le vice, partout où il se montrait, soit parmi les personnes de commune condition, soit dans les rangs les plus élevés de la société. Qu'il serait bien nécessaire que Dieu suscitât de nos jours un autre Léonard, un missionnaire animé de son zèle et de sa force, pour opposer une digue aux effronteries de la mode, aux immodesties, au luxe, dont les excès déplorables, tant de la part des femmes que de celle des hommes, sont le scandale de notre époque !

Quoique tous les lieux que saint Léonard illustra de ses travaux apostoliques, aient été témoins du zèle et de la vigueur avec laquelle il poursuivait les désordres

et le libertinage, je me renfermerai cependant dans la ville de Rome ; et fntre les diverses missions qu'il y donna, et dans lesquelles il se fit constamment admirer comme un homme rempli de l'esprit de Dieu, je m'arrêterai à celle qu'il prêcha sur la place Navone pour préparer le peuple à l' Année-Sainte. Pendant quinze jours consécutifs il parut sur ce vaste théâtre, ayant devant lui, outre la masse du peuple, la plus grande partie de la noblesse, presque tous les Cardinaux et plusieurs fois le Souverain Pontife Benoît XIV lui-même. Quiconque n'aurait pas eu l'intrépidité de notre héros eût été saisi de quelque crainte en se voyant en présence d'un pareil auditoire, composé de personnes de tous états, de toutes conditions, avec la charge de porter la parole à tous, pour obtenir la conversion de chacun ou son progrès dans la vertu. Mais lui, comme un autre apôtre, n'ayant en vue que la gloire de Dieu et le salut des âmes, s'éleva avec tant de force contre le vice, qu'on fut obligé de reconnaître qu'il était animé de cet esprit dont il est écrit : Ubi Spiritus Domini, ibi libertas1. « Là où est l'Esprit de Dieu, là aussi est la liberté. »

En effet, il reprit sans détours, avec une liberté et un courage étonnants, les péchés du peuple et le libertinage des grands, les désordres des pauvres et les excès des riches, s'exprimant avec tant de véhémence, de clarté et d'à-propos, que tous, ecclésiastiques et séculiers, grands et petits, riches et pauvres, purent en prendre chacun leur part. Il y en eut plusieurs, même parmi ceux qui ont l'habitude du ministère apostolique, qui, en voyant la sainte hardiesse avec laquelle l'homme de Dieu poursuivait les vices de toutes les classes de la société, haussèrent les épaules de stupéfaction, et confessèrent ingénument leur propre faiblesse, avouant qu'ils n'au-

(1) //. Cor. 3. 17.

raient jamais eu autant de courage, et que cette force d'âme n'appartenait qu'à notre missionnaire.

Il se montrait cependant encore plus hardi contre les scandaleux; le fait suivant que nous choisissons entre bien d'autres en fournira la preuve. Il prêchait en 1743 dans une localité de la république de Gênes; il y avait là un gentilhomme qui, au scandale de tout le pays, et au grand déplaisir de ses parents, vivait publiquement en concubinage; personne n'avait jamais pu le déterminer à s'en dégager et à rentrer en lui-même. Saint Léonard, dans le cours de ses sermons, fit retentir les avertissements les plus pressants, il représenta sous les couleurs les plus vives la laideur d'un vice si abominable, et la grandeur du châtiment suspendu sur la tête de celui qui, non content de se damner lui-même, entraîne encore les autres par ses scandales à la damnation éternelle. Ces mouvements d'un zèle ardent ne firent nulle impression sur le coeur endurci du gentilhomme, aveuglé par sa passion ; le soir suivant, pendant qu'on prêchait sur la place, il se tenait à son balcon avec sa concubine, pour écouter le sermon, faisant en quelque sorte étalage de son iniquité à la vue de tout le monde. Le saint missionnaire, en ayant eu avis, sentit son zèle s'enflammer à tel point que ses yeux semblaient lancer des traits de feu, et comme le scandale était public, il le reprit aussi publiquement, mais avec tant de véhémence, que chaque parole était comme un coup de foudre qui aurait dû abattre le coupable et le faire sortir de sa léthargie. Ce n'était point assez : il alla le trouver dans sa propre maison, et quoiqu'il dût s'attendre à tout de la part d'un hommme irrité d'avoir été publiquement flétri, il osa lui parler d'un ton ferme, et mit en oeuvre tout ce que son zèle put lui suggérer pour en triompher; enfin, le voyant plongé dans une obstination irrémédiable, il lui prédit un châtiment prompt et sévère de la part de Dieu,

et sortit. Ses paroles se vérifièrent bientôt; car quelques jours s'étaient à peine écoulés que le malheureux fut tué par son propre frère, sur le seuil de son hôtel. Et afin que l'on reconnût à l'évidence que ce coup funeste était le châtiment de son impiété et de son obstination, Dieu permit que le sang qui avait coulé en abondance à l'endroit où il était tombé mort ne pût être enlevé; on eut beau gratter, employer tous les mojens imaginables, il demeura longtemps visible, comme un monument de la vengeance de Dieu contre ceux qui, au lieu de se rendre aux avertissements de ses ministres, s'en moquent et s'obstinent dans le mal.

Enfin saint Léonard fit surtout éclater cette force chrétienne en acceptant et en entreprenant les missions du royaume de Corse. D'abord, Génois d'origine, il n'ignorait pas qu'il était envoyé à une nation ennemie de la sienne, qu'il devait s'adresser à un peuple divisé par les factions, en état de révolte, en proie aux discordes et aux inimitiés intestines qui désolaient toute la contrée. Il partit néanmoins et poursuivit son œuvre, quoique obligé bien des fois de prêcher à une foule armée, s'exposant à un péril évident de mort, sans s'en inquiéter, ni se déconcerter le moins du monde. Pour n'être pas trop long, qu'il me suffise de rapporter un trait entre mille qui prouve jusqu'où il portait cette force héroïque. Tandis qu'il parcourait cette île, on voyait paraître dans tous les lieux où il s'arrêtait pour donner la mission, un certain Marc-Aurèle, qui était regardé comme le grand chancelier du prétendu roi Théodore. Ce personnage, en grande estime auprès des siens, travaillait à maintenir et à accroître le parti du faux monarque. Quoiqu'on ne connût pas positivement les intentions qu'il avait en suivant les traces de notre missionnaire, il y avait tout lieu de les suspecter et de craindre. Pendant la mission d'Omessa, l'homme de

Dieu parla, dans son sermon, des funestes effets que produisent les dissensions, et du gain qu'elles procurent à l'enfer. Marc-Aurèle lui fit dire sur-le-champ que s'il ne csssait de prêcher sur ce ton, on verrait se renouveler en Corse les martyres du Japon. Saint Léonard, sans se laisser intimider, le fit venir en sa présence et lui parla d'un ton ferme et persuasif; cet homme si insolent ne sut que dire et ne trouva pas un mot à répondre au Serviteur de Dieu ; celui-ci cependant, voyant qu'il ne gagnait rien, lui commanda, d'un ton de voix impérieux, de se mettre à genoux, ce que l'autre fit; puis il ajouta : « Ecoute bien, obstiné : puisque tu ne veux pas te rendre à la grâce, au moins fais ce que je te demande : récite chaque jour un Pater en l'honneur de saint Vincent Ferrier. » Après ces paroles, il le congédia, en lui disant : « Lève-toi et pars. » Marc- Aurèle promit de réciter la courte prière qui lui était assignée et partit la tête baissée. Tous ceux qui étaient présents demeurèrent stupéfaits de la hardiesse avec laquelle saint Léonard avait harangué ce chef insolent des révolutionnaires, qui semait partout l'épouvante.

Quelques jours après, notre héros arriva à Corti, diocèse d'Aléria, un des endroits les plus considérables de l'île. Il venait d'y ouvrir la mission, lorsqu'il reçut avis du gouverneur de Bastia qu'on faisait circuler une lettre en son propre nom, par laquelle les chefs et les notables des paroisses rurales étaient invités à se réunir à Corti, un jour déterminé, pour traiter des articles concernant la pacification du pays. La circonstance était fort délicate et hérissée de dangers ; d'un côté beaucoup de chefs étant déjà arrivés à Corti, et le nombre s'en augmentant de jour en jour, le Serviteur de Dieu comprit qu'à la faveur de son silence l'étincelle pour, rail devenir un incendie ; d'un autre côté, s'il parlait, il s'exposait au péril le plus grave et le plus manifeste. Il

n'hésita pas, et, sans se mettre en peine de ce qui pouvait en résulter de fâcheux pour lui, il monta sur l'estrade le jour même où l'on découvrit la trame, et protesta devant tout l'auditoire qu'il n'était pas l'auteur de la lettre qu'on avait fait circuler sous son nom, qu'il n'en avait pas même eu connaissance. Il ajouta de plus « que c'était là une" trame infernale, et que quiconque par ses manèges empêcherait le rétablissement de la paix, se rendrait coupable de tous les crimes qui continueraient à souiller le pays. » En entendant une pareille déclaration, ces chefs accourus de différents côtés furent saisis d'étonnement, et tous comme subitement changés s'écrièrent d'une voix unanime : Paix! Paix! Dans le nombre se trouvait le fameux Marc-Aurêle, qui s'humilia enfin aux pieds de saint Léonard, et d'après ses conseils, quoique proscrit et mis à prix pour une somme considérable, se rendit, muni d'une lettre de recommandation, auprès du gouverneur de Bastia; il en fut bien accueilli et obtint sa grâce.

Notre Saint ne montra pas moins d'énergie à Cascia, diocèse de Mariana. Il y avait là deux familles puissantes qui se haïssaient à mort ; à force de prédications et d'exhortations, il les porta à déposer leurs rancunes et à se réconcilier. Les deux familles se rendirent dans ce but avec leurs factions au couvent des frères Mineurs Observantins, où logeait le Saint; mais l'un des deux partis, repoussant les propositions d'arrangement faites par l'autre, on en vint aux armes ; un des partisans avait déjà le fusil à l'épaule, tenant son adversaire en joue ; il allait en résulter un affreux carnage entre les deux factions, qui étaient composées chacune de plusieurs centaines d'hommes armés. A la vue d'un si grave danger, notre héros, sans perdre sa présence d'esprit, se jette avec une admirable intrépidité au-devant de celui qui allait lâcher son coup, et l'embrasse au milieu de la VIE s. L. 27*

confusion générale, ne tenant aucun compte de sa vie pour empêcher la perte des âmes ; puis il se met à conjurer les uns, à exhorter les autres d'un ton si pathétique, qu'il parvient enfin à apaiser le tumulte, à réconcilier les esprits et à opérer la réunion. Je pourrais citer, si je ne craignais d'être trop long, une foule d'autres exemples de cette force héroïque à surmonter les difficultés, à vaincre les oppositions, à braver les dangers les plus extrêmes ; mais ce qui a été dit suffira, j'espère, pour faire comprendre à quel degré notre Saint fut doué de cette noble vertu.

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