‹ Œuvres complètesChapitre 58 sur 155 · DES RÉCOLLETS A FLORENCE · texte numérisé non relu

DES RÉCOLLETS A FLORENCE

sant les fidèles, se montrant assidus au confessionnal, toujours prêts à voler au chevet des malades, ou à accueillir avec tendresse les pécheurs même les plus abandonnés; en un mot, dès qu'ils eurent fait preuve de ce zèle pur qui les animait pour le salut des âmes, joint â un détachement absolu des biens temporels, ils conquirent en peu de temps les applaudissements et la sympathie de tout le monde ; si bien que ceux-là mêmes qui dans les commencements avaient repoussé impitoyablement les pauvres frères quêteurs, en protestant qu'ils ne feraient jamais l'aumône à de pareils religieux, sont aujourd'hui leurs bienfaiteurs les plus dévoués ; ce sont bien souvent les religieux eux-mêmes qui doivent maintenant mettre un frein à leur générosité, de crainte qu'elle ne porte préjudice à la pauvreté dans laquelle ils se complaisent. Les aumônes se sont multipliées au point que là où l'on trouvait à peine de quoi nourrir dix ou douze frères, il y en a aujourd'hui jusqu'à quarantecinq, sans autre ressource pour leur entretien que la quête. Ainsi s'est vérifiée la parole de leur saint Patriarche, qui avait coutume de dire : « Si mes frères observent leur règle avec ferveur, quand il n'y aurait plus dans le monde entier qu'un seul pain, la moitié serait pour eux. » Cette expérience a porté nos religieux à se pénétrer de plus en plus de? sentiments de leur instituteur frère Bonaventure, qui n'inculquait rien tant que la pauvreté, et dans la nourriture, et dans les églises et pour tout le reste, voulant voir partout le plus complet dénuement, sans autre appui que la divine Providence. Ils n'ont pas seulement maintenu inviolablement leur statut qui défend de recevoir de l'argent ou autre chose pour honoraires de messes, et leur ordonne de prêcher sans en attendre aucune rétribution temporelle; de plus, saintement jaloux de ne tenir leur pauvre nourriture que de la main de Dieu même, au

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