XII
AD RÉVÉREND PÈRE PIERRE DE VICOVARO, RÉCOLLET, PROFESSEUR DE THÉOLOGIE AU COUVENT DE SAINT-BONA- VENTURE, A ROME.
Missions à faire. — Succès de la mission de Jési.
[Jesi], le 4 janvier 1735.
Très cher père en Jésus-Christ,
Que la paix de notre bon Jésus soit avec vous.
Je reçois votre chère missive, et, en réponse, je vous déclare que j'accepte volontiers la charge de faire la mission à Frascati, me réjouissant extrêmement du choix qui a été fait de notre éminentissime cardinal Corradini pour évêque de cette ville; son zèle remédiera aux désordres. Quant à l'époque qui a été fixée pour cette mission, savoir, immédiatement après Pâques, il ne me paraît pas qu'il soit possible d'y tenir, car nous ne pourrons arriver à temps.... Un autre motif, c'est que l'évêque d'Orviéto, à qui j'ai promis après Pâques, écrit une lettre à faire pleurer, tant il voudrait que je lui tinsse
(1) 3e de l'èdit. ital.
parole. On a promis aussi àia princesse de Carbognano de la faire dans cette ville, et à l'évêque de Civita Castellana, de la faire à Caprarola. Si Son Eminence voulait bien qu'on fit d'abord ces trois immédiatement après Pâques, ce qui serait plus commode pour nous, vu qu'elles se trouvent sur notre route d'ici à Rome, cela nous serait agréable; et puis, après les fortes chaleurs, quand bon lui semblerait, nous évangéliserions Frascati et tout le diocèse. Parlez-en d'abord à Mgr Crescenzi pour qu'il informe le cardinal de toutes ces circonstances, et saluez-le affectueusement de ma part.
Quant à la mission de Monténovo, l'évêque y avait déjà consenii, mais avec extrêmement de peine, et il a écrit une lettre à l'évêque de Jési où il en manifeste son chagrin ; or, mon cher Père, aller donner la mission contre le gré du prélat, c'est ce qui ne nous convenait sous aucun rapport; aussi mes compagnons et d'autres m'en ont-ils détourné; on ne sait ce qui aurait pu arriver. J'en ai écrit à M. Arcangelo pour l'en informer. L'évêque ne dit pas absolument de ne point lafaire ; mais il n'en veut pas pour le moment. L'évêque de Pesaro qui nous a demandés pour cette ville est déjà ici. Nous sommes demandés aussi dans le diocèse d'Ancóne; je veux dire que si un jour il nous est donné de retourner dans ces parages, on pourra satisfaire....
Cette mission de Jési ne pouvait mieux réussir. On a travaillé un mois entier, et pour dire les bons résultats et l'abondante moisson qu'on a obtenus, une lettre ne suffirait pas. On a fait le sermon sur le purgatoire et la quête a rapporté deux cent vingt-cinq écus1, ce qui a surpris tout le monde, vu la rareté de l'argent dans la Marche. Puis nous avons travaillé nuit et jour; et pas seulement nous, mais tous les confesseurs ; car je ne sais
(1) Plus de 1200 francs.
si nous verrons jamais plus une componction aussi universelle, et aussi parfaite dans chacun. Gloire en soit rendue à Celui qui touche les cœurs.
Je vous remercie du petit livre : nous le lirons à table.
Je me réjouis que mon frère ne soit point parti, que Dieu daigne l'éclairer !
J'ai appris avec une extrême satisfaction la demande que fait l'empereur d'Abyssinie.
Pour ne point multiplier les lettres, je vous prie de dire à frère Etienne que cet Evêque-ci, qui est si content de la mission, veut envoyer une somme à Rome, pour indemniser des frais de la mission, qu'il prend à sa charge. Que Mgr le trésorier se serve des six ecus qui sont entre les mains du marchand, pour les besoins courants ; concertez-vous avec lui ; vous pourriez lui suggérer, s'il le trouve bon, de s'en servir pour la reliure des livres
Dites, s'il vous plaît, à la religieuse de Sainte-Marguerite, qui m'écrit, que je n'ai pas le temps de lui répondre.
Demain nous partirons pour l'abbaye de Chiaravallé ; mais continuez à envoyer les lettres à Jési, elles nous seront transmises.
Vous m'écrivez que la dame Ruspoli s'occupera de votre affaire. Dites-lui qu'on a reçu le paquet : je ne sais s'il y a autre chose à répondre : j'ai tant d'affaires entre les mains. Saluez de ma part le père Directeur, et qu'il nous fasse recommander à Dieu. Vive Jésus !
Votre très affectionné en Jésus-Christ, Fr. Léonard.
xiri1.
A MONSIEUR MARC COLI, A PUPIGLIO.
Jesi, le 19 janvier [1 735] .
Loué soit notre bon Jésus.
On a reçu vos lettres. — Dimanche se donnera la quatrième bénédiction; il en restera encore deux. La mission de Jési a duré plus d'un mois. Il s'y est fait un bien incroyable; presque toute la noblesse s'est remise entre nos mains. Au sermon sur le purgatoire, on a recueilli deux cent vingt-cinq écus2. Six ou sept gentilshommes, vêtus de sacs, nous suivent partout, ce qui est chose admirable. Un marquis a même voulu tenir constamment le crucifix sur l'estrade à nos côtés, et pendant les deux missions qui restent à faire, l'Evêque veut être présent. Il m'a fait sa confession générale et il m'est attaché outre mesure. C'est lui qui conduit ces Messieurs.
Dans l'abbaye de Chiaravallé3, de l'éminentissime Corradini, il s'est fait un bien immense. — Quand nous aurons terminé ici, nous partirons pour Florence, et j'espère que Marc sera visible. Je veux passer par Ancóne et présenter mes hommages au cardinal Massei pour obéir à Marc. Vive Jésus !
- Si vous écrivez, envoyez les lettres à Jési.
Fr. Léonard.
(1) 81' de l'édit. ital. (2) Plus de 1200 francs.
(3) C'est-à-dire dans les lieux, villes ou villages, dépendant de la juridiction spirituelle de l'abbaye de Chiaravallé, et ne faisant partie d'aocun diocèse. Le cardinal Corradini était ce qu'on nomme abbé coramendataire de cette abbaye.