‹ Œuvres complètesChapitre 71 sur 155 · XV · texte numérisé non relu

XV

AU FRÈRE ETIENNE d'uRBIN A ROME.

Eloge de la Reine. — Sa douleur en la perdant.

[Jési, le 49 janvier 1735.}

Cher frère en Jésus-Christ,

Que la paix de notre bon Jésus soit avec vous.

J'ai éprouvé une grande affliction en apprenant la fatale nouvelle qui concerne la Reine, d'autant plus que je n'avais pas répondu sur-le-champ à une de ses lettres et qu'elle attendait ma réponse avec anxiété ; mais, ne connaissant pas son état, je différais pour lui écrire à tête reposée. Pour le cas où elle serait encore en vie, j'écris la lettre incluse à Mme la duchesse Strozzi ; portez-la aussitôt, et si elle vous remet une réponse, envoyez-la-moi. Que si elle est morte, je désire être instruit des particularités de sa maladie, de ses funérailles, savoir où elle est ensevelie, et ce qu'on dit d'elle à Rome. Pour moi je vous assure, mon frère, que c'est une sainte âme, et je ne crois pas que je rencontrerai jamais plus un cœur aussi détaché du monde et de toutes ses grandeurs que le cœur de la Reine. J'en ai bien du regret pour ses jeunes enfants qui, privés d'un tel appui, seront exposés à des dangers2. Que la très sainte volonté de Dieu soit faite en toutes choses.

(1) 14e de l'édit. ital.

(2) Elle laissait deux enfants : Charles, prince de Galles, qui avait 14 ans, et Henri, duc d'Yorck, qui n'en avait que dix. Voyez l'append. V.

Je n'ai pas éprouvé une douleur aussi grande de la mort de mes plus proches parents que de celle de cette princesse; elle m'avait confié son intérieur, et je connaissais les trésors que Dieu avait déposés dans cette âme. Encore une fois, que la volonté de Dieu soit faite en toutes choses !

Je me réjouis que la dame Marie-Anne Cenci aille mieux. Je prierai pour sœur Marie-Fortunée et pour les mères Salviati ; saluez-les toutes de ma part.

La mission de l'abbaye de Chiaravallé est terminée avec un succès admirable. Je suis de passage à Jési et demain, jour de saint Sébastien, nous commencerons nos travaux dans l'abbaye de cet évêque-ci, à sept milles de Jési, puis nous ferons encore une autre mission, après quoi cette campagne sera close. J'attends avec impatience la réponse du père Pierre. Saluez-le de ma part. Vive Jésus !

Votre très affectionné en Jésus-Christ, Fr. Léonard.

P. -S. Au moment de fermer ma lettre, je reçois la vôtre avec avis que la Reine vit encore. Portez vite l'incluse à la duchesse Strozzi, afin qu'elle exprime quelques-uns de mes sentiments à la Reine avant sa mort. J'attends la réponse du père Pierre, pour savoir la résolution du cardinal Corradini. — Vive Jésus ! — Faites savoir à la Mère abbesse de Sainte-Cécile que je lui écrirai par la prochaine occasion.

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