‹ Œuvres complètesChapitre 73 sur 155 · XVIII · texte numérisé non relu

XVIII

A MADAME LA DUCHESSE STROZZr.

Parler des vertus de la reine sans blesser les tiers. — Exhortation au détachement.

Orviéto, le 9 novembre 1735.

Madame,

Que la grâce de l'Esprit saint soit avec vous. J'ai compassion de Votre Excellence, si elle est troublée par la crainte de blesser la charité quand elle est

(l) 64e del'édit. ital.

dans le cas de rapporter ce qu'elle sait de la bonne Reine, attendu qu'il est difficile d'en dire du bien, sans faire rejaillir quelque blâme sur ceux qui lui ont donné occasion de s'exercer à la pratique de la vertu. Malgré cela néanmoins, vous pouvez, en y allant en toute simplicité, rappeler les vertus que vous avez vues briller en elle, rapporter ses paroles et ses actions, afin que Dieu soit glorifié dans cette âme. Si j'étais à Rome, nous nous aiderions mutuellement, car moi aussi je suis requis de dire ce que j'en sais, et comme j'ai brûlé les lettres, il m'est difficile de me rappeler certaines choses édifiantes qu'elle m'a écrites. Quand je serai à Rome, et j'espère que ce sera vers le carême, nous y penserons; mais pour le moment, avec les occupations de la mission, c'est chose impossible.

Ce qui importe le plus, c'est toujours que nous profitions des bons exemples de cette sainte âme. Une des maximes qui la tenaient en haleine et la faisaient courir vers Dieu, c'est celle de l'éternité : Quod œternum non est, nihil est; « Ce qui n'est pas éternel, est pure vanité. » Je voudrais que cette grande maxime fût profondément gravée dans votre cœur ; vous le verriez bientôt détaché de tout, et disposé à s'unir à Dieu. Méditons-la souvent, et elle nous rendra plus facile l'imitation de ses vertus. Je voudrais vous voir sainte, parce que Dieu a formé de beaux desseins sur votre âme : ne les gâtez pas par la tiédeur, mais soyez fidèle à Dieu, obéissez à ses inspirations. Vivez dans la retraite, le recueillement et le détachement de toutes choses ; car si vous êtes bien unie à Dieu, vous vous rendrez aussi plus utile à ces deux proches auxquels vous vous intéressez si vivement, et que je ne manque pas non plus de recommander à Dieu.

Je vous laisse dans le Cœur sacré de Jésus, et vous

présente mes hommages; le temps ne me permet pas de m'étendre davantage. Vive Jésus!

De Votre Excellence,

Le très humble et très dévoué serviteur,

Fr. Léonard.

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