‹ Œuvres complètesChapitre 81 sur 155 · XXVII · texte numérisé non relu

XXVII

A LA MÊME

Confiance basée sur l'infinie bonté <!e Dieu. — Aniour généreux. Triple pureté.

Rieti, le 4 octobre 1738.

Madame,

Que la grâce de l'Esprit saint soit avec vous.

Je vous remercie humblement de la recommandation que vous avez faite auprès de l'éminentissime cardinal, votre frère, en faveur de l'objet en question. Soyez persuadée que ce ne serait pas rendre service à Dieu de faire que ce monastère retournât à l'ancien système; laissons la Providence disposer toutes choses pour sa plus grande gloire.

Du reste, je suis toujours vivement désireux de votre perfection, et je voudrais vous voir non seulement égaler, mais même dépasser notre Reine. Mes vœux seraient presque accomplis si vous dilatiez votre cœur en Dieu. Les cœurs étroits ne lui plaisent pas; car ce resserrement, cette inquiétude, cette crainte procède d'un manque de lumière et d'une idée trop inexacte de l'infinie bonté de Dieu. Ce Dieu est tout amour, et, connaissant notre faiblesse, il compatit à nos imperfections, surtout si elles ne sont pas pleinement volontaires. Il aime un cœur saintement téméraire, qui non seulement espère, mais surespère, si je puis m'exprimer ainsi,

(1) 68e de l'èdit. ital.

dans son infinie miséricorde. Ayez donc un cœur dilaté par la confiance, et aussi un cœur plein d'amour pour le Souverain Bien ; puisque la défiance est le venin de vos sécheresses, de vos aridités et de vos dégoûts. Envisagez Dieu en esprit et en vérité, et tâchez de l'aimer avec la partie supérieure de l'âme, qui n'est pas assujettie aux sens, mais se règle d'après la raison : on procure plus de satisfaction à Dieu par un acte intérieur réglé sur les seules lumières de la foi, que par cent actes fondés sur la tendresse sensible, qui est toujours mélangée de quelque amour-propre, quoique presque inaperçu.

En somme, je voudrais que vous fussiez vraiment spirituelle, et vous le serez lorsque vous posséderez cette triple pureté dont je vous ai parlé autrefois, c'està-dire la pureté d'âme, qui exclut toute souillure de péché ; la pureté de cœur, qui fait qu'avec une intention droite et simple on n'envisage que le bon plaisir de Dieu; et la pureté de corps, qui repousse tout ce qui est contraire à l'état de chacun. Quand une âme est pure devant Dieu, elle est aussi disposée à aimer Dieu et à exercer toutes les autres vertus. Que Dieu luimême vous purifie de plus en plus et vous rende toute sienne! Je ne manquerai pas de faire ce qui dépend de moi en vous recommandant dans le saint sacrifice, et en lui offrant ce qu'il y a de mieux en vous.

Je ne parlerai pas d'autre chose, parce que je viens d'arriver d'Assises, et après-demain on commencera à Riéti. Si l'on faisait ici le bien qui s'est fait à Assises, je m'en contenterais ; car notre père saint François a béni sa ville.

Le dernier jour des fêtes de Noël, j'espère que je serai à Rome, et avant d'en partir pour Cornéto, j'irai vous présenter mes respects. Veuillez faire agréer mes hommages à Mgr le cardinal, que je ne cesserai de recom- VIB s. l. 39*

mander et de faire recommander à Dieu. Je vous écris à la hâte; soyez indulgente. Vive Jésus!

De Votre Excellence,

Le très humble serviteur,

Fr. Léonard.

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