‹ Œuvres complètesChapitre 21 sur 54 · A M. D'AGINCOURT · texte numérisé non relu

A M. D'AGINCOURT

A ROME

Florence y le 17 février 1808.

Monsieur , j'aurais bien Toula yous donner plus tôt de mes nouyelles , et surtout ayoir des TÔtres ; mais tous allez Toir que depuis mon départ de Rome j'ai toujours couru, et que je cours encore, sans saToir où je vais. En TOUS quittant je Tins ici , où je restai quinze jours enfermé avec Xénophon dans cette bibliothèque bâtie par Michel- Ange. Il y faisait grand froid, et je regrettai fort Naples. Du reste , je ne yis rien de Florence , pas même la galerie. J'allai ensuite à Milan. J'y passai huit jours tristement perdus à faire des Tisites et des réTérences. De là on m'en- Toya â Vérone , mais en chemin je m'arrêtai quinze jours à Brescia, parce que j'y trouTai un de mes amis , ofBicier du génie , qui rcTcnait de Gonstantinople (1). Lui échappé de Turqpie , et moi de la Calabre , je tous laisse à penser que de contes et quels entretiens ! Ce temps-là se passa donc fort agréablement. Je ne m'ennuyai point non plus à Vérone, où je fus un mois seul et libre : je yis l'amphilhéàtre, je^is le musée Maffei. On en a enlcTé pour

(t) Haxo, chef de bataillon du génie.

( 198) Paris les plus beaux morceaux. Vous crierez a la barbarie ; moi je crois toujours que tout est bien. £nfin , je reçus ordre de me rendre ici avec un général d'artillerie (i). Mais j'y suis Tenu avant lui , et je l'attends sans impatience , car ce séjour-ci me plaît fort. Je sollicite i)ourtant , comme je vous ai dit que c'était mon dessein , on congé pour aller en France , chose qui se trouve plus difficile à obtenir que je n'avais cru. Je voudrais, Monsieur , avant de repasser les monts , vous voir encore une fois, et je partirais content. Ce serait trop de dire que je l'espère ; mais je me flatte au moins que cela n'est pas impossible.

Écrivez-moi , je vous prie , autant toutefois que vos yeux vous le permettront. Parles-moi de votre santé. Vous savoir en bonne santé est la chose du monde que je désire le plus. Je vous ai laissé bien portant , mieux même qu'il y a dix ans. Je n'ai pas fait seul cette remar^ que , tout le monde l'a observé. Sauvez vos yeux et tout ira bien. Je crois que vous vous serez moqué de la rigueur de cet hiver. Mais moi , Napolitain , transporté tout i coup dans la Gaule cisalpine , je faisais pitié a voir. Permettez que je vous embrasse sans cérémonie.

(i) D'Artncejr.

A hadaiie dionigi^

A ROME

Florence , le ao fëyrier 1808.

Madame, de Rome en tous ^ittant je yins iei, pois fallai â Milan , de Milan à Vérone , et de Vérone ici , où j'ai enfin trouTé le moment de Tona écrire.

Maintenant je ne saurais tous dire sur quel grand chemin je serai quand tous reoeTrez cette lettre ; mais quelque part que je sois, il se passe peu d'heures que je ne pense à tous , et coniptez qu'à Tinstant oà tous lisez ceci, je me rappelle toutes tos bontés. Vous jugez bien , Madame, que dans ces continuelles courses, si j'ai eu le temps de lire , comme j'ai fait , aTec grand plaisir TOtre oorrage (i) , je n'ai pu songer à le traduire. Ce n'est pas on trsTail i faire eurrênie ealamo , moins encore «urftniê êcripiore. Pour y apporter tout le soin et l'attention nécessaires, il faut du repos, il faut ne penser i antre chose. Puis, tous traduire c'est un plaisir, et tous les plaisirs je les tcux goûter à mon aise. Je m'arrêterai bîenlAt à Pise , âLiTOume ou ailleurs , et , dès que j'aurai posé k pied quelque part , j'entrerai en fonctions comme

(1) OoTrage de madame Dionîgi sur la perspective.

YOtre interprète , et ferai de mon mieax pour transmettre à nos Français vos charmantes leçons.

J'ai TU Lamberti i Milan. Nous causâmes fort de vous ; il avait reçu vos lettres, et il voulait que je lui montrasse votre perspective. Je l'aurais satisfait, sachant que c'était votre intention ; mais le cahier était dans ma malle, et ma jnalle était en chemin. Lamberti est bien à cette cour, bien logé, bien payé, bien vu de tout le monde; il doit être heureux, et il le mérite.

THe tardez point trop, je vous prie, â me donner de vos nouvelles , et si vous êtes paresseuse, comme je le crois, ne vous déplaise, faites-moi écrire par q[uelqu'un de vos secrétaires. C'est de tous mademoiselle Henriette dont je lis le mieux l'écriture. Ses vers m'y ont accoutumé, car 'je les lis souvent et je les montre aux gens que je veux étonner. J'espère que ses mains ne souffrent plus, et vont reprendre cette plume dont tous les traits sont divins. Si elle a composé quelque chose de nouveau , employez ^ je vous prie , votre autorité , pour que cela me soit envoyé. ^

Voudrea^-vous bien , Madame , présenter mon respect à madame Caroline? Il faudrait m'étouffer si j'oubliais ja* mais le bon traitement qu'elle me fit àFerentino(i), où j'allais quêtant de porte en porte un peu de pain pour ne pas mourir, comme elle m'apparut, et comme je fus deux heures chez elle, i table jusqu'au ventre, pendant

(i) i«r féTrier t8o6 , en marchant de Rome sur Naples.

( 201 ) que lès excellences , altesses , majestés , enrageaient dé faim ayec Méot et quarante cuisiniers. Ce fut elle , après Dieu , qui me sauva dans cette extrême misère , par man miprêêê e diêêê, a queêia tnetua êorai anear meeo (i). Elle sait fort bien que tout cela ne peut sortir de ma mémoire. Permettez aussi que je me rappelle au souTenir de M. Ottavio , et de M. votre gendre. Lcrivez-moi tous ensemble ou séparément. Rome est le pays du monde que j'aime le mieux , et dans Rome il n'y a point de maison qui me soit aussi chère que la vôtFe.

Après Tarrivée du général d'Arancey à Florence le sort de Courier fut fixé, et on l'envoya résider à Lîvourne , en qualit é de comroandanl de Vartillerie. Il s'y rendit le a mars.

(.1) Pétrarque.

A MOrrSIGlTOli MARIITI,

A ROME

Liyourne , le 6 Mars i8oS.

MoNSBiGNEua, depuis mon départ de Rome j'ai oouro, aans m'arréter, toute lltalie, et n'ai trouTé qfu'ici où reposer ma tête. Voilà poarq[aoi j^ai tant tardé A tous donner de mes nouTelles. Maintenant je me crois pour quelque temps à LiTOurne , et j'j attends vos lettres comme la meilleure chose que je puisse recevoir, quelque part que je sois.

Je n'ai pas vojagé seul , mais ayec mon Xénophon , c'est4-dire en bonne compagnie. A Florence, j'ai coilationné trois misérables manuscrits qui ne m'ont payé de ma peine que par la certitude acquise qu'ils ne contiennent rien qui vaille. Un des vôtres et un de Pans sont les seuls qui m'aient fourni quelques bonnes leçons. Avec ce secours et mes conjectures, j'ai rétabli plusieurs passages , et j'en laisse peu à corriger. En un mot , je crois avoir fait tout ce que pouvait faire un soldat , expliquant aux savants ce qu'ils ne peuvent savoir, suivant la loi : traeteni fahrilia fahri.

Si M. Amati a fini la collection de ce premier livre

de tAnaboêiê (i) , et que tous ayez quelque moyen de me &ire paj^enir son travail , adresses-le-moi ici , je vous prie , ou à Florence i M. le général d'Arancey , commandant rartillerie. Par la poste, vous voyez bien que ce serait ma ruine. Si vous ne trouvez point d'autre voie , gardez-moi cela , et je tâcherai de le fair^ venir â moins de frais.

, Jespére que vous ne perdrez rien â tous ces changements qui se font dans votre gouvernement. L'empereur fiiit profession d'aimer et protéger les lettres, et votre réputation vous garantit de l'oubli de quelque gouverne^ jnent que ce soit.

D'ailleurs, vous avez un emploi qu'on ne peut ni supprimer, ni donner à d'autres qu'à vous. Ainsi, la volonté du ciel j Mofueignourj êoii faiio en fouie phoeel et le ciel ne peut vouloir qu'un homme conmie vous soit malbeureux dans ce monde^ci , ni dans l'autre.

Écrivez-moi bientôt; informez-moi , je vous prie,, de votre santé, de votre état actuel, ejt de vos espérances pour l'avenir; rien au mcmde ne m'intéresse plus que ce qui vous touche. Vous fûtes ma première connaissance, lorsque je vins à Rome , et depuis je n'ai rien connu de meilleur, ni. à Rome ni ailleurs.

(t) Dont Tavaii chargé M. Courier.

A M. LE G^. LARIBOISSIERE^

A PARIS

LiTourne , le lo ayril 1808.

Mon général , M. Pigalle mon parent, qjai tous remettra la présente, tous expliquera l'embarras où je me trouTe , et l'extrême besoin que j'ai d'un congé , pour des intérêts d'où dépend toute ma petite fortune.

Depuis cinq ans que je suis hors de France , mes affaires Tont de mal en pis , et cela, joint aux pertes que j'ai faites dans la dernière campagne , me mène tout douces* ment à l'hôpital , si mon absence dure davantage. Je tous supplie , mon général ^ de prendre en pitié un pauvre diable à qui tous aTez témoigné autrefois quelque intérêt, et de dire un mot aux gens de qui dépend cette fàTCur ^ la plus grande que l'on puisse me faire aujourd'hui.

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