‹ Œuvres complètesChapitre 47 sur 54 · DE SALM DICK · texte numérisé non relu

DE SALM DICK

Tiyohy I a juin et t«* octobre 1810.

Madame , tous deviez partir pour yos terres^ans deux mois , lorsque vous me fîtes ces lignes trés-aimables. Or , YOtre lettre est du 6 mai; la poste sera bien paresseuse , si celle-ci ne vous trouve encore i Paris.

Il y a quelques mots, dans votre lettre qui pourraient faire croire que vous ne vous êtes pas toujours bien por* tée depuis la dernière fois que j'eus l'honneur de vous voir. Vous étiez alors fraîche et belle , si je m'j connais^ et vous ne paraissiez pas pouvoir être jamais malade. Mais enfin , je vois bien qu'à l'heure où vous m'écriviez , votre santé était bonne ; elle le serait toujours , s'il y avait quelque justice aux arrangements de ce monde.

Assurément I j'irai vous voir dans votre château ^ et plus tôt que plus tard, et voici comment. D'ici à Paris, quand je m'y rendrai , je passe i Strasbourg, je trouve de là le Rhin :

Doatez-vous que le Rhin ne me porte en deux jours Aux lieux où la Roër y voit finir son cours ?

Jai depuis long-temps , Mad^ime , votre château dans

la tête , mais d'nne construction tonte romanesque. Il rait plaisant q[u'il n'y eût à ce chAteau ni tourelles , ni donjon y ni pont-leyis, et que ce fut une maison conmie aux environs de Paris. J'en serais fort déconcerté; car je yeux absolumentque tous soyez logée comme la princesse de CléTCs ou la dame des Belles Cousines, et je tiens A cette fantaisie. Sur tos environs y je crains moins d'être démenti par le fait ; je vois tos prairies, yos bois, TOtre Rhin, yotre Roè'r , qui ne se fâcheront pas si je les compare au Tibre et à l'Anio , A moins qu'ils ne .soient fiers de couler A TOS pieds ; mais , en bonne foi , rien ne peut se comparer A ce pays-ci , où partout de grands souTenirs se joignent aux beautés naturelles. C'est tout ensemble ce qu'il y a de mieux dans le réTe et la réalité. Votre idée de laisser lA Paris tout cet hiTcr , si c'était pour Tenir ici , aurait quelque chose de raisonnable ; mais lA-bas , dans tos frimas , bon Dieu ! J'ai passé un hiTer sur les bords du Rhin ; j'y pensai geler A Tingt ans; je ne fus jamais si près d'une crystallisation complète.

Que TOUS manderai-je d'ici? Les rossignols ne chantent plus depuis quelques jours , dont bien me fâche. Si les nouTelles de cette espèce tous peuTcnt intéresser, je TOUS en ferai une gazette. Ma Tie se passe A présent toute entre Rome et TiToli ; mais j'aime mieux TiTOli. C'est un assez Tilain Tillage A six lieues de Rome dans la montagne. Pour la description du pays, on a fiait vingt tolumes, et tout n'est pas dit. Si tous en Toules aToir une idée, il y faut Tenir, Madame ; tous ne sauriez faire , de

TOtreyie , un plus joli pèlerimfjie. Tout 06.qiié j'ii d^loqoenee «era employé quelque jour à yo^s prêter sur ce texte. .},.••! ;" i ''i.i. .*i

You8 avez l'air- de parler froidement de aum.LongiiB, comme ni j'y afaîs fait quelque petit rawiida^e ^tttaia i Madame , aongez que je Tai ressuscité. Géi apteuxLélaii en pièces^ depuis quinze cent» ans, on .n'^en. tsoofait |Uus que des laïUbeaux* J'arrive ^je lamasse. tousices p^mmsB inambres, je les remets é leur place y et puis jeie- fsnlte de mon baume, et l'enTOÎe^^atier o Ya /ônnUr^ qne.iwas eemble decette.oure? la-Gcèce me doit des-autelsw «

Je ne sais sidans^TOtre cfaâteinà .Yims aiirez^pLùsiquà Ptfrîs le: temps de penser â.raoi^ et dem'si» hmitérfar^i for-dà quelguê petite ««jjrnfySewMy cpmme'ditrle'pajaâb de Molièrci Neseriez-^TOus point de ces gens qnry moinp ils -voient de monde, et plus ils sont occupés? Quoi qa')! en soit, comme on se^ flatte,. et mpî suctout'plus qtt« personne i je compte bien a^oir de vos nouvelles àtmU le moine une foie Pan.

J'ai lu avec un très-grand plaisir votre éloge de Lalande ; cela donne envie d'être mort , quand on est de vos amis. Je ne saurais prétendre aux honneurs de l'éloge ; mais pour mon épitaphe je me recommande à vous : c'est une chose que vous pouvez faire sans beaucoup rêver. Il s'agit seulement de mettre en rimes que je m'appelais Paul-Louis , de Saint-Eustache de Paris , et que je fus toute ma vie , Madame , votre trés-humble, etc.

P. S. Ayant trouTé dans mes papiers ce griflKmnage, que je croyais parti depnis six mois, je devine' enfin, Madame, pourquoi tous n'y répondez pas ; je tous l'envoie, tout vieux qu'il est. Mon élourderie vous fera rire , et oda vaudra mieux que tout ce que je pourrais vous mander A présent.

Je vous ai adressé dernièrement, par la poste, quelques exemplaires d'une brochure , eqièce de fisctum pédanteaqne qu'il m'a fallu faire imjNnmer pour répondre i d'autres sottises imprimées contre mon Longue. Tout cela est misérable, et je n'ai garde de penser que vous en puissiez lire deux lignes sans mourir; mais quelqu'un de vos Grecs le lira et vous dira ce que c'e^t. Je doute, d'ailleurs , que ce paquet vous parvienne ; car , depuis quelque temps les ministres s'amusent A saisir tout oe que j'envoie A Paris; c'est pour eux une pauvre prise : le grec oe se vend pas comme du sucre. Les bureaux ea doivent être pleins , je veux dire de grec pris sur moi , et les dépêches vont s'en sentir pendant plus de huit jourk

À n. SYLVESTRE DE SAGT^

A PARIS

Rome, le 3 octobre 1810.

M0N8ISU&, puisque meft lettres yoo» parriennent , j'espère qu'enfin tous recevrez l'espèce de factum littéraire, dont je TOUS adresse de nouveau trois exemplaires. Vous trouvères cela misérable, et si vous n'en riez, vous aurez pitié d'une telle querelle. Peut-être encore penselez-vous qu'il fallait se taire ou parler plus civilement. Mais songez , s'il vous plaît , qu'on tâchait i me fiure pendre. Que voulez-vous, Monsieur? j'ai eu peur, non des cuistres, mais des satrapes de la littérature. Voyant é mes trousses chiens et gens, }!ai fait le moulinet avec mon bâton, sans trop xegBû^àezoh je frappais.

Vous avez bien de la bont&de pfénser â mon Xénophon. Son malheur est d'être 90rti> de vos mains. Je ne sais bonnement où il est, nvce qu'il deviendra. Un M. Stone l'avait imprimé â moitié , assez H al. Voilà tout ce que je puis vous dire. Je serais fâché seulement que le manuscrit se perdit, car c'est un travaâ que ni moi ni autre ne saurait refaire , et qui , à vrai dire , ne se pouvait faire que dans les casernes et les écuries où je vivais alors.

Oui , Monsieur , j'ai enfin quitté mon vilain métier ,

un peu tard, c'est mon regret. Je* n'y ai pas pourtant perdu tout mon temps, J^ai yu àfis choses dont les livres parlent à tort et i travers. Plutarque à prient me fiut crever de rire. Je ne oroisidLas.auz grands hommes.

Sur ce que tous me demandez si je reste en Italie , je puis bien vous dire , Monsieur , ce que je projette en oe moment ; mais ce qui en sera , Dieu le sait. Car | outre l'incertitude ordinaire de l'avenir, j'ai peu d'idées fixes, et je trouve même une espèce de servitude i dépendre trop de ses résolutions. Je yem nwtnlepanl aUm^àNaples, et de là, si jo puis, â Corfou. Or, venu jusqu'à Corfou, ne sûis^je pas aux' portes d^AtiiènesïIrPeuVétxe au reste n'irai-jè ni à-Naplês , ni i Gorftu, ni i^Aihènes, mais i Paris où je itae pl'Ouiets le plaisir àt ^voos voir. Peut-être aussi ne bougerai*^ je è'idi; toiU comme ma volonté tourne à tous les points du compas. J^aî cependant un désir inné dç visiter la Oréce. C'est pour >moi, comme vous pouvez opire , le pèlerinage de la Meoqoe.

Si on ne vous a point remis une feuille savant de supplément à mes noieeSur Longus , ayez- la bonté de l'envoyer prendre choz madame Marchand. Sans cela votre exemplaire senr t incomplet.

A m. BOSQUILLON5

A PARIS

Rome, le 10 No?embre 1810.

Js- ne saurais voua dire , MoDsieur , combien Tona me rendes aiae par l'approbation que tous donnes â mon apologie (i). Il Tona semble donc que j'ai dît i peu jfsès ce qu'il fallait? Tout le monde n'en a pas jugé de même. M. Qayier pense comme tous, et m'assure que j'ai bien iait d'appeler un cbat un chat ; mais M. de Saqr ne peut me pardonner , et je yois bien | quoi qu'il en disCi que ma justification n'est i ses yeux qu'un crime d^ plus. Ici, en général, on est de cet ayis, et tous ceux qui me condamnaient aupararant sur mon silence , depuis que j'ai ouvert la bouche me veulent écorcher Tif • Je tous parle de gens que je Tois tous les jours , de connaissances de Tingt ans ; pensez ce que disent les autres. Les plus modérés trouTent que je puis SToir au fond quelque espèce de raison , qu'A la rigueur je n'étais point tenu de me laisser opprimer par humilité chrétienne, sans faire entendre aucune plainte. Mais , selon eux , au lieu de dire, vouê meniez, A mes calomniateurs , je dcTais dire : Mes-

(1) La lettre* à Renouard da 10 septembre.

sieurs j'ose tous supplier de vouloir bien considérer que ce que disent Vos Seigneuries dans le dessein de me faire pendre , parait s'écarter tant soit peu de la vérité. YoiU comme il fallait parler pour ne point choquer les honnêtes gens. Car on est sévère aujourd'hui sur les bienséances, et notez ceci, je vous prie. Deux articles paraissent contre moi et Renouard dans la gazette de Milan , remplis d'injures et d'impostures. Qui que oe soit n'y trouve à redire. M. Furia imprime que je liii ai voU^ ce sont ses propres termes , ses papiers et sa découverte , action atroce^ ajoute-t-il, quia fini firémir d'horreur toute la ville de Florence. Ce petit mensonge , exprimé avec tant de délicatesse , ne scandalise personne. Moi je dis qu'il ne sait pas le grec; oh! cela est trop fort. Je m'amuse à le peindre au naturel, et il se trouve que c'est -un sot. Ah I de tels emportements ne se peuvent excuser. Le seigneur Pûzzini , que je ne connais point , se met dans la tête de me faire un mauvais parti. Il ameute sa clique , me dénonce au ministre | arme lautorité pour me persécuter, parce que je suis Français, et qu'il me croit sans appui; cela est tout simple. J'insinue doucement qu'un petit chambellan qui vit de ses bassesses dans une petite cour , haïssant les Français , qu'il flatte pour avoir du pain , n'est pas un personnage à respecter beaucoup hors de son antichambre ; voila qui crie vengeance.

Pour moi , ces choses-lâ ne m'apprennent plus rien ; ce n'est pas d'aujourd'hui que j ai lieu d'admirer la haute

impertinence des jugements bamains^ Ma philosophie lA-des8uiest tonte d'expérience. Il 7 a peu de gens^ mais bien j^n , dont je recherche le suffirage ; encore m'en pasaeraSs-je an besoin..

La suite prouTera si j'ai bien on.mal^ fait. Qu'on me laifiee en repos, t'est tout ce que je désire ; et, #f /a eour mé Marne , je preiidrai patience^ comme le cocheï de fiacre. Gardes-vous bien de croire que yaie Vou]u répondre aux sottises des galettes. Je les ai laissées dix mois entiers me huer , m'aboyer , sans seulement 7 faire at *tention; j'ai laissé Ojpfisqpier, sans souffler^ sans mot dire, les bagatelles que j'imprimais. pour quelques sar- "Yants. Mais quand j'ai vu qu'après mes livres on allait saisir ma personne, que le maire de Florence avait ordre d'instruire mon procès , qu'il fallait une victime à la haine nationale , et qu'on me livrait aux Italiens , me voyant enfin la corde au cou, j'ai dit comme j'ai pu ce que j'avais à dire pour qu'on me laissât aller.

L'ouvrage de M. Clavier nous est parvenu ici. Je ne l'ai point lu encore ; mais d'autres l'ont lu, qui connaissent mieux que moi ces matières. On le trouve fort savant. Quant i moi, ôtez-vous de l'esprit que je songe à faire jamais rien. Je crois , pour vous dire ma pensée , que ni moi ni autre aujourd'hui ne saurait faire œuvre qui dure ; non qu'il n'y ait d'excellents esprits, mais les grands sujets qui pourraient intéresser le public et animer un écrivain , lui sont interdits. Il n'est pas même sûr, que le public s'intéresse à rien. Au vrai , je vois que

la grande affaire de ce aiède-ci , c'est le débotté et le petit coucher. L'éloquence Tit de pasaiona ; et qmUes passions Tonlez-Tous qu'il y ait chec un peuple de.couxw tisans, dont la devise est nécessairement : Sans hËêtnêur et êam honneur? Contentons^nous*, Monsieur, de lire et d'admirer les anciens du bon temps. Essayons au plus quelquefois d'en tracer de faibles copies. Si ce n'est rien pour la gloire I c'est assés pour rémusement. On ne se fiiit pas un nom par U| mais on passe doucement la yw; prions Dieu seulement que ces études si nécessaires i tous ceux qui les ont une fois goAtées , ne fiissmt nul ombragB i la police.

A mADAniE niARGHAND^

A PARIS

Rome y le la noyembre 1810.

BIai8 point du tout ; je n'ai point refusé la dédicace (1) , et on ne me Ta point demandée. Voilà comme de bouche en bouche tout se dénature , et par malice ; car soyez sûre que ceux qni sèment ces propos ne me veulent aucun bien.

Voici le fait. A table , chez le préfet de Florence (c'était dans le temps que je Tenais de trouver ce morceau de grec), on parlait de ce roman que j'allais traduire et que Renouard devait imprimer , lequel Renouard était là à table avec nous ; le préfet me dit : U faut dédier cela à la princesse ; elle acceptera votre dédicace. Ce furent ses propres mots ; vous savez que j'ai bonne mémoire. Je répondis : Cela ne se peut , i une femme I il 7 a dans ce line des choses trop libres. Mais, dit Renouard, ces choses-là se réduisent à quelques lignes qu'on pourrait adoucir de manière i rendre l'ouvrage présentable. Je no répondis rien, et il n'en fut plus question.

Contez la chose comme cela, car c'est le vrai, et mon-

(1) D« Longui imprimé à Florence , chef Pialti.

treZ| s'il le faut, ma lettre à M. d'Al... et i d'aatres, si besoin est.

Je metura de penr qoe mes pautres lÎTies ne soient gités par les yers et par la poussière. Faites-les , je vous prie, non-seulement épousseter , mais ouTrir el feuilleter tous les deux ou trois mois.

A n. ET MADAME CLAVIER ,

A PARIS

Rome, le ^8 jaBfier t8io.

Monsieur, je n'ai pu répondre ploâ t6t a votre lettre du 10 noyemhre , ni TOns envoyer le chiffon qae demandait ce directeur de la librairie , ni vous remercier comme j'aurais voulu de vos bons offices auprès dé Son Exœllence ; tout cela , parce que j'ai eu mal au doigt ; mais un mal qui me privait de mon bras , et m^a duré deux mois ; et pendant que j'attendais ma gttértson pour vous écrire , il a écrit , lui directeur, ici au préfet , disant , comme ^il a dit à vous, qu'il voulait avoir cette copie ànSuppUmêni de Longue , et qu'il lâcherait aussitôt mon livre bleu (i) qu'il a saisi. J^ai vite donné toutes les copies dont je me suis pu aviser , non pas pour ravoir ma brochure , car , k vous dire vrai , je ne m'en soucie guère, tiiais po^r me tirer, moi , dé la gueule du loup; et je pense que voilà qui est fait. - i

Ne croyez pas pourtant , Madame , que je me sois fort tourmenté des disgrâces de ma Ghioé. Je n'en ai pa^ perdu un coup de dent ni une partie de volant quand j^ai trouvé

(i) La tradaction imprimée à Florence, et couverte ea papier bleu.

des joueuses comme mesdemoiselles vos filles. Gela est rare malheureusement, et surtout ici. Les demoiselles, en Italie , ne jouent guère au volant ; elles ont des pensées plus sérieuses , et Famaur n'aiiend pas h nombre dês années, aux fiUes bien nies, s'élitend^ comme elles sont toutes en ce pays^H^i.

Vraiment il y aurait du bon dans nos commentaires sur Racine , et je suis ravi , Madame , que vous vous en souyeniez. Je ne Tentends bien , pour moi , que quand je le lis avec vous, je veux dire quand c*est vous qui me le lisez. Nul autre ne devrait s'en mêler. Je ne pense pas toutefois que vous l'ayez beaucoup étudié ; mais c'est qu'il a écrit pour vous et vos pareilles. Vous avez le sentiment inné de ses divines beautés, et oela vaut mieux que le feuilleton (i)«

J'ai furieusement dans la tête le pèlerinage d'Athènes, et , si cette dévotion me dure , je pourrais bien partir au printemps. Le fait est que je veux , avant de mourir, voir la lanterne de Démosthènes, et boire de l'eau d'Dis^us , s'il y en a encore. Voilà ce que je rêve à présent ; ce qu'il en sera est écrit aux tablettes de Jupiter.

Piranesi est venu , et ne m'a point apporté votre ouvrage- J'ai .fort cherché celui que vous m'avez demandé , Sgmbolœ liUerariœ yc^hi ne se trouve plus ici. Le fonds de Paglianis est passé i, Naples.

(i) Feuilleton du Journal de TEmpire, rédigé par Geoffroy.

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