A MADAME PIGALLE
A LILLE
Rome, le 3o janvier 1811.
Ah! la bonne lettre, cousine , que je reçois de vous, et que vous employez bien cette fois yotre jolie écriture ! De tout mon cœur assurément je vous accuse la réception et TOUS remercie, non tant à cause des 1,300 francs; j'en avais besoin, à vrai dire, mais ce n'est pas par là que vous m'obligez le plus. Vous vous souvenez du pau-* vre cousin, et vous le défendez tontre la médisance, quoique d'ailleurs vous n'en ayez pas trop bonne opinion : c'est cela, voyez-^vous, qui me touche le cœur. Je ne vous en saurais aucun gré, si vous eussiez pris ma défense dans la pensée qu'on me faisait tort; j'aime bien mieux des preuves.de votre amitié que de votre équité. Pour vous rendre la pareille, je voudrais trouver quelqu'un qui dit du mal de vous. Gela se pourra rencontrer; vous avez aussi des parents. Messieurs ût Mesdames * leur dirai-'je , je demeure d'aeeord avec vous que notre eau-*
eine eane doute tout ee qu'il vous plaira Car
il ne me. viendra jamais à l'esprit que ces bons parents puissent ne pas vous rendre une justice exacte, en disant
de vous pis que pendre. Mais^ eammejê F aime, ajouterai-je,/0 êouiiefu qu'elle n*a pdni tant de tarte. N'estce pas comine cela , cousine., que tous plaidez ma cause aux assemblées de famille?
Ce que vous dites pourjustifiervos éternelles grossesses prouve seulement que vous eu avez honte. Si ce sont-là toutes vos raisons ) franchement elles ne valent rien; car enfin , qui diantre vous pousse...? et puis ne pourriez-
vous pas ? Allons , cousine y n'en parlons plus ; ce qui
est fait est fait. Je vous pardonne vos cinq enfants ; mais pour Dieu ! tenez^vous^n là, et soyez d'une taille raison^ nable quand nous nous verrons à Paris. Vous me décida à y aller, et ce projet .« entre une douzaine d'autres , est maintenant mon rêve favori» Je me trouvais bien ici; on m'appelait à Venise; j'ai quelqfue affiàire a Napks; mais je vais à Paris, puisque vous y serez dans la saison des violettes. Voilà de* mon langage pastoral. Que vou* lez*-vous? je suis monté sur ce ton^-Ià; il ne me nunqoe qu'un flageolet et des rubans à mon chapeau.
C'était à quinze ans qu'il fallait lire Daphnis et CUoé. Que ne vous connaissais*je alors! mes lumières se joignant à votre pénétration naturelle, ce livre aurait^eu, je crois, peu d'endroits obscujrs pour voiis; mais, après cinq enfants faits , que peut vous apprendre un parefl ouvrage? aussi l'exemplaire que je vous destine c'est pour l'édiioation de vos filles. En vérité il n'y a point de meilleiire lecture pour les jeunes demoiseOes qui ne vea* lent pas être, en se mariant, de grandes: ignorantes;
et je m'attends qu'on en fera quelque jolie édition à Tusage des élèyea de madame Gampan.
Dieu permettra ^ je Tespére , que je me trouve à Paris quand tous j serez ^ cousine; mais, s'il en allait autrement, sachez que parmi mes projets il y en a un, et ce n'est pas celui auquel je tiens le moins , de me rendre à Leyde, cette année, en passant par Lille. Je tous xerarrai alors aTCC tous tos marmots ; ils doivent être grands, ne tous déplaise; non pas tons, mais enfin le géfiéral Braillard (tous sourient-il de cette folie?) doit aroir bien prés de dix ans : ce serait quelque chose si c'était une fille ; tous aTCZ fini justement par oA il fallait commencer. Quand je dis fini , c'est que je suis loin et ne sais guère de tos nouTelles; car peut-être, en lisant ce mot , amrez-TOOs sujet d'en rire : grosse ou non, je TOUS embrasse ^ tous et eux , j'entends la marmaille et M. Pigalle.