A M" LA PRINCESSE DE SALH
Paris, le ao jaillet i8ia.
Vfs TOÎM , Madame , à Paris , et tous n'y êtes pas. Vous êtes dans tos terres , et quand tous en reviendrez f irai dans les miennes , chétives , qui n'ont rien de commun avec les vôtres , que de me faire enrager si elles m'em^pèchent de vous voir. Vous serez de retour en octobre , et alors je m'en irai i Tours : on dirait que je prends mes mesures pour ne point vous rencontrer. A peine partezvous que j'arrive ; et si vous revenez je me sauve. Le fait est que je ne désire rien tant que de vous voir; mais Dieu ne le veut pas. Patience, ce guignon--U ne saurait durer toujours.
Je vous ai écrit de Rome, Madame, et, qui plus est , mes lettres sont parties. Je sais qu'il m'arrive de les garder en attendant la réponse; mais, cette fois, j'ai beau fouiller dans mes poches et dans mes papiers, je n'y trouve rien à votre adresse. Ainsi elles sont parties , et vous les avez , et vous n'avez point répondu. ... , ou j'aurai mal mis les adresses. Je vous cherche des excuses parce que je ne voudrais pas vous trouver coupable : vous le se^ riez beaucoup , Madame , si vous m'eussiez oublié pendant que j'étais U-bas ; car je pensais souvent é vous. Tout le
monde ici m'aasare qne tous tous portez bien. BlaTqmsmoi , je Yous prie , ce qa^il en est.
Le a3 octobre i8ia, au moment même où la conspiratioii dite Mallet édatait , M. Goorier partit pour Tours. Il pasa à Orléans le a4 ou le a5 , et lelendemain il se rendit k Bbis. Les gendarmes de cette yille lui demandèrent son passe-port , et comme il n en avait pas , il fut arrêté et mis en prison. On hi permit d'écrire à Be$ amis de Paris , et ceux-d obtinrent aisément du préfet de police Real les ordres nécessaires pour le faire mettre en liberté. Après quatre jours entiers de détealion , il cootinuA son vo ja^e vers Tours et Lu jnes.
A m. CLAVIER
Tour» , le 6 Dareinbre 181 x
J'ai reçu totre paqaet avec la feuille de rimprimeur. Faites-lui savoir, je vous prie, que je serai à Paris dans le courant de la semaine prochaine, et que ^ par cette raison, je ne lui renvoie point sa feuille corrigée.
On s'est en effet remué plus que je n'aurais cru pour me faire effacer de la liste des conjurés. Je suis- sorti des mains de messieurs de la police en payant cinq ou six louis , et je suis ravi d'en être quitte pour de l'argent.
J'ai trouvé tout mon bien en bel et bon étal. Mes affaires seront terminées sous peu , et je reviendrai d Paris.
J'aurais pu rester long-temps dans les griffes des alguazils , si on n'eût pas parlé de moi , et Dieu sait comment cela pouvait finir. Cette conspiration étant toute d'officiers sans emploi , moi , officier démissionnaire , venu à Paris depuis peu , et parti le jour même de laffaire , j'y pouvais figurer très-bien.
BCHEBS^BB
A M. GLAYIER,
A PARIS
Paris, le i8 norembre 1813.
MaNaiBU&, je vous envoie un Longus pour Réal| puiV q[ue TOUS croyez qne cela loi fera plaisir. Entre noasy c'eat à vous que je suis tenu de nia délivranoe , non à loi ; et ipiand il aurait eu le dessein de m'obliger , ce serait proprement henêfieium laironis^ comme dit Cicéion I non oeeidere. Mais soit fait comme tous souhaites. Mille respects à ces dames.
A ni AD AME PIGALLE,
A LILLE
Pms 9 le ao noTcmbre 1812.
Je ref 118 à Rome, chère cousiiie, il y a six mois enrâon, une lettre de vous, et comme elle me lit grand plaisir, J'y répondis sur-le*champ. Mais je gasdai ma lettre- afin de TOUS la porter moi*méme.. Car alors îlaTais résolu de partir pour Paris, où je comptais vous trouyer.^ Cependant il arriva que je ne partis point. Ainsi cette réponse est testée dans ma poche. Que voulez -tous? l'homme propose et Dieu dispose. Vons qui dévies être ici au covimencement d'avril, vous y venez i la fin de juillet , et vous y restez jusqu'au jour de mon arrivée. Cela avait tout Vaiiç d'une chose arrangée, comme si nous fussions convenus de nous éviter. J'entrais par une porte, et vous sortiez par l'autre. Ne me demandez pas si yenrageai. Ce fut le commence-» ment de mon guignon ; rien ne m'a réussi depuis.
Tout i l'heure encore deux gendarmes me gardaient à vue jour et nuit ; le jour ils me couvaient des yeux , et la nuit, avec deux chandelles, ils m'éclairaient pour dormir, crainte qu'on ne m'enlevât par les airs. Je ne pouvais, sauf respect , faire mon grand tour sans l'assistance de ces deux messieurs. On vous aura conté cela. J'étais>
un oonjnré , j'avais entrepris de faire passer la oouronne dans une autre bnmche. Si l'on m'e&t coupé la tète pour crime d'état , c'eût été pour tous un grand lustre : rien n'honore plus une faipille, et tous mes parents auraient mis cela dans leurs papiers. Malheureusement on s'aperçut que j'étais un pauvre diable qui ne savait pas même qu'il 7 e&t des conspirations, et on m'a laissé aller. Tout cela ne me serait point arrivé si je vous avais vue oette année , car un bonheur amène l'autre. Mais une fois en guignon, tout tombe sur un pauvre homme.
On dit que nous avons à Hasbonrg , ou Hasbruck , ou Hasbroek, une cousine d'environ seize ans, dont la figure et le caractère ne font point du tout de déshonneur i la famille , une fort belle personne enfin , aussi sage que belle I et tout-A-fait aimable. Sur un pareil bruit , chère cousine y il y a dix ou douze ans , j'aurais été roder dans ce canton sans rien dire. Mais à présent je puis déclarer mon projet , et annoncer, que j'irai là tout exprès pour voir cette merveille : car je ne puis croire tout ce qu'on dit , que je ne Taie vue et touchée.
Je vois vos enfeuits le dimanche chez M. Marchand; ils sont jolis et dignes de vous ; Talné surtout montre de l'esprit. Je ne laisse pas , tout diables qu'ils sont , de leur enseigner quelquefois des pcrfissonneries de mon temps, inconnues dans ce siècle-ci, oà tout dégénère. Alfred fera tout ce qu'il voudra , mais je suis filché qu'on les désole pour des études assommantes , et dont l'utilité après tout est douteuse.
Ne comptez^TOQs pas , dites-moi , tous oq TOtre marî^ Tenir bientôt à Paris 7 Si tous ne yenez ^ j'irai tous Toir# Je pensais d'abord devoir attendre la belle saison; mais depuis , réfléchissant sur l'incertitude de la vie , j'ai trouvé que c'était sottise de différer un plaisir, surtout quand on a comme moi quarante ans et des cheveux blancs : rien n'est plus vrai. J'en ai beaucoup , et je les garde précieusement pour vous les faire voir. Que direz-vous i cela? car enfin , ou le proverbe ment , ou ma tète n'est pas celle d'un fou, comme il vous a plu de le dire , sans reprocties , en bien des rencontres. Je veux vous demander U-dessus une petite explication au coin du feu , nous deux , si je m'y trouve , comme je l'espère , avec vous cet hiver.
Répondez-moi bien vite. Vos lettres sont charmantes : j'aime fort i en recevoir , quoiqu'il n'y paraisse guère. J'en regrettai fort une que je devais avoir i Milan, et que je n'y trouvai point, sans doute par le retard de mon voyage. Vous avez un style naturel et fort agréable. Pour moi, je griffonne tout le jour des choses ennuyeuses, et je n'en puis plus quand il s'agit de faire une lettre qui m'amuserait.
LETTRE
DE M. AKERBLAD.
Rome 9 le 92 deœinbne iBu.
Mon cher ami , j'ai ea de tos nouyellea par M. de Sacj , qui m'a instruit de l'aTenture qui vous était arriTée. Cette petite admonition tous était nécessaire pour tous appren* dre à connaître le prix d'un passe-port y chose qu'on n'a jamais pu tous mettre dans la tête. Je voudrais qu'en même temps cela vous dégoûtât d'un pays où Ton coffre les gens pour si peu de chose , et tous décidât à rcTenir en Italie , où votre bout de ruban rouge tous a toujours serTÎ de passe-port. D'ailleurs , aTOuez franchement que TOUS n'êtes pas si bien i Paris que tous l'étiez à Frascati ou i Rocca di Papa. Vous m'aTiez promis de m'écrire de Paris; mais tos amis de Rome sont tout-â-fait oubliés. Que dis-je tos amis? ni la princesse (i), ni madame Millingen , ni même TOtre maîtresse , ne reçoiTent de TOS nouTelles. La pauTre Rose dépérit à Tue d'œil , et si elle ne se pend pas , elle finira au moins par mourir de consomption ; tout cela pour tos beaux yeux. Vous par<lerai-je des fouilles? mais elles ne tous intéressent que
(1) Gactani.
faiblement. Vous rendrai-je compte des dispntes qui ont eu lieu entre les antiquaires sar la statue de Pompée et
sur Tarène de Famphithéàtre 7 D ftudrait des volumes , et les combattants en préparent qui seront bientôt imprimés. Une nouTelle de Naples, si tous ne la savez pas ^ c'est qu'on va publier fous \espapyri dérotilés , sans traduction , notes , ni commentaires. C'est une idée que votre serviteur a suggérée à Millin , qui en parla à la reine. Cela fait enrager les Napolitains , qui avaient spéculé sur ces papyri, dont la publication , à leur manière , demandait au moins trois ou quatre siècles I
Le roi d'Espagne , c'est-à-dire le ci^devant , voulut l'autre jour \isiter la bibliothèque vaticane; là-dessus, grands préparatifs , avec ordre aux seriiiori de se mettre en gala pour le jour fixé. Or , vous savez qu'Amati , qui se passe de chemise, n'a jamais eu d'autre habillement que la redingote que vous lui connaissez. Ses trois camarades , aussi philosophes que lui , ne sont pas plus élégants : ainsi , point de toilette extraordinaire. L'intendant qui devait accompagner le roi, fort choqué de Taccoutrement de MM. les êcritiari, leur ordonna sévèrement de ne point paraître devant Sa Majesté , au grand chagrin de mes quatre philosophes.
Adieu, mon cher ami, j'attends avec impatience de vos nouvelles. Parlez-moi de vous , de votre Xénophon , de Coraï, de Clavier, et mille choses à ces messieurs et à l'aimable et savant n.
Cûuriorr leven» à Paris & k fin dotitcbref y paaui tout lU^er et le printemps de i8i3, partageant son temps entre rétude et le jeu de paume , pour lequel son ancienne passion s'était réveillée. Au mois de juillet il alla s*établir k SaintPriz , dans la vall^ de Montmorency^ pour y jouir de Tair de la campagne, et pour mettre la dernière main k une nouvdle traduction de Daphnis et Ghioé , qui fîit , 1^ cette époque , imprimée chez Firmin Didot.
aem
A n. LEDUC aîné,
A PARIS
Saint-Prix , le aS jaîllet i8i3.
PuiBQUB tu donnes des notices aux iNinëgyristes des morts, ta m'apprendras pent-étre quelque chose de la TÎc militaire de ^^^^ , tué avec ^^^^. Je l'ai connu particulièrement avant qu'il se fit ingénieur; je lui ai donné des culottes, et, je crois, les premières bottes qu'il ait jamais portées. Maintenant j'en yeux faire un héros; pourquoi non? Le voilà tué en bonne compagnie, c'est là l'essentiel ; je ne te dis pas mon projet. Ramasse tout ce que tu pourras en entendre dire , et tu me conteras cela à noire première entirevue.