AU MÊME
Saint-Priz , le 3o juUlet i8i3.
Tu as bien raison, mon héros était an franc animal. J'ai Ià*dessus des notices (puisque notice y a) fort exactes et sûres. Cela est yraiment fâcheux : j'en Toulais fidre l'éloge d'une certaine façon , c'est-è-dire de façon â pou- Toir insinuer ce que je pense du métier, en donnant doucement a entendre que mon homme eût été capable de quelque chose de mieux; mais ma foi c'est tout le contraire. Voilà qui est fait , je n'y songe plus. Que feraije de mon éloquence? Les éloges sont à la mode : il faut hurler ayec les loups, d'autres disent braire aTec les ânes. Je trouTe ici dans mon Toisinage un sujet de panégyrique admirable , une madame de Broc , ou du Broc , tombée dans un trou , à la suite de la reine de Hollande. Lis un peu la gazette ; on ne parle d'autre chose. Eh bien ! cette dame de Broc, on l'enterre â ma porte; elle Tient de plus de cent lieues s'offrir â ma plume. Lui refuseraije un compliment parce qu'elle est morte? Elle avait du mérite; beaucoup même, si l'on m'a dit vrai. A vingtcinq ans, belle comme un ange, elle dépensait en aumônes la moitié de son revenu , ne voulait ni parures ni diamants , veuve , depuis deux ans , c'était une Artémise ; nulle idée de se remarier, pas l'ombre d'un galant. On
Tadoratt, jeune ettieux; tout le inonde Taîmait. En un instant la Yoilâ morte , d'une mort horrible , imprévue ! Jeunesse, Beauté , talents , tout s'engloutit dans le gouffre.
J# us iAi^i d« tout ïvtupi j queUe injuste puiiiatace JfeMtse le oimo en paili et pmirtoîi l'innoeèuœ.
Ceux que chacun maudit engraisseut. S'il y a quelque maraud qui fasse tout U mal qu'il peut , il Tiyra, sois-^n sûr. Le modèle des gFâce3 « l'esample dies vertus , le refuge du pautM €{t l'ornement du monde péirit dans sa fleur. Ou je me tiompef ou il y a lâ tout oe qu'il faut à un orateur^ hovs les six mille fhmes.
A propos, je suis fâché de n'avoir pu me trouver l'autre jour chez toh frère; il m'a ikll^u partir, ma voiture partait. Ce que c'est d'être gueux; on dépend du coche 1 Si j'avais un carrosse.... N'importe ; j'irai te voir lundi avant la paume. Tu as l'air de te moquer de ma paume? Jeu de grands seigneurs, dis-tu; non de ceux d'aujourd'hui.
Faire la réTëreDce et dans quelque antichambre , Le chapeau dans la main , se tenir sur ses membres ;
c'est tout ce que la nouvelle noblesse a retenu de l'ancienne. Adieu , je t'embrasse.
Au mois de mars 18149 Gom'ier , vivement affecté des événements politiques auxquels il ne pouvait plus prendre part, proje-
tait de ({uitter Paris pour écbaiçer àTodiaueiiécesittédeToir partout ches loi des figures russes et allemandes ; mail k banrd Payant rapproché d'une famille qu'A aimait , celle de M. Qa- Tier , il s'avisa de penser qu'il pourrait être heureux marié aTec la fille aînée de son ami ; et cependant , un peu indécis de caractère, il youlait, parce qu'il était amoureux, puis ne voulait plus , crainte de perdre sa liberté. Dans ces altemati- ▼es 9 ses parents ayant fait beaucoup pour le détourner , le mariage fiit rompu. Mais au bout de deux jours Gnirier ^^ Tint suppliant , obtint grâce, et le mariage fiit oonda le is mai , sans cpie Courier fût encore bien décidé sur ce qu'il voulait faire. La lettre qui toit est écrite pendant la rupture , et exprime le repentir auquel la famille Clavier céda.
M. Lemontey était camarade de cott^ de feu M* Clavier, et ami intime de la famille.
A HADAHE GLAYIEIL.
Paris, le mercredi «Tril 1814.
llàDAMB,
Jb yous prie de vouloir bien me renvoyer par le porteur ma canne que j'ai laissée <ihez vous. Xai un mouchoir à vous que je vous renverrai si vous me défendes de vous le porter moi-même.
Il 7 a quinze jours aujourd'hui que je vous dis ce mot dont vous vous souvenez : tout cê juêj^aime est ici; cela était parfaitement vraL Vous alœrs ,, Madame , vous voyiez en moi un homme destiné à faire le bonheur de votre fille , et par-U le vôtre et celui de toute votre famille. M. Clavier pensait comme vous. Sa sœur, me disaitfily allait Sire eaniente. M. Lemontey paraissait également satbfait. Tout le monde approuvait une union qui semblait de long-temps préparée et fondée sur mille rapports. Pour moi , je fus heureux ces huit jours que je me crus votre gendre. Jaimaisi Dieu me pardonne, tput comme i vingt-cinq ans, et d'un amour que'perso^ne ne pourrait blâmer. Cette fois mon plaisir et mon devoir se trouvaient d'accord; j'éprouvais dans cette passion qui a fait le tourment de ma vie un sentiment nouveau
de calme et itinnoeeneê. N'en riez pas , non; c'est le mot, 4. 26
et je voyais s'offrir A moi un bonheur durable. Qui m'a enleyé tout cela en si peu de temps? ce qui perdit la pau* yre Psyché : conseils de parents.
11 est fort assuré que vous ne trouverez personne qui vous soit aussi sincèrement attaché que je le suiS| ni qui vous estime avec la même connaissance de cause , personne qui vous convienne aussi bien à totxs égards , hors un point que vous ne regardez pas comme essentiel ; et pouvez-votis sacrifier tant de convenances à un petit ressentiment de vanité offensée, lorsque vous savez que Foffense ne 'vient pas de moi, et que vous la voyez réparée par un si prompt retour. Toutes les autres raisons que* vous et M. Clavieil me donnâtes Fautre jour, franchement sont misérable^ ; car tout se réduit A dire que je Taime trop, et que je suis trop facile à me laisser conduire; fâcheuses dispositions dans' un homme qui doit répouset' et vivre avec vous,
Je ne sais vraiment qu'imaginer pour vous faire changer" deréi^olution. Dites d M. Clavier, Madame, je vous prié, que je ferai pour lui toutes les traductions, recherches, notes , mémoires , qu'il lui plaira me conmiandef. 'Je "(ftchérai d*%trè de l'Institut. Je ferai des visites et des'dé&^lE'ôhes pdui' avoir dei places, comme ceux qui s'en sou^ieàt. Eu' uii mot, je serai à lui, à ses ordres, en fout et "partout. Trop heureux s*il 'me rend ce qu^îl m'ft déjft doitùé, et qtli, d Vrai dire, m'appartient. L'autre né travailla que sept ans pour Rachel ; moi je travaillerai aussi long-temps ^e M. Clavier voudra, et ce ne
sera pas trop de lai consacrer tonte ma lie , s'il la rend heureuse.
L'irrésolution qui avait retardé le mariage de Courier dura quelques mois encore après. Son caractère indépendant te plia dîffidlement à l'idée d*£tre lié pour jamais. Un beau jour il partit , disait-il , pour la Touraine, et de fait il y fut. Mais de là revenant sans s'arrêter à Paris , il alla sur les côtes de JKor-* mandie. Il y oublia mariage et famille pour se livrer encore k cette vie aventureuse qu'il avait menée si long-temps ] et , tenté par l'occasion d'un vaisseau frété pour le Portugal , il allait s'embarquer. Le souvenir et les lettres de sa jeune femme
l'ayant rappelé , il se contenta d'une course k Rouen , le Havre , Dieppe, Amiens, Honfleur, etc., et enfin, revenu à Paris, se fit à sa nouvelle situation, il ne quittait plus sa femme qu'à regret , et pour des affaires indispensables.
Madame Montgolfier était la femme de Joseph Montgolfier, fils du célèbre Montgolfier des aérostats.
La lettre qui suit est datée de ce voyage.
A MADAHIE COURIER.
Au Hârre , le a5 août i8i4-
•Je relis ta lettre do i4, car je n'en ai point d'antres de toi. Tn m'en as s&rement écrit depnîs, qui Tiendront, j'espère; mais je n'ai reçu que «6110 -là. Ton sermon me fait grand plaisir. Tu me prêches sur la nécessité de plaire aux gens que Ton voit , et de faire des frais pour cela ; et , comme s'il ne tenait qu'à moi , tu m'y engages fort sérieusement et le plus joliment du monde. Tu ne peux rien dire qu'avec grâce. Mais je te répondrai, moi| ne forçons point notre talent, c'est Lafontaine qui Ta dit. Si Dieu m'a créé bourru, bourru je dois vivre et mourir, et tous les efforts que je ferais pour paraître aimable ne seraient que des contorsions qui me rendraient plus maussade. D'ailleurs, veux-tu que je, te dise? Je suis vieux, maintenant, je ne puis plus changer; c'est toi qui pourrais te corriger si quelque chose te manquait pour plaire. Et remarque encore, tu me compares â des gens...: maiA parlons d'autre chose.
Ma façon de vivre est assez douce, quoique je ne connaisse personne ici, ou peut-être est-ce par cette raison que je m'y trouve bien. Je me promène , je griffonne pour passer le temps ; mais surtout je nage deux fois par jour avec un plaisir infini '^ j'ai fait de grands progrès
dans cet art^ Mou école de natation à Paris m'a bien profité ; j'y ai fait de nouTelles études en regardant les grands nageurs , et me Yoilà un tout autre homme , comme Raphaël quand il eut tu les peintures de Michel- Ange, n me £Eiut maintenant si peu de mouvement pour me soutenir sur l'eau que j'y reste des heures entières sans me fatiguer ni penser seulement où je suis , et que j'ai sous moi un abîme; car je me fais conduire en pleine mer : là je suis bercé par les vagues ; j'oublie... et mes chagrins et mes sottises , pires que tout le reste.
Mon banhêur dépend de toi, . . • •* douces paroles dont peut-être à présent tu ne te souviens plus. C'est pourtant de ta dernière lettre. Ce ne sont pas seulement ces choses-lâ qui me les font aimer tes lettres ; mais c'est que vraiment tu écris bien, et beaucoup mieux que ceux ou celles qui ont cette prétention. Ton expression est toujours juste, et tu as de certaines façons de dire.... Tu te peins toi-même dans ton style , et moi qui te connais , je vois dans chaque mot ton geste , ton regard , et ce parler si doux , et ces manières qui m'ont conduit au 13 mai. Il y a cependant quelque chose i dire à cette lettre; c'est que tu ne me parles guère de toi. Tu n'entres dans aucun détail. Tu ne me dis point ce que tu fais, ce que tu vois, et sans doute tu ne peux pas tout me dire. Me conterais -tu, par exemple, tout ce qui s'est passé depuis mon départ jusqu'au jour où vous partîtes pour la campagne ? Non , sûrement ; et je n'ai garde d'exiger cela. J'imagine que quelque jour tu te tromperas d'à-
(4ia)
dresse , et que je recevrai une lettre écrite pour madame Montgolfier , ou pour quelque autre personne de tes amies. Je le voudrais; mais non, toute réflexion faite, j'aime mieux que cela n'arrive pas , et je te prie d'y prendre garde.
Quand je dis que je reste ici, c'est une façon de parler; je vais bientèt retourner â Rouen , d'où je compte aller d Amiens ; mais écris-moi toujours â Rouen poste restante.
Les deux lettres qui suivent mêlent au rédt d*uB voyage d*affidres une peinture rapide des désordres qui affigeaient b Touraine ^ le Maine et rAnjou pendant les cent Jours* Oo y voit que Courier prévoyait un mois d^avaace la catastn^phe de Waterloo^
A MABAME CaURIER.
Luyues , le i4 juin i8i5.
Jb yiii3 ici «yant-lder ; le bien 4e Bourgueil est Tendu. On m'assure que c'eût été pour moi. une mauvaise aequisition. Je le crois , et je me iconsple ; c'est le meilleur parti ) et puis , iU sont trop verU. le demande â tout le monde de l'argent; personne ne m'en veut donnenBidaut se moque de moi ; quand je lui parle d'aff^res , il me parle politique : c'est la scène de M. Dimanche. Je n'ose lui rompre en yisiére , parce que je suis dans ses griffes ; mais je tâche de m'en tirer tout doucement. Quel malheur de ne rien entendre à ce chien de grimoire ! Je Toudrais , comme M. Jourdain , avoir le fouet deyant tout le monde, et savoir non pas le latin, mais quelque peu de chicane , assez pour ma provision.
Je ne m'ennuie point ; Plutarque m'est d'un grand secours pour passer le temps \ je serais heureux ai je t'avais ; mais en bonne foi, je ne crois pas que tu puisses, dans un pays tel que pelui-ci , être une semaine sans mourir. U est vrai que tu t'occuperais. Enfin nous verrons quelque jour. Je me promène, je vais courir au haut et au loin , je revois les endroits où j'ai joué à la fossette et au cerf-volant : ces souvenirs me font plaisir.
Je ne sais que te marquer encore : rien de ce que je
Tois ne t'est connu. Quand je te dirai que la petite Bourdon mourut il 7 a quelques mois ,. n'en sevas-tu pas bien Achée? C'était la fille du boulanger , jeune , fraîche et gentille , petite blonde d'enyiron dix-neuf ans, mariée i un homme de yingtr-deux ; cela devait être heureux. Point du tout : au bout de cinq ou six mois de ménage il lui prend un chagrin ; la Toilâ qui ne dit mot et ntaigrit i ▼ue d'œiL Et mère de l'interroger , et voisines de la tourmenter pour sayoir où le mal la tient. Qu'ar-t-elle 7 rien. Que yeut-elle? que lui maiique-tr-il7 on ne sait. Elle languit et meurt. Le mari n'en a cure; et c'est là, dit-on , ce qui l'a tuée. Il est le seul qui ne la regrette pas.
Mais M. de Ferriéres regrette trop la sienne. C'est un gentilhomme que tu connais comme Jean de Werth. Elle était jeune , belle et bonne. Elle lui laisse deux enfants. Il l'a tant soignée , tant veillée dans sa dernière maladie , et tant pleurée depuis , qu'il s'en va mourir, le pauvre homme , à quarante-cinq ans. Ceci a l'air d'un conte inventé à la gloire des yuadroffdnaireê: mais demande au petit Gasnault , quand tu le verras.
Veux-tu de la politique? Les chouans, les Vendéens, les brigands, les insurgés, les royalistes, les bourbonistes sont A douze lieues d*ici , au Lude. Quand ils y entrèrent, un parent de M. Vaslin, qui demeure là, patriote , jacobin , terroriste , républicain , bonapartiste, comme tu voudras , fit feu sur eux , leur tua un homme. Ils l'ont pris , lui , et ne l'ont pas tué ; mais ils ont pille
M maison et quelques antres. Toute la gentilhommerié se sauTe des campagnes, de peur des paysans. ML de la Bérandière s'est retiré i Tours ayec sa fiumlle ; les petites en sont rayies , parce qu'elles s'amusent. Ce sont des gens qui de leur vie n'ont fait mal à qui que ce soit : ils font bien d'être sur leurs gardes.
Je ne tait, de tout temps , quelle injotte pninanoe Laine le crime en paix et poursuit rinnocenoe.
C'est Racine qui dit cela , et il dit bien yrai.
Tours y le mercredi.
VoilA tes lettres de samedi , dimanche , lundi , mardi , mercredi. Je les ai lues avec grand plaisir, et beaucoup plus de raison que je n'eusse imaginé. Continue , je t'en prie, ce journal I le seul qui me puisse intéresser. Je ne t'en écris pas davantage , parce que le temps me manque. Je ne suis pas non plus si bien ici qu'A Lujnes pour causer avec toi. Une maudite auberge , des allants et venants, un vacarme d'enfer. Et puis, de quoi te parlerais-je? d'hypothèques, de contrat, de principal, d'intéréts et de cent autres misères auxquelles tu n'entends rien, et moi fort peu de chose. Que n'ai-je cent mille livres de rentes! J'en laisserais quatre-vingt-dix aux honnêtes gens qui me viennent dire :
J*étais fort seryitear de monsieur votre père ;
et je y Wraia sans soins peut-être arec le reste. Mais quoi ! on uie le volerait encore), et il faudrait liyrer bataille pour garder un morceau de.paio.. Je ne serais paa plus tranquille.
A UADAME COURIER.
Tonrt / le 17 jain.
Je reçois ta lettre de mercredi soir et jeudi , bien boane et bien longue. Qae te dirai-je? Il faudrait t'adorer. Ta pauvre santé m'afflige bien. Je suis sûr que la campagne te rétablira . Mais ne songe point à venir ici par cent raisons. D'abord le payé n'eH pas iranquUU,
et il y a ielévénemeni yui pourrait voue engouffrer dane ufie bagarre effroyable. Moi seul je m'échappe aisément. Et puis tu me générais dans mes courses. Cette raison ne m'arrêterait pas si ta santé 7 devait gagner. Mais Lujrnes est un endroit malsain dans celte saison-«i; j'y reste le moins que je puis de peur de la fièvre, et je me sauve sur les hauteurs, où l'air est plus pur, mais où je ne pourrais me loger avec toi. Sitôt que je serai de retour, nous irons, si tu veux, nous établir quelque part, à Sceaux, à Saint-Germain. Au reste , attends quelques jours. Si l'empereur gagne la partie , ce pays-ci sera bientôt calme.
Je retourne à Luynes , et j'y achèverai mes affaires. Je visiterai mes biens , et ferai du tapage aux gens qui me doivent. Malheureusement ils me connaissent et ne s effraient pas de mes menaces ; ils finissent toujours par me payer qaand ils veulent.
(416) Le fragment qui suit appartient à une lettre asses longue et
de peu d'intérêt. C'est un de ces croquis charmants dans lesquek Courier excellait , et dont il existe , sous le nom de ZiVret de Paul-Louis , un recueil connu de qudques personne
A mABAmE COURIER.
Tourt f noTcmbre i8i5.
J*Ai diné ches M. de Chavaignes en grande compagnie ) avec des chouans , des Vendéens , etc. , plus extravagants royalistes que tout ce que tu as jamais tu , mais du reste bonnes gens. On a porté ta santé avec enthousiasme. Tu as une grande réputation. II y ayait là deux curés qui se sont eniTrés tous les deux. Un d'eux aiait ce jour-là un enterrement à faire ; c'est la première chose qu'il a oubliée. A son retour il a trouyé à dix heures du soir le mort et sa séquelle qui l'attendaient depuis midi, n s'est mis à les enterrer. Il chantait à tue-téte, il sonnait ses cloches; c'était un yacarme d'enfer. L'autre curé, qui était le plus iyre des deux , youlait se battre ayec moi. Ayant appris que j'ayais une femme jeune et jolie , il fit là-dessus des commentaires à la housarde | qui réjouirent fort la compagnie.
Il est question dans les lettres qui suiyent des affidres de Courier y bûcheron et vigneron, non comme fl l'entendait deyant M. le procureur du itri, mais sérieusement propriétaire et cultivateur. VéreU, Asay-sur-Cher, Montbazon , qui jouent
un si grand râle dans qudques-uns dei opusculei oondamnéi , Tiennent ici, mais tout siniplemeDt pour leur part dans les intérêts domestiques df Courier. Dans la suite de cette oorrefpondance on retrouvera souvent ces noms et toujours avec plaisir.
A mADAmE gouri|:r.
Paris , a5 à 28 décembre i8i5.
ÂTANT reçu la lettre de M. Lamaze , ta auras pensé , j'imagine , à envoyer les affiches au garde pour la coupe que nous voulons vendre cette année. Si tu ne l'as point fait, va voir Bidaut^ et dis-lui de faire parvenir ces affiches dans les villages d'Azay-sur-Cher , Montbazon , Saint- Avertin , Yéretz et Larçay. Les trois premiers sont les plus importants. Je ne puis te dire encore quand je partirai ; je voudrais que ce fdt après-demain ou au plus tard dimanche. Je dinai hier chez ta mère qui me fit dire le matin par Edouard de venir de bonne heure , parce qu'elle allait au spectacle , tout cela comme si elle m'eût invité et que j'eusse accepté ; dans le fait il n'en avait pas été question. Je répondis qu'on ne m'attendit pas, et je vins i quatre heures et demie. Tj trouvai F. , qui me parait assez attentif auprès de Zaza. On les mit côte à côte à table. Ta mère le choie; Zaza ne le néglige pas. Il comprend à merveille ce que cela veut dire. On voit qu'ils pensent à quelque chose. Moi je n'y nuis pas non plus; je les fais causer ensemble tant que jp puis. Je serais enchanté que cela réussit, et toi aussi, je crois. Zaza est bonne personne ; je trouve qu'elle gagne beaucoup depuis quelque temps. Elle est bien faite , quoiqu'un peu forte : il y a
de rétoffe pour faire une belle et bonne femme , et le drôle ne serait pas malheureux. Il est aussi fort bon enfitnt et plas uni à ce qu'il me semble que la plupart des jeunes gens. Enfin, il en sera ce qui est écrit au ciel.
A MADAmE COURIER.
Vendredi , 29 décembre 181 5.
J'ai dîné hier ayec ^^^^, chez un traiteur du Royal. Tj ai trouvé des gens de connaisaaace. Nous ayons politique à perte d'haleine. Je ne suis d'aucun parti. Mais comme ils ont tous raison en un certain sens, je trouTe toujours moyen de m'arranger ayec eux. Cependant ils m'ont appelé royaliste, et m'ont assuré que je Toyais mauvaise compagnie. Après dîné, nous sommes allés A je ne sais quel café, et puis nous nous sommes promenés. Us ont voulu m'emmener au spectacle , mais je les ai plantés U , et je me suis sauvé chez Visconti.
Je compte aller voir demain Lucy. Ton père vient de m'apprendre la destitution de M. Daunou , qui ne s'attendait pas à perdre sa place, s'étant, dit^il, déclaré à la Convention pour le parti de Louis XVI.
Point de paume. Je tiens bon; je ne veux pas m'y remettre pour ai peu de temps.
A MADAME COURIER
Paris , le 3 janvier i8i6.
On m'a dit hier à la poste que je pouvais avoir aajourdliti! une plaûe pour Tours dans le courrier de Nantes. Si cela est, je pars avêc ou sans passe-port, et j'arriverai te tnatin avec cette lettre. le vais ce matin aux passepotls, et fespére tn ol)tenir un; sinon, ma foi, j'y refonte.Oti ne m^en demandera qu'à Blois, et là, je suis assee connu depuis mon aventure pour qu'on me laisse aller cette fbîs. Si )é courrier ne peut me prendre je pattiraf par la diligence.
A 10 heur^ et de«|ie
« Je ne puis partir aujourd'hui quoiqu'il y ait une place
au courrier; on me chicane sur mon passe -port; je
croyais pouvoir partir sans cela, ou du moins en me
servant du vieux; mais il en faut un neuf. Je suis allé au
bureau, ile du Palais , où on en donne. Us me renvoient
à un commissaire de police qui demande des répondants.
C'est le diable. J'enrage. Mais que veux-tu?
La vente de notre coupe de bois doit se faire samedi
chez Bidaut. Je n'y serai pas, comme tu vois.
Courier , resté seul en Touraine , s'occupa plus de ses affidrei
que de littérature , et, pour toute diatractioii , il écrivait k sa femme. Parmi les déUils qti'il lui donne , se troove dans la lettre du ^6 ou 27 janvier 18 16 lliistoire du curé et du mort de Lujnes , et puis les défenses d'aller au cabaret le dimanche ; premières petites persécutions mentionnées dans la pétition aux chambres. Il revint à Paris , et Ut oublia Luynes et les autorités pour se remettre & son grec, et continua la traduction de FAne.
Enfin , à la suite d'un second voyage, cette même année i8i5 y la lettre du y novembre contient le récit de Vùifàme affaire , ainsi la qualifie Courier , qui, excitant si vivement son indignation et son horreur pour l'arbitraire , le jeta dans lopposiliott. Sa^carrière politique fut alors décidée par le succès inattendu de la pétition qu'il écrivît à son retour vraiment àb iraio , et pénétré d'une seule pensée , la délivrance des malheureux , victimes de ces persécutions. Tous ceux mentionnés dans la pétition , et d'autres encore , étaient en prison , et avec la presque certitude de mourir sur l'échafaud. Aubert fut reiftché ; un nommé Milon , menuisier de son état , et René Supplice , qui depuis a été garde des bois de M. Courier 1 Luynes , au lieu d'être fusillés , ce à quoi tous deux s^attendaieut , furent condamnés seulement , le premier , à six années dé détention à Fontevrault , le second À six mois , et par là tous deux ruiiiés. Milon en est devenu fou.
A MADAME COURIER
Tours , le 39 janvier t8i6.
F AI passé hier la soirée chez madame de la fieraudière. Il y avait une douzaine de femmes et quelques hommes, la plupart jeunes gens dont je serais le père. Cela ne m'a point empêché de faire beaucoup de folies avec eux. Deux tables de boston et un colin-maillard dans leur salon que tu connais , outre M. Raymond et une petite fille de son âge 'y tu peux t'imaginer comme ou était à l'aise. Colinmaillard Ta emporté. Le boston a été culbuté, deux carreaux cassés dans le vacarme. M. d'Autichamp en était , sans uniforme et sans* aucune décoration. Il est vraiment aimable , tout uni et fort à la main. Enfin , nous étions là huit ou dij. jeunes gène en train de nous divertir. Je suis sorti à minuit ; personne ne songeait encore à s'en a^lçr. Ils ont joué viagt sortes de petits jeux fort drôles , qai la plupart m'étaient nouveaux. Cela n'était point ennuyeuXfComme sont d'ordinaire les petits jeux. Les jeunes personnes sont élevées on ne peut pas mieux, dans le ton à peu près des petites de la Beraudière. Celles-ci , ma foi, sont très-bien; d'une décence parfaite, sans nulle espèce de gêne. Point de politique, tout le monde en bottes ; quel délice ! Ce qui m'a le plus amusé , c'est l'histoire d'un bal donné ces jours passés. Il y a eu des
gens ioTÎtés qai n'ont pas voulu y venir, aimant mieux donner aux pauvres l'argent que cela leur eût coûté. C'est l'épigramme qu'ils ont faite et qui a porté coup. On la leur garde bonne. D'autres, au contraire, s'attendaient à être invités , et ne l'ont point été : ceux-là ne sont pas les plus contents. Selon eux , c'est un bal d'^ffmriê. Tu entends ce que cela veut dire. D'autres invités y sont venus, et s'en sont allés parce qu'ils n'ont pas troiivé le bal assez épuré. Toute la capacité du gouverneur et' des principaux magistrats a été employée à arranger ce bal qui, définitivement, n^a contenté personne. Si tu t'étais trouvée ici, aurais-tu été assez pure? Tu es de race un peu suspecte. On t'eût admise à cause de moi , qui suis la pureté même ; car j'ai été pur dans un temps où tout était embrené. C'est une justice qu'on me rend. Madame de la Beraudiére ne tarit i>oint là*dessus. La conclusion que j'ai tirée de tout cela, c'est que , quand nous serons nicbés dans nos bois, sur les bords du Cher, il faudra nous y tenir , et n'avoir de liaisons , d'amis ni de connaissanoes qu'à Paris. Tu sais là-dessus mon système , dans lequel je me confirme par tout ce que j'observe ici.
A MADAïaE COURIER.
Tours, le 1816.
Mbs marchanda de boia m'ont promia de m'apporter anjonrd'Iiui les cinq mille francs , maîa je n'aî garde d'j compter; il fSuidra en Tenir aux coupa, c'eat-i^dire aux aaaignationa. Da aenmt bien étonnéa , c^r jamais je n'ai &it rien de pareil. TA^Ib je vais lea étonofir bien pl^a en lear demandant en justice des dommages et intérêts pmir Texécrable massacre qu'ils ont fait de mon panTOO boi^. Je compr^ds maintenant pourquoi mon péie aurait toujours quelques procès ; c'était pour ne pas se laiaacr manager la laine sur le dos. Moi je suis tombé dana l'autre ezoès 9 et on me dévore depuis viAgt««cinq ans. Croirais^ tu bien que d'une pièce de quatoocze arpents de bois il ne m'en reste plus que six? les huit autres spnt passée da côté de mes voisins. U y a des morceaux plus petits qui ont disparu entièrement ; on sait seulement par tradition que je dois avoir là quelque chose. Jai fait toutes ces découvertes dans rénorme fatras des papiers de mon père. On ne me croyait pas homme à mettre le nez lé-dedans. J'ai fait bien d'autres découvertes. Par exemple , je croyais mes fermes au même prix que du temps de mon père ; cela me donnait de l'humeur. Le fait est qu'elles sont beaucoup plus bas. Il en est résulté cependant une sorte
( 4W) d« bies y oft ce que les finomieM j a» lefjopdiBit comme ches eux, oiiibeanMMipam^lîosédafDiidB. UwMnlm^ar difinehé, flaiMeii ^trepri»! six arpenis deterte4|m auttpi^. fou étaient meiiHe» el^ imitîka ; im autra a rebâti «ne gmagc^ Anan me gaideia»^je Uem de les dég«û(w f ài^ des angmentatiens trop fortes. Je rma asuHsmeat les engager i me faire mettleura fart c^ men Bien. -
Veîci la. QcmveUe à». Lujmea : le cmré' ailaJI a?èc> an mort , un homme Tenait sur son cheval* Le curé 1ns crie de s'arrêter ; il n'en a souci , et passe outre sans ôter son chapeau. Note bien : le prêtre se plaint ; six gendarmes s'emparent du paysan , l'emmènent lié et garotté entre deux voleurs de grand chemin. Il est au cachot depuis trois semaines , et depuis autant de temps sa famille se passe de pain.
Autre nouvelle du même pays. Le curé a défendu de boire pendant la messe ; tous les cabarets à cette heure doivent être fermés. Le maire y tient la main. L'autre jour mon ami Bourdon , honnête cabaretier, s'avise de donner à déjeuner à son beau-frére : or c'était un dimanche, et on disait la messe ; le maire arrive, les voit, et les met à l'amende , qu'ils ont très-bien payée. Mais voici bien pis. Le curé a défendu aux vignerons , qui voulaient célébrer la fête de saint Vincent leur patron , d'aller ce jour^là au cabaret. J'ai vu le curé, et je lui ai dit : Vous avez bien raison ; c'est une chose horrible d'aller au cabaret , un jour de fête surtout ; et vous faites très-bien , vous , monsieur le curé , de ne jamais vous griser qu'en
bonne compagnie dans le courant de la semaine. Cependant raisonnons , 8*il tous platt ; saint Vincent aime les vignerons , puisqu'il est leur patron. Aimant les vigfnerons, il doit aimer la vigne , et par conséquent le TÎn, et aussi le cabaret, car tout cela se suit; comment donc tl0U¥e-t»il mauvais que le jour de sa fête on aille au cabaret 7 II n'a su que me répondre.
Je te conte des balivernes , l'heure de la poste arrive ; adieu.
A AIADAME COURIER.
Toa» , le 3o janvier 1816.
T^ lettres me raTissent. Tu as bien raison de dire qu'il ne faut point d'économie sur cet artick. Le plaisir qu'elles me font ne peut se comparer aux dix sous qu'elles me coûtent.
J'ai TU I..... Sa maison est bien ce qu'il nous faudrait. Elle est plus simple que je ne l'aurais cru en la voyant de loin. Il dit qu'il ne veut point la Tendre. Cependant il me l'a fait voir dans le plus grand détail , et il me la yantait du ton d'un bomme qui veut faire Taloir sa marchandise. Moi je l'ai fort approuTé de ne point TOidoir s'en défaire , et j'ai refusé de Toir les appartements qu'il ▼oulait aussi me montrer. C'est Thistoire de Vaslin. Il s'est mis en tête que je voulais avoir sa maison.
Demain je fais encore une course à Larçay , et puis une autre A Luynes pour mes marchands de bois, qui finalement se moquent de moi. Je m'en Tais leur lâcher des huissiers, ce qui ne m'est jamais arrivé, sans compter un procès-verbal que je vais faire faire du dommage causé à mes bois. Je ne veux plus , ma foi , passer pour un benêt, et je vais leur montrer les dents. Je dis comme madame de Pimbêche : Ces coquine viendront nous man* ger Jusqu'à rame , et nous ne dirons mot! Ils vont me
troaTer bien changé. Ils t'attribueront ce changement ; ta ne seras pfia aîmiée dW i94 «a«f aiMr. Tu aa pourtant une grande réputation dana le pays. Tu passes pour une beauté parfaite. Heureux ceux qui t'ont vue ! A propos de beauté , un de nos fermiers a un fils qui passe avec raison pour le plus beau garçon du pays. Il est blond, et a 18 MIS. Ce ne août point ces gros traita dfta Ângkis et des Allemande Sa tto est tonte grecque. H est loin de s'en douter , et c^Ia lui donne une g^œ et un aatarel que n'ont point tos messieurs de Paris» Avec sa blouse «fc ses sabots, il a tput-i-fiât ttàr d'Apollon chei^ Admilt
Quand je seru reyenu de Luynes , fl fSMidni reUwmer i Larçay pour nues impoaitiooa. Tu yoia quelle via. Je me donne au diable, mais j'eapère que cela finùnu Le pis est que je ne penx m'occuper d'ançune étude, et que j'ai beaucoup de moments oà je ne W9 que. fiiire. Atoca je meurs d'ennui. J'ai trop on trop peu df occqpaUoQS^
Je t'entretiens de mea aottea aCiixe^ qui ne^ pement que t'ennuyer. Il vaut mieux répondre i tes lettres. le suis bien aise que tu aies remarqué le monsieur ea pain touffles. Rien n'est phis choquant , j|e t'asaureu
Je Teox croire qu^au fond il ne se passe rien ; Mais enfin on en cause , et cala n*est pas Inen.
Je trouYC <pie tu fais trop d'avancés i c^ gêna qui n'y répondent pas. Il £Mit se garder d'être duge en amîtiif c'est4-dire d'y mettre trop du «en. Oa jma ua, mwT«» ]pessQnnage.
Tu peins madame S. C'est une pauvre étude et un maigre sujet, mais eelà ?au| mieoi^ que éi n« tien faire. Je ne m'étonne pas que tu aies de la peine à te mettre au travail. réprouTeraîs la même chose. Nous nous prêcherons l'un l'autre. Jai des projets admirables y et je les exécuterai en dépit de la paume.
A MADAME COURIER
Tours, le i» février 181&
TESPhxR qa'enfin ta amas reçu de mes lettres ; je t'ai écrit il y a ea hier huit jours , c'est-^-dire un xaercredi 1 et je tois que le dimanche d'après tu n'ayais encore rien reçu. Cela est étrange ; mais tu t'es trop désolée , ta devrais être accoutumée aux sottises de la poste. Tu avais raison de m'attendre , j'étais i tout moment sur le point de partir, et c'est ce qui m'empêchait de t'écrire.
Tea lettres me font toujours un plaisir infini.
Leur miel dans tous mes sens fiât couler à longs traits Une snaTÎté qu'on ne goûta jamais.
C'est du Tartuffe. Je suis bien aise que tu n'aiUes pas chez les C. ; pour que nous pussions former quelque liaison avec eux , il faudrait qu'ils fussent bonnes gens , et rien n'est si rare. Tous tes détails sont bien aimables et valent de l'or pour moi. Les la Beraudiére ne sont pour rien dans l'usurpation dont je t'ai parlé j leur gentilhommerie à part , ce sont des gens fort estimables ; encore sont-ils sur leur noblesse plus supportables que les autres.
Je voudrais être auprès de toi pour te faire travailler , tu auras de la peine à t'y remettre ; mais il faut tenir bon ,
c est Taffaire de quelqaes jours ; je te prêcherai d'exemple. Tu ne m'as pas encore vu travailler tout de Ixm ; je veux finir mon Ane tout d'un trait.
Je gèle et cependant je continue à t'écrire. Il y a ici beaucoup de gens fort mécontents que j'aie osé acheter cette forêt ; ce sont les gros du paya et B. à la tête. Il m'avait dit d'abord avant l'acquisition : Cela ne convient qu'aux gens riches de ce pay&^cî. Un M. de Rhodes a eu là-dessus une querelle avec sa femme ; c'est l'histoire de M. et madame de Sottenville. Sa femme lui disait : Comment avez-vous pu ne pas acheter cela ? Il s'en justifie de son mieux ; il dit que c'était trop' cher. Moi je trouve qu'il aurait bien pu , lui ou quelque autre Sottenville , faire un petit sacrifice pour empêcher que cette forêt ne tombât en roture. Quel scandale , en efibt , n'est-ce pas , qu'un si beau bien soit dans les mains de genaqui ne sont ni maires , ni préfets , ni généraux , ni marquis , ni négociants ! cela crie vengeance.
A mADAmM GOrilIER.
Tours , le 6 fërrier 1816.
iB me lève imtin pour t'éerire. Il im Aux ftQjomd'hiu Toir Its gen$ 4a domâiiïe pour «éclamer la sauson da §Uà»t qtd réeJJiemeiit noua appartient comme ayant de tout temps &it partie de la forêt, G'eet une raillerie de prétendre ayojr tendu le pot et non l'anse* J'aurai enoore une eouree i &ird pour revoir cette maison i Tendre, et pui$ je partirai pour Paria ; je ne compte me reposer que dens la toiture. •
Tu te rappelles ces gen6<|ni ne teulent pas qu'un pay-em mange , boite et porte une chemise. Xallaî l'autie jour chez AL Précontais de la Renardière , qui est un de nos débiteurs; je le troutai en famille. Il u*atait point d'argent, me dit-il; ce sont les paysans qui ont tout, et si cela continue la noblesse mourra de faim ou sera obligée de faire quelque chose : qu'il se tende un quartier de pré , c'est un paysan qui l'achète ; chacun a maintenant ^a gouUê de benau. Ces gens-lâ mangent de la viande, boitent du tin, ont des souliers : cela se peut-il souffrir? J'abondai dans son sens , et je le fis frémir en lui racontant une chose dont je tenais d'être témoin. Croiriestous bien, lui dis-je, que Jean Coudray le tigneron...? Écoutez ceci , je tous prie. Je tiens de chez Jean Coudray f
il me devait qaelque argent qu'il m'a payé sur-le-champ. La femme m'a youlu donner à déje&ner. Mais elle, que pensez-youB qu'elle pteuaû à déjeuner? <hi café A la crème. Cela leur fit dresser les cheyeux à la tête. Du café é la crème 1 Tout le monde s'écria : Du café à la crème I Nous conyinmes tous qile les clioses ne pouvaient durer ainsi ; et je les quittai en faiscuit des yœux bien sincères pour le relow du b0ii temps {.car ils me paieront^ j'ûaagine, quand les paysans mourront do faim et seKOnt couverts de haillons.
Je voulais fendire plus long> mais Bîdant m'a envoyé chercher dès huit heures du matia. Je suis comme Petite Jean, je n*aime pas qu'on m^intetTompe. Aidieu.
A MADAME GOURIIlIL
Tottn, le 7 Dorembre t8i6.
jBBe pôiursais point les marchanda de bois, parce qne Doré a un fils qui Ta, dit-on, faire un mariage fort aTantagenxi et mes poursuites contre le père empêcheraient, dit-on, ce mariage, qui pourra aider au paiement de ce qu'on me doit. Je n'en crois rien ; mais pour ne pas empêcher ces gens de coucher ensemble , j'attends le lendemain de la noce pour lâcher contre eux les huissiers. J'ai la réputation d'un homme qu'on ne paie que quand on veut. Cela me fait donner au diable.
Je n'ai point vu les la Beraudiére : la mère est malade* Ils se sont fort bien conduits dans une infâme affaire qui a eu lieu dernièrement à Luynes. Dans ce village d'environ 1 300 habitants, douze personnes ont été arrêtées pour propos séditieux ou conduite suspecte. C'étaient les ennemis du curé et du maire. Les uns sont restés en prison six mois, les autres 7 sont encore. Une jeune fille se meurt des suites de la peur qu'elle a eue en voyant arrêter son père. Or, dans cette affaire , il parait que M. de la Beraudiére s'est employé tant qu'il a pu en faveur de ces pauvres diables. Cela fait qu'on en dit beaucoup de bien dans le pays. Dans le fait ce sont des gens fort estimables.
Un caré me disait à Lnynes qu'il ne voulait pas me
fluêirer du plaisir Meta cela, avec le Mnaiurer du
médecin (i).
(i) Un médecin conf allé par Courier loi répondit un jour grayement : Montieiir , ce symptôme me iiétatute Totre maladie ; Toulant dire dénote.
ans
A mADAlUE COURIER.
Tours y le 10 novembre i8i6w
Jb cours toajoars pour ma chienne de Tente; j'ai eu ce matin de bons renseignements : écouter tout le monde est ma régie. Je ne Tendrai pas aujourd'hui , je crois. Il fait un temps affreux. Je Tais être obligé de retourner demain à Luynes ; c'est un rude métier que celui de ton intendant.
A a beares et demie.
On a porté les enchères à 1 1 ,5oo fr. ; c'était un prix raisonnable ; car le bois est diminué depuis l'an passé : je n'ai pas touIu Tendre. L'adjudication est remise à quinzaine ; mais je crois que je ferai affaire aTant ce temps ; ils Tiendront me tourmenter comme l'an passé. On prétend cependant que j'ai mal fait de remettre la Tente. J'entends monter l'escalier ; ce sont de mes gens qui sont sur mon dos. Ils me parlent pendant que j'écris : je fais semblant de ne pas les écouter. Ils m'offrent 11,600 fir. moitié comptant. Je ne sais qui diable leur a dit que je TOulais 13,000. Les Toilâ qui m'offrent 13,000 : je refuse: les Toilâ partis. Je Tais diner chez Bidaut.
A 10 heures du soir.
Ma foi c'est fait pour i2,25o fr , à Beanjean ou Bonjean, dont tu dois te souvenir. Les paroles sont données, sans témoins à la vérité; mais foi de paysan vaut bien foi de gentilhoootme : je ne crois pas avoir mal fait. Le marché s'est fait chez Desnœuds (qui par parenthèse est mort : c'est le gendre qui tient la maison) ; j'étais là à jouer aux échecs : mon homme entre et me prend à part. Nos débats commencèrent à sept heures , et vers les dix heures
nous conclûmes. J'ai écouté pendant trois heures tou-
jours la même antienne \je suis connu, ce n'est pas pour dire. Je vous paierai bien, demandez à M. un tel. Enfin nous avons frappé dans la main; si je suis attrapé, ma foi... , que veux-lu? Les enchères n'ont été portées qu'à ii,5oo fr. Tout le monde me conseillait d'adjuger à ce prix; on prétendait que , l'assemblée une fois rompue, je ne retrouverais plus les mêmes ofires. JTai tenu bon , et j'ai gagné 760 fr. Ai-je bien fait, maître ?
Redemande un peu mon Longus à M. Méjean; il faut absolument ravoir ce livre : l'exemplaire m'est précieux à cause des notes que j'y ai mises.
Tout est fini, on m'approuve fort. Il est certain que le
bois a diminué d'un quart depuis deux ans. Enfin , tout
le monde trouve mon affaire bien faite. L'opinion du
public varie sur mon habileté : on me prend tantôt pour
. un nigaud , tantdt pour un fin matois.
Adieu : je vais mettre ceci à la poste , et pars pour Luyoes.
A mADAlUE COURIER.
i3 norembre i8i6.
Je suis allé dimanche à Luynes ; j'ai ^né et couché chez les la Béraudîére. Ils sont bien Achés que tu ne sois pas Tenue. II 7 avait chez eux deux émigrés rentrés , habitants du voisinage , qui sont bien ce qu'on peut voir de plus drôle au monde ; deux figures i mettre aux Variétés. Ce ne sont que révérences, compliments, cérémonies; tout tellement caricature, qu'il y a de quoi crever de rire. Nous en avons bien ri quand ils ont été partis. Bonnes gens au demeurant. De Luynes je suis venu avec Odonx chez ce monsieur qui marchande notre Filoniére , et je crois l'achètera ; mais c'est une affaire qui n'est pas prête â se conclure. Nous avons dîné chez lui. C'est une maison charmante , à Saint*Cyr , sur le chemin de Luynes; tu dois te rappeler cet endroit sur la colline à mi-côte. On voit Tours et toute la Loire. Tu verras cela quelque jour. Ils ont grande envie de te voir; tu as une réputation dans tout le pays.
Ton projet de venir passer ici l'hiver ne peut s'exécuter ; d'ailleurs il faut que j'imprime mon Ane cet hiver. Ce n'est point une chose indifférente. Enfin tout s'arrangera. Figure-toi que les propriétaires de terres sont toujours gueux, mais jamais ruinés.
Ce monsieur qui épouse la vieille^ ne m'étonne |)oint du loat. Il Tient de mourir ici un homme appelé M. A. ; il n'avait point d'autre état que d'épouser de TÎeilles femmes, et de les en^rrer. 11 est mort yenf de la troi* sième , et riche ; car , c'imme il les traitait fort bien pendant leur yie , elles le récompensaient à leur mort. J avais prédit qu'il finirait par une fille de dix* huit ans qui l'enterrerait; mais je me suis trompé.
Courier, selon le projet dont il fait mention dans la lettre précédente, s'occupa , sitôt son retour à Paris, de l'impression de son Ane. En même temps il écrivit la pétition. Alors seulement il connut son talent , ou plutôt la sympathie du public firançais avec ce talent. On sait assez quel effet produisit ce petit écrit de dix pages. Cependant il demeura fidèle à ses études grecques , et ne fut arrêté dans la correction de son Ane que par un nouveau crachement de sang , qui le prit au mois de février 1817 , et le tint long-temps entre la yie et la mort. Obligé d'aller aux eaux pour se rétablir , il ne put reprendre son travail qu'au mois de décembre suivant. La mort de son beaupère , arrivée le 1 8 novembre de cette année , Taffecta si vivement , qu'il ne continua qu'avec découragement et de loin à loin les études qui avaient été communes entre eux pendant plusieurs années. Dans quelques lettres qui n'ont pu entrer ici , il parle , avec la touchante simplicité qu'on lui connaît , de sa douleur, quand il rentra dans le cabinet de son père, qu'il toucha les livres tant de fois feuilletés avec lui , revit sa place
ctsoa fauteuil vides. Ces regrets profonds et durables, comme toutes les impressions de Tame de Courier, nous ont privés de plusieurs travaux qui sans cela eussent été achevés , et que le public ae coonaitra point : perte qu'on ne saurait trop viv«* ment sentir.
En janvier i8f 8 , Gomier voulut , se voyant des forces, aller seul en Touraine. Il fut repris de son crachement de sang, el ramené mourant.
La lettre suivante est une de celles qu'il écrivit pendant sa convalescence à sa femme , qui terminait à Tours les affaires abandonnées par lui. Il marque là le peu de souci que lui donne l'Institut ^ où se trouvaient alors trois places vacantes. On sait Thistoire des nominations faites à ces places par TAcademie , après six mois employés i préparer ses choix. Les sollicitations de sa femme et de quelques amis avaient déterminé Courier , contre son gré et son caractère , à faire quelques démarches pour remplacer son beau-père. Il les fit, et s'en repentit , comme il Ta si plaisamment avoué , tout en se vengeant sur TAcadémie du refus auquel il s'était exposé en prenant ses titres de savant pour des droits k une distinction de savant. La lettre qui vient ensuite est adressée à M. Raoul Rochette , après le refus de rAcadémie.
A MABAIHE COUAIBA.
Le 9 fërrier 1818.
Tu Tois comme je t'écris. Je te parle de moi. C'est comme' il faut que tu fasses. Tout ce que tu fais , ce que tu peiises j tout ce qui te tient à Tesprit sans examen , il me le faut coucher par écrit. Yisconti est mort; je tiens de recevoir son billet d'enterrement. Yoilâ trois places à Tlnstitut. En aurai-je une ? Je ne sais. S'ils tne reçoivent , j'en serai bien aise ; s'ils me refusent , j'en rirai : je ne vaudrai ni plus ni moins, et le public sera pour moi. Je crois que je serai reçu. Mon Ane va paraître , je crois , la semaine prochaine. Il semble que Bobée ait enyie d'en finir. '
Adieu. Je m'arrange avec Rosine on ne peut pas mieui. Elle jouit du bunheur de toir son fils ne rien faire du tout. Xai Toulu'hier l'entoyer porter quelques litres chez ta mère. Rosine s'en est emparée , et les a portés elle-même. Il ne faut pas qu'un gentilhomme sache rien faire , dit Molière. Adieu.
iMl*
A JH. RAOUL DE ROCHETTfi.
Paris f le i5 arril 1818.
MoNsiEUH , je n'aurai point Thonnenr de dîner demain ayec tous , parce que je pars pour la campagne , à mon grand regret , je voua assure.
Ne croyez pas que je me plaigne de votre académie ; je reconnais au contraire qu'elle a eu toute sorte de raison de me refuser; que je n'étais point fait pour être académicien, et qpie c'était i moi une insigne folie de me mettre sur les rangs. Seulement, je ne veux pas qu'on me croie plus sot encore que je ne suis ; et comme bien des gens s'imaginent que je me présente i chaque élection pour essuyer un refus , je ne dois pas négliger, ce me semble , de les désabuser. C'est U Tobjet du petit mémoire que je vais publier, et dans lequel je ne prétends point justifier , mais atténuer ma sottise : je n'en ai jamais fait en ma vie que par le conseil de mes amis. Oh ! Visconti ! Visconti I
C'est au mois d*avril de cette année que Courier acheta sa maison de la Ghayonnière. Il était k Paris pendant que sa femme
sollicitait à Tours au sujet du proois contre Claude Bourgeau ; procès perdu par Gnirier, et dont Fobjet est connu par le Méncire contre Claude Bourgeau. La lettre qui suit a trait a cette affiire.
A ni. ETIENNE,