BEI
A MADAHIE GOURIEli.
Mars 1819.
J'ai TU hier M. Gnicot. H m'a promis solennellement la destitution qpe je ne Ini demandais pas. le dois le xeroir mercredi an soir ; ainsi je ne puis partir que jendi. Je dois Yoir d'ici à ce temps le ministre de la Justice , dont j'espère beanconp ; ainsi j'espère que nous aurons raison de nos persécuteurs.
La lettre à l'Académie commence à faire sensation. B. m'a écrit une lettre d'une bêtise rare } tout le monde est content du style, excepté. •. M. Daunou, dont le suffirage n'est pas peu de chose , m'en a fait mille compliments; Yillemain, Yioletr-le-Duc, il n'y a qu'une voix. Mais l'Académie est un peu sotte. Tout cela, je crois, me fera honneur. Villemain est enthousiasmé de mon Plutarque, et veut l'imprimer â tout prix.
Dis à Blondeau que ses affaires vont bien , que cei)endant je ne puis encore lui rien promettre.
A MADAME COUaiEa.
J'ai diué hier a^ec Hyacinthe et ^iiles Bonnet chex Hardi. Jules est un peu pincé , mais dv reste il ma para aimable. Après le dîner ils se sont mis a jouer au billard , et je suis rentré chez moi. Le matin j'allai Yoir Lemontey; je croyais qu'il pourrait par ses connaissances me iaire parler au ministre de la Justice. Je sais bien que ce ministre me donnera une audience quand je la demanderai ; mais je suis pressé, je Yeurm'en retourner là-bas. Au reste Lemontey ne peut ou ne veut rien faire.
Je dois Toir Yillemain aujourd'hui à deux heures. D me lira la lettre du ministre au préfet. Je regarde la destitution de Debeaune comme certaine. On m'a proposé de me faire maire à sa place ; je n'ai pas youIu. Yillemain a fort dans la tète l'impression de mon Plutarque , comme une chose qui pourrait faire honneur au ministre actuel. Nous parlerons de cela aujourd'hui ', si la chose se ùit , je reyiendrai ici dans cinq ou six semaines.
Je yois que mes premières lettres t'ont inquiétée , tu verras par les lettres suivantes que tout s'arrange. Quand on saura à Tours que nous avons & Paris des gens qui pensent â nous , on nous laissera tranquilles ; et je crois que... regrettera plus d'une fois d'avoir pris parti contre
nous. Si je puis rester ici seulement quelques jours, le procureur du roi aura aussi sa semonce ; et enfin nous serons en repos. Je yois qu'on se fait ici un honneur et une gloire de me protéger. Cependant il y a encore une chose qui pourrait changer tout, c'est ma lettre â l'Académie que Yillemain n'a pas encore lue, et qui parait â tout le monde trop âpre et trop yiolente. Il se pourrait que cette lecture le fit changer , non de sentiments , mais de conduite ayec moi ; ainsi ne comptons encore sur rien. Regarde toujours le cachet de tes lettres.
Dans l'intervalle compris entre mars et décembre i8ig, Courier écrivait d'abord le plaidoyer pour Pierre Clavier Blondeau , son garde , que peu après il défendit lui-même du tribunal de Blois ( ce qui n'empêcha point que le pauvre homme ne perdît son procès ) ; ensuite il écrivait pour le Censeur , tout cela en soigoant ses sainfoins, ses bois , ses vignes. Ce fut sa femme qu'il envoya en décembre 1 Paris pour y terminer quelques affaires , doat il paraît , aux lettres qu'il lui adresse , bien moins occupé que de savoir l'opinion de ses amis sur ses articles du Censeur.
A mADAniE COURIER.
Tours , le a4 décembre 1819.
Tu me marques que tu as versé , et qu'il t'en coûtera soixante francs : Toilà tout. Il paraît que tu u'es point blessée ; cependant ta tête est fêlée. Qn*est-ce que tout cela yeut dire 7 et pourquoi ne t'expliques- tu pas 7
Informe-toi doucement si l'on trouve que je fais bien d'écrire pour ce journal. Haxo pourra te donner son avis M-dessus. Demande*le-Iui de ma part. Tu peux aussi interroger , mais moins directement , Duménil , si tu le vois. U me semble que ce journal est bien peu répandu. Au reste , quand j'aurai mes livres , je pourrai m'oocnper d'autres choses.
Courier passa peu de mois sans aller à Paris , chacune de ses brochures étant imprimée sous ses yeux, à quelques exceptions près ; mais les lettres qu'il écrit à ces petits voyages n'ont de prix que pour sa famille , jusqu'au mois d'avril i8ai.
De cette année 1820 sont datées :
Les deux dernières lettres au Censeur ;
A HM. du conseil de préfecture à Tours ;
Les deux lettres particulières.
Au commencement de 1821 , comme on parlait de donner
Ghambord au doc de Bordeaux , Courier conçut le Simple discours. Le peu d'amis auxqueb il en parla rengageaient à 3e presser pour saisir Tà-propos ; mais il résista à leurs sollicitations, et l'ëcriTit lentement avec ce soin achevé qui fidt de ses moindres pamphlets des modèles de style en même temps que des ouvrages si piquants.
Suivent après dans les lettres postérieures tous les détails de ses succès , sa mise en jugement , le procès , etc.
A MABASSB COURIER.
Pam , ayril i8ai.
Je suis arrÎTé hier à neuf heures du soir. On m'a logé , quoique ayec peine , à l'hàtel de Yaubau. Tout est plein i cause du baptême du duc de Bordeaux. J'ai yu hier ^^^; j'y dine aujourd'hui. J'ai tu Bobée : ilya imprimer mon Chambord. Gela Tiendra on ne peut pas plus a propos; car on délibère actuellement si on poursuÎTra ce projet.
A HADAME COURIEa.
Paris , le i«r mai i8ar.
Tai tu le maréchal et sa femme. Grandes caresses et grandes amitiés I Mon Ghambord a grand succès; il s'en yend beaucoup. M. d'Ârgenson en a fait acheter je ne sais combien d'exemplaires , outre ceux que je lui ai donnés. Bobée ne me dit pas tout 9 mais je sais que des libraires lui en ont demandé. Gela arriye bien â propos.
Tout Paris est en l'air pour le baptême. Je m'en yais à la campagne chez madame Viguier, qui fuitayec raison les fêtes et les embarras.
Demarçay m'a enseigné le moyen de défiricher sans qu'on puisse m*en empêcher , et je crois que je ferai comme il me dit.
Je sèche ici , je meurs d'ennui. Mon impression éUnt finie , il me tarde d'être auprès de toi et de notre enfant.
Beaeaaaaa
A lUDAllIE COURIER.
Paris, jain i8ia.
Ma grande affaire du pamphlet marche ; mais je ne sais encore si je serai mis en jugement. Cela sera décidé demain. On m'a beaucoup pressé , et même importuné , pour Yoir les juges; je m'f suis refusé, et je crois que je fais bien , et on finit par en convenir. Je suis sûr de n'avoir point de tort. Xai le public pour moi , et c'est ce que je voulais. On m'approuve généralement , et ceia même qui blâment la chose en elle-même conviennent de la beauté de l'exécution. Deux personnes qui n'ont entre elles aucun rapport , car c'est M. Dubost et Etienne, m'ont dit que cette pièce est ce qu'on a fait de mieux depuis la révolution. Ainsi j'ai atteint le but que je me proposais , qui était d'emporter le prix. Plus on me persécutera , plus j'aurai l'estime publique.
A SLkDAME COURIER.
^ PariSyÔJttin tSat.
Jb ne puis absolument t'écrire. Je n-aî pas tin moment â moi. Et d'ailleais je crains que mes lettres ne soient décachetées. Rien encore de décidé sur l'affaire du pam^phlet. Il y a encore beaucoup de formalités â remplir. Je ne puis m'expliquer là-dessus. Mais sois tranquille : j'ai pour moi tout le monde. ' Ton parent me sert bien , du moins par les informations qu'il me donne ; car an reste il a une peur extrême de se compromettre. Je suis logé chez le philosophe dont tu as reçlt la lettre après mon départ , et qui était d'ayis que je ne bougeasse de là-bas. Je suis bien aise d'être venu , pour plusieurs raisons que je ne puis te marquer. Je ne sors presque pmnt de ma chambre, qui est un grenier ayant vue sur le Luxembourg. Je travaille du matin au soir à m'6n Longus et à d'autres choses. Les invitations me pleuvent de tous les côtés. Je n'en accepte aucune , et fuis les cliques de toute espèce , non-seulement par une aversion naturelle , mais aussi parce que je ne veux point perdre de temps. Je n'ai point encore vu le maréchal. Ilssont à la campagne.
Je ne vois plus ni ta mère ni Je suis enterré pour
tout le monde.
wmaBÊÊÊÊmmaessaamesema
A MADAME COURIER
Paru, 10 juin i8ai.
k«-e0t décidé qae }C serai jugé par la cour d'assises. On te signifiera ije ne sais qoiçl grimoiie qu'il &ut me renToyet. fie t'ifquiéle point. On oroit non-seolenaent possiblei mais ^K>l>able , que je m'en tirerai. Au reste, ta sais comme je pense. Mon but était de faire quelque chose qui fàt bien , et il parait que j'ai par&itement lénssi* Le seste s'arrangera.
' J'ai YU aujourd'hui Hyacinthe ^ qui m'a reçu merveilleusement* Il a voulu absolument me mener chez son beau-frére. Autre réception^ acçu^, enthousiasme, etc. Sa mère se porte bien. Cassé était chez lui , qui est un peu maigri ; assez spirituel. Ta mère et Amelin m'ont searvi de toute leur puissance, et se sont mis en quatre.
Tu me renverras , jposte restante , ce que tu recevras relatif aux assises.
J'ai pris un avocat que tu connais peut -être. Il se nomme BerviUe. U venait chez ta mère autrefois. C'est un jeune homme de beaucoup d'esprit et fort aimable.
Adieu, chère femme ; ménage surtout ta santé ; gardetoi de te rendre malade , car nous serions perdus tous. Toute l'existence de la famille roule sur toi seule à présent.
Entre la mise en accusation et Tëpoque du jugement pour le Simple Discours , Courier revint à la Ghayonnière , et prépara sa défense , morceau admirable , qu*il voulait prononcer luimême, essayant ainsi de la tribune , et de l'effet qu'il pouvait produire sur une assemblée. Mais il ne se décida pas à parler , détourné un peu par son avocat , et beaucoup par une certaine indolence naturelle et la crainte de ne pas réussir à son
gre(i).
Au mois d'août il retourne à Paris. Du commencement du mois^st daté son pamphlet Aux ornes dévotes. Il le fit , celui* là , à Paris , contre son usage assez constant; car ordinairement il travaillait à la campagne , ne venant à Parts que pour iaire impnmer.
(i) H achevait en même temps sa traduction du fragment d^Hérodote y et sa préface de ce même fragment. On voit dans la lettre suivante qn*il songe à le faire imprimer. Ce fut par Bobée et sans en tirer profit , mais seulement en 182a.
A MADAME COURIER
Pari», BoéttSar.
J'ai- pporlé à Cotelle , gui m'offre de Targent ; mais je ne pnia me faire A Tidée de vendre ce que j'écris. Cest une sotfe idée avec laquelle je snia né, et qni m'empêche de pouvoir f^i^ un marché avec ces libraires , quoique je sente la duperie de donner et la nécessité de quitter cette méthode. Enfin je verrai. Je lui refuse mon finement : il veut Tavoir absolument. Cotréard aussi vent l'avoir. Au milieu de tout cela je ferai quelque sottise»
Je travaille tout le jour à mon Longus, et me prépare pour le 38. Tout le monde croit que je m'en tirerai.
Xoccupe tout seul l'appartement de Cousin ; sa conduite avec moi est fort aimable , et en le voyant je suis tenté de croire qu'il y a des caractères firancs et généreux ; mais que penser de ceux qui dès la jeunesse sont avares, fourbes et de mauvaise foi ?
Adieu, cher ange.
A WtADAWnB GOUaiER.
Purif ,aoAt i8ai.
Jb Tiens de voir dans les gazelles qae raflfaixe de Gan* chois-Lemaize sera jugée aTant la mienne. Je crois cela ftcheux pour moi ; je ne me repens poini néanmoins de n'être pas Tenu le mois passé.
Xespére comme toi que noire Paul sera bon; mais il fiml qu'il TiTe avec nous , ou du moins aTec loi. Ainsi , soigne la sanlé, d'où dépend la TÎe de nous Irois.
Je Tais Toir aujourd'hui Bobée el Benrille : nos jurés doiTcnl être nommés. Je suis tout occupé à méditer ma harangue 9 que peut- être à la fin je ne prononcerai pas. Tous les aTOcals sont d'sTis que je ne dise mot : le public s'attend que je parlerai. Nous Terrons.
Beaeaaaaa
A MADAIHE COURIER.
Pariff août i8at.
Mon jovj est abominable, et il y a peu d'espérance.
Quel bonheur que j'aie pn ayqir cet appartement de Cousin ! Sans cela , je ne sais ce que je serais derena : la chaleur est affSreuse et Paris inhabitable. Tues bien heureuse d'être à la GhaTonnière.
Je dois demain aller voir Ber?ille à la campagne, chei son père, pour concerter ensemble toute notre défense : il faut que je me prépare.
Dînaildie.
Tai fait hier un dtaer d'aTOcats où jf me suis asses diverti , chez Berrille , A la campagne , aux carrières de Charenton. J'ai pensé mourir de chaud en allant. On a beaucoup parlé de moi et de mon affaire : je te conterai tout cela. On croit généralement qu'ils n'oseront pas me condamner. Il y a des circonstances favorables que je ne puis t'écrire. On est fort curieux de savoir comment je me tirerai de ma harangue : les avocats croient et espèjcent que je ne réussirai pas. Je suis i peu près sûr du succès 9 si je me décide à parler ; mais peut-être trouverai-je plus à propos de me taire.
Qaoi qu'il arrive, je vais sûrement te rejoindre bientôt ; car , quand même on m^ i^ndamnerait , j'aurais selon toute apparence , du temps pour mettre ordre à mes affaires. Je ne m'arrêterai ici que pour faire imprimer le plaidoyer de Berville et mon discours, ce qui sera bientôt expédié. Je meurs d'impatience de me revoir auprès de toi et de notre cher enfant ; sans vous deux je n'existe pas.
A SIADAME COURIER.
Paxîf I og août iSai.
Deux mois de prison, et deux cents francs d'amende, Yoili le résultat d'hier.
Je ne puis absolument t'écrire. Je vais trarailler i publier ma défense , et les plaidoyers pour et contre ; je ne sais si on me donnera du temps.
Tes lettres me font un plaisir que tu ne peux imaginer, et c'est mon seul bien ici où tout m'ennuie et m'excède. On me recherche , on veut me ^oir ; mais , ma foi , je ne suis pas assez content de mes vieux amis pour en vouloir de nouveaux. Toute ma parentaille est venue à mon jugement. J'ai manqué tomber en syncope*
Je devrais être ivre de louanges et de compliments ; j'en ai reçu hier i foison de toute part. Je m'étonne moimême du peu de plaisir que cela me fait.
Si tu veux lire un rapport à peu près exact sur mon jugement de la cour d'assises , prends le Courrier d'aujourd'hui 39.
Après son jugement Courier resta quelque peu pour achever son Procès de Paul-Louis Courier. Mais tout empressé de
rrroir sa femme et son enfant , il revint en Touraine sans se donner le temps de le faire imprimer. D mit ordre à ses affiôres , et retourna à Paris en septembre , il n'était pas encore bien décidé à se mettre en prison ; mais on verra , dans les lettres suivantes , les motifi qui le détenninèrent nudgré sa répugnance.
A ^IIiU>AlllE COURIER.
Parif , teptembre ou octohre i8ai.
Toute réflexion faîte , je crois que je ferai mieux de surreiller ici l'impression de mon Longus que Ton va commencer , et pour cela je me mettrai A Sainte-Pélagie. J'emploierai mon temps utilement; et ce temps passé, j'en serai quitte. Cependant je ne puis encore prendre aucune résolution. Mon Jean de Br. paraît demain. On y travaille le dimanche ; je crois qu'il aura du succès, et achèvera de me mettre bien avec le public.
La censure a rayé dans le Miroir l'annonce de mon Jean de Br... ; on ne sait si les autres feuilles pourront Tannoncer. C'est i présent le temps des élections.
n faut que tu me copies deux passages de Brantôme ; c'est dans le tome S* , page 171 et page 355. Dans chacune de ces deux pages tu trouveras ces quatre mots : quand tout est dit. Copie, et envoie-moi les deux passages où se trouvent ces mots.
A HADAMB dOURISa.
Puîsi jeudi malin, juin 1891.
BiA brochure annsaccès foaj tu ne peux pas imaginer cela ; c'est de Tadmiration j de Tenthousiasme , etc. Qnelqnea personnes ^ou^iaient que je fosse député , et y Ita-' Taillent de tout leur pouvoir. Je serais fort ttché que cela réussit , par bien des taisons que tu .devines. Je n'oserais refuser; mais je suis convaincu que ce serait pour n)oi un malheur. Cela ne mexsonvient point du tout* Au r^ste il 7 a peu d'apparence , car je crois que je ne iBonviens à aucun parti.
Tu trouveras quatre esemidaîres de la brochure iivec tes souliers qui doivent être partis aujourd'hui.
Vendredi.
Je n'ai point mis ma lettre » et j'ai mal fiiit , tu l'aurais reçue demain samedi. Tous les gens que je vois sont dans l'enthousiasme de ma brochure. On l'a lue avant-hier au parquet du procureur du roi ; je ne sais ce que c'est que ce parquet. On la lisait tout haut 9 et il 7 avait foule. Tout cela ne peut manquer , je crois , de bien tourner pour nous. Tu m'entends.
^BSS
A MADAME COUROBIL
Paris, mardi malÎB, octobre i8ai.
Jb Tais décidément me loger où tu sais aujourd'hai oa demain.
J'étais hier chez Delannay le libraire. Je trouTai lânn homme qui Toulut lAe mener chez le père de l'enfant que je protège. Je m'y suis refusé , et j'ai bien fiiit ; je ne veux me fourrer dans aucune cabale.
Cherche dans Bonaventure Desperries, nouTclIe 74, Ters la fin ; tu trouveras ces mots : tê plus du temps, c'està-dire la plupart du temps. Copie cette phrase, et ma Renvoie dans ta première lettre.
A MADAME COURIER
Paris f jeudi mitin , 1 1 octobre i8ai .
Gb soir je m'établis à Sainte-Pélagie , non sans beau* oonp de répugnance. On y est fort bien; on ne manque de rien ; on voit du monde ; on reçoit des visites de dehors plus que je n'en voudrais. Cependant.... Tu sais ce que je pense sur la sottise de ceux qui se mettent en prison. Dieu veuille que je ne m'en repente pas I
Le mari de Z. est furieux contre moi à cause de ma der<« niére brochure. Il prétend que cela le compromet beaucoup. Tu vois ce qtle c'est qu'une place. Tout le monde est pour moi ; je peux dire que je suis bien avec le public. L'homme qui fait de jolies chansons disait l'autre jour : A la place de M. Courier , je ne donnerais pas ces deux mois de prison pour cent mille francs. Ne me plains donc pas trop , chère femme , si ce n'est d'être séparé de toi.
Un vieux président que tu as vu chez ta tante a dit qu'il était filcheux que cet arrêt ne pût être cassé; qu'il était ridicule. Il parait que ce n'est pas seulement son opinion. 11 ne parle jamais, dit-on , que d'après d'autres.
Ne réponds pas à tout ceci , et ne mets rien dans tes lettres qui ne puisse être vu de tout le monde.
Xallai hier voir le local qu'on me destine : il me parait
bien exposé , au midi , sec , en bon air. Tons ces ont la mine de se bien porter; ils reçoivent des visites , ^ six lieures du soir. Il y avait là trois jeiH nés femmes ou filles trés-jolies.
mm
A MADAME COURIER
Ptfis, diaMnche, i4 octobre i8di.
Ïb suis entré ici le i i ; c*étai't , je crois , jeudi dernier. Je étifi étonné de h'aydfr i^int de lettteé Qfe Ibi depuis oé tenips. J^ai peur ^'il ne s'en soit perdu i^elqà'une; j'en sélrais 1>ien flclié. J'attends de toi dès i&o^Tellés importantes. Sois 'tranquille talr taion compte ; je suis au^Dri bién'i^'bii pe\it étile enprfison : bien logé, bien nourri} dh inoild*é 'quand f en ireui , et des gens Î6)ct aimables; logeiiîënt sain, kît excellèiit. Teispère n'être point malade; c'était tbut bë q)ie je craignais.
Tt ièpi$ellès^u deux vôlua^ès que noua avait prêtés la flômo sur {histoire de là jfxeihture leà Italie? l'abtéur Vient dé ihèTés ehVoye^ àteà ^éttte adrésèie : bbihUiage au péihti^ de Jean de Broé. Je reçois le Constitutionnel sans y être abonné. Je ne saiï i qui Je dois ^ette galanterie.
Je suis dans une chambre grande comme ta chambre jaune , exposée au midi ; point de cheminée ; en hiyer on met un poêle; couché sur un lit de sangle et un matelas de crin que j'ai apporté ; une petite table pour écrire ; une autre pour manger. Je mange chez moi ; on m'apporte de chez un restaurateur assez passable , aux prix ordinaires. Ma chambre donne comme les autres sur un long corridor. On m'enferme^ le soiré neuf heures, à double
( 480 ) tour; cela me contrarie extrêmement , quoique je n'aie nulle envie de sortir. On m'ouvre le matin à la pointe du jour. Nous avons une promenade grande comme le quartier de terre dlsambert : nous n'en jouissons qu'à certaines heures. Le reste du jour elle appartient aux prisonniers pour dettes , qui sont séparés de nous. On vient nous voir de dehors; mais il faut aller demander i la police une permission qui ne se reluse pas ; cependant c'est un ennui. Il 7 en a qui aiment mieux être ici qu'en pays étranger , et je crois qu'ils ont raison ; cependant je maintiens toujours que c'est une grande sottise de se mettre en prison. Il y a ici un homme qui l'a faite cette sottise-là , et s'en repent cruellement. Caochois-Lemaire voit sa femme tous les jours , et beaucoup d'autres gens ; il me parait tellement accoutumé à ceci qu'il n'y pense seulement pas. Pour moi , cinq jours depuis que je suis enfermé m'ont paru longs 9 et les cinquante-cinq qui me restent me paraissent aussi bien longs.
Adieu I trésor. Embrasse le cher Paul.
■SaBHHBBl
A nADAmE COURIER.
Sainte-Pélagie, mardi, octobre i8ai.
J*Ai eu dea noayelles d'Emilie par Béranger i arec qui j'ai dtné hier. Elle Ta partir pour l'Amérique avec son mari , qui la yient chercher. Béranger la dit fort aimable et tréa-spirituelle. Elle se Tante de nous connaître , et d'être liée aTec toi ; c'est depuis qu'on parle de nous. On en parle beaucoup , et chaque jour j'ai des preuTCs du grand effet de ma drogue.
Vendredi.
J'ai encore diné hier aTec le chansonnier : il imprime le recueil de ses chansons , qui parait aujourd'hui. C'est
une grande affaire , et il pourrait bien aToir querelle aTec maître Jean de Broë. Il y a de ces chansons qui sont Traiment bien faites : il me les donne.
Samedi.
Je réTe souTent de Paul et de toi , et sans dormir je m'imagine souTcnt que je tous tiens dans mes bras l'un et l'autre. Le temps me parait long y quoique je sois fort occupé. Ce n^est pas TiTre pour moi que d'être sans tous deux.
A aiADAME GOUmER.
Sainte-Pélagie, octobre.
La description de Paul à table m'enchanle. Que ne suis-je aTec tous deux ! Cependant mon absence aura cela de bon , que tu t'acconimneras i te passer de moi. poav toutes les affaires.
Je reçois des yisites qui me font perdre un temps bien précieux. C'est à présenf surtoui que mes |QUJtnies sont chères. Ta tante m'a fait demander si je tenais b^ucoiqp i la Toir.
Les chansons de Béranger, tirées à dix mille exemplaires, ont été Tendues en huit jours. On en fait une autre édition. On lui a ôté sa place ; il s'en moque ; il en trouvera d'autres chez des banquiers ou négociants, oa dans des administrations particulières. Il était lA simple copiste expéditionnaire. On ne sait s'il sera inquiété ; je ne le crois pas. Il a pourtant chanté des choses qui ne se peuvent dire en prose.
Mes drogues se Tendent aussi trés^bien , et le marchand est Tenu ici m'annoncer que noua poorriona bientôt compter ensemble. Je crois que j'ai bien fait de m'^p tenir an marché^à moitié. On le dît honnête homme ; et c'est pour commencer. Je le tipens par l'espéianoe.
A MADAJOB CaURlSR.
Le 3 ou 4 noTcmbre i8ai.
ViouBT-LB-Duc m'est yena Toîr arec Bobée. Il Teut avoir mes notes sur Boikau. Je serai obligé de leur donner quelque chose qui me fera perdre un temps infi* niment précieux.
B. vient aussi me touimenter : il m'a tenu trois heures aujourd'hui. La perte de ces heures est irréparable pour moi et pour mon Longus qui s'imprime. Il est probahle que jamais je n'aurf i le temps à'j retoucher après cette édition , qui n'est cependant pas telle que je la voudrais. J'ai heureusement donné quelques touches impercep-* tiblesà malettieiRenouardy qui, sai^s yrieacbaneer, raniment quelques endroits^ mettent des liaisons qui manquaient. Je suis assez content de ce)a.
Je relis ton exoeUeatfi lettre. Toute réflexion faite, je suis bien aise que ta sois jeune , pour moi et. pmv nfiM fils. Je lui i>arlais hier tout haut sans y penser* T0s détails me ravissent.
B fait un bien beau temps. Que je serais heureux avec toi et notre cher Paul ! Il faut lui garder toutes nos lettres , afin qu'il voie quelque jour combien il a été aimé. Je ne puis me consoler d'avoir perdu celles de mon père.
tmm
A MADAHIE GOUKIEIL
Le 3i octobre i8ai.
J'ai reçu tes dirines lettres dont la dernière est du 36. J'en ai eu trois à la fois qui m'ont rendu bien heureux. Je t'aroue que l'endroit où tu me parles de tes talents enfouis, perdus, m'a fait pleurer. J'ai eu bien peur que quelqu'un n'entrât chez moi, car on n'aurait su oe que c'était. Pourquoi n'ai-je pas eu seulement ton portrait? Tu as bien fait de ne pas aller au déjeuner. Il est sàr que tu as bien fait ; car ne Toyant personne ordinairement y il eût été mal de yoir du monde en mon absence. Cela aurait fait croire que je te tenais malgré toi dans la solitude. Je comprends à merveille comment tu as accepté sans le vouloir. Cela m'est arrivé mille fois.
La lettre que je t'envoie est du frère de Dupin le fameux avocat. Ce frère est lui-même fameux par de fort bons ouvrages sur l'Angleterre. Je t'envoie cela , parce que tu aimes i voir les succès de ton mari.
A MADABIE COURIER.
Sainte -Pélagie, jeudi 8 norembre i8ai.
On a donné ma dernière brochure à éplucher i un sobstitat, pour voir s'il n'y aurait pas moyen de me faire un second procès. On prétend qu'elle ne sera point attaquée, et je Tespère. Je ne conçois même pas qu'on y puisse rien attaquer. Tout se réduit à dire que de B. est un sot. Ainsi je suis fort tranquille , et tu ne dois point l'inquiéter.
J'ai ra d'autres personnes que tu ne connais pas. Coussin est très-malade de la poitrine. Quoique je sois fort occupé, mon temps passe bien lentement. Je suis moins patient que ceux qui ont cinq ans à demeurer ici. Une prolongation ne me plairait nullement. Mais cela n'est pas A craindre.
A lHADAllf E COUaiER.
Le i6 DOTembre i8ai.
Mk VÔict lëYé & quitte heures, et Thômmé qui tousse tMjôut^ ]fn*étti][)èthe de ttàvaiUer. Je Técoute , et il me sehible ^t& j^ai Inal à là |>6itriiié.
le ^Itlë & fin^tànt lié)'ahgè)r , ^i Và être jugé et sans àûûtè tôhâ^Mni. i'td tu le député qui de ftomiùe eointne «Oh lbhatt«tiè^ de Salnt-Aterttu. C'est \ln lirate homme ; il est de mon âge, et il a une jeune femme. Mais eette fémiue H'e^ï pà& une Minette ; elle aiine là dépense et le pUistt.
Madajmë Shcett<èe est tènUe ici Tôir uii j^riàoïinfer son paMnt. ËUè a fktt iln éloge de toi qui a charmé toutes ces bohnes gehs. Ils soht tenus me le redire , et je suis conyenu ayec eux qu'il en était quelque chose.
Samedi.
J'ai reçu tout à Theure un colonel fameux (i) dont je te dirai le nom. Je le crois homme de mérite , et je ne m'étonne pas qu'il ait l'ambition de se distinguer.
(i) Fabyier.
A nUDABIE COURIER.
Le a3 novembre i8ai.
Hier un de nos camarades prisonniers s'est éyadé fort adroitement. Tn Terras cela dans les jonmanz.
Je n'ai en personne hier, et ma journée s'est passé mer- Tcilleusement. Les visites m'ont fait un tort immense. Sans cela ma Tie serait trié ^ 4upporiahlê iei. C'est une
Tie de moine, mais sans nulU beaucoup mêêittêurB
qné celle des moines, n est wtai que je suis Mm «Aanonur tmùohr cette diambre^i. J'entends tousser ceux qui habitent du cAté du nord. J'ai rayé.
Eloîse doit m'apporter ton portrait que j'attends atec impatience. Il y a dans cela un peu de Tanité. On verra l'ange dans la prison ou du moins son image. Un de mes compagnons me disait l'autre jour : J'aime les hommes qui aiment leurs femmes.
Courier , rendu à sa famiUe , se trouva si heureux de la tranquillité de w^ champs et de k paix dont il jouissait, qu'il fura bien de ne plus se brouiller avec les procureurs du roi , et pour cela faire , il composa peu , quoiqu'il demeurât plusieurs mois sans aller à Paris. A cette époque seulement , il termina complètement le fragment premier publié d'Hérodote,
et corrigea son Daphnis et Ghloé ( dont alors il fixa le texte) , pour la collection des romans grecs de Merlin ; il revit aussi le Théagène et Ghariclée de cette même collection.
Il assemblait des matériaux pour une édition des Cent Nouyelles nouvelles. £lle aurait été fort précieuse. Ce travail est tout informe , et rien malheureusement n'en peut être profitable au public.
Cependant , entraîné par son penchant , il ne put se tenir de fronder un petit , et illa fit la pétition pour les villageois qu*on empêche de danser. Il s'imaginait assurément n*être pas inquiété pour ce pamphlet-là , et continua en toute sécurité ses études habituelles. La chose n*alla point ainsi que Courier Favait espéré. Pendant son absence momentanée , une saisie de cette pétition fut faite à la Chavonnière , et Courier luimême , après une courte apparition en Touraine , reçut du juge d'instruction un mandat pour être interrogé & Paris. On connaît l'issue de ce procès ; il fiit acquitté ^ mais on garda l'ouvrage saisi.
Le jugement eût peut-être été plus sévère , si on n'eût su que , malgré les embarras où il était actuellement plongé , Courier , en se rendant à Paris pour cette nouvelle affaire , avait dans sa poche la Première Réponse aux Anonymes. Mais , devenu prudent à ses dépens , il cacha son nom , et la laissa imprimer au premier venu , revoyant néanmoins les épreuves avec un soin extrême.
Les deux premières lettres suivantes rendent compte de ses démarches.
A hiadahie courier.
Paris , mercredi iSaa.
J'ai tu hier madame Arnoult ; je suis allé chez elle comptant apprendre des choses qui auraient pu m'étre utiles ; mais je n'ai rien appris. Je l'ai trouvée changée j elle a été surprbe, au contraire, de me yoir si peu vieilli. Us m'ont fait de grands compliments sur ma réputation. J'ai été étonné de la trouver si bien informée ; car ils sont à mille lieues de la littérature ; enfin je me suis amusé une heure.
Un M. Henin, chez la veuve, s'est vanté de te connaître. Le connais-tu ? Je ne t'ep ai jamais entendu parler. Il est antiquaire ; je l'ai vu jadis je ne sais où. Il i>arle très-bien l'italien ; il dit que tu es bell^ , que tu vaux un trésor. Cela prouve qu'il a du moins vu des gens qui te connaissaient.
On m'a envoyé gratis un cours d'agriculture-pratique en sept ou huit cahiers. Gela est trop scientifique.
Je trouve ici, en rentrant chez moi, un mandat du }U^ d'instruction pour être interrogé demain.
A MADAMB COURIER.
Mardi , i8aa.
Mb voici dan8 mon nooToau logement , où je Tois de mon lit la moitié de Paris et une belle campagne. La jardinière me tait mon manger. Je suis à peu près , poor YÎTrC) comme à la Filonnière.
Je m'occupe de la Réponse aux Anonymes. On imprime l'Hérodote. Tu peux croire qne je suis occupé , mais je serai ici à merveille pour tout.
n faut que je te quitte ; il est dix heures, je viais à mon jugement.
Jeudi.
Mon affaire est remise a mardi ; je compte faire défiivt. J'ai diné hier chez Gauchois-Lemaire avec Manuel, Bé» ranger et des femmes. Béranger me conte qu'Emilie est en Amérique. Elle est allée d*abord aux États-Unis , où die s'ennuyait fort^ puis la fièvre jaune étant venue, je ne sais où Emilie s'en est allée. Son mari va à Saint-Domingue sans elle.
Je lis un livre saisi, défendu, qui est fort curieux; ce sont les mémoires nouvellement imprimés de Madame, duchesse d'Orléans , mère du duc d'Orléans régent. On
Toit bien là oe que c'est que la cour ; il n'y est question
que d'empoisonnenieQti 4^ débwsl^ 4^ tpu^ e^^^, âfi prostitution. Us vivaient vraiment pèle-méle. '
Des h%\x^ quis Coiirier écrivit fort régulièrement à sa femme , pendant ses fréquents voyages cette aunée i8a3 , trèspeu auraient de lagrément pour le public. Entendu à denu-flsot par son correspondant, il na besoin souvent que4'une ligne ou d*une phrase pour le tenir au courant de leur^ affaires les plus intimes ; n'employant d'ailleurs nulle circonlocution po^r exprimer Téloge ou le blâme des objets dont il est frappé. Il continua , selon sa coutume , de composer à la campagne , et retournait à Paris pour chaque nouvelle brochure , ne se fiant à personne du soin de les &ire imprimer. Il y porta , au mois de février , la Seconde Réponse aux Anonymes. Selon toute apparence, cette lettre, ou pour mieux dine les recherches qu'elles nécessita sur des choses ti^^-délîcates et très-eadiées , eurent pour Courier de graves oonséquences.
Suivent , en ordre de date , le Ziuret de PaHUt^e^i» ;
Jja G<i00(te £2^ a;iVi[agB, toute de faits véritables, et qui peuffétre quelque jour sera annotée \
Puis la Pièce diplomatiqm » laqu($Ue fut CQR»p$viûe.è Paris;
Enfiil les pçtils articles , publiés en l^r tep»p9 dfW# plur sieurs journaux , et aui;qudiS deux 91;. \fQis If t^e$ qi^ jointes pourront former un utile complément.
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