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DISCOURS IIJ

DÉMONSTRATION EFFICACE DU MYSTÈRE DE LEUCHARISTIE PAR LE MYSTÈRE DE LA TRI- NITÉ, CONTRE LES HÉRÉTIQUES DU SiÈCLE , POUR CE QUI REGARDE l'eXISTENCE d'uN CORPS EN PLUSIEURS LIEUX.

le lieu est chose accidentelle au corps, et non la personne à l'essence, et partant, il //

^50; Ce discours n'a pas été achevé pai l'auicur.

a bien plus de difficulté a accorder l'unité d'essence avec la pluralité de personnes. Que l'unité de corps avec la pluralité de lieux. — II. .Si la nature peut faire changement de lieu sans changer de corps, pourquoi ne pourra l'Auteur de la nature, qui est tout-puissant , multiplier le lieu sans multiplier la substancedu corps ? — 111. Dieu est également puissant sur le néant et sur l'être. — IV. V. Providence particulière de Dieu en ce que les difficultés qu'allèguent les hérétiques ont premièrement été vues et répondues par les Catholiques. — VI. Les hérétiques ne croyant l'Eucharistie à cause des difficultés que l'esprit y rencontre, soni convaincus de ne pus croire véritablement le mystère de la Trinité où les mêmes difficultés se trouvent, et que, s'ils la croient, leur créance n'est pas une vraie foi. mais une ignorance de ces difficultés. — VII. Si les minisires ne sont pas recevables, alléguant des contradictions apparentes contre le mystère de la Trinité, Us ne le sont non plus, en alléguant de toutes pareilles contre le mystère de l'Eucharistie. — ^ 111.5t la terre, en l'ordre de la nature, est soutenue sur son propre poids et sans aucun appui hors d'elle, pourquoi le Verbe éternel, qui soutient toutes choses, ne pourra-t-il soutenir les accidents du pain sans leur sujet ordinaire?

I. Dites-nous donc si vous avez jamais compris comment la pluralité des personnes divines consiste avec l'unité de Dieu; car s'il y a plusieurs personnes en la Divinité, et chacune de ces ()ersonnes est Dieu, ou il faut réformer votre sens et votre dialectique, qui conclut de cet antécédent qu'il y a plusieurs dieuî, ou il faut ployer, adoucir et réformer le style de l'Ecriture et l'expliquer subtilement et spirituellement, en ce quelle dit qu'il n'y a qu'un Dieu subsistant en plusieurs personnes; ou bien il faut soumettre humblement et simplement votre sens h la foi et à la lettre, qui propose à l'univers, et qu'il n'y a qu'un Dieu, et qu'en sa divinité il y a plusieurs jjersonnes sans intérêt aucun de cette unité, et que le monde doit adorer ce mystère, encore qu'il ne le puisse comprendre. Que si dès l'entrée de la foi, et en ce point fondamental de la créance de l'univers, qui avoue et adore l'unité de son Dieu, vous avez été contraints de dompter votre sens et votre dialectique en une chose si apparemment contradictoire, et aux conditions non accidentelles, mais essentielles et transcendantes de l'être, et désavouer sa conduite comme aveugle es choses de Dieu , avec quelle apparence pouvez-vous l'élever contre le mystère de la foi (car ainsi de temps immémorial l'Eucharistie a éié surnommée), et à rencontre du jugement de tant de siècles qui croient humblement l'unité du corps de Jésus-Christ, avec son essence en plusieurs lieux? Vu que le lieu est chose accidentelle au corps et tellement étrangère à son essence, qu'elle est mise en un rang à part par ceux (|ui ont dressé l'état

7<;i OEL'VUESDECONTKOVEUSK — Il ClIAUlSTIi:. DISC. III, DKMONST. DE I/EL'CHAil. 7Gi

et rinventairn de la nature, encore «lu'iU tif lussent éclaires de la Imnii^re <ie nos in.yslôres, et ({n'ils n'cussonl pas iiiAiiic roint>r(,« de ncs luiiii(>res : on an contraire, l'nnilû (le personnes en Dien scinitle <ln lonl ie(jnisi.' h l'nnilù (le Dien, |)nis(]n"en Dien, sa |)(m- *onno et bon e.ssence n'est <|n'nne inônio «••lose, et i\u'h nno niôine rliose attrihuer unité et phiralilé, c'esl-h-dire nnit<'î et non unité, ne peut élre compris craucnn esjtril liuinain, cl (ino nulle sorte de distinction ni de composition ne se retrouve entre l'essence et les [)cr.sorines divines.

II, m. Si donc; 5 l'entrée de la foi vous abjurez et renoncez h vos sens et à votre raison, pour croire une unité avec pluralité, pourquoi oubliez vous celle humble obéissance au progr«'^s de la môme foi, et en la suite des |)oinls annoncés par une môme autorité et sous une môme régie de foi? Kt si vous l'avouez entre l'essence et la personne, qui sont liées si élroilcment en un môme sujet; si vous l'avouez en Dieu môme, où elles sont non-seulement liées et unies, mais qui plus est, une mômeclioso, elijui sont parties substantielles et non accidentelles d'un môme tout, (;ouri|uoi ne l'avouez-vous pas entre une substance et un accident, c'est-à-dire entre le corf»s et le lieu qui n'ont rien de commun en leur naluie l'un avec l'autre et fl|)parliennent a divers genres? Le corps et Je lieu n'ont aucune liaison absolument nécessaire, même au jugement de la nature, et la nature môme vous induit et vous porte, jiar sa condition et son premier établissement, de donner à son auteur le pouvoir de sé|)arer le corps de tout lieu, puisqu'en la création il n'a mis en aucun lieu ce grand corps du monde. Et il est évident qu'il n'y a j)oint de cor[)s particulier dont il ne puisse disposer en la môme manière, puisque la nature a bien assez de pouvoir i)Our changer les corps de la droite à la gauche et les irans()orler du haut en bas et du bas en haut sans aucun changement aux corps. Ce sont donc choses bien ditlérenlos, et s'il est au pouvoir de la nature de changer l'un sans changer l'autre, nous ne pouvons nier raisonnablement que Dieu, qui en est l'auteur et le seigneur souverain, ne puisse multiplier l'un sans multiplier l'autre. Dieu est également puissant sur le néant et sur l'ôire créé : sur le néant pour le faire ôtre, et sur l'èlre créé pour en user et ordonner comme bon lui semble.

lV,V.Un ministre de ce siècle triomphe de disiniler contre celte unité et pluralité de Jésus en divers lieux, et y apporte diverses contradictions qui ne montrent que la conlradiclion de son sens au sens commun, el à rap[iarence toute ckiire, et de sa mauvaise dialectique, et qu'il no les a apprises que par ceux qui y ont satisfait dans les mêmes éciiles où elles ont été formées, aimant mieux apf)rendre d'eux les objections pour ne [loint croire et arguer Dieu dimpuissauce, que leur réponse pour croire cl honorer Dieu en son pouvoir sur les choses de la nature. Dieu n'a pas [lermis que ces difti-

eultés firissent naissance ailleurs que dans le terroir de l'Kglise (par une providence spéciale), et en des esprits crovarits, h ce ([u'il parrtl (jue l'Fglise était humble et non innoranle, el (pi'elle < rovail, non faute d'apercevoir ces ddhcullés, niais f<ar excès de sounnssion, en les voyant pleinement et .soumettant son sens h la foi, el rpi'elie ne peul rien apprendre de ces diflicultés des esprits tnécrovatils, dont la foi ; s'ils en ont, est ignorante el non humble, el n'est que faute d'a[)ercevoir les dillicultés en ce [jeu qu'ils croient, non divinement, mais humainement; non ceilainement, mais probablement; non assurément, niais légèrement; noîi hund)!ement, mais ignoramment.

\l. Afin donc (jue vous connai-ssiez si vous croyez la Trinité en cette manière, voyez si vous avez jamais a[>erf;u les contracdilions de la Trinité ; et si ce nonobstant, vous la crovoz humblement, pourquoi refusez-vous la liiôme humilité au point de l'Eucharistie, [iroposé plus clairement au môme Evangile, cru el publié par la môme Eglise ? (^ue si vous ne l'avez cru avec vue de ces diilitultés, et si vos esprits sont tellement dis/)Osés (piils s'y fussent laissés emporter, voyez donc, et reconnaissez que vous n'avez qu'ignorance, el non foi de ce mystère, vous et vos docteurs. Car s'il n'y a qu'un seul Dieu , il s'ensuit que le Père est seul Dieu, puisqu'il est Dieu; et le Fils seul Di<îu, |)uisqu'il est Dieu ; et le Saint-Esfiril seul Dieu, puisqu'il est Dieu et qu'il n'y a qu'un seul Dieu : Et toutefois le JPère n'est pas le Fils, le Fils n'est pas le Père et le Saini-Esi)rit n'est ni le Père ni le Fils. Le Père est non engendré , le Fils est engendré du Père, le Saint-Esprit est produit et du Père et du Fils; le Fils procédant du Père seul: le Saint-Es[)rit n'est pas procédant du Père seul, mais du Père et du Fils, elle Père n'est procédant ni des deux ni d'ailleurs. Le Père est le principe et l'origine delà divinité; le Saint-Esprit n'est pas l'rincipe el origne de divinité : commenf donc comprenez-vous qu'il n'y a qu'un seu. Dieu, y avant trois |)ersonnes si dilférenles, qui ont également et uniquement ce nom et cet être divin? Et comme accordez-vous à un seul Dieu choses si contraires, voire apparemment contradictoires ? Si vous n avez point aperçu jusqu'à présent ces contradictions, vous n'avez qu'ignorance et non foi de ce mystère. Si, les apercevant, vous croyez ne lès devoir suivre, vous faites bien de ne pas les suivre, mais simplement la foi contre icelles. >'ous ne faites donc pas bien de les vouloir suivre contre la même foi, qui propose également l'un et l'aulre mystère et au préjudice des mômes contradictions.

VIL Et si le procédé du ministrft n'est pas bon en ceci, pourquoi l'emploie-t-il et pour- (juoi y avez-vous égard? El s'il est bon, [lourquoi refusez-vous de l'accepter en ce point de la Trinité, car il est le même? Et s'il veut vous donner des réponses à ces contradictions, pourquoi les recevez-vou;-

ŒUVUES COMPLETES DU CARDINAL DE BEUULLE.

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ne les entendant pas, et ne voulez pas recevoir les nôtres, p-arce que vous ne les entendez pas ? El si vous refusez nos réj.onses en cette occasion, pourquoi recevez-vous (elles qui concernent le point de la Trinité, où la môme occasion de refus se retrouve ? En somme, ou ne croyez ni l'un ni l'autre de ces mystères, car vous ne les pouvez corajirendre ; ou les croyez tous deux, car ils sont |)roi)Osés par une même autorité publique et solennelle ; ou n'admettez ni les unes ni les autres de ces contradictions, car c'est un même sens et une même raison qui les ])ropose, et -îvec même prétexte et même i'ondemeiit;oules suivez toutes deux, car elles ont même aj^p-'irence ; et ne recevez ni les unes ni les autres réponses à ces contradictions, car vous ne les pouvez entendre, ou les recevez également, car c'est un même esjirit humain qui les invente. Mais vos docteurs se rendent importuns, et continuent à vous presser sur les difficultés de ce mystère. L'un d'entre eux vous dit, et objecte souvent en ses jirêches et en ses libelles : « Qui est-ce qui soutient ces accidents que nous voyons, celte blancheur, celte rondeur, celte figure? » etc.

VIII. Mais, ô ministre d'intidélitél outre ce que l'école le réi)Ond,et ce que tu peux apprendre dans nos livres si tu veux; et que la quantité sert elle-même d'appui aux autres accidents, étant assez appuyée en ses dimensions; prends garde, que lors même que tu disputes contre ton Dieu, contre son sacrement et sa parole, lors même que tu demandes h les ouailles prétendues ce qui soutient ces aciddenls ; la lerre te soutient et qu'elle n'est elle-même soutenue que par le centre, <]ui est un point indivisible, lequel maintient ce grand corps au milieu de l'air, sans agitation et sans ébranlement aucun (60). Or SI un point a cette force et vertu de donner stabilité à la lerre depuis tant de siècles, et d'être l'appui et le soutien de ce. grand élément, trouveras-tu étrange que la parole de Dieu, que le Verbe éternel du Père qui est substance et substance qui porte tout, Verbo virtutis suœ, soutienne et su[)porte par sa puissance et jiar sa présence et vertu ce peu d'accidents que tu vois destitués de la substance ordinaire du pain, pour voiler la substance rare et divine de son corps? Tronveras-tu étrange que celui qui donne stabilité h la terre, parce qu'il lui a plu et (jui la donne h l'eau quand il plaît, ntjiiobstant sa fluidité naturelle |)Our [)orter les fidèles, et qui l'a ôtée à la terre en un temps, jiour abîmer les rebelles , dispose en ses mystères de ces créatures selon son bon plaisir, et les fasse servir à sa gloire et à son vouloir ; ôle la substance matérielle de ce jiain, pour faire place h la substance du pain vivant descendu du ciel, et donne à ces accidents un appui extraordinaire, au lieu de l'appui naturel et ordinaire qu'ils avaient auparavant? O faiblesse de la foi réformée, de ne pouvoir croire ces choses I O foi

peu évangélique I ô foi branlante et flottajite ! ô foi moindre que la graine de sénevé, qui non-seulement ne peut jias transporter les montagnes, mais non pas même affermir la pesanteur de leurs sens, pour supporter ce peu d'accidents ! Mais ils ont encore grande peine h supporter une autre difficulté et font instance et disent, etc. Comment un corps en plusieurs lieux.

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