‹ Œuvres complètesChapitre 112 sur 540 · DISCOURS VI · texte numérisé non relu

DISCOURS VI

ni: LA DIFFERENCE ENTRE LA SCIENCE ET L^ FOI.

Q'ie l'opposition des hérétiques nu point de la présence rcclle^du Fils de Dieu au saint

OEUVRES COMPLLïtS DL CÂllDLNAL DE BERULLE.

Sacî'ewent, est formée par eux comme en . > matière de science, où Con discerne si ce ') qui est dit est vrai, et non comme en matière .' de foi, où on se contente de rechercher s'il

est vrai qu'il ait été dit.

L'état et la condition de la foi , qui n'est autre chose qu'une créance et adhérence de notre esprit, non aux raisons, mais aux témoignages qui nous sont proposés ; et la dignité des mystères de la foi , qui surpassent la portée do nos sens et de notre entendement, et qui nous sont révélés de la part du ciel, nous obligeraient assez à apporter plus (ie docilité à les recevoir, et plus d'union à tous ceux qui reconnaissent une même autorité de laquelle ils dépendent, et de la })art de laquelle ils sont prononcés, que non jias de contention, d'opposition, et de dispute à les examiner. Car entre les diverses sortes de connaissances dont nos esprits sont capables d'être informés, il y a cette dilférence à observer qu'en la science on doit examiner non qui le dit, mais ce qui est (lit; d'autant que cette manière de connaissance est fondée non sur l'autorité, mais sur la raison de celui qui parle ; et au contraire en la foi, soit humaine, soit divine, il nous faut rechercher et examiner non tant ce qui est dit, comme quelle est l'autorité qui lp [iropose; attendu que les choses de la foi sont de cette nature . qu'elles ne sont fias connaissables d'elles-mêmes, ou de la part de l'esprit qui les conçoit, et n'ont point d'autre principe de leur connaissance dans les esprits des croyants, que l'autorité qui les pro[)Ose. Tellement que nous n'avons à y reconnaître et y remarquer, sinon le mérite de l'autorité qui parle : car si elle est une fois admise , il n'y a point de doutes à recevoir de la part de nos sens et de notre entendement, il n'y a point de raisons à produire h rencontre; mais il faut simplement et humblement céder et pacifier nos esprits, en les cafitivant en l'obéissance de la foi comme parle saint Paul , et non pas en les contentant en l'intelligence [U'ésumée, et au discernement naturel des mystères de la foi.

C'e^t un aveuglement, et aveuglement très-grand parmi les hommes, de ne pas reconnaître cette vérité fondamentale en la foi , et de ne la pas appliquer à nos différends, vu qu'elle est commune à l'un et à l'autre parti, et ci quiconque voudra jamais ])rélendre de parler et de discourir de la foi. Car c'est le propre de la foi que de croire, et non de discerner; de céder à l'autorité qui )»arle, et non de disputer; de cajtiver sa lumière et son esprit, et non de se donner licence et liberté ; d'ouïr la voix, et non d'y cont-edire. Tellement que si nous sommes Chrétiens, nous n'avons qu'à ouïr le Fils de Dieu qui parle; et si nous trouvons qu'il nous ait jamais dit qu'il faut ouïr l'Eglise , ou il la faut ouïr, ou il ne faut point ouïr le Fils de Dieu qui le commande ; ou il se faut confesser et se tenir publicain, ainsi qu'il le dit lui-même, ou il faut dire qu'il ne faut point porter de créance à Jésus-Christ qui

l'aflirme. Si nous trouvons qu'il ail jamais prononcé de sa bouche que ce qu'il donnait de ses mains était son corps et son sang, il le faut croire , ou il faut confesser que Jésus-Christ n'est pas digne de notre créance en ce sujet, et que nos raisons et nos difTiculiés méritent plus d'être pesées que sa parole.

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